Emmanuel Macron et « la fin de l’abondance »

Comment amener la société consommatrice à la guerre?

Jusqu’à présent, rien de bouleversé en France. Il y a eu le Tour de France, Emmanuel Macron est passé par là, tout va très bien dans le meilleur des mondes. L’été 2022 s’est déroulé sans accrocs.

L’Etat doit pourtant procéder à une vaste restructuration économique, ainsi qu’amener les gens en direction de la guerre pour le repartage du monde. Les gens sont trop passifs pour faire face aux restructurations, donc de côté-là, ça passe, mais comment les amener à la guerre ? Là, il y a un véritable problème et l’aile libérale-modernisatrice de la bourgeoisie, que représente Emmanuel Macron, doit montrer qu’elle est capable de résoudre ce problème, sans quoi… C’est l’aile nationaliste-militariste qui l’emportera, et avec elle la très haute bourgeoisie.

Dans son discours introductif au Conseil des ministres, le 24 août 2022, le président Emmanuel Macron a ainsi tenu des propos visant à souligner l’ampleur de la tâche. Ce qui donne :

« Il se pourrait que d’aucuns voient notre destin comme étant perpétuellement de gérer les crises ou des urgences. Je crois pour ma part que ce que nous sommes en train de vivre est plutôt de l’ordre d’une grande bascule ou d’un grand bouleversement. »

Emmanuel Macron a dans ce cadre utilisé trois formules chocs, dont les médias français se sont très largement faits écho : c’est « la fin de l’abondance », « la fin d’une forme d’insouciance » et « la fin des évidences ».

C’est là qu’on voit qu’on est à une période charnière et que les événements vont se précipiter. On sait en effet qu’il y a la pandémie, une dette gigantesque, l’inflation, la tendance à la guerre qui se systématise, bref c’est la crise. Sauf que le capitalisme a connu une telle croissance depuis 1989 – depuis l’effondrement du bloc soviétique et l’intégration de la Chine comme usine du monde – que cela a produit une telle abondance que les gens sont encore totalement déconnectés.

A part pour l’ultra-gauche et La France Insoumise, qui pratiquent un misérabilisme outrancier, la France vit dans une opulence toute impérialiste au niveau des rapports mondiaux. Les gens sont corrompus, le rêve de tout un chacun est d’être propriétaire… quand il ne l’est pas déjà !

Et de ces Français, on ne peut pas faire des soldats ou se fonder sur eux pour une économie de guerre. Même la Russie en guerre contre l’Ukraine n’a pas osé instaurer un régime nouveau fondé ouvertement sur l’économie de guerre. Alors les Français… comment faire ?

Il y a de plus cette histoire de rentrée 2022. Il y a un remue-ménage social et l’inflation a marqué les esprits. Du point de vue de la Gauche historique, il ne peut rien se passer du tout de bien, car le niveau des consciences est lamentable. Du point de vue des spontanéistes, c’est par contre l’heure des fantasmes absolus, avec l’espoir d’un renouveau des « gilets jaunes », ce mouvement plébéien fascistoïde.

Comment, pour le régime, faire face à une telle révolte qui ne peut, par définition, qu’aller dans le sens de l’aile nationaliste ? La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin… ne sont que des tremplins pour l’extrême-Droite. Il n’existe pas de Gauche réelle en France. Tout est à reconstruire. Tout peut aller très vite, mais tout est à faire.

Autrement dit, les Français sont corrompus, et ils ne sont bons à rien. Emmanuel Macron aimerait les garder tels quels. Mais il faut aller à la guerre… sans aller trop vite ni lambiner, auquel cas l’extrême-Droite l’emporterait. Il faut donc bousculer les Français… Ce qui va rendre les choses instables.

C’est là que la fenêtre de tir s’ouvre pour la Gauche historique. Mais le rythme risque d’être très rapide, trop rapide… La séquence qui s’ouvre va être effroyablement complexe ; dans les faits, qui n’a pas un arrière-plan réellement solide sur le plan des idées se fera entièrement balayer.

Articles recommandés