Ukraine : l’heure du basculement

Toutes les contradictions s’alignent sur la question ukrainienne et exigent une résolution.

Il y a désormais du côté russe pratiquement 70% de l’armée de terre aux frontières avec l’Ukraine, ainsi que la moitié des avions de l’armée de l’air, à quoi s’ajoute toute une flotte dans la Mer Noire et la Mer d’Azov. Et l’accroissement numérique est grandissant.

Même du côté allemand et français, deux pays cherchant à temporiser, il est clair que l’invasion russe est concrètement matériellement engagée. Elle peut être stoppée au dernier moment, cependant le processus est clairement enclenché. Et dans tous les cas, un camp – la Russie ou les pays capitalistes occidentaux – va être perdant, et l’Ukraine de toutes façons.

Le chancelier allemand Olaf Scholz était à Kiev le 14 février 2022, pour tenter d’arracher un compromis de la dernière chance, alors que le même jour le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a affirmé que:

« Y a-t-il tous les éléments pour que soit menée une offensive forte de la part des forces russes en Ukraine ? Oui c’est vrai, c’est possible là, c’est possible rapidement. C’est ce qui nous pend au nez. »

Le 15 et surtout le 16 février 2022 sont considérés par la superpuissance américaine comme les dates privilégiées de l’offensive ; l’ensemble du matériel informatique et technique de l’ambassade américaine à Kiev, déjà évacuée, a été détruit.

Ce qui n’empêche pas la superpuissance américaine d’en même temps prévoir un milliard de dollars de prêts à l’Ukraine, tout en continuant à envoyer des cargos d’armement. Voici d’ailleurs la liste « officielle » de ce qui a été envoyé depuis 2014, pour la somme de 800 millions de dollars environ : 75 postes Javelin avec 540 de leurs missiles guidés antichars, 276 véhicules HMMWV (106 blindés, 100 non blindés et 70 médicaux), 145 véhicules Toyota Land Cruiser, 57 véhicules Ford, 4 drones UAV RQ-11B Raven, 4 patrouilleurs de classe Island, 40 radars c/batterie AN/TPQ-48/49, 15 radars c/batterie AN/TPQ-36/37, 10 radars Sharp Eye, 4 251 radios, 185 mitrailleuses MG M240V, 5 173 AK-74 & 2 400 pistolets, 122 fusils de sniper M107A1, 48 systèmes de guerre électronique, 9 337 appareils de vision nocturne et viseurs, 16 mortiers M1982 de 120 mm (2B11).

La logique américaine est de continuer à renforcer la pression pour satelliser l’Ukraine, tout en menaçant la Russie de sanctions massives si elle intervient. La Russie compte jouer son propre jeu, aucun camp ne compte reculer. La conflagration se pose comme en 1914.

L’Ukraine continue toutefois étonnamment d’expliquer que la Russie n’a pas assez de forces pour une invasion, et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a, en prétendant se moquer de la date d’invasion pour le 16 février , fait de cette date une journée de l’unité nationale, donc fériée, appelant à des rassemblements patriotiques dans une intervention télévisée de 8 mn le 14 février. L’armée serait forte, la plus forte armée d’Europe, il faut avoir confiance en elle, le pays a connu d’autres menaces de guerre, « Gloire à l’Ukraine », etc.

Les « experts » bourgeois sont ici dubitatifs et ne parviennent pas à savoir si Volodymyr Zelensky joue la comédie pour rassurer la population (il est initialement comédien de profession), ou bien s’il est dans le déni le plus complet. Il faut en fait surtout voir que le régime ne tient que par un discours ultra-nationaliste triomphaliste et qu’il est totalement auto-intoxiqué.

D’où, parallèlement, la multiplication d’initiations militaires plus ou moins fictives par les milices d’extrême-Droite, qui ont un très large écho dans certains médias, notamment anglophones, qui présentent cela comme une actualité. En réalité, les initiatives de ce type et les rassemblements nationalistes ne ramènent qu’un nombre très faible de gens, en ce sens le 16 février sera en quelque sorte un test pour le régime concernant sa capacité de mobilisation… Si la Russie lui en laisse le temps.

La Russie qui, d’ailleurs, nie quant à telle toute intention d’invasion, continuant sa narration comme quoi c’est de la paranoïa et de la propagande anglo-saxonne… Tout en expliquant qu’elle n’exclut pas une provocation occidentale précisément à ce moment-là pour l’accuser a posteriori. La narration russe consiste à répandre l’hypothèse, d’ailleurs pas absurde, d’une offensive ukrainienne contre le Donbass séparatiste, la Russie étant accusée en même temps.

Il faudrait alors que la Russie vienne évidemment sauver les Russes présents dans ces territoires. D’ailleurs, le ministère des affaires étrangères a publié le 14 février 2022, sur un réseau social, un rappel très opportun de la libération de la ville de Lugansk le 14 février 1943…

Narration contre narration visant à justifier intérêts de grande puissance contre intérêts de puissance, voilà l’enseignement de ce qui se passe avec comme visée l’expansion impériale dans la bataille pour le repartage du monde.

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