Jean-Luc Mélenchon désormais « pro-russe »

30 janvier 2026

Nous avons compris six mois avant qu’il se déclenche que le conflit militaire entre la Russie et l’Ukraine était inévitable. Pendant six mois, nous en avons régulièrement parlé, en dénonçant l’impérialisme russe.

Puis, le conflit déclenché, nous avons dénoncé le régime ukrainien et la superpuissance américaine, auxquels la France a apporté son soutien unilatéral. C’est cohérent avec la position de la Gauche historique qui est de dénoncer son propre impérialisme.

Nous avons bien entendu remarqué que, bien souvent, Jean-Luc Mélenchon était dénoncé comme « pro-russe », ce qui consistait en fait en de la démagogie visant à le mettre de côté parce qu’il n’a pas rejoint la cohorte des va-t-en-guerre.

Néanmoins, ses derniers propos sont absolument clairs pour qui connaît la question. Jean-Luc Mélenchon est passé du côté des pro-Russie, sans qu’il n’y ait l’ambiguïté possible.

Lors d’une conférence tenue le 28 janvier 2026, il a dit la chose suivante :

« Nous n’acceptons pas l’idée que nous soyons obligés d’acheter du gaz et du pétrole américains. »

« Il faut remettre en route Nord Stream et que ceux qui l’ont saboté soient arrêtés et punis. Rétablir Nord Stream veut dire d’un seul coup baisser le prix de l’énergie en Europe. »


Ces propos en font-ils un pro-russe ? Absolument pas. C’est une position critique vis-à-vis des États-Unis qui est dans le prolongement de ses propres positions à la fois sociales et patriotiques.

Exiger la réouverture de Nord Stream est osé, cependant ce n’est pas un saut qualitatif majeur.

Les propos suivants relèvent par contre d’une rhétorique bien précise :

« On doit voter dans le Donbass et la zone sud de l’Ukraine pour qu’on sache ce que veulent les populations. »

Le fait de parler de la « zone sud de l’Ukraine » est quelque chose d’à la fois tout à fait nouveau et de très particulier.

D’où Jean-Luc Mélenchon sort-il ce concept géographique ? Pourquoi le met-il en avant, alors que strictement personne n’en a parlé jusqu’ici ?

A part nous, bien entendu. Nous sommes, en effet, les seuls à avoir toujours souligné l’importance d’Odessa et de sa région pour la Russie. Il faut être ici clair : sans l’obtention de cette partie de l’Ukraine, la Russie n’arrêtera jamais sa démarche militaire.

Pour elle, c’est une partie de la « Nouvelle Russie » née historiquement pendant l’expansion aux dépens de l’Empire ottoman.

Quant au régime ukrainien, en alliance avec la France, il tient un discours absolument odieux sur cette ville effectivement créée par la Russie, par Catherine II, ce qui est désormais nié dans une réécriture de l’histoire fanatique propre au nationalisme ukrainien.

Catherine Colonna, Catherine II et la bataille pour Odessa

Jean-Luc Mélenchon ne peut pas avoir sorti un tel concept géographique tout seul. Et il ne saurait l’avoir repris par hasard. Il en a fait le choix et ce choix est réfléchi. Il y a forcément une énorme réflexion et une équipe solide l’ayant conseillé à ce sujet.

On ne sort pas la question d’Odessa, dont personne n’a jamais parlé, sans qu’il y ait une raison bien précise.

Il n’y a qu’une seule explication : Jean-Luc Mélenchon pense que le régime ukrainien ne va pas tenir et que la France n’interviendra pas militairement avec l’Allemagne, la Pologne, le Royaume-Uni… pour sauver la situation.

Il se positionne ainsi pour la prochaine présidentielle, en proposant une sorte de retournement d’alliance.

En pratique, c’est du néo-gaullisme ; dans son imaginaire, c’est œuvrer à la paix mondiale par le multilatéralisme et le non-alignement.

On peut donc, fort logiquement, le définir désormais comme « pro-russe ». C’est sans importance en soi vu la démagogie du personnage, même si cela pose un problème de fond tout de même.

En effet, le régime français est entièrement tourné vers la guerre contre la Russie. Jean-Luc Mélenchon est plutôt contre, Marine Le Pen n’est vraiment pas pour.

Néanmoins, l’ensemble des votes parlementaires, l’armée française, les institutions, les responsables économiques, les médias… tous se sont lancés déjà dans la mobilisation en faveur de l’affrontement avec la Russie, présentée comme « inévitable » dans une grande opération de guerre psychologique.

La chronologie que nous réalisons depuis le 26 février 2024 ne laisse aucun doute à ce sujet. Le processus est enclenché.

Jean-Luc Mélenchon présente donc une option à la fois néo-gaulliste et vaine, et il révèle bien sa nature qui est d’être un social-chauvin proposant des voies de garage afin d’empêcher les gens de comprendre réellement ce qui se passe.

Et ce qui se passe, c’est le capitalisme français en crise depuis 2020, avec la tentative de s’en sortir au moyen de la guerre de repartage du monde.