Tactiquement, la manifestation lyonnaise en mémoire de Quentin Deranque le 21 février 2026 a été une défaite pour l’ultra-Droite. Il n’y a eu que 3 200 personnes, en comptant que c’était la mobilisation générale dans leur camp.
On doit ajouter à cela quelques autres rassemblements, comme 200 personnes à Rennes et 140 à Brest. Mais cela ne change rien à l’affaire : numériquement, tout ce petit monde ne représente pratiquement rien dans un pays de 67 millions d’habitants.

De plus, la manifestation lyonnaise s’est caractérisée par une esthétique apolitique. Afin de ne pas « faire le jeu » des médias, l’ultra-Droite a capitulé culturellement et il n’y avait ni drapeaux ni banderoles.
Les consignes étaient très claires également quant à l’habillement et au comportement, jusqu’à la caricature (« aucune gogolerie »).

sous des prétextes de « dignité »
Il n’y avait ainsi aucune dimension politique d’extrême-Droite. La véritable extrême-Droite revendique sa supériorité idéologique et esthétique, elle se veut contestataire (voire « révolutionnaire ») et subversive.
On n’avait rien de cela, même si on trouvait de véritables cadres d’extrême-Droite (Marc de Cacqueray-Valménier, Yvan Benedetti) dans cet assemblage de gens aux conceptions extrêmement diverses, voire antagoniques, au-delà de la vision du monde sur une base identitaire ou nationaliste.
On a très peu de monde, aucune unité sur le plan des idées, une sensibilité commune mais peu élaborée au-delà de la rancœur, aucune ambition à part le repli sur soi et aucun programme à part la nostalgie.

Dialectiquement, c’est là, par contre, où le 21 février 2026 pose une victoire stratégique pour une extrême-Droite qui n’existait pas encore jusque-là. Il est quasi certain, en effet, que le 21 février 2026 va donner naissance à l’extrême-Droite, la vraie.
Cela ne sera pas une extrême-Droite de masse comme en Italie dans les années 1920 ou l’Allemagne des années 1930. Ce ne sera pas une extrême-Droite « indépendante » avec une dimension de masse.
Cela sera une extrême-Droite très faible numériquement, mais hyperactiviste et terroriste, agissant en parallèle et à la marge d’un grand bloc électoral des droites.
En cela, cela se déroulera comme dans l’Espagne du début des années 1930.

L’existence du Rassemblement national bloque clairement la voie à une extrême-Droite de masse et aux ambitions « révolutionnaires ». Elle ouvre par contre le passage à une ultra-Droite radicalisée, basculant dans l’extrême-Droite irrationnelle et identitaire, agressive et terroriste.
Il suffit de regarder les slogans du 21 février 2026 pour le comprendre. On a pu entendre « Justice pour Quentin », « LFI complice, antifas assassins », « l’extrême-gauche tue », « LFI complice, antifas assassins », « Jeune garde en prison, libérez la ville de Lyon ».
Tous ces slogans sont acceptables du côté de la Droite dure, voire de la Droite tout court. Et on a pu voir que Fabrice Pannekoucke (Les Républicains), président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, a fait placer un très grand portrait de Quentin Deranque sur la façade de l’Hôtel de Région à Lyon.

Avec la crise, l’ultra-Droite va se transformer en extrême-Droite, ou si on préfère en Droite extrême. Et ses méthodes vont connaître un saut qualitatif sur le plan de la violence.
Il faut vraiment avoir conscience de cela. Le discours qu’on trouve régulièrement à gauche de la Gauche est que les « fachos » sont ultra-violents depuis dix ans, et hyper-actifs. Ce n’est absolument pas le cas.
La violence politique en France est extrêmement faible en France depuis les années 1990. Quiconque regarde un tout petit peu les années 1980 peut voir à quel point les choses étaient complètement différentes alors, sans parler des années 1970.
Cependant, au-delà de toutes ces considérations, il faut surtout considérer que c’est le terrorisme qui va être adopté dans le passage de l’ultra-Droite à la Droite extrême.
En l’absence d’objectif de conquête des masses, pour exister il ne reste que la provocation la plus grande, que le fanatisme du nihilisme. En cela, il y a un parallèle direct entre la mentalité de la Droite extrême et celle des djihadistes.
Pour résumer ainsi, on peut dire que le 21 février 2026 marque l’acte de naissance des « commandos » d’extrême-Droite qui veulent participer à l’union des Droites pour écraser la Gauche.
C’est là une expression directe de la crise générale commencée en 2020.
Mais inversement, nous sommes passés dans la modernité. La « mondialisation » a déjà rendu les masses mûres pour le Socialisme, le collectivisme, le refus des barrières, des frontières.
Ce grand sursaut de la vieillerie, du monde d’avant, va immanquablement se briser sur la vision qu’ont les masses de pouvoir faire absolument autre chose que de retourner vers un passé idéalisé.

