OPA institutionnelle pro-OTAN réussie sur les appels à la « paix » en Ukraine

Ces appels sont des supports directs au militarisme occidental.

L’hôtel de ville parisien aux couleurs de l’Ukraine

Comme nous parlons de la question ukrainienne, en disant que la guerre était inévitable, depuis avril 2021, il y a bien entendu énormément de monde qui s’est tourné vers ce que nous disons avec le déclenchement de l’invasion russe. Ce qui aboutit à un phénomène que nous observons depuis le départ de notre existence chez l’écrasante majorité des gens validant ce que nous disons : ceux-ci reprennent nos idées, voire directement des éléments de langage, tout en passant sous silence leur source d’inspiration et d’intelligence.

Bien loin de nous mettre en rage, cela nous rassure, car être considéré comme trop « brûlant » par des gens s’imaginant très engagés mais pactisant ouvertement avec un monde capitaliste en décrépitude… a cela de fondamentalement correct que cela implique que cette époque n’est pas la nôtre, que nous relevons d’un avenir se produisant inéluctablement à moyen terme.

La guerre en Ukraine en témoigne d’ailleurs parce qu’en faisant les malins dans une telle situation, nos partisans du copié-collé consommateur oublient qu’en ne nous assumant pas, ils n’assument pas la politique et donc convergent avec les institutions et l’OTAN.

Car sans prise de position juste, en effet, on converge directement avec la gigantesque campagne pro-Ukraine des institutions et de l’OTAN. Concrètement, depuis le début de l’invasion russe, les médias reprennent directement à leur compte la propagande américaine au sujet d’un Vladimir Poutine autocrate devenu fou, d’une armée russe composée d’assassins.

Les institutions françaises sont déchaînées dans un soutien symbolique à l’Ukraine. L’application du pass sanitaire TousAntiCovid a un petit drapeau ukrainien, de très nombreuses communes illuminent tel ou tel bâtiment aux couleurs ukrainiennes comme la Tour Eiffel à Paris, la Grande Place à Lille, la fontaine de la place royale à Nantes, l’hôtel de ville de Lyon ; des drapeaux ukrainiens sont hissés tels à la Région Nouvelle-Aquitaine, la mairie de Bordeaux, la façade du Capitole à Toulouse, la mairie de Saint-Brieuc…

On a le même phénomène par exemple pour le Parc du Centenaire à Bruxelles, le Colisée de Rome, la Porte de Brandebourg à Berlin…

En plus de cela, certains candidats à la présidentielle de 2022 font de la surenchère pro-OTAN de manière démesurée : Yannick Jadot, Anne Hidalgo, Christiane Taubira. Une structure comme les Femen, fondées par des Ukrainiennes, s’aligne totalement sur cette perspective pro-Union européenne et pro-OTAN.

Et les appels aux manifestations pour la « paix », y compris du Mouvement pour la paix, ne dénoncent bien évidemment jamais les contradictions entre grandes puissances, appelant à une « paix » qui est en fait directement une défense du statu quo favorable à la superpuissance américaine et l’OTAN, avec toujours une large place pour la dénonciation d’une Russie considérée comme seule agressive, seule fautive.

Il n’y a aucune critique du capitalisme menant à la guerre, absolument rien. Voici l’appel du Mouvement pour la paix du 24 février 2022, qui devrait littéralement s’appeler « Mouvement pour la paix sous l’égide de l’OTAN » vu le contenu, qui accepte l’OTAN en effet aujourd’hui tout en prétendant vouloir qu’elle disparaisse demain. Sauf qu’on est aujourd’hui et pas demain, et qu’il y a une chose qui s’appelle le capitalisme.

« Le Mouvement de la Paix condamne fermement les actes de guerre de la Russie
Et appelle partout à l’action pour dire non à la guerre

Des manifestations étaient déjà proposées dans tout le pays dès le 12 février dernier et le Mouvement de la Paix appelait à des temps forts le samedi 26 février, mais aussi le mercredi 2 mars.

La situation nouvelle les rend indispensables pour crier :

Non à la guerre !

Oui aux solutions non-violentes, politiques, diplomatiques et négociées dans l’esprit de la Charte des Nations Unies et avec les Nations Unies comme cadre privilégié d’élaboration  des solutions politiques et diplomatiques.

Oui à la réduction des dépenses d’armement, à l’élimination des armes de destruction massive et à la mise en œuvre du Traité sur l’Interdiction des Armes Nucléaires (TIAN).

Oui à des négociations entre tous les pays Européens sur les conditions de la paix et d’une sécurité mutuelle en Europe dans l’esprit de l’Acte final de la Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (dit aussi l’acte final d’Helsinki). Pour une Europe de paix et de coopération, pour un système de sécurité mutuelle en Europe, incluant le retrait de la France de l’OTAN et à terme, la dissolution de l’OTAN.

Partout, multiplions les manifestations pour dire « non à la guerre oui à la négociation » en inscrivant notre action dans les mobilisations en cours à travers l’Europe et dans le monde entier, avec des temps forts : samedi 26 février, mercredi 2 mars et samedi 5 mars 2022.

A Paris, le jeudi 24 février 2022
Le Mouvement de la Paix« 

Nous disons d’autant plus facilement cela que nous prévenons depuis avril 2021 que l’Ukraine va se faire envahir. Toutes ces prises de position à la va-vite, bricolées n’importe comment et présentées comme de grande valeur, sont pathétiques pour qui a analysé les choses avec profondeur.

Il va de soi que nous comprenons, pour autant, les gens qui considèrent comme juste d’aller en toute bonne foi aux rassemblements des samedi 26 février 2022 et dimanche 27 février 2022, à Saint-Étienne, Paris, Nice, Strasbourg, Angers, Toulouse, Nantes, Perpignan, Saint-Nazaire, Bordeaux, Lyon, Cahors, Dieppe, Laval, Le Mans, Lorient et encore d’autres villes.

Cependant, nous disons les choses clairement à ce sujet : objectivement, cela n’aide en rien l’Ukraine et cela ne fait que servir idéologiquement et culturellement le capitalisme en France et l’OTAN comme appareil militaire. L’Ukraine est ici comme la Palestine de l’ultra-gauche : fictive, prétexte à des positionnements artificiels servant un agenda n’ayant rien à voir avec la cause prétendument défendue.

Ce dont a besoin l’Ukraine, c’est d’un soutien à la fondation d’un Mouvement de Libération Nationale s’opposant tant à l’OTAN qu’à la Russie, appelant à former une Ukraine démocratique et populaire. Une tel MLN apparaîtra d’ailleurs inéluctablement, parce que c’est le sens de l’Histoire : les peuples triompheront des hégémonies des grandes puissances en conflit dans la bataille pour le repartage du monde.

Si on nous avait écouté et si on avait reconnu la valeur de notre travail, un espace politique existerait en ce sens. Il n’existe pas : il n’y aura donc pour l’instant que l’extrême-Droite pro-Russie et les libéraux pro-OTAN. Mais l’émergence du troisième camp, celui de la Gauche historique, est inéluctable, et la juste de nos analyses, de nos positions politiques avec leur écho, est le fil rouge de cette émergence.

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