Décès du savant James Lovelock (« l’hypothèse Gaïa »)

Il a joué un rôle intellectuel important.

Le savant britannique James Lovelock est décédé le jour de son 103e anniversaire ; il a joué un rôle important historiquement avec la microbiologiste américaine Lynn Margulis. Tous deux ont en effet présenté dans les années 1970 la conception d’une planète Terre « vivante », c’est-à-dire formant un ensemble organisé où tout est en interaction. James Lovelock a présenté cela dans des ouvrages à la fois de haute valeur et inspirant :  Les Âges de Gaïa (1990), La Terre est un être vivant, l’hypothèse Gaïa (1999), Gaïa. Une médecine pour la planète (2001) et La Revanche de Gaïa (2006).

C’est ainsi en travaillant sur la planète Mars pour la NASA qu’il s’est intéressé aux équilibres chimiques planétaires et qu’il est allé dans cette direction. Parmi ses nombreux travaux, on notera que ce sont ses recherches qui ont été utilisées pour comprendre le fameux « trou » dans la couche d’ozone, lui-même ayant inventé en 1957 un Electron capture detector permettant justement de détecter la diffusion de produits chimiques sur l’ensemble de la planète par l’humanité.

Tout en recevant maintes distinctions scientifiques et institutionnelles, James Lovelock resta toutefois à l’écart dans les milieux scientifiques, mis en avant surtout comme un prophète de malheur pour ses considérations sur le réchauffement climatique ne laissant selon lui que très peu de place sur Terre pour la vie à l’avenir. Pour lui, à l’horizon 2040-2100, 80% de l’humanité aura disparu ; lui-même considérait que le nucléaire était une bonne solution pour éviter les énergies fossiles.

C’est là un fait important intellectuellement, car James Lovelock n’a jamais compris les implications concrètes de sa propre conception, à l’inverse de Lynn Margulis précisément. Celle-ci a en effet remarqué que cette conception de la planète comme « superorganisme » – ou comme Biosphère pour reprendre le terme mis en valeur par le biogéochimiste ukrainien (puis soviétique) Vladimir Vernadsky – était bien entendu totalement en décalage avec le culte de l’individu et le principe du développement aléatoire de l’évolution.

Elle a ainsi mis en valeur Vladimir Vernadsky, ainsi qu’accompli elle-même tout un travail sur l’étude des bactéries et le processus de symbiose qui joue selon elle un rôle central dans l’évolution de la vie. Autrement dit, elle a affronté le néo-darwinisme – qui reflète simplement l’idéologie capitaliste avec son individualisme, sa concurrence – pour mettre en avant la co-évolution de tous les êtres vivants, au sein d’un système de dimension planétaire. Elle soulignait ainsi avec son fils Dorion Sagan (dont le père est l’illustre Carl Sagan) que :

« Les expériences sur les amibes soulignent l’erreur qui consiste à croire que l’évolution fonctionne toujours « pour le bien de l’individu ».

Car après tout, qu’est-ce que l’« individu » ? Est-ce l’amibe seule avec ses bactéries internalisées ?

Ou la bactérie seule qui vit elle-même dans la cellule vivante elle aussi ?

La notion d’individu est vraiment une abstraction, une catégorie d’esprit, un concept. Et la nature a tendance à évoluer en faisant fi de toute catégorie ou de tout concept étroit. »

L’univers bactériel (1986)

Ce qui est très intéressant en fait, c’est que Lynn Margulis a rejoint toute une réflexion qui a pu exister par le passé mais qui est inconnue en occident, car russe ou soviétique. Lynn Margulis prolonge concrètement (et de manière assumée) les travaux sur la symbiogenèse du russe puis soviétique Boris Kozo-Polianski (1890-1957), le terme ayant été forgé par le Russe Constantin Merejkovski (1855-1921).

On ne trouve rien de tout cela chez James Lovelock, qui pour ainsi dire a pris le mauvais virage devant l’immensité de sa découverte qu’il existait un équilibre chimique planétaire, ce que Vladimir Vernadsky avait compris scientifiquement bien avant lui, constatant dès 1924 que les activités humaines amenaient une expansion du CO2 dans l’atmosphère.

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