Le château de Versailles privatisé pour l’ignoble Trump

18 juin 2026

Les 16 et 17 juin 2026, Emmanuel Macron organisait un sommet dit du G7 à Évian en Haute-Savoie, et Donald Trump a été invité à dîner au château de Versailles le soir du deuxième jour, en guise de clôture. Cela fait sens, car le G7 est surtout un club de nations occidentales (ou assimilé, pour le Japon), qui sont dans l’orbite de la superpuissance américaine. Quoi que c’est peut-être une litote : en ce qui concerne la France, il serait plus judicieux de parler de vassal.

C’est assez flagrant quand on voit que l’objet du sommet à consisté surtout en la continuation de la guerre américaine contre la Russie par l’intermédiaire de l’Ukraine. Les Européens ont totalement intégré cette guerre américaine, au point qu’ils sont maintenant plus royalistes que le roi sur le sujet. Ils sont prêts à tout contre Moscou, tandis que la superpuissance américaine fait ce qu’elle veut ailleurs dans le monde (on l’a vu au Venezuela et en Iran), sans s’enquérir de l’avis de personne, et certainement pas des Européens.

En parlant de « roi » cependant, il est clair par contre que Donald Trump n’a aucune ressemblance avec un Louis XIV. Il n’en a ni l’envergure culturelle, ni la capacité à porter un cadre moral et légal fort. Il s’entend bien sûr que nous ne parlons pas de Louis XIV comme individu, mais comme figure dans l’histoire nationale. En tant que figure, pour sa part, Donald Trump est par contre très laid (sur le plan culturel).

On parle de quelqu’un qui, pour ses 80 ans, vient de s’offrir à la Maison-Blanche un combat particulièrement violent de MMA. Pour ceux qui auraient la chance de ne pas connaitre le MMA, il s’agit d’un combat sanglant dans une cage où à peu près tous les coups sont permis, s’arrêtant à peu près avant la mise à mort.

Nul besoin d’en dire plus sur cet odieux personnage. Il est une insulte à la civilisation, à la bienséance, au bon goût. On est très loin des tragédies lyriques de Jean-Baptiste Lully, dont le chef-d’œuvre Atys est censé avoir été l’opéra « préféré » de Louis XIV. On est très loin aussi de l’immense finesse des portraits de Molière, ou de la psychologie de Racine, qui ont fait le Grand Siècle français, et dont Versailles est un lieu emblématique.

Mais la France n’est plus que l’ombre d’elle-même en 2026. Le capitalisme et sa société de consommation ont tout lessivé, au point que pratiquement personne de moins de 50 ans n’a ne serait-ce qu’une vague idée de qui est Jean-Baptiste Lully (sans parler des immenses Marc-Antoine Charpentier, puis Christoph Willibald Gluck). En ce qui concerne le château de Versailles, il n’est plus qu’une usine à touristes, sans rapport à l’histoire, sans égards pour l’art, où il est pratiquement impossible d’admirer quelque chose sans se faire bousculer par des zombies prenant tout en photos sans rien regarder.

Nouveauté 2026 : on peut y prendre en photo la chambre « privée » du roi Louis XIV, dont un lit royal, après 10 millions d’euros de travaux. Sauf qu’il s’agit d’un faux. On parle de « reconstitution », pour faire sérieux, mais il n’y a en réalité aucune base sérieuse à ce projet… Si ce n’est de faire plaisir aux mécènes, qui adorent ce genre de dorures claquantes.

Tout comme Donald Trump ! Il l’a dit avec son style caractéristique, aussi pauvre que vulgaire :

« The French president, who happens to be a very nice man, invited me to dinner at Versailles. And Versailles is not gold leaf. Versailles is the real deal. And I said, ‘I’d like to do it.’ I mean, you know, I’m a fan of beautiful places. »

En français, cela donne quelque-chose comme :

« Le président français, qui est d’ailleurs un type très gentil, m’a invité à dîner à Versailles. Et Versailles, ce n’est pas de la feuille d’or (du plaqué or). Versailles c’est le vrai truc. Alors j’ai dit : « J’aimerais le faire. » Je veux dire, vous savez, j’aime les beaux endroits. »

C’est à cela qu’en a été réduit Emmanuel Macron pour réussir à parler avec le Président des États-Unis. La presse bien informée raconte même que le Président français a eu l’idée de ce dîner pour faire en sorte que Trump reste jusqu’au bout au G7 (il était parti bien avant l’heure au Canada en 2025 par exemple).

Donc, cette immonde Donald Trump, le château a été fermé au nez et à la barbe des touristes, et toute la ville a été paralysée par des interdictions de stationnement et de circulation.

Afin que le monde continue d’être ce qu’il est. Ce que nous, naturellement, nous ne voulons pas.