Eric Zemmour, candidat de l’impérialisme français « non aligné »

Eric Zemmour continue sur sa ligne militariste.

Eric Zemmour a tenu un meeting à Chambéry devant plus de 3000 participants sur le thème de la paix, le 25 février 2022. Le choix du thème en dit long sur le fait que le conflit en Ukraine rabat totalement les cartes, allant donc jusqu’à reconfigurer la campagne présidentielle elle-même.

Ainsi, Yannick Jadot a annulé son meeting prévu à Clermont-Ferrand le même jour, préférant se focaliser sur une présence parisienne pour soutenir ouvertement l’Union Européenne et l’OTAN. Eric Zemmour ne représente évidemment pas la même ligne.

À Chambéry, il a cherché à avoir un ton grave, il se voulait solennel, se présentant comme le meneur de la paix tout en maintenant sa ligne offensive d’un « gaullisme de la reconquête ».

À ce titre, Eric Zemmour a rappelé la venue du Général de Gaulle à Annecy en 1960 en mémoire du centenaire du rattachement de la Savoie à la France en 1860. Cela lui a permis de multiplier les références à la Résistance savoyarde pendant la Seconde Guerre mondiale, et notamment au maquis des Glières qui fut un temple de la Résistance d’obédience catholique, voire clairement d’extrême droite avec Jean Vallette d’Osia, chef militaire anticommuniste opposé à la guérilla antifasciste.

Cette ligne néo-gaulliste souligne qu’à l’heure de la bataille pour le repartage du monde, Eric Zemmour apparaît de plus en plus comme le porte-voix d’une frange de la bourgeoisie prise de panique devant les tumultes du monde.

Car malgré les apparences, malgré les pseudos discours en faveur de la paix en Ukraine, faits pour ne pas trop heurter, le candidat de Reconquête maintient sa ligne d’une France « non alignée », de la puissance devant s’assumer sur le mode du cavalier seul.

Il a ainsi été rappelé la volonté de sortir la France du commandement intégré de l’OTAN, tout en répétant à plusieurs reprises que la France avait « un devoir de puissance » car « dans l’Histoire, on ne négocie qu’entre seigneurs, jamais avec un vassal » :

« C’est ce que le général de Gaulle savait mieux que personne, lui qui a toute sa vie cherché à se rapprocher de la Russie, justement pour contrebalancer le poids de nos alliés américains. C’était justement le moyen pour nous protéger, pour n’être inféodé, ni à l’un, ni à l’autre car la France ne doit être soumise à personne. »

Et s’il ne peut faire autrement que de condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie, Eric Zemmour reste animé par une pensée typique d’un militaire emprunt d’un esprit aristocratique et « géopolitique ». Il a ainsi déclaré :

« Nous avions des raisons de penser que nous éviterions la guerre car la catastrophe qui couterait des milliers de vies ukrainiennes aurait pu être évité. Je le répète depuis des années, l’expansion ininterrompu de l’OTAN à l’est est un motif d’inquiétude pour les russes et ils sont prêts à se battre pour l’empêcher [applaudissement dans la salle]. »

Eric Zemmour reste le relais direct de la puissance russe, pensant par là que la France pourrait tirer son épingle du jeu en redevenant une puissance autonome. C’est pour cela qu’il insiste longuement sur l’extension de l’OTAN à l’Est de l’Europe comme motif légitime d’une riposte russe.

Si cela est en partie vraie, le fond du problème n’est pas tant là que dans le fait que Vladimir Poutine reflète le complexe militaro-industriel russe et son idéologie expansionniste eurasiatique. Dans cet état d’esprit, l’Ukraine n’existe pas, elle n’est qu’une annexe civilisationnelle de Moscou.

En masquant cette dimension expansionniste russe, Zemmour veut dissimuler qu’il est lui-même une force de proposition pour garantir une nouvelle optique idéologique pour la défense et si possible l’expansion, de l’impérialisme français.

Il propose simplement de jouer sur les contradictions entre puissances… pour que la France se place elle-même de meilleure manière en tant que puissance. Il ne dit d’ailleurs ici pas quelque chose de différent de Jean-Luc Mélenchon. Sauf qu’Eric Zemmour s’inscrit dans la tradition du militarisme français, que Jean-Luc Mélenchon avait vainement espéré déborder avec sa « république sociale ».

En ce sens, il représente une terrible menace, en tant qu’alternative de plus en plus crédible pour la haute bourgeoisie.

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