Présidentielle 2022 : l’élection qui n’a pas lieu

La nullité est seule triomphante.

Dans trois semaines, dimanche 10 avril, ce sera le premier tour de l’élection présidentielle, qui est l’échéance pilier du régime de la 5e République française. Pourtant, cela n’intéresse personne, et pour cause. Le panorama électoral français est d’une nullité affligeante, avec des candidats tous aussi lisses les uns que les autres, sans aucune profondeur politique et culturelle. Personne n’est à la hauteur, c’est au contraire la course à celui qui froissera le moins possible la société française, à qui assumera le moins de choses possibles.

La réélection d’Emmanuel Macron à son propre poste ne fait pas de doute dans l’esprit de la plupart des gens, qui regardent cela de très loin, s’en accommodant largement. C’est que le président correspond très bien à l’état d’esprit de la France : passive, à fond dans la consommation, crispée par rapport à la crise, mais niant malgré tout celle-ci.

Emmanuel Macron est celui qui dit ce qu’il faut dire, sans faire de vagues, sans dire grand chose. Tant la Droite que la Gauche sont encore groggy de sa victoire sortie de nulle part en 2017, qui a cannibalisé leurs fonds de commerce respectifs.

La Droite, à qui l’élection de 2017 était entièrement promise, ne s’est jamais relevée de son échec. Les équipes de Valérie Pécresse, la candidate LR pour cette échéance 2022, sont ulcérées de voir Emmanuel Macron reprendre leurs propositions : retraite à 65 ans, droits de succession supprimés pour 95% des Français, rachat des RTT, année d’internat dans les déserts médicaux, gommant ainsi toutes différences.

La Gauche quant à elle est absolument pitoyable, n’ayant probablement jamais été aussi proche du fond depuis 1914 et l’Union sacrée menant à la première guerre mondiale. Entre le spectacle médiatique de Christiane Taubira qui a fait un flop monumental, le beauf du PCF Fabien Roussel qui s’extasie dès qu’il dépasse les 4% dans les sondages en parlant de steak et de pinard, le populiste Jean-Luc Mélenchon qui racle les fonds de tiroir d’il y a cinq ans, la maire de Paris Anne Hidalgo qui réussi l’exploit de faire une campagne encore plus médiocre que celle de Benoit Hamon en 2017, ou bien encore Yannick Jadot le va-t-en-guerre atlantiste furieusement anti-russe… Que dire?

Du côté des nationalistes, c’est (heureusement) pas mieux. On aurait pu s’attendre à ce que ceux-ci aient un boulevard avec la guerre en Ukraine, en critiquant l’hystérie atlantiste anti-Russe pour relativiser les positions du régime de Vladimir Poutine et mobiliser autour d’un romantisme anti-américain, « non-aligné », etc. Il y avait vraiment de quoi, mais ni Marine Le Pen ni Eric Zemmour n’ont osé, car ils n’osent pas bousculer le régime. Ils ne sont fondamentalement pas de véritables fascistes, mais justes des nationaux-populistes annonçant fadement une nouvelle époque, des escabeaux pour le véritable nationalisme-militarisme qui ne manquera pas d’arriver.

Tout cela n’intéresse donc pas grand monde, car il n’y a pas grand chose à en dire. Après deux ans de pandémie qui a renforcé l’anesthésie générale des esprits par le capitalisme 24 heures sur 24, plus personne ne s’intéresse à rien ni n’assume rien.

Il y en a pourtant des choses à dire… Mais qui assume la question de l’écocide et propose un chamboulement écologiste de la société ? Personne ! Qui assume la question de la crise et assume de vouloir renverser la table, changer les choses en profondeur ? Personne ! Qui parle des animaux ? Personne ! Qui met véritablement sur la table la question des femmes et de leur affirmation dans la société au quotidien ? Personne ! Qui parle de l’insécurité et veut véritablement mener une guerre à la délinquance et aux comportements anti-sociaux ? Personne ! Qui annonce et critique la troisième guerre mondiale qui se prépare ? Personne !

L’avenir ne se jouera certainement pas dans trois semaines avec le premier tour de l’élection présidentielle 2022. La politique n’est pas là, la démocratie n’est pas là. La crise ne fait que commencer, et bientôt la politique reviendra sur le devant de la table. Mais cela se fera par la force, dans la douleur, probablement partant dans toutes les directions avec beaucoup de pots cassés. Ce sera le prix à payer demain de tant de nullité aujourd’hui !

Et le prix à payer par la société française pour une telle apathie va être gigantesque. La facture pour la passivité, tant personnelle que collective, va être meurtrière psychologiquement, assassine socialement, monstrueuse culturellement…

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