« The Queen is dead, boys »

L’avantage d’un site d’information quotidien de Gauche fondée sur ses valeurs historiques, c’est qu’on peut se permettre cette joie et cette fierté de titrer l’actualité du décès de la reine d’Angleterre (Élisabeth II 1926-2022) avec comme référence une figure majeure de la culture britannique, l’album The queen is dead des Smiths, sorti en 1986.

C’était une époque où, à l’ombre des travaillistes qui raisonnaient de manière purement syndicale, se produisait une puissante contre-culture avec quatre axes majeurs : le punk, le soul rock qui va donner la brit pop, la libération animale avec l’ALF, la techno. Quatre mouvements populaires assumant un esprit de contestation, d’opposition fondamentale aux valeurs dominantes.

Des valeurs dominantes outrageusement pesantes ; les skinheads britanniques des années 1970-1980 étaient une expression prolétarienne nationaliste cherchant à déborder ces valeurs par la droite, pour les rendre plus dures, plus cassantes. Lorsque les Sex pistols sortent leur fameuse chanson anti-monarchie « God save the queen » en 1977, c’est ainsi un vrai appel d’air, avec une déferlante en leur faveur, tout comme une contre-offensive réactionnaire ultra-agressive.

Et malheureusement, le camp populaire a perdu, car les travaillistes n’ont jamais voulu rompre avec la monarchie, et la contre-culture n’a jamais pu se synthétiser politiquement. Les travaillistes sont restés économistes et électoralistes, le Labour devenant dominé par des carriéristes opportunistes à la Tony Blair. Le punk a tourné à l’auto-destruction, l’ALF a été battue politiquement par sa ligne anti-politique, le soul rock devenu brit pop était prolétarien (avec les fameux Housemartins, ou le premier album de Wham!, Style council, etc.) mais s’est tenu à l’écart de la politique tout en ayant des valeurs excellentes (les Stone Roses ont ainsi assumé une chanson appelant à renverser la reine), la techno a échoué dans les drogues malgré un esprit de révolte général.

Résultat, il n’existe aujourd’hui aucune opposition réelle au Royaume-Uni. Vous pouvez vous dire contestataire comme vous voulez, si vous ne voulez pas renverser la monarchie, c’est fictif. Et si vous le voulez, vous êtes isolés et rejetés. C’est pareil à sa manière en France avec la « République » comme concept transcendant planant au-dessus de tout, même si cela n’a pas l’ampleur chauvine, rétrograde, pré-fasciste du culte de la monarchie au Royaume-Uni.

Quand les Sex pistols disaient que la reine symbolisait le « no future », c’est en ce sens très vrai. Tant que ce verrou ne saute pas, tout est vain. La monarchie est la quintessence de l’aliénation capitaliste au Royaume-Uni.

Pour l’anecdote, on trouvera ici une vidéo montrant Liz Truss faisant un discours. Elle vient tout juste… d’être nommée première ministre du Royaume-Uni, étant à ce titre l’une des dernières personnes à voir la reine. Dans la vidéo, elle prend la parole en 1994 en tant que jeune libérale-démocrate pour proposer… l’abolition de la monarchie. Elle a bien entendu depuis changé d’avis.

C’est comme François Mitterrand écrivant « Le coup d’Etat permanent » pour dénoncer la Ve République… pour ensuite en devenir président pendant 14 ans. Ou le PS et le PCF en général d’ailleurs, combattant pour renverser le régime et instaurer le Socialisme, pour finalement intégrer le capitalisme.

Et toutes ces formes s’entraident. Ce n’est pas pour rien qu’Emmanuel Macron prétend que la reine Elisabeth II aurait été « l’amie de la France » (??!!) et que les drapeaux français sont ainsi en berne.

C’est là l’importance de la culture. Sans la culture, sans la vision du monde, on ne transforme rien !

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