La menace nucléaire (tactique) française sur la Russie de mars 2022

Une démarche criminelle du militarisme.

C’est le Canard enchaîné qui le « révèle ». Il faut mettre des guillemets car le Canard enchaîné n’est pas un organe de presse « neutre », mais une caisse de résonance du combat fratricide des factions des classes dominantes. L’information donnée vise d’ailleurs clairement les bourgeois pour qu’ils se mettent à la page, ce n’est nullement une initiative anti-guerre !

D’ailleurs, tous les milieux informés savent que la Russie et la Chine procèdent depuis trois mois à des attaques internet massives en France. Pour autant, ce n’est dit nulle part, car il y a une opération de remue-ménage pour habituer la bourgeoisie dans son ensemble à mettre le pays sur le pied de guerre.

L’initiative militariste des 8-9 mars 2022 est ici exemplaire. L’armée française a mené un exercice de telle manière que le satellite russe puisse l’observer ; il s’agissait de 43 Rafales s’entraînant à lancer un missile atomique, dans le cadre d’une simulation avec un pays ennemi ayant, justement, toutes les caractéristiques de la Russie.

C’est là naturellement jouer avec le feu ; cela relève d’un esprit d’escalade. C’est typique d’un état-major d’un pays capitaliste visant à être aux premières loges de la bataille pour le repartage du monde.

Mais on aurait tort toutefois de penser que c’est une simple démonstration de force concernant le feu nucléaire global. Pas du tout ! C’est bien pire.

La doctrine militaire française concernant l’emploi du feu nucléaire implique en effet que l’utilisation d’un avion transportant un missile nucléaire soit symbolique. C’est pour indiquer la détermination de l’armée française, car l’avion est repérable sur les radars. Les missiles nucléaires eux-mêmes partent toutefois des « Sous-Marins Nucléaires Lanceurs d’Engins » (SNLE).

Le Canard enchaîné indique d’ailleurs que trois SNLE avaient pris la mer au début de la guerre Russie-Ukraine, au lieu d’un seul normalement. A ce niveau on est effectivement dans l’avertissement du feu nucléaire global.

En ce qui concerne les avions, par contre, on fait face à la question des petites bombes nucléaires, celles qu’on considère désormais comme pouvant être utilisés sans déclencher la guerre nucléaire globale. On parle ici d’armes nucléaires tactiques ; elles sont de maximum 300 kilotonnes, de moindre puissance par rapport aux armes nucléaires traditionnelles. Voici un exemple pour une bombe de 100 kilotonnes lancée à la surface de Paris.

En jaune, la boule de feu nucléaire, entouré en rose claire du souffle principal ; en vert la zone radioactive, et la petite zone autour est celle des dégâts moyens ; en orange clair la zone concernée par la chaleur (brûlure au 3e degré) ; en gris les dégâts légers.

Voici un exemple pour une bombe de 10 kilotonnes.

Cela n’a jamais été rendu officiel, mais en cas de conflit entre l’OTAN et le Pacte de Varsovie dans les années 1980, il était prévu des deux côtés d’utiliser ces armes nucléaires tactiques en cas de victoire rapide du camp ennemi. Du côté de l’OTAN par exemple, si jamais les tanks du Pacte de Varsovie réussissaient à massivement passer, que ce soit par la trouée de Fulda, la plaine d’Allemagne du Nord ou la vallée du Danube en Autriche, les armes nucléaires tactiques seraient employées.

La France entendait faire elle-même pareillement si le Pacte de Varsovie arrivait vers ses frontières, ce qui signifie que la Belgique et l’Allemagne seraient la cible d’armes nucléaires tactiques françaises visant les troupes ennemies.

Plus qu’une guerre nucléaire généralisée détruisant tout, la guerre entre les deux camps ennemis dans les années 1980 aurait été une sorte de guerre totale avec l’emploi d’armes nucléaires tactiques de manière régulière, du moins au départ.

Cela étant, cela aurait vite débordé. La technologie n’était en fait pas encore assez au point. Les forces américaines en Allemagne de l’Ouest devaient ainsi déclencher à la main les bombes nucléaires tactiques, dans un contexte de guerre venant de commencer et donc de chaos relatif dans le commandement. Il n’y avait pas encore des satellites comme aujourd’hui, des missiles efficaces, précis et rapides, etc.

Il était donc prévu du côté de l’OTAN d’anéantir directement l’Autriche avant que le Pacte de Varsovie ne passe, afin de ne rien risquer, et les deux camps auraient lancé massivement leurs missiles nucléaires en cas de perte de vitesse pour ne pas se laisser vaincre par surprise, tellement il était difficile d’avoir un aperçu général de la situation, de par la situation technologique alors.

Désormais, une guerre nucléaire tactique est par contre tout à fait jouable… On peut gérer les choses de manière « millimétrée ». Cela rejoint la question du contournement de l’équilibre de la terreur (qu’on trouve exposée dans l’article « Les stratégies impérialistes de contournement de l’équilibre de la terreur à l’époque de la seconde crise générale du capitalisme : l’asphyxie comme approche de la superpuissance américaine, le délitement comme approche sino-russe » dans la revue pdf Crise de Février 2022).

En fait, l’arme nucléaire, de stratégique, devient tactique. C’est cela qui est en train de se mettre en place. Personne ne lancera une guerre nucléaire globale pour la destruction nucléaire de quelques kilomètres carrés sur un territoire – tout en répondant de la même manière.

C’est la bataille pour le repartage du monde, c’est le processus en cours, c’est la catastrophe en cours.

Articles recommandés