Les caractéristiques fondamentales du discours de Vladimir Poutine du 21 septembre 2022

Il est essentiel de les saisir pour comprendre ce qui se passe.

Voici les aspects fondamentaux du discours de Vladimir Poutine du 21 septembre 2022 ; jusqu’à présent, depuis six mois avant le déclenchement du conflit Ukraine-Russie, les analyses faites sur agauche.org ont été parfaitement justes, il s’agit de maintenir la capacité à disposer d’une analyse profonde.

Il faut souligner que le discours a été relativement court, d’une dizaine de minutes, qu’il est ainsi très ramassé, très conceptuel.

L’aspect principal est que Vladimir Poutine a parlé de la Russie comme patrie, mais en soulignant bien qu’elle s’appuyait sur différents peuples, différentes nationalités. L’expression qu’il emploie est celle de « Russie historique ». Ce point, abordé régulièrement ici, est essentiel et personne ne peut comprendre la Russie, ni son régime, sans considérer que c’est à la base même de toute initiative de la Russie. Tous les Russes ne sont pas « russes », pour résumer.

Vladimir Poutine a d’ailleurs immédiatement souligné l’unité des composantes de la Russie, accusant, avec justesse dans les faits, les pays occidentaux de vouloir la démanteler.

« Le but de cet Occident est d’affaiblir, de diviser et finalement de détruire notre pays. Ils disent déjà directement qu’en 1991, ils ont pu diviser l’Union soviétique, et maintenant le moment est venu pour la Russie elle-même, qu’elle devrait se désintégrer en de nombreuses régions et régions mortellement hostiles. »

On ne peut pas comprendre le soutien interne au régime sans saisir qu’effectivement, la Russie apparaît sous sa forme actuelle comme une réalité politique au moins supérieure aux fragmentations néo-féodales possibles, et qui suit un parcours historique lui accordant une réelle légitimité (avec l’URSS à l’arrière-plan).

De manière subtile, Vladimir Poutine a toutefois abordé une question directement russe en disant que le régime ukrainien, façonné par l’occident depuis 2014, aurait de lui-même de toutes façons lancé une guerre, avec notamment comme objectif de récupérer la Crimée. C’est là un point sensible plus que fondamental pour les Russes « russes » : la Crimée est russe et absolument aucun retrait n’est envisageable sur ce point.

Comme en plus, ces derniers jours notamment mais également depuis des mois, le régime ukrainien est assez stupide pour expliquer qu’il vise la Crimée et qu’il ne cédera jamais, rien qu’avec cela les jeux sont faits et le régime russe s’assure la légitimité.

Reste à savoir comment Vladimir Poutine envisage la question des régions de l’Est de l’Ukraine. Initialement, les objectifs de l’opération spéciale n’ont pas été définis avec exactitude, à part avec la chute du régime de Kiev aligné sur le bandérisme et la démilitarisation de l’Ukraine, c’est-à-dire sa rupture avec l’OTAN.

Désormais, il est dit que c’est la question de la libération du Donbass qui est fondamentale.

« La décision d’une opération militaire préventive était absolument nécessaire et la seule possible. Ses principaux objectifs – la libération de tout le territoire du Donbass – ont été et restent inchangés.

La République populaire de Louhansk a déjà été presque complètement débarrassée des néonazis.

Les combats dans la République populaire de Donetsk se poursuivent. Ici, pendant huit ans, le régime d’occupation de Kiev a créé une ligne profondément échelonnée de fortifications à long terme.

Leur assaut frontal aurait entraîné de lourdes pertes, de sorte que nos unités, ainsi que les unités militaires des républiques du Donbass, agissent systématiquement, avec compétence, utilisent l’équipement, protègent le personnel et libèrent progressivement les terres de Donetsk, débarrassent les villes et villages de néo-nazis, viennent en aide aux personnes que le régime de Kiev a transformées en otages, en boucliers humains. »

Cependant, attention, cela ne veut nullement dire qu’il s’agit d’un repli et que l’objectif russe concernant l’Ukraine a reculé. C’est simplement la fermeture de l’option du peuple ukrainien retournant au bercail.

C’est que les Ukrainiens, depuis le début de la guerre, se sont alignés sur un positionnement révulsant de soutien à leur propre régime, de soutien à l’OTAN. Toute personne connaissant cette partie du monde ne peut qu’être éberluée de l’attitude de ces Ukrainiens, parlant le plus souvent russe, pétri de culture russe (tout en ayant leurs spécificités), ayant forcément des amis russes, mais déversant une haine hallucinée sur la Russie.

Il y a, du point de vue russe, une fierté terriblement blessée, un sentiment d’être fondamentalement trahi. Si on ne comprend pas ça, on peut pas comprendre la démarche actuelle du régime russe, et l’acceptation d’un « tant pis pour les Ukrainiens » du côté de la population russe.

C’est le sens du discours sur l’intégration de zones relevant historiquement de la « Nouvelle Russie » mise en place par l’impératrice Catherine II, à l’ouest du Donbass. On parle donc de l’intégration des « républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk, des régions de Kherson et de Zaporozhye.

Cela officialise un positionnement déjà flagrant en avril 2022 (voir ici de manière incontournable La réorientation russe de début avril 2022 dans la guerre en Ukraine: la « Nouvelle Russie »), ce qui souligne encore une fois la justesse des analyses faites sur agauche.org depuis avril 2021.

Si l’officialisation ne se produit que maintenant, c’est qu’il a été tenté en Russie de ne pas trop valider les thèses des ultras, considérant qu’il faut se débarrasser de la question ukrainienne et se focaliser sur la Nouvelle Russie, sur un mode plus « tsariste » que soviétique à la années 1970-1980. Vladimir Poutine se situe idéologiquement entre ces deux options.

« Je tiens à souligner que nous savons que la majorité des personnes vivant dans les territoires libérés des néonazis, et ce sont avant tout les terres historiques de la Nouvelle Russie, ne veulent pas être sous le joug du régime néonazi.

A Zaporozhye, dans la région de Kherson, à Lougansk et à Donetsk, ils ont vu et voient les atrocités commises par les néo-nazis dans les zones occupées de la région de Kharkov. Les héritiers de Bandera et les punisseurs nazis tuent les gens, les torturent, les jettent en prison, règlent leurs comptes, sévissent, tourmentent les civils.

Plus de sept millions et demi de personnes vivaient dans les républiques populaires de Donetsk et de Lougansk, dans les régions de Zaporozhye et de Kherson avant le déclenchement des hostilités. Beaucoup d’entre eux ont été contraints de devenir des réfugiés, de quitter leur foyer. Et ceux qui sont restés – environ cinq millions de personnes – sont aujourd’hui soumis aux tirs constants d’artillerie et de roquettes des militants néonazis. Ils frappent des hôpitaux et des écoles, organisent des attaques terroristes contre des civils.

C’est cela qui justifie la mobilisation partielle. Les Ukrainiens, auparavant à ramener dans le giron russe, sont mis de côté, désormais il en va uniquement des régions de la Nouvelle Russie.

« Dans cette situation, j’estime nécessaire de prendre la décision suivante – elle est tout à fait adéquate aux menaces auxquelles nous sommes confrontés – à savoir : protéger notre Patrie, sa souveraineté et son intégrité territoriale, assurer la sécurité de notre peuple et des peuples dans les territoires libérés – j’estime nécessaire de soutenir la proposition du ministère de la Défense et de l’état-major général de procéder à une mobilisation partielle dans la Fédération de Russie.

Je le répète, nous parlons spécifiquement de mobilisation partielle, c’est-à-dire que seuls les citoyens qui sont actuellement dans la réserve seront soumis à la conscription, et surtout ceux qui ont servi dans les forces armées, ont certaines spécialités militaires et une expérience pertinente.

Les appelés au service militaire suivront sans faute une formation militaire complémentaire, tenant compte de l’expérience d’une opération militaire spéciale, avant d’être envoyés dans les unités. »

L’économie de guerre est instaurée, de manière relative et non absolue.

« J’ajouterai que le décret sur la mobilisation partielle prévoit également des mesures supplémentaires pour remplir l’ordre de défense de l’État. Les chefs d’entreprises de l’industrie de la défense sont directement chargés de résoudre les problèmes d’augmentation de la production d’armes et d’équipements militaires et de déployer des capacités de production supplémentaires. Inversement, toutes les questions de matériel, de ressources et de soutien financier aux entreprises de défense doivent être résolues immédiatement par le gouvernement. »

Tout cela ne doit toutefois pas faire oublier que l’aspect principal des événements, ce n’est pas la guerre fratricide Russie – Ukraine, mais l’affrontement entre grandes puissances pour le repartage du monde.

Voici ce que dit justement Vladimir Poutine ; on notera de manière significative que ces propos concluent son petit discours !

« Dans sa politique anti-russe agressive, l’Occident a franchi toutes les limites. Nous entendons constamment des menaces contre notre pays, notre peuple. Certains politiciens irresponsables en Occident ne parlent pas seulement de plans visant à organiser la fourniture d’armes offensives à longue portée à l’Ukraine – des systèmes qui permettront des frappes contre la Crimée et d’autres régions de Russie.

De telles frappes terroristes, y compris avec l’utilisation d’armes occidentales, sont déjà menées sur les colonies frontalières des régions de Belgorod et de Koursk. En temps réel, à l’aide de systèmes modernes, avions, navires, satellites, drones stratégiques, l’OTAN effectue des reconnaissances dans tout le sud de la Russie.

A Washington, Londres, Bruxelles, ils poussent directement Kiev à transférer les opérations militaires sur notre territoire. Ne se cachant plus, ils disent que la Russie doit être vaincue par tous les moyens sur le champ de bataille, suivie de la privation de toute souveraineté politique, économique, culturelle, en général, avec le pillage complet de notre pays.

Le chantage nucléaire a également été lancé. Nous parlons non seulement du bombardement de la centrale nucléaire de Zaporizhzhya, qui est encouragé par l’Occident, qui menace d’une catastrophe nucléaire, mais aussi des déclarations de certains représentants de haut rang des principaux États de l’OTAN sur la possibilité et l’admissibilité de utiliser des armes de destruction massive contre la Russie – des armes nucléaires.

A ceux qui se permettent de faire de telles déclarations sur la Russie, je voudrais rappeler que notre pays dispose également de divers moyens de destruction, et pour certaines composantes plus modernes que ceux des pays de l’OTAN. Et si l’intégrité territoriale de notre pays est menacée, nous utiliserons certainement tous les moyens à notre disposition pour protéger la Russie et notre peuple.

Ce n’est pas du bluff.

Les citoyens de la Russie peuvent être sûrs que l’intégrité territoriale de notre patrie, notre indépendance et notre liberté seront assurées – je le souligne à nouveau – avec tous les moyens dont nous disposons. Et ceux qui essaient de nous faire chanter avec des armes nucléaires doivent savoir que les vents peuvent aussi tourner dans leur direction.

C’est dans notre tradition historique, dans le destin de notre peuple, d’arrêter ceux qui luttent pour la domination du monde, qui menacent du démembrement et de l’asservissement de notre Patrie. Nous le ferons maintenant – et il en sera ainsi.

Je crois en votre soutien.

Les portes des enfers sont ouvertes.

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