Les éléments de l’alliance Chine – Russie

Vladimir Poutine s’est rendu à Pékin à l’occasion des Jeux Olympiques d’Hiver 2022.

Les Jeux Olympiques d’Hiver 2022 se sont ouverts le 4 février et les pays occidentaux ont pratiqué leur boycott diplomatique, permettant aux présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine d’occuper le terrain. Ils en ont profité pour publier un long texte commun consistant en une alliance stratégique, le titre étant évocateur : Déclaration conjointe de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et le développement durable mondial.

Le document est explicite sur le plan de l’unité dans le cadre du conflit en Ukraine et de l’opposition à l’OTAN.

« Les parties sont gravement préoccupées par la création par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie (AUKUS) d’un « partenariat de sécurité triangulaire », qui prévoit un approfondissement de la coopération entre ses participants dans des domaines affectant la stabilité stratégique, en particulier leur décision d’entamer une coopération dans le domaine des sous-marins nucléaires. 

La Russie et la Chine estiment que de telles actions vont à l’encontre des objectifs d’assurer la sécurité et le développement durable de la région Asie-Pacifique, augmentent le risque de déclencher une course aux armements dans la région et créent de graves risques de prolifération nucléaire. 

Les parties condamnent fermement de telles mesures et appellent les participants à AUKUS à remplir fidèlement leurs obligations en matière de non-prolifération nucléaire et de missiles, ensemble pour protéger la paix, la stabilité et le développement dans la région (…).

Les parties estiment que le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), l’accélération des études et du développement de missiles à portée intermédiaire et à courte portée basés au sol et la volonté de les déployer en Asie-Pacifique et en Europe, ainsi que de les transférer à leurs alliés, entraînent une augmentation des tensions et de la méfiance, augmentent les risques pour la sécurité internationale et régionale, conduisent à un affaiblissement du système international de non-prolifération et de maîtrise des armements, et compromettent la stabilité stratégique mondiale.

La partie chinoise comprend et soutient les propositions avancées par la Fédération de Russie sur l’établissement de garanties de sécurité juridiquement contraignantes à long terme en Europe (…).

La partie russe note la signification positive du concept de la partie chinoise de construire une « communauté avec un destin commun pour l’humanité » afin de renforcer la solidarité de la communauté mondiale et d’unir les efforts pour répondre aux défis communs. La partie chinoise note la signification positive des efforts de la partie russe pour former un système multipolaire équitable des relations internationales.

Les parties ont l’intention de défendre fermement l’inviolabilité des résultats de la Seconde Guerre mondiale et de l’ordre mondial établi d’après-guerre, de défendre l’autorité de l’ONU et de la justice dans les relations internationales, et de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’éviter une répétition de la tragédie de la guerre mondiale, les Parties condamneront résolument les actions visant à niveler la responsabilité des atrocités des agresseurs fascistes, des envahisseurs militaristes et de leurs complices, souiller et ternir l’honneur des pays vainqueurs .

Les parties défendent la formation d’un nouveau type de relations entre les puissances mondiales fondées sur le respect mutuel, la coexistence pacifique et la coopération mutuellement bénéfique. Ils confirment que les relations interétatiques russo-chinoises d’un nouveau type sont supérieures aux alliances militaro-politiques de l’ère de la guerre froide. »

Vladimir Poutine a également pour l’occasion écrit un article intitulé La Russie et la Chine : un partenariat stratégique tourné vers l’avenir. On y lit un grand descriptif des initiatives communes russo-chinoises.

« A la veille de ma prochaine visite en Chine, j’ai le plaisir de communiquer directement avec le public chinois et étranger de Xinhua, la plus grande agence de presse.

Nos deux pays sont de proches voisins liés par des traditions séculaires d’amitié et de confiance. Nous apprécions hautement le fait que le partenariat de coordination stratégique globale Russie-Chine, qui est entré dans une nouvelle ère, a atteint un niveau sans précédent et est devenu un modèle d’efficacité, de responsabilité et d’aspiration pour l’avenir.

L’an dernier, nous avons célébré le 20e anniversaire du Traité sino-russe de bon voisinage et de coopération amicale. Les principes fondamentaux et les lignes directrices du travail commun ont été définis par nos deux pays dans ce traité. Il s’agit avant tout d’égalité, de prise en compte des intérêts de l’autre, d’absence de circonstances politiques et idéologiques, ainsi que des vestiges du passé (…).

Fin 2021, le volume des échanges mutuels a augmenté de plus d’un tiers, dépassant le niveau record de 140 milliards de dollars. Nous sommes en bonne voie pour atteindre notre objectif de porter le volume commercial à 200 milliards de dollars par an. Un certain nombre d’initiatives importantes sont mises en oeuvre dans les secteurs de l’investissement, de la manufacture, de l’industrie et de l’agriculture.

En particulier, le portefeuille de la Commission intergouvernementale sur la coopération en matière d’investissements comprend 65 projets d’une valeur de plus de 120 milliards de dollars. Il s’agit d’une collaboration dans une série de domaines tels que l’exploitation minière et le traitement des minéraux, la construction d’infrastructures et l’agriculture.

Nous ne cessons d’étendre les règlements en devises nationales et de créer des mécanismes pour compenser l’impact négatif des sanctions unilatérales. Un jalon important à cet égard a été la signature en 2019 d’un accord entre les gouvernements de la Russie et de la Chine sur les paiements et les règlements.

Un partenariat énergétique mutuellement bénéfique est en train de se former entre nos deux pays. Avec l’approvisionnement à long terme de la Chine en pétrole et en gaz, nous prévoyons de mettre en oeuvre un certain nombre de projets conjoints de grande envergure.

La construction depuis l’an dernier de quatre nouvelles unités d’énergie dans des centrales nucléaires chinoises, avec la participation de la compagnie nucléaire publique russe Rosatom, en est un exemple. Tout cela renforce considérablement la sécurité énergétique de la Chine et de la région asiatique dans son ensemble.

Nous voyons toute une série d’opportunités dans le développement des partenariats en matière de technologies de l’information et de la communication, de médecine, d’exploration spatiale, y compris l’utilisation de systèmes de navigation nationaux et le projet de station de recherche lunaire internationale. Une forte impulsion au renforcement des liens bilatéraux a été donnée aux Années croisées d’innovation scientifique et technologique russo-chinoises en 2020 et 2021.

Nous sommes reconnaissants à nos collègues chinois pour leur aide au lancement de la production des vaccins russes Spoutnik V et Spoutnik Light en Chine et pour la fourniture en temps voulu d’équipements de protection à notre pays. Nous espérons que cette coopération se développera et se consolidera.

L’un des objectifs stratégiques de la Russie est d’accélérer le développement socio-économique de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe. Ces territoires se trouvent dans le voisinage immédiat de la Chine. Nous avons également l’intention de développer activement la coopération infranationale. Ainsi, la modernisation de ligne ferroviaire Baïkal-Amour et du Transsibérien a été engagée.

D’ici 2024, leur capacité sera multipliée par 1,5 grâce à l’augmentation du volume de fret en transit et à la réduction du temps de transport. Les infrastructures portuaires de l’Extrême-Orient russe se développent. Tout cela devrait consolider la complémentarité des économies russe et chinoise. »

Dans une interview du président russe Vladimir Poutine au président de China Media Group, Shen Haixiong, il est également précisé que :

« Le « Traité de bon voisinage et de coopération amicale Russie-Chine » a été signé il y a plus de 20 ans. Il s’agit d’un document politique fondateur, qui a établi le cadre juridique pour un développement cohérent et à long terme du partenariat global et d’interaction stratégique sino-russe. C’est pourquoi, le 28 juin dernier, j’ai décidé, avec le président Xi Jinping, de le prolonger de cinq ans.

Le document est très riche en matière d’idées, nombre de ses dispositions étant redécouvertes dans le contexte international d’aujourd’hui, qui évolue relativement rapidement.

Les relations entre la Russie et la Chine se développent sur une base égalitaire et sans idéologie. Notre partenariat est durable, intrinsèquement précieux. Il n’est pas affecté par le climat politique et n’est pas dirigé contre qui que ce soit. Il repose sur le respect, la considération des intérêts fondamentaux de chacun, l’adhésion au droit international et à la Charte des Nations Unies.

L’atmosphère de confiance politique qui a été créée, partiellement grâce à ce traité, a permis à nos deux pays d’établir une structure de coopération interétatique à multiples facettes, les rencontres des deux dirigeants y jouant un rôle clé.

La Chine reste ancrée en tête de liste des partenaires commerciaux de la Russie. Selon des données préliminaires, l’année dernière, y compris avec les restrictions liées à la pandémie, le commerce bilatéral a atteint un sommet historique en totalisant 140 milliards de dollars.

La Chine est notre partenaire stratégique sur la scène internationale. Nos approches sur la plupart des questions relatives à l’agenda mondial sont concordantes, ou très proches. Nous sommes engagés dans une étroite coordination au sein de nombreuses organisations et plateformes multilatérales de premier plan, à l’instar de l’ONU, des BRICS, de l’OCS, du G20, de l’APEC et de l’EAS. Et cela a un effet stabilisant sur la situation mondiale actuelle, qui reste difficile.

Pour résumer, je voudrais réitérer que les concepts énoncés dans le « Traité de bon voisinage et de coopération amicale Russie-Chine » ont permis à nos pays d’atteindre un niveau de partenariat sans précédent, qu’ils ont fondamentalement changé son caractère et sa portée, et créé les conditions pour nous permettre d’avancer ensemble. »

Voici donc les éléments de l’alliance russo-chinoise, ce bloc qui fait face au bloc occidental ayant l’OTAN comme centre et la superpuissance américaine… Dans le cadre de la bataille pour le repartage du monde.

Articles recommandés