Entrée dans l’OTAN : le suicide des nations finlandaise et suédoise

Les deux pays entrent dans le bal de la guerre.

Après la pandémie, le capitalisme espérait redémarrer dans un même élan. La guerre en Ukraine a torpillé cet espoir… avant que cet espoir ne réapparaisse en ce moment dans un redémarrage post-pandémie intégrant cette fois la guerre à la Russie. Lundi 16 mai 2022, la Suède et la Finlande se lancent dans ce nouveau redémarrage, en annonçant leur demande d’entrée dans l’OTAN.

C’est en fait une simple officialisation. Dans la pratique, tant la Suède que la Finlande, deux pays surarmés, sont déjà une composante de l’OTAN. Leur armement est déjà compatible avec l’OTAN, il y a déjà eu des initiatives communes, bref l’interopérabilité est déjà là. La Russie le savait bien depuis le départ et là il n’y a donc que les masques qui tombent. L’intégration de la Suède et de la Finlande n’est nullement une « conséquence » de l’invasion russe.

Cela étant, les pays de Moumine et Nils Holgersson viennent de réaliser leur propre suicide en se lançant dans ce processus (qui sera accéléré) d’adhésion à l’OTAN. En effet, à la base ces pays ont une idéologie nationale les présentant comme neutres, ouverts, pacifiques, constructifs, démocratiques, etc. Ils se veulent des pays tranquilles, la Finlande se présentant souvent comme le pays où il fait le mieux vivre au monde. C’est la démarche idéologique bisounours bien connue des pays nordiques, qui souvent se proposent pour cette raison comme intermédiaires pour des accords de paix auprès de belligérants de par le monde.

Or, l’adhésion à l’OTAN modifie totalement cette ligne pacifique. Elle amène d’une part ces pays à se placer directement dans l’opposition à la Russie, en assumant d’être prêts se lancer dans le conflit. Elle amène surtout ces pays à révéler leur propre fond.

La Suède est un pays ultra-nationaliste, avec un nationalisme qui est il est vrai soft, mais implacable et lancinant, exactement comme en Angleterre, la Suède étant d’ailleurs également une monarchie. En Suède, il n’est socialement pas possible de dire que le pays va mal, que les choses ne vont pas, que les gens sont malheureux, etc. Il y a un consensus idéologique monstrueux.

La Finlande est un pays pareillement ultra-nationaliste, mais sans l’appareil de la monarchie. Cela tient à la nature du régime en place, né de l’écrasement sanglant de la révolution finlandaise de 1918. La dimension conservatrice anti-Gauche est systématique, alors qu’en Suède il y a eu reconnaissance et intégration de la social-démocratie. Cette dernière a d’ailleurs justement validé l’intégration suédoise dans l’OTAN. En Finlande, la société ne s’appuie pas sur un tel consensus social-nationaliste, mais sur une pesanteur généralisée, avec un esprit de forteresse assiégée.

L’entrée dans l’OTAN fait toutefois sauter l’idéologie dominante savamment distillée ; ces pays qui se voulaient inactifs, passifs, à l’écart, tranquilles pour ainsi dire, se retrouvent propulsés dans l’action et même en première ligne, de par les frontières avec la Russie.

La menace russe a bon dos d’ailleurs quand on sait que la Finlande autoritaire voire fasciste des années 1930 s’était alliée à l’Allemagne nazie, et que la Suède est historiquement un des grands concurrents de l’expansionnisme russe dans la région (la Finlande a d’ailleurs été une colonie de la monarchie suédoise avant de devenir une colonie de l’empire russe).

La Suède et la Finlande tombent ainsi concrètement le masque, ces deux pays n’entrent pas dans l’OTAN pour rien, c’est bien pour participer à dépecer la Russie. Ce basculement dans le bellicisme revient à un suicide national, car cela transforme à terme le pays en simple force armée de l’OTAN, exactement comme c’est le cas pour l’Ukraine déjà.

Cela souligne l’importance grandissante de la question nationale dans la bataille pour le repartage du monde. Les nations passant sous le joug des grandes puissances doivent obtenir leur libération nationale pour ne pas disparaître, et cela va être un processus particulièrement tourmenté.

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