C’est le sens même de l’État qui est en jeu dans l’affaire Lyhanna

10 juin 2026

En France, la pédocriminalité est une horreur plus que répandue. On compte environ 160 000 cas d’enfants agressés sexuellement par an, et cela ne tient compte que des cas enregistrés lors d’un dépôt de plainte.

C’est dire l’ampleur du problème. Et c’est la raison pour laquelle le drame vécu par la petite Lyhanna soulève la société française, tant il révèle la faillite de l’État lui-même.

C’est une petite fille de 11 ans qui a disparu le 31 mai 2026, alors qu’elle aurait été emmenée dans le véhicule d’un homme de 41 ans. Son corps a finalement été retrouvé le 4 juin, dans un silo agricole d’une coopérative où avait travaillé Jérôme Barella, le principal suspect. Entre-temps, celui-ci avait été arrêté à son domicile (le 1ᵉʳ juin) et mis en examen pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans.

Ce qui a soulevé la colère de l’opinion publique, c’est l’inaction de la Justice par rapport à la liste de ses antécédents. On parle d’au moins quatre faits depuis 2017, allant du signalement pour « comportement inapproprié » au dépôt de plainte, toujours en lien avec des actes ou crimes sexuels sur mineur. Depuis l’arrestation de Jérôme Barella, d’autres signalements ont été effectués à son encontre.

Parmi ces faits, il y a notamment cette plainte pour viol déposée en août 2025 par la mère d’une fillette de 10 ans avec examen médical attestant la présence de lésions. La fillette aurait subi ces agressions entre septembre 2024 et mai 2025 au domicile de Jérôme Barella, lors de « soirées pyjama » avec sa propre fille. Mais voilà, entre août 2025 et juin 2026, cet homme n’a jamais été ni arrêté, ni même entendu par les services judiciaires.

Face à l’horreur et au laisser-aller de l’État, l’opinion publique s’est donc saisie de cette affaire. Ce lundi 8 juin 2026, plusieurs dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées devant les tribunaux de France, à l’initiative d’associations de protection de l’enfance et féministes.

Ce n’est pas forcément énorme, mais ce n’est pas négligeable. Cela reflète en tous cas l’état d’esprit des masses, qui savent reconnaître là où la civilisation est en péril. Cela d’autant plus que la prise de conscience sur les questions de violences sexuelles subies dans l’enfance, avec notamment la douloureuse question de l’inceste, émerge depuis 2021 dans la société.

Et il y a un principe simple : les enfants sont des êtres fragiles à protéger, coûte que coûte. On ne touche pas aux enfants et pour le peuple, les choses sont claires : le sort à réserver aux pédophiles doit être très clair, il n’y a pas de place pour les ennemis du peuple.

Cet espoir de justice, les masses imaginent que c’est toutefois utopique. Il y a donc, au moins, une immense attente envers l’État qui doit incarner la défense de la civilisation, qui doit être un instrument de la société contre toutes les attitudes et tous les actes qui la font régresser.

Et les masses ont raison car elles sont les véritables défenseurs de la civilisation… à ceci près qu’elles doivent prendre conscience que l’État ne naît pas sur un terrain moral abstrait, mais dans une relation particulière avec la classe sociale qui dirige et domine, et porte à un moment donné la civilisation.

Or voilà, la bourgeoisie qui a façonné l’État moderne, et prolongé la civilisation, est dorénavant une classe dirigeante périmée.

Mais au XXIᵉ siècle, la bourgeoisie décadente ne peut plus assumer cette tâche, car elle n’est plus que le vecteur d’une société de consommation en perdition. Les défaillances de l’État dans ce qui a conduit aux horreurs sur la petite Lyhanna ne relèvent pas simplement d’une question de moyens, mais aussi et surtout d’une question d’état d’esprit.

On notera ici les propos de Mᵉ Debuissson, avocat de la famille ayant déposé plainte pour viol en août 2025 contre Jérôme Barella :

« On évoque un problème de moyens financiers. C’est une réalité. […] Mais j’aimerais aussi dénoncer une autre réalité, que je vois au quotidien.

Celle de magistrats qui travaillent quatre fois moins que leurs collègues, celle d’enquêteurs paresseux, de vrais fainéants, qui sont aussi à l’origine de ce drame humain.

Quand j’entends ce qui a été dit [à ma cliente], notamment le fait qu’elle appelait chaque semaine les enquêteurs pour savoir quand Monsieur Barrella allait être interpelé, et qu’on lui dit « arrêtez, vous nous harcelez, on va déposer plainte contre vous »…

Et bien il y a des fautes humaines derrière ce drame. Il y a des gens qui sont des fonctionnaires, des enquêteurs et des magistrats, qui sont totalement désinvestis, partisans du moindre effort. Et ça aussi, ça doit être dénoncé.»

C’est une tendance générale, qui touche tous les secteurs, de la Justice à l’Education, en passant par la santé, la sécurité, les infrastructures ou encore les finances : la bourgeoisie n’est plus capable de diffuser une culture de l’État, de générer un appareil administratif qui ait le sens même de l’État, au sens d’un sacrifice professionnel au nom de la civilisation.

Son administration est routinière, formaliste, et surtout décadente.

Avec de toute manière des hauts fonctionnaires qui se pensent protégés dans leur tour d’ivoire, tout cela dans une société fondée sur l’égoïsme consommateur, le relativisme généralisé, le culte des identités, la fausse tolérance, le scepticisme et qui plus est, n’a jamais osé attaquer la conception réactionnaire de la famille comme espace unilatéral replié sur lui-même.

Donner de sa personne, prendre les choses avec sérieux et solennité, regarder le réel en face et pour ce qu’il est, c’est-à-dire plein d’horreur, examiner les situations dans toute leur complexité, avec dignité et recul d’ensemble, ne rien relativiser et savoir manier la répression réelle contre les sujets de régression : c’est autant de valeurs et d’attitudes impossibles pour tout un personnel dirigeant qui baigne dans un petit confort bureaucratique.

Dit comme cela, on pourrait croire que le trait est forcé, que les choses ne sont pas ainsi…

Comment pourtant ne pas faire face à cette réalité, alors que la France héberge un important volume de contenus pédopornographiques ? Il suffit aussi de regarder d’autres problèmes, tels que par exemple l’expansion du narcotrafic en France, de la prostitution des adolescents, de la tolérance envers la pornographie, de la banalisation du sexe sans sentiments et de l’adultère…

Voilà l’océan putride dans lequel baigne la société française.

Pour remettre de l’ordre, il faut un État, démocratique et populaire, qui érige en valeur absolue l’empathie et le fait de mettre des limites infranchissable aux comportements néfastes pour la société.

Il faut un nouvel État, fondé sur des sentinelles rouges et qui s’assume vraiment comme ce qu’il doit être : l’expression concentrée de la société qui se protège et défend les règles de la civilisation.

Le peuple doit prendre confiance en lui, en sa capacité à assumer cette grande tâche historique. C’est tout le sens du Socialisme et il est évident que ce qu’on appelle la dictature du prolétariat ne vise pas que la bourgeoisie : elle a dans sa ligne de mire également tous les éléments anti-sociaux.