Dans sa grande majorité en 2026, la Gauche française est pathétique de par sa nullité intellectuelle, morale et politique. La bonne nouvelle cependant, c’est que la Droite ne vaut franchement pas mieux ! Le niveau général est tellement faible en France qu’une personnalité comme Sarah Knafo peut émerger très facilement et passer pour quelqu’un de brillant.
Ainsi qu’Éric Zemmour, dont elle partage la vie, elle est effectivement une bonne oratrice, avec un sens minutieux de la répartie. C’est, somme toute, très français, puisque ici la forme compte autant que le fond, ou en tout cas est indispensable au fond. L’illustre Nicolas Boileau n’a-t-il pas posé pour des siècles, dans l’Art poétique, qu’en France ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ?

Assurément, Sarah Knafo a une pensée organisée avec beaucoup de références (surtout des statistiques) qui aident à ce que ses mots lui arrivent facilement, surtout quand il s’agit de retoquer des journalistes aussi niais qu’ils sont incultes. Sa formation d’énarque (le sommet de l’administration bourgeoise) et son passage comme auditrice à la Cour des comptes lui ont forcément donné les clefs institutionnelles pour exister. Et c’est ainsi que les gens de droite adorent l’écouter, considérant ses paroles comme frappées au coin du bon sens.
Le jeudi 25 juin 2026, en pleine crise caniculaire, elle a partagé dans une vidéo une petite réflexion à propos de la climatisation (en parlant des milliards récoltés dans le cadre de la Journée de solidarité, instaurée après la canicule de 2003).
Ce qu’elle dit est typique, illustrant la façon de penser des gens de droite en France. Ils s’imaginent très malins, en raison d’une foi aveugle en l’ingénierie, mais en arrivent à raconter strictement n’importe quoi, car ils se croient au dessus de la nature. La moindre critique ou nuance à propos de la climatisation est considérée par eux comme une illumination, alors que ce sont pourtant eux qui n’ont aucune cohérence scientifique.

Voici ses propos, et pourquoi ils sont strictement faux (et ridicule).
« Alors, on va me sortir l’argument habituel : la clim c’est mauvais pour la planète. Écoutez bien, car c’est une arnaque mo-nu-men-tale ! Un climatiseur ne créé pas de chaleur, il la déplace. Il prend la chaleur du dedans et il l’a met dehors. C’est la base de la thermodynamique. Accuser la climatisation d’aggraver la canicule, c’est comme accuser les pompes à chaleur d’aggraver les vagues de froid en hiver. Ridicule. »
Dire que la climatisation ne fait que « rendre » l’air chaud à l’extérieur est une approximation physique grotesque. La climatisation réchauffe activement l’atmosphère locale en convertissant de l’énergie électrique en chaleur additionnelle. Cela représente 20 % à 30 % de l’énergie thermique rejetée à l’extérieur, ce qui est une valeur majeure et mesurable en physique comme en urbanisme.
La « base de la thermodynamique » explique en effet qu’un logement se réchauffe en été, en raison de la chaleur extérieure. Mais Sarah Knafo oublie (ou ignore) le second principe de la thermodynamique, formulé par le physicien Rudolf Clausius en 1850 :
« La chaleur ne peut passer spontanément d’un corps froid vers un corps chaud. »
Contrairement à l’intuition primaire, une tasse de café sur une table n’est pas refroidie par l’air ambiant : la tasse de café réchauffe l’atmosphère de la pièce, jusqu’à ce que les deux températures soient équilibrées. Il en est de même pour le chauffage des logements en hiver, qui effectivement créer des îlots de chaleur et ne refroidit certainement pas l’atmosphère local.

Selon ce principe, on comprend immédiatement qu’un système de climatisation doive lutter contre le phénomène naturel du passage du chaud vers le froid. Pour forcer le passage du froid vers le chaud, il faut impérativement fournir de l’énergie externe. Et plus l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur est grand, plus le système doit fournir d’efforts pour « remonter le courant », plus la consommation électrique du compresseur s’envole, et plus cela produit de chaleur additionnelle.
Le bilan thermique d’un climatiseur est parfaitement quantifiable, et contrairement à ce que prétend vulgairement Sarah Knafo, il est tout sauf négligeable. Voici comment il s’écrit :
Qh = Qc + W
Qh (Heat rejected) est la quantité de chaleur totale rejetée dans l’atmosphère extérieure ;
Qc (Cooling capacity) est la quantité de chaleur extraite de l’intérieur du bâtiment ;
W (Work) est le travail électrique consommé par le compresseur et les ventilateurs de la machine.
Pour mesurer l’efficacité d’un climatiseur, on utilise le COP (Coefficient de Performance) en mode froid. Il représente le rapport entre la chaleur extraite et le travail électrique fourni :
COPfroid = Qc / W
Un climatiseur résidentiel performant a un COP situé généralement entre 3 et 4 dans des conditions normales d’utilisation. Prenons un exemple concret avec un COP de 3 :
- Pour extraire 3 kW de chaleur d’un salon (Qc), le climatiseur va consommer 1 kW d’électricité (W).
- La chaleur totale rejetée dans la rue (Qh) sera donc de : 3 kW + 1 kW = 4 kW.
Dans ce cas précis, la chaleur directement générée par le fonctionnement de la machine (W) représente 25 % de la chaleur totale rejetée à l’extérieur. Un quart de l’énergie thermique injectée dans l’atmosphère est donc une pure création anthropique due au fonctionnement de la machine. On ne peut absolument pas qualifier cette proportion de négligeable.
Lorsque des milliers de climatiseurs fonctionnent simultanément dans un centre-ville dense, ils recrachent une quantité gigantesque de chaleur thermique (Qh).
Il est très facile de trouver les études scientifiques montrant que l’usage massif de la climatisation en période de canicule peut faire grimper la température de l’air ambiant dans les rues de 0,5 °C à 2 °C supplémentaires. L’énarque Sarah Knafo aurait pu les trouver du côté des institutions françaises comme le CNRS ou Météo France, si le sujet l’intéressait vraiment.

Mais ce n’est pas le cas. Ce qui compte est le racolage vulgaire, pour garder les mentalités prisonnières d’un monde en perdition, qu’elle ne veut surtout pas voir changer. Promouvoir aveuglément la climatisation (qui n’est qu’un outil, utile ou non, suivant des situations particulières) ne sert qu’à justifier l’anthropocentrisme arriéré des gens de droite, et de la bourgeoisie en général, qui au fond refusent de croire au réchauffement climatique.
Ce dont ils ont horreur, ce qui les terrifie, c’est de concevoir la planète comme une biosphère, c’est de reconnaitre la nature. Cela implique l’universalité, cela implique de reconnaitre les masses, françaises et mondiales, car une humanité reconnaissant qu’elle fait partie de la biosphère n’a plus de raisons de se diviser en classes et en pays dominants et dominés.
Les bourgeois voient la climatisation comme l’outil du sauvetage de leur vieux monde, au point d’en devenir irrationnels, de raconter n’importe quoi, et même d’insulter l’esprit ingénieur français dont il se parent, avec des approximations scientifiques grotesques.
La Gauche historique au contraire porte la science, avec une rationalité nouvelle, tournée vers la nature depuis Karl Marx et ses écrits de jeunesse. Cela signifie beaucoup de subtilité, de nuances, pour saisir toute la dialectique de la nature, particulièrement en ce qui concerne la chaleur et la contradiction de ses mouvements.
Comprendre comment circule l’air dans un logement, comment la fraîcheur peut y être conservé le plus longtemps possible, notamment par une bonne intégration à son environnement, demande de la rigueur, et pas des approximations vulgaires. Il en faut également beaucoup pour comprendre en quoi la Terre est une biosphère, c’est-à-dire un organisme vivant aussi complexe qu’un animal, régulant sa température en permanence, et subissant les assauts du comportement erroné de l’être humain au 21e siècle.
