Vœux aux armées : Emmanuel Macron rappelle la ligne belliciste à suivre

17 janvier 2026

C’est à la suite d’un conseil de défense sur la situation au Groenland et en Iran qu’Emmanuel Macron s’est rendu sur la base militaire 125 d’Istres, dans les Bouches-du-Rhône, pour faire les traditionnels vœux aux armées.

Une base militaire qui abrite, depuis 1964, la force aérienne de frappe nucléaire. Le décor est posé. Cela suit la tonalité belliciste toujours plus affichée du président de la République, répétant des propos qu’il avait déjà tenus il y a quelques mois :

Pour rester libre, il faut être craint ; pour être craint, il faut être puissant (et ) pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort.

Ses vœux aux armées ont donc été marqués par la perspective claire et assumée de mettre en forme les conditions pour « un engagement majeur dans trois ou quatre ans ».

C’est la guerre au poste de commandes, sans recul possible, car :

« l’Histoire ne pardonne ni l’impréparation, ni la faiblesse ».

La cible, c’est la Russie, on l’a compris. Le moyen, c’est l’Ukraine comme chair à canon.

« La Coalition des volontaires qui rassemble les Européens, mais je veux ici saluer aussi tous les Européens qui ne sont pas membres de l’Union européenne, des Britanniques aux Norvégiens et nos partenaires Islandais et Canadiens, éminemment engagés.

Je n’oublie pas le Japon et la Nouvelle-Zélande qui étaient ici présents. Cette Coalition des volontaires qui rassemble 34 pays s’est réveillée.

Elle assure la totalité de l’effort de soutien à l’Ukraine aujourd’hui. 100 % de ce qui est financé pour l’Ukraine dans sa guerre de résistance, c’est la Coalition des volontaires qui le soutient. »

Plus concrètement, cet appel à la mobilisation d’Emmanuel Macron devant les armées intervient trois jours après le lancement officiel des candidatures pour le service national militaire, alors même que la France reste minée par la crise de régime et l’absence de budget.

Pourtant, Emmanuel Macron avait appelé dès le 14 juillet 2025 à des rallonges budgétaires en faveur de l’armée, dont 3,5 milliards d’euros supplémentaires dès 2026, ce qu’il n’a pas manqué de rappeler lors de ses vœux.

C’est une façon de rappeler à l’ordre les députés pour que soient adoptées rapidement ces rallonges dans un budget général, puisque cela fait consensus.

En effet, Emmanuel Macron peut ici compter sur l’adoption symbolique, le 10 décembre 2025, par 411 députés (88 s’étant prononcés contre et 22 s’étant abstenus), d’une nouvelle hausse des dépenses militaires.

C’est que les choses ne vont pas assez vite à son goût, notamment en ce qui concerne la production d’armes. Le coup de pression va ici en direction des industriels de l’armement qui doivent continuer à augmenter leurs cadences tout en assurant les innovations :

« Est-ce que nous sommes en économie de guerre à proprement parler ? La réponse est non.

Parce que si nous étions en guerre, j’ose espérer que nous ne produirions pas ainsi et je regarde ce que les Ukrainiens ont su faire, ils ont fait autrement.

Nous n’avons pas la pression des évènements de la même manière, mais là aussi ne nous habituons pas. »

Emmanuel Macron doit d’autant plus mettre les coudées franches que la crise et l’Histoire s’accélèrent, avec une superpuissance américaine qui entre à fond dans la bataille pour le repartage mondial face à son challengeur chinois.

« Pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. »

Et de manière actuelle, il y a pour la France et l’Europe, la question du Groenland. Alors qu’une réunion avait lieu hier entre la diplomatie américaine et celle du Danemark, la diplomatie danoise aurait acté un »désaccord fondamental ».

C’est une sacrée épine dans le pied d’Emmanuel Macron et de tous les tenants du « pilier européen de l’Otan » qu’il n’a cessé de vendre pendant ses vœux.

Il est en effet évident que les puissances secondaires ne peuvent rien faire contre leurs donneurs d’ordre américain.

Dans le même temps, il faut bien sauver la face… et le narratif antirusse sur la souveraineté des nations ne saurait être maintenu sans, en apparence, faire quelque chose face aux menaces américaines contre le Groenland.

C’est pourquoi Emmanuel Macron a annoncé l’envoi d’une quinzaine de soldats au Groenland dans le cadre d’une mission européenne aux côtés du Danemark.

En apparence, c’est pour protéger la souveraineté du Groenland (en fait danois), mais dans les faits, c’est une opération de communication foncièrement anti-démocratique qui vise surtout à calmer les États-Unis en vue de négociations futures.

C’est dans ce sens qu’Emmanuel Macron a vanté la coalition des volontaires, mais aussi l’engagement accru de la France en matière d’armement et de renseignements pour l’Ukraine alors qu’il y a peu c’était encore les États-Unis qui en étaient les principaux pourvoyeurs.

Ainsi, les 2/3 des renseignements militaires pour l’armée ukrainienne proviennent désormais de la France.

« Là où l’Ukraine était éminemment dépendante des capacités de renseignement américaine, à une écrasante majorité, il y a un an, aujourd’hui, les deux tiers sont fournis par la France, les deux tiers. »

Il va sans dire qu’il est acté que la France est un sous-traitant de la superpuissance américaine en Europe, dans le but de se charger de faire la guerre à la Russie pour se tailler une part du gâteau dans le repartage mondial.

Et pour alimenter ce narratif guerrier, Emmanuel Macron a pointé l’envoi par la Russie d’un missile à portée intermédiaire Orechnik (de capacité nucléaire) sur l’Ukraine, déclarant alors que « nous sommes à portée de ces tirs de la Russie ».

Il faudrait alors aller dans le sens de la course aux armements en dotant la France de ces mêmes types de missiles. C’est terrible, car c’est vraiment la même dynamique qui a précédé 1914 et la grande « boucherie » qui en a suivi.

Les rivalités entraînent la course aux armements qui elle-même entraîne à son tour les rivalités jusqu’à l’emballement et au clash général.

Les vœux aux armées ont donc été une nouvelle occasion pour Emmanuel Macron de rappeler les objectifs militaires à atteindre pour espérer maintenir la France dans la course d’un capitalisme mondial confronté à la crise.

C’est la construction d’une narration qui monte toujours en puissance, comme en témoigne la chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024.

Face à ces plans funestes, la situation est la suivante : ou bien la Révolution empêche la guerre, ou bien la guerre provoque la Révolution !