C’est un constat évident : la « Gauche » qui vit par les réseaux sociaux vit pour les réseaux sociaux. Et, il faut oser le dire : son existence en tant que telle vit des réseaux sociaux.
Plusieurs fois Révolution Permanente a annoncé la formation d’une organisation et plusieurs fois, à la suite de cette annonce, cette prétention est passée à la trappe. Car le problème est simple : oui, il est facile de rassembler des gens pour « militer ».

Il suffit de mettre en avant un thème mobilisateur, en jouant particulièrement sur des choses qui sont utiles pour une affirmation identitaire sur les réseaux sociaux. On obtient alors des gens, dont une petite partie est prête à l’action.
Bien sûr, il est nécessaire de « s’adapter » à ces gens, car les actions auxquelles ils sont prêts ont justement un rapport étroit avec les réseaux sociaux. Ils ne peuvent pas sortir de ce cadre qui, pour le dire clairement, est celui d’Instagram, en élargissant éventuellement à TikTok, voire Youtube.
C’est du militantisme-consumérisme, avec des gens qui sont concrètement des libertariens, tout en s’imaginant être de gauche, des activistes de gauche. Leur manière d’agir et de proposer des idées ne relève en rien d’une théorie venant de la Gauche, d’une vision du monde produite par la Gauche, d’une démarche historiquement liée à la Gauche.
C’est de l’action-consommation, ce sont des idées-marchandises. N’importe qui peut y arriver avec un plan marketing. Et d’ailleurs n’importe qui y arrive. Il suffit juste de mettre les moyens et Révolution Permanente est exemplaire à ce niveau : un studio qui coûte cher, des cours de diction à des porte-paroles…
Rien que ce dernier exemple en dit long, d’ailleurs. Au lieu de se fonder sur la dignité du réel, sur la puissance de l’Histoire, sur les capacités des masses, on a le contournement au moyen de l’argent, de la technique, du machiavélisme.
Le programme, les valeurs, les concepts, la vision du monde ? Tout cela n’a aucun intérêt pour des épiciers du militantisme, pour des commerçants de la politique « à gauche de la Gauche », qui toujours visent les plus jeunes, car pleins de bonne volonté, mais manquant de culture politique.
Les jeunes et… les bourgeois bien sûr. Cela fait plus de cinquante ans que les trotskistes, par exemple, quelle que soit leur organisation, ont comme habitude fondamentale d’aller draguer les étudiants de l’École Normale Supérieure ou ceux qui sont en classes préparatoires pour rejoindre cette « élite » de l’Éducation en France.
En règle générale d’ailleurs, les lycées bourgeois des grandes villes ont été visés ; désormais, en raison du manque de capacité d’action, cela passe surtout par le syndicalisme étudiant, qui est comme on le sait velléitaire, prétentieux, creux, petit-bourgeois jusqu’à l’écœurement.
Somme toute, c’est là où se révèle une mentalité de « révolutionnaire » propre aux riches pays capitalistes, avec toute une agitation contestataire qui relève de la mascarade.
Et le temps passant, les réseaux sociaux produisent eux-mêmes directement ces « révolutionnaires », qui naissent donc par les réseaux sociaux, vivant par eux (et donc pour eux), pour finalement comme toujours rentrer dans le rang… Et continuer les réseaux sociaux, sans cette apparence « révolutionnaire » qui n’aura été qu’un jeu, que la consommation d’une image. Qui veut être vraiment de gauche sait rompre avec cela ; c’est par la vision du monde et la culture qu’on change les consciences, c’est par la pratique dans le monde réel et non pas dans des bulles qu’on agit réellement.
