Bien que tout soit stable en apparence, la crise de régime ne fait que s’approfondir en France. L’usage de l’article 49-3 par le Premier ministre Sébastien Lecornu confirme le pourrissement interne de la classe dirigeante française, engluée dans une paralysie historique et un chaos permanent.
Il faut rappeler ici les faits. Lors de la rentrée de septembre 2025, c’est François Bayrou qui sautait, dans le but de sauver la stabilité institutionnelle, et de de court-circuiter une potentielle lutte de classe contre un budget anti-social.

Après plusieurs semaines sans gouvernement, c’est finalement Sébastien Lecornu, ancien ministre des Armées, qui est nommé Premier ministre et nomme un gouvernement.
Cependant, la reconduction de Bruno Le Maire, passé de ministre de l’Économie à ministre des Armées, provoque les foudres de la Droite et emporte en quelques jours la chute de ce nouveau gouvernement.
Finalement, Sébastien Lecornu est renommé une nouvelle fois, avec un second gouvernement qui se donne la tâche de faire jouer à fond le jeu parlementaire, dans l’espoir d’obtenir un compromis pour obtenir un budget de l’État pour l’exercice fiscal 2026.
Dans ce cadre, Sébastien Lecornu avait joué la carte de l’homme raisonnable, à l’écoute, sachant faire le dos rond en cherchant explicitement à s’aliéner le soutien du Parti socialiste.
Pour ce faire, il annonçait dans son premier discours de politique générale du 3 octobre 2026, le non-recours à l’article 49-3 qui permet l’adoption sans vote des parlementaires du budget, en expliquant la chose suivante :
« dans un parlement (…) qui a été renouvelé il y a plus d’un an, qui ressemble aux Français (…) on ne peut pas passer en force et on ne peut pas contraindre les oppositions »
La classe dirigeante en place avait l’espoir d’avoir une institution parlementaire qui « joue le jeu », alors même que tous les traits de la situation politique sont marqués par la crise et la fuite en avant.
Dans le régime de la Ve République fondé sur l’omnipotence du Président de la République, l’appel à des débats parlementaires fondés sur le compromis était vain. C’était là un rêve faisant fi de la crise.
C’est ainsi la crise qui revient sur le devant de la scène avec le recours par Sébastien Lecornu de l’article 49-3. C’est là revenir sur ses propres engagements, cette fois avec le consentement du Parti socialiste qui s’est refusé à voter la censure, quand bien même l’absence d’usage du 49-3 avait été brandi comme l’une des conditions essentielles au soutien au gouvernement.
Dans ce jeu de comédien, Sébastien Lecornu a pu compter sur l’annonce de mesures sociales du 16 janvier 2026 et sur la fuite quant à l’organisation possible d’élections législatives en même temps que les élections municipales, histoire de maintenir la pression sur le Parti socialiste en lui faisant peur.
Dans ces annonces du 16 janvier, il y a avait notamment le relèvement de 50 € de la prime d’activité, le gel de la fiscalité des ménages ou bien encore le renoncement à une année blanche pour les allocations pour le logement (APL).
Grâce aux quelques annonces de mesures sociales du 16 janvier, le Parti socialiste a ainsi pu justifier sa position de non-censure pour mieux accompagner Sébastien Lecornu dans sa tâche de maintien d’une stabilité du régime.
C’est ce qui a permis au gouvernement de Sébastien Lecornu d’éviter les censures initiées par le Rassemblement national et La France Insoumise, la motion de cette dernière ayant obtenu 269 voix alors qu’il en fallait au minimum 288 pour être acceptée.
Le gouvernement « Lecornu II » sauve ici le régime avec le secours du Parti socialiste, puisque sur les 69 députés de ce groupe, seuls 5 ont voté la censure. Ces deux forces ont toutes les deux intérêt à ce que le statu quo se maintienne, au moins jusqu’aux élections municipales de mars 2026.
Au-delà de ces considérations purement conjoncturelles, la raison de fond, d’ordre historique, est évidemment d’assurer la stabilité du régime dans l’espoir que la situation se débloque avec l’arrivée de l’élection présidentielle 2027.
Sur ce point, finalement, toutes les forces sont d’accord puisque même les oppositions, que ce soit du côté du RN, ou du côté de la fausse-gauche représentée par La France insoumise, il y a l’idée de provoquer de nouvelles élections pour mieux relancer le régime.
La raison de cet alignement général est que ce qui compte véritablement dans ce projet de loi de finances de l’État pour l’année 2026, c’est la consécration des rallonges budgétaires en faveur de l’armée et plus généralement pour l’économie de guerre.
Sur ce point, une majorité est largement réunie au parlement, comme l’avait attesté le vote de plus de 400 députés en faveur de ces rallonges le 10 décembre 2025 lors d’un vote symbolique à ce sujet.
Avec le passage par l’article 49-3, la bourgeoisie en France peut espérer maintenir le rôle qu’elle s’est octroyé : celui d’être un régime ayant les moyens d’aller faire la guerre à la Russie à court ou moyen terme.
Les moyens politiques, mais aussi financiers et militaires.
Reste que la bourgeoisie peut bien passer par mille chemins pour sauver son régime, la réalité de la crise de régime réside essentiellement dans le décrochage des gens d’avec ses institutions.
Plus personne ne croit à l’appareil dirigeant, vu comme empêtré dans un chaos sans nom, avec dorénavant des combinaisons politiques qui font voler en éclats toute possibilité de confiance.
La majorité en faveur de ce projet de loi finances 2026 peut donc bien s’imaginer ce qu’elle veut, et notamment que tout se débloquera, in fine, avec l’élection présidentielle 2027.
Reste que la tempête de l’Histoire est lancée, avec la compétition sino-américaine qui nous amène chaque jour vers la guerre mondiale, alors même que la France est minée de l’intérieur même de son régime.
La tempête de l’Histoire ne va manquer de s’abattre sur la France et elle se posera l’alternative qui devient toujours plus claire : ou bien la révolution empêche la guerre, ou bien la guerre provoque la révolution !
