Présidentielle 2022 : exemple d’errement avec le PCRF

Quel bric-à-brac !

Le grand souci de notre époque, c’est l’absence d’économie politique de la part des gens à gauche, qui se retrouvent à déverser tout et n’importe quoi sans cohérence aucune. C’est typique de la société de consommation, qui corrompt les mentalités.

C’est absolument flagrant pour le communiqué sur le premier tour de la présidentielle 2022 du Parti Communiste Révolutionnaire de France. Les deux premières phrases sont un scandale intellectuel, un exemple de corruption par la consommation. Les voici :

« Ce premier tour des Présidentielles 2022 témoigne de la crise politique engendrée par la crise générale du capitalisme. À plusieurs reprises, ces dernières années, il a été signifié que le pays « légal » n’est plus légitime. »

Il est parlé de « crise générale du capitalisme ». Quel est le problème?

Soit c’est de la fainéantise, parce que cette crise générale du capitalisme a commencé, selon le PCRF, en 1917. Expliquer une élection présidentielle en France en 2022 par un phénomène commencé depuis plus d’un siècle, s’étant développé pendant plus d’un siècle, c’est abusé. Si la crise générale du capitalisme est un arrière-plan général, alors c’est forcer les choses que d’en faire la source explicative de toutes les choses en particulier.

Soit c’est de l’escroquerie politique et morale, car ce sont les maoïstes qui considèrent qu’il y a une crise nouvelle, ouverte avec la pandémie, modifiant la situation et expliquant les événements.

On ne peut pas, comme le fait le PCRF, utiliser de temps en temps un concept aussi puissant que la « crise générale du capitalisme ». On l’utilise ou on ne l’utilise pas, mais on ne peut pas l’employer de manière subjectiviste.

Et que dire du propos selon lequel :

« le pays « légal » n’est plus légitime. »

Quelle honte ! Quelle fainéantise ! Car cette thèse du pays légal est de plus en plus utilisée par des gens cherchant à vouloir se montrer intelligents, maniant des concepts. Même Emmanuel Macron l’a fait en 2020, en disant :

« Le problème qu’on a, politiquement, c’est qu’on a pu donner le sentiment à nos concitoyens qu’il y avait un pays légal et un pays réel. Et que nous on savait s’occuper du pays légal – moi le premier -, et que le pays réel ne bougeait pas. »

Et ce concept de « pays légal » a été historiquement formulé par Charles Maurras, le grand idéologue du « nationalisme intégral » avec son mouvement l’Action française. Ne reconnaissant pas la République française, il dit que celle-ci représente une structure « légale » qui n’a pas de fondements dans le « pays réel ». Ce pays réel, ce sont les régions, les lieux locaux où se déroulent les rites religieux catholiques, la famille, les métiers organisés en corporations.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de France considère-t-il que le « pays réel » consiste en les régions, les lieux locaux où se déroulent les rites religieux catholiques, la famille, les métiers organisés en corporations ? Certainement pas, mais alors quel est ce « pays réel » ? Et en quoi ce concept a-t-il un sens ?

Jamais le socialisme n’a expliqué qu’il existait un mur fondamental entre les classes et les institutions. C’est l’anarchisme qui dit cela, notamment avec le syndicalisme révolutionnaire. Le fascisme a directement repris a repris cette thèse anti « élites ».

Et le Parti Communiste Révolutionnaire de France est justement sur cette position anarchiste, en disant qu’il n’y a pas de différence de substance entre Emmanuel et Marine Le Pen. C’est le « ils se valent » typique de l’ultra-gauche. Les différences politiques seraient « fausses », ne représenteraient rien de concret, tous les hommes politiques seraient des marionnettes, etc.

D’où ces propos comme quoi une bourgeoisie monopoliste unifiée tirerait des ficelles, en ayant conscience d’elle-même.

« Alors, des différences entre Macron et Le Pen ? Dans le détail peut-être, mais sur le fond, l’un comme l’autre, c’est l’austérité, la galère, les libertés démocratiques foulées aux pieds, le chômage, la généralisation de la précarité. Toutes leurs propositions restent dans le cadre du capitalisme, toutes leurs propositions sont donc vouées à l’échec.

Derrière l’appel à faire barrage à Le Pen, ce qui est recherché, c’est le consensus derrière la politique que la bourgeoisie monopoliste, l’oligarchie financière, veulent voir mener. »

Ce n’est pas sérieux. Il est évident que s’il y a différents partis politiques, ils représentent des intérêts différents. N’est-il pas flagrant que l’orientation internationale d’Emmanuel Macron n’est pas la même que celle de Marine Le Pen?

N’est-ce pas d’une importance capitale alors qu’il y a la guerre en Ukraine, avec l’OTAN visant à s’étendre aux dépens de la Biélorussie et de la Russie?

Une telle différence ne peut-elle pas reposer que une confrontation au sein même de la grande bourgeoisie, entre les partisans d’une intégration à la démarche américaine, dans l’OTAN, et ceux voulant une aventure française en solitaire ?

Une position anarchiste ne permet pas de saisir la complexité du monde, ses contradictions, en raison d’une vision unilatérale.

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