Avec les élections municipales, c’est totalement passé à la trappe, mais le mercredi 26 mars a eu lieu à l’Assemblée nationale un discours de politique générale prononcé par le Premier ministre Sébastien Lecornu, suivi d’un débat général.
Ces derniers mois, plusieurs débats « 50-1 » (en référence à l’article 50-1 de la Constitution) de ce type ont eu lieu : le 3 mars 2025, sur la situation en Ukraine, le 25 juin 2025, déjà sur la situation au Proche et Moyen-Orient, le 10 décembre 2025 sur la stratégie défense nationale, ou encore le 17 décembre 2025, sur la lutte contre le narcotrafic.

C’est la cinquième fois qu’une telle procédure parlementaire est mise en œuvre depuis le début de la crise de régime en juin 2024.
On l’aura compris, cette procédure parlementaire est activée dans le cadre de crise de régime pour rallier l’ensemble des partis représentés au parlement à la politique militariste française. C’est ce qu’a bien souligné Sébastien Lecornu dans son discours :
Mesdames et Messieurs les députés, cette réponse ne peut pas être seulement budgétaire. Elle est aussi organisationnelle, elle est aussi juridique, elle est aussi nationale et donc politique, intellectuelle et culturelle. Car la réalité des crises contemporaines est claire.
Elles sont rapides, hybrides, imprévisibles. Elles mêlent le militaire, l’économique, le cyber, l’informationnel, l’énergie. Elles visent nos intérêts, mais aussi nos capacités collectives à réagir. Elles se cumulent plus qu’elles ne se succèdent. Face à cela, l’État doit être prêt, se préparer, se mettre à jour.
C’est clairement une union nationale autour de l’armée et de la puissance française qui se joue, et cela fonctionne d’autant plus que les partis représentés au parlement se moquent tous des questions internationales et de la guerre, qui plus est de la situation en Iran. C’est la raison pour laquelle cela est passé à la trappe alors que c’est évidemment capital pour qui a compris les enjeux historiques actuels.
Dans son discours, le Premier ministre Sébastien Lecornu a une nouvelle fois enfoncé le clou du bellicisme et du militarisme sur fond de guerre américano-israélo-iranienne, rappelant par ailleurs l’implication militaire de la France dans la défense du Koweït, des Émirats arabes unis et du Qatar, ces immondes monarchies réactionnaires alignées sur la superpuissance américaine.
Des accords de défense qui alimentent la spirale guerrière dans la région et pourtant tout à fait respectés par la France insoumise et le Rassemblement national :
« La France doit respecter les accords de défense qui la lient à ses partenaires dans la région. Lorsqu’un allié est attaqué, la parole de notre pays ne saurait manquer. Il est légitime, et conforme à nos engagements, d’apporter une aide à caractère défensif, notamment face aux attaques de drones et de missiles. »
La France insoumise
« Le second intérêt prioritaire est la préservation de nos partenariats industriels et diplomatiques de défense avec plusieurs pays de la région. À l’heure où le bouclier américain n’est manifestement pas à la hauteur espérée, la France doit assumer les accords signés avec les pays de la zone et leur venir en aide, dès lors qu’ils sont des victimes collatérales du conflit entre l’Iran et l’alliance israélo-américaine. »
Rassemblement national
La tendance à la guerre ronge toujours plus le monde, et la France, cette puissance secondaire du capitalisme mondial, se doit de remettre une pièce dans sa machine militaire pour espérer s’en sortir.
Par conséquent, Sébastien Lecornu a annoncé une nouvelle actualisation de la loi de programmation militaire votée en 2017 et courant jusqu’en 2027, pour le 8 avril prochain, avec passage devant l’Assemblée nationale dans la semaine du 4 mai et du 1er juin au Sénat. Cette actualisation doit se concentrer sur la question des munitions avec une hausse sans précédent :
« Nous prévoyons d’investir 8,5 milliards d’euros supplémentaires de commandes entre 2026 et 2030, qui s’ajoutent aux 16 milliards d’euros de la LPM votée en 2023.
C’est indispensable et je veux que chacun s’en rende compte, c’est colossal. Au total, c’est comme si le budget annuel des armées, au début des années 2000, avait été exclusivement consacré à l’achat de seules munitions. »
Concrètement, on parle des missiles d’interception sol-air, mais aussi de la production en masse de drones, soit de défense, soit d’attaque dits « munitions téléopérées ».
Cet accent mis sur ces armements relève du fait que la bourgeoisie pratique la guerre dans le cadre du capitalisme, avec donc sa logique de chasse aux coûts et de recherche du meilleur rendement.
Or, que cela soit en Ukraine ou bien actuellement au Moyen-Orient, la guerre se pratique avec des drones peu chers mais provoquant beaucoup de dégâts, sauf à être interceptés par des missiles, coûtant, quant à eux, très cher.
Dans ce cadre, une nouvelle usine de drones va être inaugurée dans l’Essonne et un gros distributeur d’État va être mis sur pied baptisé « France munitions ». Il s’agit d’assurer l’approvisionnement des armées françaises mais aussi des « alliés » et des exportations.
On parle également d’un plan de 300 millions d’euros pour soutenir les industries duales (civiles/militaires) pour augmenter et moderniser leur appareil de production.
Enfin, la future actualisation de la LPM doit mettre en œuvre un nouveau « régime d’état d’alerte de sécurité nationale ».
L’idée est d’alléger normes et réglementations pour faciliter le déploiement des « forces armées, françaises ou alliées » sur le territoire national mais aussi pour moderniser les capacités de stockage et de logistique. Ou comme l’a résumé Sébastien Lecornu :
« Au fond, il s’agit d’une même exigence : adapter un État conçu pour le temps de paix à un monde qui ne l’est plus tout à fait. »
Qu’un tel discours soit passé à la trappe de l’actualité sur fond de focalisation sur les élections municipales en dit long sur la corruption de ce pays. Toutes les forces politiques qui ont participé à ces dernières, y compris de manière « critique », se retrouvent du mauvais côté de l’Histoire, celle de la bourgeoisie unie dans la survie de son régime.
Le petit cinéma peut bien continuer vaille que vaille, coûte que coûte, l’Histoire du monde continue à sombrer dans la guerre en rattrapant toujours plus la France et les Français.
Le drame est que la bourgeoisie fasse ses manœuvres de restructuration et de renforcement de son armée sans opposition, précipitant toujours plus la grande masse du peuple dans son giron… jusqu’à ce que la situation craque et provoque la Révolution !
Ou la révolution empêche la guerre, ou la guerre provoque la révolution !
