Catastrophe : à l’occasion de la guerre en Ukraine, la France introduit le thème des armes nucléaires tactiques !

C’est littéralement du délire.

Comme en 1914, on a le droit à un bourrage de crâne forcené concernant la Russie. Ce bourrage de crâne est alimenté médiatiquement par le régime ukrainien, qui lui-même est clairement épaulé si ce n’est directement structuré par la superpuissance américaine. On a ici une narration parfaitement élaborée, visant à former un agenda. Et cet agenda, c’est la guerre. La Russie doit tomber, coûte que coûte.

La Une du Figaro du 5 mars 2022 est exemplaire d’un tel bourrage de crâne. Cela va tellement loin que d’ailleurs pratiquement personne ne peut y croire à part les gens à la marge qui sont malheureusement terrorisés et n’ont aucun recul sur les choses. Car prétendre que Vladimir Poutine agiterait sciemment le péril nucléaire en Ukraine, cela relève de la fantasmagorie la plus complète. On est là dans la mobilisation belliciste.

Cependant, il y a plus grave, car Le Figaro, clairement en service commandé pour l’armée française, introduit la thématique de l’utilisation de l’arme nucléaire à petite échelle afin de la présenter comme incontournable, inévitable. C’est ce qu’on appelle des armes nucléaires tactiques. C’est un pas terrifiant, et c’est une stratégie résolument française.

Voici l’éditorial du 5 mars 2022, qui va rester dans l’Histoire comme un saut qualitatif dans le bellicisme français. Le passage en rouge concerne les armes nucléaires tactiques.

Le Figaro ment-il au sujet de la Russie et de l’emploi des armes nucléaires tactiques? Oui, Le Figaro ment. Et il ment qui plus est par omission, car historiquement c’est la France qui considère comme possible l’emploi des armes nucléaires tactiques, c’est-à-dire de petite puissance, pour détruire par exemple quelques km2.

La doctrine russe concernant l’emploi de l’arme atomique est formelle. Elle est connue et toujours affirmée comme intangible par la Russie. Cela ne veut pas dire qu’il faille faire confiance à la Russie, mais il n’y a strictement rien qui corresponde à ce que dit Le Figaro. Jamais la Russie n’a reconnu l’usage d’armes nucléaires tactiques sur le champ de bataille.

La Russie considère que l’emploi de l’arme atomique ne peut avoir lieu de sa part que dans quatre cas de figures. Le premier cas, c’est lorsque le pays a suffisamment d’informations de qualité concernant le lancement de missiles atomiques contre lui. Le second cas, c’est en cas de l’utilisation d’armes nucléaires et de destruction massives à l’encontre du pays. Le troisième cas, c’est lors d’une attaque, quelle que soit sa forme, empêchant la possibilité de l’utilisation de la force de frappe nucléaire.

Le quatrième cas, c’est l’utilisation d’armes nucléaires tactiques sur un champ de bataille conventionnel… dans le cas où l’existence même de l’État russe est menacé. Il n’y a pas d’utilisation d’armes nucléaires tactiques en général sur un champ de bataille conventionnel. Il y a une utilisation au cas où l’existence même de l’État est menacé – concrètement dans le cas d’une invasion visant à la destruction de la Russie.

Le Figaro, par conséquent, ment. C’est très facile à vérifier. Et Le Figaro ne peut pas ne pas le savoir. La doctrine russe est bien connue, étant d’ailleurs une sorte de forme plus ou moins modifiée de la conception soviétique du début des années 1950. A l’époque l’URSS comptait que l’arme nucléaire serait interdite mondialement et la doctrine à ce sujet affirmait que jamais elle ne serait utilisée en premier. La Chine actuelle est sur la même ligne, elle aussi dans une sorte de prolongement du passé.

Par contre, Le Figaro ment par omission et cela dit tout. Car la France reconnaît l’emploi d’armes nucléaires tactiques. Cet emploi fut théorisé dans les années 1950 par les généraux Gallois, Ailleret et Beaufre, puis dans les années 1960 par le colonel Poirier, enfin dans le Livre blanc sur la défense nationale de 1972.

Il faut ici distinguer ce qui est officiel et ce qui est masqué. L’emploi officiel est dit du coup de semonce. Voici comment le premier ministre Raymond Barre le définit dans un discours aux militaires en juin 1977 :

« En ôtant a priori à l’adversaire tout espoir de contrôler étroitement le niveau de violence d’une bataille classique, au cours de laquelle il pourrait presque impunément liquider progressivement nos forces conventionnelles, et en lui interdisant donc de déclencher une telle bataille, l’atome tactique renforce considérablement, par sa seule existence, notre efficacité dissuasive à tous les niveaux.

De plus, si, par extraordinaire, l’adversaire passant outre à toutes ces menaces, décidait de nous attaquer, l’atome tactique lui donnerait très vite le dernier et solennel avertissement qui conviendrait, avant l’apocalypse. »

C’est la théorie de « l’ultime avertissement ». On indique à l’ennemi qu’on est vraiment décidé à lancer des missiles nucléaires s’il continue. L’armée française dispose pour ce faire d’une aviation. L’utilisation de l’avion a en effet la particularité d’être « visible » et une frappe d’avertissement est la preuve suprême si cela ne suffit pas.

Initialement, la France s’appuyait sur quatre éléments : les missiles stratégiques lancés des silos du plateau d’Albion, les missiles sol-sol mobiles pré-stratégiques Hadès, les missiles lancés d’avions, les missiles stratégiques lancés de sous-marins. En 1996, Jacques Chirac décida de supprimer les deux premiers éléments. Il y a donc désormais les sous-marins et les avions, ces derniers menant quatre fois par an l’exercice « poker », simulant une attaque nucléaire.

Or, c’est là que justement il faut saisir ce que cela implique. Dans son discours de 1977, Raymond Barre précise bien qu’il ne s’agit pas d’ouvrir la perspective d’une guerre prolongée avec l’emploi d’armes nucléaires tactiques. Seulement, il était prévu qu’en cas de succès de l’invasion de l’Europe de l’Ouest par le Pacte de Varsovie dans les années 1980, la France bombarderait les troupes avançant vers elle. Ce qui impliquait de bombarder la Belgique et l’Allemagne, par conséquent évidemment il n’y avait rien d’officiel.

Et, aujourd’hui, l’existence même de ces avions implique précisément la possibilité de cet emploi d’armes nucléaires tactiques. Si rien dans la doctrine française ne le préconise, rien ne l’interdit non plus. La France considère que de par sa position, elle est en droit d’utiliser comme bon lui semble son « indépendance stratégique ». Cela a une dimension extrêmement dangereuse. Et Le Figaro, en service commandé car ce genre de propos ne s’inventent pas, introduit le thème de l’utilisation de l’arme nucléaire tactique. Suivant le principe : les Russes en préconisent l’emploi, pourquoi pas nous ?

C’est effarant. Et ce qui est dramatique, c’est que cela passe comme une lettre à la poste. Le capitalisme en crise ne connaît strictement aucune opposition. Il va à la guerre en disposant d’une légitimité comme en 1914, avec pareillement qu’à l’époque une pseudo-gauche gouvernementaliste ou syndicaliste totalement insupportable de vanité et incapable de quoi que ce soit.

Articles recommandés