Il ne faut pas être naïf une seule seconde : la condamnation de Marine Le Pen le 31 mars 2025 est une construction politique, une démarche juridique artificielle afin de la casser politiquement.
Et surtout – surtout ! – afin de briser le moral des ouvriers, qui votent majoritairement pour Marine Le Pen. C’est là son grand tort : canaliser le vote des ouvriers, ce qui rend instable le système. La condamnation est la facture fournie par le capitalisme à l’instabilité de régime causée par les élections législatives de 2024.

Marine Le Pen a été utilisée pour fabriquer des illusions auprès des ouvriers, ceux-ci ont été opportunistes et ont soutenu le vote populiste, au lieu de se prendre en main sous les plis du drapeau rouge. Mais le capitalisme fait les comptes tout le temps et là s’aperçoit que le bilan comptable risque d’être mauvais, alors on licencie Marine Le Pen.
Dans le contexte de l’escalade contre la Russie, la position ambiguë de Marine Le Pen et son orientation nationaliste hostile à une fuite en avant militaro-européenne ont été de trop. Elle passe à la trappe !
C’est exactement comme l’affaire qui a torpillé le candidat de droite François Fillon en 2017, favori des sondages, avec une sortie opportune de scandale par le Canard enchaîné au moment où la bourgeoisie financière propulsait un candidat sorti de nulle part : Emmanuel Macron.

Voir dans un tel contexte le Parti socialiste ou La France insoumise parler de l’État de droit pour caractériser la France et sa justice est à la fois risible et pathétique. La France est un pays capitaliste avec une justice à la fois achetée et vendue, aux ordres des puissants, sur le fond comme sur la forme.
Les ouvriers se sont fait avoir à suivre Marine Le Pen, une fois de plus, mais il est vrai qu’ils l’ont cherché. Quelle idée de déléguer les choses à une populiste de droite au lieu d’assumer une réelle position de classe et d’aller à l’affrontement. Les travailleurs fuient leur condition de travailleurs au lieu de l’assumer avec une fierté de classe, le résultat est le désastre.
Résumons brièvement la condamnation et son origine. Marine Le Pen a été condamnée en raison d’une affaire des assistants de parlementaires européens, qu’on aurait fait en fait travailler pour le Rassemblement national.
La belle affaire ! Tout le système de députés, en France comme dans l’Union européenne, est une machinerie d’opportunisme et de magouilles, avec des fonds alloués et votés, et qui retombent toujours dans les poches décidées au préalable.
Et quelle est la peine ? 4 ans de prison dont 2 ferme aménagés sous bracelet électronique, et surtout une peine d’inéligibilité de 5 ans avec exécution provisoire. Sa mise de côté est unilatérale, d’une symbolique puissante. C’est une punition et un avertissement.

Tout cela rappelle que la bourgeoisie française n’est nullement « facho ». Elle est d’esprit bobo, elle est libérale culturellement, elle adopte totalement l’idéologie de l’Union européenne, depuis le syndicalisme jusqu’au LGBT, depuis l’immigration jusqu’aux droits du consommateur.
C’est le capitalisme moderne, celui des « gagnants » des centres-villes, et Marine Le Pen représentait contre lui la protestation de droite, pleine de rancœur et de quête de dignité, de la part d’une large fraction des masses.
Elle représentait cette protestation malgré sa propre nature, car elle-même ne possède aucune profondeur. Marine Le Pen est passée au 20 heures dans la foulée du procès, et elle n’a rien su dire : « le 31 mars 2025 est un jour funeste », « l’État de droit a été totalement violé par la décision qui a été rendue ». Que des pleurnicheries.
Pour autant, que le capitalisme pense qu’il puisse se passer d’une telle voie de garage tellement médiatisée et utilisée peut surprendre. Elle jouait pour le capitalisme un rôle excellent pour endormir et tromper les masses. Il est vrai aussi que Jordan Bardella, le numéro 2 du Rassemblement national, peut jouer ce rôle d’idiot utile, et lui s’assume bien plus en faveur du régime ukrainien et de l’Otan : il amènera moins de risques avec lui.
Car tout est question de risque : la bourgeoisie a peur des ouvriers, elle a la hantise que les travailleurs concentrent leur énergie quelque part. Elle s’inquiète d’un processus de recomposition de classe, possiblement par un moyen détourné.
Rappelons-nous le premier tour des élections législatives de 2024 : tous les urbains étaient en panique, pour eux le Rassemblement national c’était le diable en personne, et même s’ils parlaient de l’extrême-Droite, c’était en fait des ouvriers dont ils avaient peur.
Ils avaient peur pour leur modernité capitaliste. Avec la mise de côté de Marine Le Pen, les ouvriers savent désormais que refuser la modernité capitaliste ne sert à rien, ce n’est pas possible : il faut s’y confronter et la dépasser.
Seul le Socialisme fournit les réponses au bonnes questions des travailleurs ! L’alternative est Socialisme ou retombée dans la barbarie !