La France soutient militairement de manière massive le régime ukrainien

La France est partie prenante dans la guerre en Ukraine.

Le président français Emmanuel Macron et le ministre des Armées Sébastien Lecornu

La France participe à la guerre en Ukraine, mais ne le dit pas. Ou, du moins, elle le dit uniquement aux cadres des couches dominantes, pour qu’ils comprennent les enjeux, alors que les larges masses sont mises de côté, rendues abruties par la propagande.

Le ministre des Armées Sébastien Lecornu a ainsi accordé une interview au Journal du Dimanche, dont les questions sont elles-mêmes une propagande hallucinée, typique de ce journal depuis quelques années, alors que le ministre est valorisé de manière démesurée : il aurait toujours voulu être ministre des Armées, il est le plus jeune ministre en ce domaine depuis la révolution française, etc.

Dans l’interview, Sébastien Lecornu dit la vérité, à moitié ; il sait à qui il s’adresse, il sait qu’il contribue à former une opinion dominante en faveur de la guerre contre la Russie. On est là dans le bellicisme de A à Z, mais de manière feutrée.

« Des soldats ukrainiens seront-ils présents sur les Champs-Élysées ?
Non. En revanche, des armées de pays d’Europe de l’Est et de l’Otan seront là. Bien sûr, la guerre en Ukraine va occuper une large place.

À ce sujet, la poussée russe dans le Donbass vous inquiète-t-elle ?
La ligne de front bouge lentement, mais elle bouge. Les dernières semaines montrent que cette guerre s’installe dans la durée. Se pose alors la question des profondeurs stratégiques des deux parties, c’est-à-dire leur capacité à se régénérer pour tenir.

Celle de la Russie est importante. Celle de l’Ukraine, c’est désormais nous, les Alliés de l’Otan et les Européens, qui l’incarnons. On a beaucoup parlé du courage des combattants ukrainiens. Il est évidemment à saluer. Désormais, c’est notre solidarité qui permet aux Ukrainiens de tenir.

​Mais eux vous réclament davantage d’armes lourdes…
Beaucoup de moyens de défense leur ont été donnés et nous allons avec nos partenaires continuer à le faire. Nous aidons l’Ukraine à se défendre pour retrouver l’intégrité de ses frontières. Aider l’Ukraine, ce n’est pas être cobelligérant. Nous faisons attention à ne pas trop en dire sur nos livraisons d’armes.

​Pourquoi ce manque de transparence ?
Nous préférons faire que dire. C’est cela qui aide opérationnellement l’armée ukrainienne.

​La France a livré pour 160 millions d’euros d’équipements, bien moins que la Pologne ou la Norvège. Pourquoi ?
Déjà, ces chiffres sont faux. Le montant est significativement plus élevé. Ces livraisons ne sont pas une course à l’échalote entre alliés. Tout dépend aussi de l’avantage stratégique que ces armes offrent, de la régularité des livraisons, de la formation qui permet aux soldats ukrainiens de s’en servir, etc. C’est ce que nous avons fait avec les douze canons Caesar que nous avons livrés auxquels vont s’ajouter très prochainement six autres.

​​Le chef d’état-major poursuit-il le dialogue avec son homologue russe ?
Nous ne sommes pas en guerre avec la Russie. Oui, il y a des échanges entre responsables civils ou militaires, le fil ne saurait être totalement coupé avec Moscou. La France tient son rôle de puissance d’équilibre. L’Ukraine a besoin que nous puissions jouer ce rôle.

​Les Ukrainiens ont beaucoup de mal à comprendre ce discours…
C’est normal humainement. Si j’étais à leur place, j’aurais beaucoup de mal à le comprendre. Si la Russie ne peut, ni ne doit, gagner cette guerre, elle continuera à être un grand pays aux portes de l’Europe ! Nous devons donc assurer une sécurité collective sur le long terme. C’est notre rôle. Les décisions prises ne doivent pas nous affaiblir. Cela vaut aussi pour ce que nous livrons à l’Ukraine. Il faut être en capacité de régénérer ce que nous donnons. »

Le ministre assume deux choses : d’une part que la France est partie prenante dans le conflit en soutenant massivement l’armée ukrainienne, sans dire publiquement dans quelle mesure, de l’autre que la France veut jouer le rôle de grande puissance et être au premier rang lorsqu’il faudra, la victoire ukrainienne étant attendue, faire plier la Russie.

C’est là une logique de guerre, ni plus ni moins. Et c’est caractéristique de la chose : en faisant des hypothèses optimistes pour ne pas dire triomphalistes, les bourgeoisies nous précipitent dans les imbroglios du conflit pour le repartage du monde. C’est la marche inexorable à la guerre.

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