Emmanuel Macron a pris la parole le soir du 3 mars 2026, afin notamment d’annoncer l’envoi du porte-avions Charles-de-Gaulle en Méditerranée, dans le cadre de la guerre israélo-américaine contre l’Iran.
C’est là surtout le moyen de montrer que la France réagit à la nouvelle situation. Ce n’est toutefois pas l’aspect principal de la politique française sur le plan de l’impérialisme.
Pour trouver cet aspect principal, il faut se tourner vers son discours de la veille, du 2 mars 2026. Sur la base de l’Île Longue en Bretagne qui abrite les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, le président de la République Emmanuel Macron a tenu un discours martial qui s’est conclu par ces mots terrifiants :
« Le demi-siècle qui vient sera un âge d’armes nucléaires. La France déterminée, libre, confiante, y tiendra tout son rôle. »
C’est une posture typique du militarisme qui cherche à sidérer la population, en la faisant se soumettre à sa classe dominante qui aurait les moyens technologiques, économiques, politiques, pour faire face « aux grands enjeux du monde ».
C’est une manière de couper court à toute discussion démocratique, de court-circuiter les capacités du peuple à se prendre en main.
L’enjeu pour Emmanuel Macron est de prolonger son positionnement en faveur d’une « défense européenne » dans un contexte qui lui est favorable, puisque les États-Unis opèrent leur réorientation stratégique vers l’Asie contre la Chine, laissant l’Europe face à elle-même, en fait surtout face à la Russie.
Historiquement, les États-Unis ont disposé dans le cadre de l’Otan des armes nucléaires dans les pays européens que sont l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et l’Italie.
Mais la réorientation américaine oblige l’Europe à trouver une alternative. Dans cette optique, la France se pense assez forte pour occuper la place laissée vacante par les États-Unis en Europe. Elle vise à devenir le mandataire officiel de la superpuissance américaine en Europe contre la Russie. C’est pour cela que rien ne serait plus faux que de dire que cette modernisation nucléaire se fait contre les États-Unis. Comme l’a souligné Emmanuel Macron lui-même :
« Le travail […] s’est fait en pleine transparence avec les États-Unis et en coordination étroite avec le Royaume-Uni. »
Ainsi, Emmanuel Macron a présenté l’idée d’une « dissuasion avancée ». Celle-ci ne vise nullement un partage du feu nucléaire tel que cela pouvait l’être dans le cadre de l’Otan entre des pays européens et les États-Unis, mais de permettre à la France d’élargir sa « profondeur stratégique » à l’échelle de l’Europe :
« C’est une véritable convergence stratégique entre nos pays, de nature à donner une réelle profondeur à la défense de notre continent. »
Il a notamment été annoncé la construction de nouveaux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, avec « l’Invincible » prévu pour 2036, mais aussi l’augmentation du nombre de têtes nucléaires françaises (actuellement au nombre d’environ 300).
Surtout, il y a l’élargissement des forces aériennes stratégiques (les avions qui portent les bombes nucléaires) à 7 pays de l’Union Européenne, dont la Pologne, sans pour autant que ces derniers ne bénéficient d’un pouvoir sur la mise en œuvre, le contrôle et l’usage de ces armes nucléaires. Cela doit seulement servir à la France, puissance impérialiste secondaire, pour partir à l’assaut de la Russie dans des conditions géographiques et stratégiques acceptables à ses yeux.
En effet, ces pays de l’Union Européenne pourront mettre à disposition certaines de leurs infrastructures militaires pour les forces aériennes stratégiques françaises. Des organes politiques spécifiques vont être mis sur pied allant dans ce sens entre la France, l’Allemagne, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
C’est clairement un message envoyé à la Russie qui bénéficie quant à elle d’une profondeur stratégique « asiatique ». Car la vérité c’est que la Russie cherche à se repositionner comme une force asiatique, et non plus européenne. Elle peut, en conséquence, chercher à mettre fin rapidement au conflit en Ukraine par l’usage d’armes nucléaires.
Face à cela, Emmanuel Macron joue l’escalade belliqueuse. Il a eu ici des mots très durs, très menaçants quant à l’usage de feu nucléaire contre la Russie. C’est totalement terrifiant :
« Si nous devions utiliser notre arsenal, aucun État, si puissant soit-il, ne pourrait s’y soustraire. Aucun, si vaste soit-il, ne s’en remettrait. Un seul de nos sous-marins, tel que celui derrière moi, emporte avec lui une puissance de frappe qui équivaut à la somme de toutes les bombes tombées en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est près de mille fois la puissance des premières bombes nucléaires. »
Mais avant d’aller à l’escalade nucléaire, Emmanuel Macron a rappelé la nécessité de pouvoir mener la guerre conventionnelle « sous le seuil nucléaire », ce qui est là aussi un message envoyé directement à la Russie. Il a été rappelé la poursuite des travaux franco-allemands dans le cadre des programmes JEWEL et ELSA.
Ces programmes visent à ce que la France et l’Allemagne développent en commun des moyens de détection de missiles, des radars d’alerte ainsi que des missiles à longue portée :
« Cela nous donnera de nouvelles options pour gérer conventionnellement l’escalade, à l’heure où les adversaires déploient technologies et armements nouveaux. »
Les commentateurs bourgeois se sont empressés ensuite de rassurer l’opinion publique en disant qu’il ne fallait nullement y voir une course au réarmement.
La France agirait par pragmatisme car les règles internationales auraient sauté, le monde serait chaotique, les puissances s’armeraient jusqu’aux dents, il n’y aurait pas d’autres choix. Cela rejoint les positions furieusement va-t-en-guerre de Gabriel Attal :
« Nous vivons aujourd’hui dans un monde aujourd’hui qui est très largement régi par les rapports de force, par la brutalité. Je pense qu’il ne faut pas s’en réjouir. Il faut assumer ce rapport de force. (…) Et donc, la réalité, c’est qu’on ne peut pas être les derniers à respecter des règles que plus personne ne respecte. Sinon, on va se faire écraser et on sera affaibli. donc il faut être pragmatique et il faut assumer de parler aussi le langage de la force et d’incarner aussi une force. »
La bourgeoisie est passée en mode impérialiste pour aller sauver ce qu’elle peut sauver de parts du gâteau dans la guerre de repartage mondial. Dans ce cadre, elle jette par-dessus bord ses prétentions faussement démocratiques pour basculer dans le militarisme le plus complet.
Raison pour laquelle d’ailleurs Emmanuel Macron n’a pas annoncé le nombre de nouvelles têtes nucléaires:
« pour couper court à toute spéculation (…) il n’y aura plus de communication de chiffres en la matière ».
Ce n’est pas que le monde devienne chaotique, c’est que la crise du capitalisme pousse les puissances à s’affronter militairement pour conserver leurs sphères d’influences alors que le tempo de cet affrontement est donné par les superpuissances américaines et chinoises. Et elles ne reculeront devant rien, pas même l’escalade nucléaire, cet outil de terreur de masse.
La seule chose qui peut les mettre au pas, c’est la mobilisation des masses populaires pour un nouvel ordre débarrassé de la compétition économique, du capitalisme, de la barbarie militariste, de la décadence bourgeoise. Ou bien la Révolution empêche la guerre, ou bien la guerre provoque la Révolution !
