L’armée russe l’emporte en Ukraine

Le tournant est passé.

Une chose véritablement terrible des cent premiers jours de la guerre Russie-Ukraine au point de vue politique en France est de voir qu’il n’y a aucune capacité d’analyse de la part de la Gauche française. Cette dernière reprend intégralement ce que disent les médias, et donc la propagande de l’OTAN. Que ce soit avec les pseudos massacres ou les pseudos bombardements d’hôpital ou d’école, la rhétorique propagandiste du régime ukrainien a été acceptée tel quel, ainsi que les évaluations du ministère britannique de la Défense.

Partant de là, il y a trois semaines, tout le monde reprenait l’antienne comme quoi la Russie était en train de perdre. Or, c’était naturellement faux, cela servait à continuer la pression pour un soutien acharné au régime ukrainien. L’Ukraine est utilisée comme chair à canon dans la guerre occidentale contre la Russie. Personne n’en a rien à faire dans les pays occidentaux de la nation ukrainienne, de la culture ukrainienne. Tout cela est d’une hypocrisie sordide.

La situation sur le front au 10 juin telle qu’évaluée par l’armée française

Sur le terrain, l’Ukraine est en train de perdre totalement, pour deux raisons. Tout d’abord, ses forces militaires professionnelles sont fatiguées, ensuite, son artillerie n’a plus de munitions. Inversement, la Russie n’a pas institué l’état de guerre et dispose de troupes encore opérationnelles dans une large mesure, et surtout dispose de deux années de munitions d’artillerie.

Concernant ce dernier point, il y a également une dimension quantitative : l’armée russe utilise de dix à vingt fois plus d’artillerie que l’armée ukrainienne.

Et comme maintenant il est clair que l’Ukraine a « choisi » de rompre avec la Russie, alors tout est plus facile pour l’armée russe, qui pilonne et qui pilonne, de manière ininterrompue, et occupe toujours plus de terrain, avec comme objectif avoué désormais, la Nouvelle Russie, ce qui avait été annoncé sur agauche.org début mai 2022 déjà. Les passeports russes commencent ainsi à être distribués à Kherson et à Mélitopol.

Le 9 juin, à l’occasion du 350e anniversaire de Pierre le Grand, le président russe Vladimir Poutine n’a ainsi pas du tout parlé d’une Ukraine slave ou petite-russe ; il a parlé d’une Russie obligée de batailler pour que sa population soit à l’intérieur de son territoire.

Nous venons de visiter une exposition consacrée au 350ème anniversaire de Pierre le Grand. C’est étonnant, mais presque rien n’a changé (…).

Pierre le Grand a combattu la Grande Guerre du Nord pendant 21 ans. On aurait pu dire qu’il était en guerre contre la Suède et qu’il leur prenait quelque chose. Il ne leur a rien enlevé. Il a repris ce qui appartenait à la Russie (…).

Lorsqu’il a fondé une nouvelle capitale [Saint-Pétersbourg], aucun des pays d’Europe ne reconnaissait ce territoire comme appartenant à la Russie. Tout le monde le considérait comme faisant partie de la Suède. Mais depuis des temps immémoriaux, des slaves vivaient là-bas aux côtés des peuples finno-ougriens (…).

Apparemment, c’est aussi à nous maintenant de reprendre ce qui appartient à la Russie. Et si nous partons du principe que ces valeurs sont la base de notre existence, nous parviendrons certainement à atteindre nos objectifs. »

La situation économique ukrainienne est également catastrophique. Entre les destructions des infrastructures, des usines, les destructions (et il faut compter ici les déforestations massives), les explosifs qui traînent dans de nombreuses zones… le pays voit sa réalité productive massacrée. Le pays a perdu tout moyen d’être indépendant, d’où justement toutes les initiatives de l’Union européenne pour ouvertement vassaliser ce qui va rester de l’Ukraine.

Il y a d’ailleurs des tendances déjà pour aller directement en ce sens. L’Allemagne traîne totalement des pieds pour envoyer du matériel militaire au régime ukrainien, au point que les raisons données régulièrement deviennent toujours plus ridicules (il manque des pièces, il faut former les soldats ukrainiens, etc.). La France envoie des armes, mais aimerait bien que tout se termine, car elle comprend que si les choses continuent sa position secondaire au niveau international va être clairement établie.

Et il y a question des céréales ukrainiennes qui sont bloquées et qui risquent de provoquer, par leur non-exportation, à de grandes déstabilisations dans plusieurs pays, avec des émeutes de la faim. Les prix des céréales explosent d’ailleurs en général dans le monde et cela ajoute à l’inflation galopante dans le monde avec la montée du prix du gaz et du pétrole.

Tout cette ampleur montre bien qu’on est dans le contexte du repartage du monde par les grandes puissances, que c’est là tout l’enjeu de l’époque. Le monde capitaliste a bien basculé avec la pandémie en 2020, il est rentré dans la crise mondiale. C’est d’ailleurs pour cela qu’aux élections législatives de 2022, qui se tiennent aujourd’hui, aucun candidat ne parle ouvertement ni de la pandémie, ni de la guerre en Ukraine. On est dans la machine bourgeoise à illusions, pour essayer de forcer les choses, de faire tenir l’ensemble coûte que coûte… avant que tout ne craque inéluctablement.

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