1er mai 2026 : de Liévin à tout le pays

1 mai 2026

Nous sommes à Liévin, dans le Pas-de-Calais. Nouvellement élu, le maire Rassemblement national a annoncé qu’il rompait avec la tradition du Premier mai. Immédiatement, les antifascistes de posture — ou de témoignage — ont réagi sur le registre de l’indignation morale : selon eux, le maire « annule la fête des travailleurs », preuve supplémentaire de son caractère fasciste.

Cette lecture, aussi simple qu’efficace émotionnellement, n’en est pas moins trompeuse. Elle réduit une situation concrète à un réflexe moral, au lieu d’en analyser les déterminations réelles. Et ce type de simplification produit davantage de confusion que de compréhension.

Si l’on veut lutter sérieusement contre les dynamiques du fascisme, il faut en saisir les ressorts concrets dans la société, et non projeter sur chaque événement une grille d’interprétation automatique. Il faut stopper le formalisme, utiliser l’intelligence, manier la dialectique.

C’est que Liévin n’est pas n’importe quelle ville. Située dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais, accolée à Lens, c’est une ville ouvrière. 

Le tissu urbain mêle cités minières devenues logements sociaux, zones pavillonnaires et petits immeubles collectifs. Et la section socialiste locale fut longtemps l’une des plus importantes de France en dehors de Paris.

La catastrophe du 27 décembre 1974 — 42 morts — a profondément marqué la mémoire collective, tout comme la période d’agitation politique qui a suivi, dans le sillage de la bataille ouvrière contre la trahison des idéaux.

Le maire de Liévin ne peut ignorer cela. D’ailleurs, lors de la campagne des municipales, comme tous les autres candidats du RN dans le Nord du pays, il a affirmé son attachement à la vie ouvrière, sa préoccupation quant aux soucis du quotidien.

Dès lors, comment imaginer qu’il annule le Premier mai ? Ce serait d’une maladresse propre au FN des années 1990, ce que ne peut se permettre la RN de Marine Le Pen et de Jordan Bardella !

Ce n’est pas cela qu’il se passe. Ce premier mai 2026, le maire annule la partie « politique » de la cérémonie. Il s’agit d’une pratique remontant aux origines historiques des municipalités socialistes du secteur. 

Depuis le début du siècle dernier, les organisations syndicales ayant leurs sièges sur le territoire de la commune portaient leurs revendications devant le maire. Celui-ci clôturait (et clôture encore, là où la tradition demeure) la cérémonie à l’issue de tous les discours, afin de montrer qu’il a compris et qu’il abonde dans le sens des revendications exprimées.

Un tel protocole pourrait être hautement subversif. Il pourrait être un coup de cutter dans la gorge de la charte d’Amiens du syndicalisme français, avec tout son apolitisme et son corporatisme.

Les revendications particulières, étroites, pourraient être mises en contraste avec les objectifs de l’intérêt général des masses populaires. La commune, en tant que premier niveau d’organisation, porterait la floraison des échanges tactiques et stratégiques des masses ouvrières…

Évidemment, ce n’est pas cela. Là est précisément le drame historique et c’est là où la Gauche historique doit être rétablie et partir à l’assaut du ciel.

Car le Premier mai à Liévin, c’est depuis plus d’un siècle une confirmation des institutions : les syndicats parfaitement en conformité avec le principe du dialogue social s’en vont ressortir le discours de leur centrale à Monsieur le maire. Celui-ci prend poliment quelques notes… et puis : au buffet !

Voilà comment on nie les luttes de classe, comment on converge avec le régime, comment on tue l’esprit de révolte. C’est ce qui s’est déroulé si longtemps… Trop longtemps.

Les réactions de la population à la décision prise à Liévin pour le premier mai 2026 sont d’ailleurs marquantes.

Mis à part les militants politiques socialistes et communistes, souvent âgés, qui déplorent timidement, les habitants restent le plus souvent assez indifférents. Comment pourrait-il en être autrement ?

Et quand ils désapprouvent, les habitants, souvent les jeunes, ont une position qui résume tout : ils regrettent que le maire touche à une tradition. Cela ne va pas plus loin, on ne dépasse pas le « c’est dommage ».

Ainsi, l’étranglement de la Fête des travailleurs n’est pas le fait du maire RN de Liévin, mais bel et bien des syndicats et des élus de gauche qui ont renoncé depuis longtemps au Socialisme, à la Cause révolutionnaire.

Il faut dépasser la trahison, il faut lever le drapeau rouge de la révolution, il faut que les masses s’approprient la dialectique et la manient de manière révolutionnaire.

Pour cela, nous avons besoin d’une Gauche historique qui sache comprendre les contradictions existantes, au contraire d’une Gauche gesticulatrice ou électoraliste qui ne vise qu’à les occulter afin de se faire une place au soleil dans la société capitaliste de consommation.

Que vive la lutte des classes et l’intelligence dialectique pour la révolution !