Méga-feux en France : le retour de bâton

C’est tout le mode de vie qu’il faut revoir.

Les méga-feux de cet été vont-ils provoquer un regain de conscience à propos de l’impact humain sur les conséquences délétères du réchauffement climatique ? Espérons-le. Mais espérons surtout qu’ils favorisent aussi une prise de conscience plus générale sur l’imbrication de l’être humain dans la nature toute entière.

Car ce sont bien ces deux aspects qui sont à la source des récents méga-feux en Bretagne, dans le Sud ainsi qu’en Gironde, là où deux incendies ont engendré le déplacement de près 37 000 personnes et ravagé 20 000 hectares de forêts, d’habitations et de campings. Ce à quoi il faut ajouter toute la vie animale perturbée ou décimée par les flammes, les gaz et la chaleur.

L’année 2022 s’annonce déjà catastrophique avec déjà 40 000 hectares brûlés, contre 30 000 en 2021 et la rapproche de la terrible année 2003 avec plus de 61 000 hectares brûlés. La conjugaison d’une intense sécheresse sur une bonne partie du territoire, commencée tôt dès le printemps, d’un important épisode caniculaire et de vents divergents ne pouvaient que rendre le cocktail explosif.

Face à la situation, la bourgeoisie se réfugie dans un discours gestionnaire et technique. Mercredi 20 juillet, Emmanuel Macron venait ainsi rassurer les populations de la Teste-de-Buch, et rappeler tout à la fois les investissements passés et futurs dans les flottes aériennes de lutte contre les incendies et un « grand chantier national pour replanter la forêt ».

Évidemment, Emmanuel Macron pense surtout au business. La forêt des Landes est la plus importante forêt artificielle d’Europe, générant près de 30 000 emplois et représentant 15 % de la récolte nationale commercialisée. A tel point que certains représentants des puissants syndicats forestiers locaux parlent de « forêt de production ».

On parle là de pins maritimes modifiés au fil des décennies par les agronomes de l’État afin de les faire pousser toujours plus vite, et toujours plus droit, et plantés en longues lignes droite bien régulières… Une forêt standardisée aux antipodes d’une forêt naturelle par définition irrégulière, aux essences diverses et variées. Le chantier de replantage n’est donc là uniquement que pour rassurer les industriels du secteur.

Et en dehors de l’État, la seule voix que l’on peut entendre, c’est cette satanée thèse de la « bonne gestion » de la forêt. Il est vrai que des règlements imposent de gérer les forêts de sorte à éviter les bois morts et les broussailles (pourtant essentiels pour la vie sauvage) qui sont particulièrement conducteurs d’incendies, un plan de gestion ayant été refusé récemment dans les Landes à cause de conflits entre les 5 000 propriétaires des 40 000 parcelles et une association d’usagers (la forêt des landes a un droit pour les usagers sur le bois).

Mais est-ce là le fond du problème ? Non, à moins de croire encore en cet été 2022 à l’idée que l’homme est « maître et possesseur de la nature », qu’il peut gérer à tout va la nature comme bon lui semble. Déjà pourrait-on commencer par se demander si les forêts anciennes non artificielles ne sont pas plus résistances aux fortes chaleurs ?

Mais c’est aussi un recul historique qu’il faut assumer. Avant que les Landes ne soient décrétées par Napoléon III zone dédiée pour la sylviculture de pins, une essence adaptée à pousser dans le sable, cet espace était surtout constitué de marais, ce qui n’étonnera pas étant donné sa proximité avec l’océan…

Assécher des marais, cela a été la base au développement du capitalisme en France, notamment au Moyen-Âge, et si cela a pu être profitable par certains abords, force est de constater en cet été 2022, qu’il s’agirait de faire revenir les marais dans cette zone.

De la même manière qu’il est dit que 95 % des incendies estivaux sont d’origine humaine. Criminel dira t-on… Et bien non, cela n’est pas forcément le cas.

Ainsi par exemple, l’incendie dans les Bouches-du-Rhône qui a ravagé près de 2 000 hectares dans le Massif de la Montagnette a été visiblement causé par la défaillance du système de freinage d’un wagon d’un train de marchandises, en provenance de la zone pétrolière de Fos-sur-Mer.

À la Teste-de-Buch, le méga-feu s’est déclenché à la suite d’une panne d’une camionnette venue d’un camping voisin et ayant emprunté un chemin forestier pour aller dans une déchetterie. Mais cela peut-être aussi parfois des étincelles d’engins agricoles ou des accidents « domestiques » comme à Paimpont en Bretagne où un habitant a provoqué un feu sur 7 hectares après qu’il ait brûlé des végétaux dans son jardin.

Alors certes il y a des problèmes de comportements individuels anti-sociaux, mais le fond de la question est surtout l’étalement urbain et le rapprochement de toutes les activités humaines avec des zones boisées et forestières, elles-mêmes souvent fortement soumises à l’emprise de l’homme et sa manie gestionnaire.

Trop de zones résidentielles installées à la hâte, elles et ses horribles haies parfaitement taillées, véritables propagateurs d’incendies, trop de routes traversant des forêts elles-mêmes ultra-fragmentées, trop de zones industrielles et commerciales implantés à proximité immédiate de bois ou de plaines à la végétation dense et souvent très sèche l’été.

Tout un mode de vie qui génère aussi des mentalités humaines égoïstes et déconnectées des enjeux de protection de la nature, le tout finissant par un cataclysme d’incendie sur fond de réchauffement climatique lui-même produit d’une Humanité qui se pense comme séparée de la nature.

Il faudrait tout revoir, du développement des activités humaines en rapport aux zones forestières aux espaces forestiers installés artificiellement parfois sur des biotopes moins exposés aux risques d’incendie, en passant par la mise en place de mesures coercitives strictes, comme une restriction massive des activités humaines les plus susceptibles d’engendrer de tels feux.

Voilà la réalité de ces méga-feux : celle d’une Humanité qui se pense en dehors de la nature et croit bon de continuer à profiter d’un mode vie façonné par le capitalisme comme si de rien n’était. Le retour de bâton est forcément douloureux.

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