Cet été 2026 sonne déjà comme un moment historique : il est un énième coup de massue sur la tête des français, notamment après ceux de la pandémie de Covid-19, de la Guerre en Ukraine et de la dissolution anticipée de l’Assemblée nationale.
Entre les canicules qui s’enchaînent, la sécheresse massive et prolongée, la France est maintenant entrée de plein pied dans la saison des méga-feux. C’est dans le Sud-Ouest que la situation est alarmante, littéralement cataclysmique avec deux méga-feux respectivement autour du bassin d’Arcachon.
En attestent les Unes de nombreux journaux de ce samedi 25 juillet 2026 :







Parmi ces deux feux, il y a surtout celui qui a commencé en fin de matinée du mercredi 22 juillet à Saumos, devenu depuis lors incontrôlable. On parle de multiples brasiers d’une puissance inouïe, avec l’équivalent énergétique d’une centrale nucléaire tous les 200 mètres, alimentés par des vents forts changeant de direction dans la journée.
De manière générale, l’incendie est d’une telle violence que l’on parle d’un feu convectif, c’est-à-dire qu’il génère son propre système météorologique, avec notamment un pyrocumulonimbus, c’est-à-dire un orage créé par le feu lui-même. Le phénomène jamais observé auparavant en France rend le feu incontrôlable, en plus des projections de débris incandescents sur des centaines de mètres…
Depuis mercredi, ce feu a d’ores et déjà brûlé près de 36 000 hectares, ce qui est totalement hors-normes. Environ 150 maisons sont parties en fumées.
Ce sont 220 000 personnes qui ont été évacués de la Gironde et des Landes depuis jeudi 23 juillet si l’on tient compte de l’autre feu plus au sud, du côté de Biscarosse, qui a déjà ravagé plus de 3 500 hectares. À l’échelle de la France, ce sont près de 100 000 hectares qui ont brûlé, soit l’équivalent d’une région comme Hong-Kong ou d’un pays comme Malte.
Dans le fond, on se retrouve, comme sur l’ensemble des sujets fondamentaux de notre époque, avec le même problème : une bourgeoisie décadente incapable d’établir une organisation à long-terme pour prévenir et garantir le niveau de civilisation.
Évidemment, la France reste une puissance avec un État et un savoir-faire acquis qui permet de gérer à peu près les choses en bon ordre au moment venu.
On pense ici à l’évacuation de près de 140 000 personnes en Gironde et dans les Landes, avec la mise en place par-exemple du dispositif « FR-Alert » permettant d’alerter l’ensemble de la population par une notification écrite et sonore sur les téléphones portables (y compris s’ils sont coupés de réseau).
Mais dans les faits, il faut remarquer que c’est l’engagement soutenu et héroïque des forces de sécurité et des bénévoles de la société civile combiné à la sidération de la population évacuée qui a permis une évacuation dans le calme.
Lorsqu’on voit par exemple la conférence de presse du vendredi soir 24 juillet menée par la préfète de Gironde nommé en mai 2026, également préfète de la zone de défense et sécurité du Sud-Ouest, Sophie Brocas, on constate d’emblée la suffisance du personnel dirigeant.
Le ton donné est presque relâché, distant, avec des bafouillements incessants. Alors qu’un journaliste demande le chiffre exact du nombre de maisons détruites :
« Alors je n’ai pas mes chiffres là mais on va aller… je ne sais pas [se grattant la tête]… non, non je crois qu’il y en a [regardant ses associés]… pardon je vais aller les chercher puisqu’ils sont sur mon bureau [se lève puis se rassoit], excusez-moi ils sont sur mon bureau. »
Puis lors d’une nouvelle question d’un journaliste à propos du nombre de personnes à évacuer sur l’ensemble des communes, la préfète répond sur un air goguenard :
« Ah oui, vous voulez dire les communes ? Je ne sais pas, il faut qu’on regarde. Ce que je sais, c’est que Saint-Médard, c’est 50 000. Je pense que Saint-Hélène…moi euh… vous regarderez sur Wikipédia. Non je n’ai pas fait le décompte pour l’instant. »
Il n’est pas étonnant que seul Saint-Médard-en-Jalles soit cité par la préfète, puisque cette petite ville de 32 910 habitants abrite le terrain d’essai des propulseurs de missiles de la Direction générale de l’Armement (DGA), ainsi qu’une usine de production de carburant (le propergol) des fusées du groupe Ariane.
Le personnel dirigeant de l’État est en roue libre, ne sachant plus diriger mais seulement gérer les choses sur le mode routinier et protocolaire. L’incapacité à faire face sérieusement au réel est palpable. Heureusement, la France a un savoir-faire et une longue expérience héritée, disposant d’une technologie et de moyens matériels : la routine et les protocoles peuvent encaisser le choc, mais on voit bien que, sur le long terme, tout cela n’est qu’un château de sable.
La décadence dans la capacité d’anticipation de la classe dirigeante ne se situe donc pas tellement dans la gestion immédiate de la crise, que dans le programme de gestion à moyen-long terme.
Il faut déjà rappeler ici que la zone a déjà connu un méga-feu en juillet 2022 à la Teste-de-Buch. Cette année là, 7000 hectares de forêts furent brûlés avec 6 000 vacanciers évacués. Cet incendie avait été engendré par la panne électrique d’un camion à moteur thermique sur une piste forestière.
Avec une telle expérience, comment peut-on laisser intervenir 4 ans plus tard, dans la matinée du mercredi 22 juillet, une équipe de travailleurs, qui plus est sous-traitants pour le compte d’Enedis, pour effectuer des travaux de débroussaillage sous un pylône à haute tension électrique dans une zone touchée par une sécheresse exceptionnelle et des températures répétées à près de 40 °c depuis la fin mai 2026 ?
N’y avait-il aucune autre possibilité, ne serait-ce que reporter ou rapprocher les travaux au début de la saison estivale ? Ou bien même, effectuer une opération minimale avec des outils manuels pour garantir l’accès sécurisé aux infrastructures pour les agents d’Enedis ?
Il faut ainsi attendre le samedi 25 juillet 2026 pour que soit déclenché le niveau noir de vigilance (5/5) pour le risque incendie dans la zone de la Gironde. Un niveau d’alerte qui permet l’interdiction de toute présence humaine (encadrée ou non) dans le secteur ainsi que de l’usage d’engins thermiques ou électriques.
Il y a donc le précédent de l’été 2022, dont les leçons n’ont manifestement pas été tirés. Aussi et surtout, savoir diriger c’est savoir prendre en compte les tendances de fond qui animent une société. Et quelles sont-elles ici ?
Les méga-feux en Gironde et dans les Landes sont le résultat d’un ensemble. Il y a eu les records pluviométriques de l’hiver, contribuant à faire pousser une petite végétation très dense au sol dès le printemps.
Une végétation qui sous l’effet ensuite des canicules à répétition combinées à la sécheresse record s’est transformée en un coup de fouet hydro-climatique pour des départs de feux immédiats dans un espace forestier marqué par une monoculture de pinèdes, dont la sève résineuse est extrêmement inflammable. Tout cela sur un territoire marqué par la sur-fréquentation touristique et un proximité géographique avec la façade atlantique et ses vents marqués et changeants au fil du jour.
La réalité, c’est que la bourgeoisie dirigeante n’a pas cru à l’emballement du réchauffement climatique et à ses conséquences mortifères. Elle pensait pouvoir temporiser avec une marge de manœuvre de 5-10 ans, ce qui, dans les faits, signifiait gérer à court-terme.
De manière générale, l’appareil dirigeant n’a pas fait de travail de synthèse et d’analyse du saut qualitatif qu’allait engendrer ce problème en termes de méga-feux (pas plus d’ailleurs que sur les canicules et la sécheresse).
Comme cela a été expliqué dans l’article du 9 juillet, la doctrine française de lutte contre les incendies a été invalidée par le réel lui-même. Manque de moyens, manque d’anticipation, sont les éléments directs de la crise actuelle.
Tout concourrait à démontrer la caducité de cette doctrine, si tant est que les impacts qualitatifs de la situation climatique aient été réellement pris en compte. Comment pouvait-on réellement s’imaginer éteindre chaque petit brasier un urgence alors que les zones concernées en France sont massives dans un contexte où tous les ingrédients sont réunis ?
Mais pour comprendre cela, il faut pouvoir prendre le réel au sérieux, pouvoir appliquer des principaux de précaution, se concentrer sur un problème collectif, planifier la réorganisation générale des activités humaines et du tissu biosphérique, etc.
Autant de traits d’esprits absents de la classe dirigeante de notre époque. Autant de faits accumulés depuis le début de l’été 2026 qui ne sont pas séparés les uns des autres, mais forment la trame combinée de ce qu’il faut appeler une crise générale de la société bourgeoise. Autant d’éléments qui marquent l’avènement d’une nouvelle époque, celle de la Révolution pour l’avènement d’un Humanité nouvelle en phase avec la Biosphère.
