Ukraine : l’OTAN accentue la pression, la Russie tergiverse sur trois scénarios

Faire la guerre ou reculer, telle est l’alternative russe.

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian parle d’une « situation grave, voire très grave » pour ce qui se passe en Ukraine et Emmanuel Macron a expliqué qu’il ne pouvait pas annoncer sa candidature dans un tel contexte, affirmant :

« Vladimir Poutine et les Américains eux-mêmes considèrent que les prochains jours seront des jours d’extrême incandescence. Tant que le dialogue est là, il faut l’entretenir. La situation n’a jamais été aussi tendue qu’elle ne l’est aujourd’hui. Les heures que nous vivons sont décisives pour la sécurité de toute la région. »

De fait, la presse internationale a compris que la situation était gravissime, Le Figaro proposant même « En trois cartes, les scénarios possibles d’une attaque de l’Ukraine par la Russie », afin de chercher à éduquer ses lecteurs pour qu’ils arrivent à suivre.

Du côté de la Gauche, par contre, il n’y a rien. A part agauche.org, on chercherait en vain un suivi de la situation ou ne serait-ce qu’un début d’affirmation anti-guerre ayant une envergure politique. Autrement dit, c’est la passivité totale et le suivisme le plus total des événements.

Cette position passive converge avec l’offensive de l’OTAN pour faire plier la Russie. Alors que le matériel militaire russe continue de se déverser aux frontières avec l’Ukraine (tant en Russie qu’en Biélorussie), l’OTAN accentue la pression de manière particulièrement nette. La Russie est très clairement repoussée au sens où il y a un véritable bloc unifié contre elle, rendant le dénouement bientôt inéluctable. Et cela se déroule dans un contexte de tension énorme.

Voici le nombre d’alertes à la bombe qu’a connu l’Ukraine en janvier 2022, selon le régime ukrainien. Dans le Donbass séparatiste, de telles alertes ont été entre 2 et 3 par jour.

La superpuissance américaine, dans le cadre de l’OTAN, envoie en ce sens en Roumanie mille soldats basés en Allemagne, et en envoie 2700 depuis les États-Unis pour aller en Allemagne et en Pologne. En soi, c’est peu de soldats et ils ne vont pas aller se battre pour l’Ukraine. Mais c’est une indication du renforcement militaire américain en Europe mis en perspective. La superpuissance américaine a également indiqué à la Russie qu’elle était prête à discuter de la question des missiles placés en Pologne… à condition que la Russie se retire de la Transnistrie, de la Crimée, de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud.

Et pour bien faire passer le message, il y a une nouvelle ambassadrice américaine en Ukraine, Bridget Brink. Auparavant ambassadrice dans la Slovaquie voisine, elle travaillait comme conseillère politique à l’ambassadrice de Belgrade au moment où l’OTAN était intervenu en Yougoslavie en 1999 avec plus de 37 000 sorties d’avions procédant à des bombardements, en 78 jours. Elle fut également chef en politique et en économie à l’ambassade américaine à Tbilissi lorsque la Géorgie tenta de reprendre l’Ossétie du Sud séparatiste pro-russe.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson était quant à lui à Kiev le premier février 2022, pour oeuvre à ce qui est désormais officiel : un partenariat Ukraine – Pologne – Royaume-Uni dénommé « trilatérale ». Et il a eu Vladimir Poutine au téléphone le 2 février, pour continuer ses avertissements de sanctions en cas d’invasion. L’ambassadeur adjoint russe à l’ONU Dmitry Polyanskiy a expliqué de son côté qu’au niveau diplomatique il n’était aucunement possible de faire confiance aux Britanniques.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Wopke Hoekstra était également à Kiev le 2 février, le parlement ukrainien a vu être pavoisé de drapeaux des pays ayant affirmé leur soutien, etc.

La Russie doit donc passer en force ou céder. Et la situation est capitale, selon le Club Valdai, qu’on peut considérer comme le principal think tank russe, celui qui est le plus proche du pouvoir et dont chaque intervention est très lourde de sens.

Timofei Bordachev, un de ses dirigeants, parle d’une situation classiquement révolutionnaire où une des grandes puissances voit l’ordre international lui échapper. La Russie doit essayer de trouver sa place. Et selon Ivan Timofeev, un autre directeur de programme, il y a trois scénarios possibles. Ces deux analyses datent de ce début février : c’est ni plus ni moins que la diplomatie russe qui parle, il faut bien le comprendre.

Le premier scénario est le suivant : l’Ukraine cherchant entièrement à se rapprocher de l’OTAN, la Russie doit intervenir pour assurer sa sécurité à long terme. La victoire militaire sur l’Ukraine est facile, le pays connaît un nouveau régime ou au pire est coupé en deux. La Russie connaît un blocus économique de la part des pays occidentaux et devient une sorte de Corée du Nord avec de meilleurs perspectives, d’autant plus que le monde occidental est en déclin, avec un effondrement imminent. Le soutien chinois est assuré dans le cadre d’une alliance.

Le second scénario est le suivant : il ne sert à rien d’occuper l’Ukraine car les pays occidentaux vont déverser des moyens pour fomenter des révoltes, notamment armées, rien ne sera stable et cela provoquera même une stagnation de l’économie russe aboutissant à un mécontentement. Le soutien chinois n’est qui plus est même pas assuré. Mieux vaut maintenir un certain degré de tension avec les pays occidentaux, partout dans le monde, pour conserver un certain degré de rivalité, donc de statu quo.

Le troisième scénario est le suivant : l’Ukraine est un bourbier de corruption et d’arriération économique, autant laisser une telle réalité toxique à l’Ouest. De toutes façons, la Russie a des moyens autres que nucléaires pour faire face à toute menace militaire à son encontre y compris à ses frontières. Mieux vaut préserver le développement économique, par les échanges internationaux. Il faut une rivalité, mais à bas niveau.

Pour traduire ces scénarios :

– le premier représente la vision du complexe militaro-industriel ;

– le troisième représente la vision de l’oligarchie ;

– le second est le compromis entre le complexe militaro-industriel et l’oligarchie.

On va très vite savoir ce qu’il en est de qui est aux commandes du régime russe.

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