Présidentielle 2022 : assumez et exacerbez votre sensibilité contre la guerre et contre le fascisme

C’est ce qu’il faut pour avancer.

L’option de se soumettre à Jean-Luc Mélenchon avec son populisme n’en est pas une. Cela ne fera rien avancer, ce n’est que participer à la comédie réformiste au sein de la société de consommation. Alors qu’il y a deux grandes actualités qui s’imposent, marchant en duo et s’imposant toujours plus.

Ces deux grandes actualités, ce sont la guerre et le fascisme. La guerre, parce que la crise ouverte par la pandémie exige de rattraper l’accumulation capitaliste perdue, et donc d’oeuvrer militairement au repartage du monde. La guerre en Ukraine, annoncée ici dès avril 2021, en est l’exemple majeur. Le fascisme, parce que chaque capitalisme se replie sur lui-même, transformant son État en levier majeur de sa centralisation, de son unification, de sa rationalisation. Le BREXIT est une expression de cette tendance et si ce n’est pas le fascisme, à un moment les digues vont céder, puisqu’il faut pressuriser les prolétaires au maximum, les presser comme des citrons.

Normalement, la priorité c’est de freiner au maximum l’irruption du fascisme. C’est un principe de la Gauche historique, c’est ce qu’on appelle faire barrage. L’ultra-gauche n’est pas d’accord, parce qu’elle a adopté la conception de la « révolution permanente » : il y aurait en permanence une situation révolutionnaire. La Gauche historique a quant à elle une analyse réelle de la situation et elle sait quand il faut être sur la défensive.

La particularité de la situation, c’est que la guerre en Ukraine implique, de manière indirecte, l’ensemble des pays de l’OTAN, qui utilisent le régime ukrainien comme tête de pont militaire contre la Russie, qui de son côté tente aussi de dominer l’Ukraine. Partant de là, il est pour beaucoup impensable de donner son aval à Emmanuel Macron, car ce serait converger avec la guerre. Sur le fond, ils ont raison.

Objectivement, le dilemme est insoluble. Mais il y a une réponse, tout à fait dialectique, celle de la subjectivité. Ceux qui ont l’oeil pour voir le fascisme doivent aller au bout de leur raisonnement et doivent voter pour Emmanuel Macron, car ils doivent assumer de faire barrage, reconnaissant la dignité de leur propre démarche. Ceux qui ont l’oeil pour la guerre ne doivent pas aller voter, car ils doivent s’endurcir subjectivement dans le rejet de la guerre, de l’OTAN.

Cela peut sembler incompréhensible à qui raisonne, non pas en termes historiques, mais en termes électoraux. Du point de vue électoral, en effet, il n’y a pas de cohérence puisque les élections fonctionnent en termes de bloc électoral. Il faut relever d’un bloc, ou de l’autre. Cela penche d’un côté, ou de l’autre.

La situation historique empêche toutefois tout caractère unilatéral. Il ne s’agit pas d’ailleurs de faire du « ni Le Pen ni Macron », qui est une position de reculade, qui revient à de l’anarchisme. Non, il s’agit d’assumer en bloc, car on a besoin de gens s’impliquant, assumant la confrontation, s’engageant personnellement dans une démarche qui soit entière.

Nous avons besoin de gens entiers. Il y en a assez des gens vivant à moitié, et ce que propose Jean-Luc Mélenchon, c’est justement que tous les gens de Gauche se coupent en deux de manière ininterrompue, afin de s’insérer dans la société capitaliste, en se mutilant toujours un peu plus.

Ce dont les prolétaires de France ont besoin, c’est de gens entiers, cessant de louvoyer. Il faut assumer et exacerber sa sensibilité aujourd’hui contre la guerre et contre le fascisme, deux aspects de la tendance négative l’emportant, afin d’être prêt demain pour la confrontation avec eux.

La crise du capitalisme veut empêcher que s’ouvrent le chemin du Socialisme, qui ne peut être porté que subjectivement par des gens rompant avec la société de consommation, avec l’esprit de compétition et de concurrence, avec la réduction au degré de consommation des rapports entre humains ou avec les animaux, la Nature… Il s’agit d’un défi historique et il faut des gens forgés conformément à l’ampleur de ce défi.

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