Les partis parlementaires soutiennent la présence militaire française en Ukraine

10 janvier 2026

Il y a deux ans, personne à part nous ne prenait Emmanuel Macron au sérieux quand il parlait d’envoyer des soldats en Ukraine. Désormais, on discute des modalités de cet envoi.

Le contraste est saisissant : il dit tout de la situation.

Le président français Emmanuel Macron a ainsi annoncé, le 6 janvier 2026, le futur déploiement militaire français en Ukraine pour lorsque la paix aura été instaurée.

Bien évidemment, tout cela n’est qu’une manœuvre, qui a comme but de réussir à faire passer dans l’opinion publique l’intervention militaire contre la Russie. Notre chronologie de l’escalade française depuis le 26 février 2024 présente les faits de manière limpide.

Cette ligne interventionniste présente toujours les faits ainsi : nous ne le voulons pas, mais de manière inévitable nous devons intervenir, etc.

De nombreux propagandistes participent à ce bourrage de crâne, comme Bernard-Henri Lévy le 9 janvier 2026 sur LCI, une chaîne d’ailleurs sur cette ligne depuis le début du conflit en Ukraine et outrageusement propagandiste (Vladimir Poutine a plusieurs cancers, Vladimir Poutine est mort et des sosies ont pris sa place, les soldats russes se battent avec des pelles, les soldats russes désertent en masse, les soldats russes n’ont plus de munitions, la Russie va s’effondrer économiquement à court terme, etc.).

Et, de manière révélatrice, l’ensemble des partis politiques français ayant des élus au Parlement se sont alignés sur Emmanuel Macron. Celui-ci a, en effet, organisé une réunion le 8 janvier 2026.

Cette information a été très peu diffusée. Ont été présents les présidents du Sénat Gérard Larcher et de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, les responsables des partis représentés dans les deux chambres et les chefs des groupes parlementaires, les présidents des commissions de la Défense et des Affaires étrangères des deux chambres, le chef d’état-major des armées Fabien Mandon.

Le président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Cédric Perrin, a expliqué après la réunion qu’Emmanuel Macron est allé « dans le détail » sur la future force multinationale, présentant des « tableaux très précis avec quels types de matériels » à déployer, précisant que son « commandement » était déjà installé au Mont-Valérien près de Paris.`

Autrement dit, tout est préparé ! Il n’y a plus qu’à saisir l’opportunité et la chose sera faite. Bien entendu, il est dit que cela sera lorsque la paix sera faite. Mais pour nous, qui assumons les positions de la Gauche historique, hors de question de croire cela.

Nous vivons à l’époque de la bataille pour le repartage du monde, qui s’est ouverte depuis 2020. Pour se sortir de leur crise, les différents capitalismes deviennent des impérialismes. Notre position était juste quant à un grand tournant historique, qui a suivi une prospérité capitaliste de 1989 à 2020.

Cependant, il faut parler du Rassemblement national et de La France Insoumise qui cultivent un dédain assumé envers Emmanuel Macron. Quelles ont été leurs positions au sujet de la présence militaire française prévue ?

Jordan Bardella et Marine Le Pen n’ont strictement rien dit à la sortie de la réunion, qui a duré 2 h 30. C’est très révélateur. Jordan Bardella a assumé sa ligne pro-Otan dès 2020, Marine Le Pen n’y adhérant que difficilement. Désormais, pourtant, on rentre dans le rang.

Il peut bien y avoir des critiques pour la forme, en raison du jeu politique et de la démagogie, mais il est clair que le Rassemblement national ne compte aucunement assumer l’affrontement avec l’escalade contre la Russie.

Qu’en est-il de LFI ? La cheffe de file des députés La France Insoumise Mathilde Panot a expliqué qu’il fallait demander un « mandat de l’ONU ».

Autrement dit, LFI n’est pas pour l’escalade. Pour autant, il n’y a pas de dénonciation de l’armée française, du capitalisme français marchant à la guerre. Ce sont toujours les intérêts de la France capitaliste qui priment pour LFI, et il y a seulement du scepticisme.

LFI dénoncera éventuellement par démagogie la « guerre » en général. Dans les faits toutefois, cela sera l’accompagnement « de gauche » de la tendance à la guerre.

L’appel à l’ONU est également le choix Parti Communiste Français, qui a par contre assumé un communiqué où la logique de l’escalade est dénoncée.

C’est déjà ça ! Mais par contre cela n’exprime que la peur d’un engrenage. Il n’y a pas la constatation pourtant évidente de la marche à la guerre. Il y a seulement la peur d’en faire trop et que cela mène à la catastrophe.

Il y a aussi à l’arrière-plan l’idéologie nationaliste d’une France « unique en son genre » qui jouerait la carte du gaullisme dans une version modernisée.

« Coalition des volontaires » : non à l’envoi de troupes françaises en Ukraine !

A l’issue de la rencontre organisée par le président de la République à l’Elysée après la réunion tenue à Paris le 6 janvier de la « coalition des volontaires », Stéphane Peu, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale, Cécile Cukierman, présidente du groupe CRCE-K au Sénat
et Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, dénoncent « une fuite en avant dangereuse qui fragilise toute perspective de cessez-le-feu et de paix durable ».

Déjà largement dévoilée et commentée dans la presse depuis mardi la déclaration d’intention signée entre l’Ukraine, la France et le Royaume-Uni prévoit, après l’éventuelle signature d’un cessez-le-feu, le déploiement de « plusieurs milliers d’hommes » des troupes françaises et britanniques sur le sol ukrainien, avec le soutien des États-Unis qui assureraient la surveillance du cessez-le-feu.

L’annonce d’un possible déploiement de troupes françaises et britanniques en Ukraine, constituerait une escalade dangereuse qui mettrait en situation de confrontation directe les trois puissances nucléaires du continent.

Des pays européens comme l’Allemagne, la Roumanie et l’Italie ont ainsi exprimé leur refus de participer à ce déploiement armé.

Le président de la République comme le Chef d’état major des Armées ont confirmé que les forces de la coalition et les États Unis réagiront en cas de violation du cessez le feu ou d’agression de la Russie.

C’est une manière déguisée de faire entrer l’Ukraine dans l’OTAN et d’activer son article 5.

C’est une marche de plus vers l’escalade guerrière, vers l’élargissement du conflit à l’ensemble des pays européens.

Nous appelons à ce que la France inscrive sa démarche dans le cadre des institutions internationales.

C’est la raison pour laquelle nous avons demandé qu’une force d’interposition sous mandat de l’ONU soit mise en place en cas de cessez le feu.

Nous ne faisons confiance ni au Président Poutine, ni au président Trump.

Nous demandons que la France avec une coalition de pays de l’Union européenne, élargie aux pays dits du sud global appelant également à la fin du conflit, poussent à des négociations de paix et dialoguent avec les deux parties.

Ne laissons pas les États Unis discuter seuls avec la Russie.

Il appartient à la France, seul pays de l’Union européenne à disposer d’un siège au Conseil de Sécurité des Nations-Unies de faire valoir cet impératif.

A l’heure de l’agression contre le Venezuela et des menaces contre le Groenland, la sécurité des peuples européens implique plus que jamais d’agir en toute indépendance des Etats-Unis d’Amérique et de l’OTAN et d’engager les discussions avec tous les pays d’Europe en vue de la construction d’un espace de sécurité collective et de paix de l’Atlantique à l’Oural.

Paris, le 8 janvier 2026.

Stéphane Peu, président du groupe GDR à l’Assemblée nationale
Cécile Cukierman, présidente du groupe CREC-K au Sénat
Fabien Roussel, secrétaire national du PCF

Ainsi, tout le monde approuve l’éventualité d’une présence militaire occidentale en Ukraine. Dans sa variante de « gauche », cela donne l’appel à l’ONU, afin de « légitimer » l’intervention.

Mais un tel appel n’est qu’un accompagnement de la position dominante et, au fond, ne consiste certainement pas en une dénonciation de l’impérialisme français.

Il est vrai que la fin de l’année 2025 a montré à quel point la société française avait accepté l’hypothèse d’une guerre française contre la Russie, par souci de préserver à tout prix, coûte que coûte, le haut niveau de vie du pays.

L’expansionnisme « à la française », c’est-à-dire l’impérialisme hypocrite, s’est généralisé dans quasiment toute la société. Il y a le choix de la passivité, de l’acceptation de la logique de guerre, de la défense de la place de la France dans le monde.

C’est une mentalité social-impérialiste, l’expression d’une véritable corruption par le capitalisme tellement développé dans notre pays.

Et son expression peut être très « radicale » : il suffit de voir comment, à gauche de la gauche, il y a actuellement une mobilisation anti-américaine en faveur du Venezuela, tout en gardant un silence complet sur l’envoi de troupes françaises en Ukraine !

Ce n’est pas là de l’internationalisme ni du socialisme, simplement l’expression la plus « dure » du gaullisme. Quand on dénonce réellement l’impérialisme, on les dénonce tous, et avant tout le sien.

Et plus personne ne peut nier ce fait : la France œuvre depuis deux ans à impliquer son armée en Ukraine.