Ceux qui croient au capitalisme sont prêts à raconter n’importe quoi pour que rien ne change, pour que tout reste stable. La justice fonctionnerait même si tant bien que mal, les hommes politiques ne seraient pas d’ignobles corrompus, les entreprises auraient des dirigeants honorables, la France serait une démocratie.
« L’autorité judiciaire est indépendante » a ainsi prétendu Emmanuel Macron au Conseil des ministres du 4 avril 2025, deux jours après la condamnation de Marine Le Pen. Un mensonge, évidemment, et il a attendu avant de dire ça, afin d’apparaître comme au-dessus de la mêlée.
Sauf que personne n’est dupe. La justice ne fait qu’exprimer des points de vue qui correspondent à des rapports de force. Marine Le Pen a été torpillée pour laisser le champ libre à la ligne pro-Union européenne, pro-Otan, pro-guerre à la Russie. Il fallait la casser car elle risquait de catalyser la rancœur populaire.

D’ailleurs, afin de neutraliser une éventuelle contestation, il est annoncé un procès en appel un an avant la présidentielle de 2027. Marine Le Pen connaîtra le résultat de son appel à l’été 2026. Rien n’est censé changer donc jusqu’à cette date. Les gens n’ont qu’à se taire entre-temps.
Il s’agit pour le capitalisme de gagner une année de plus. De continuer à endormir, et pour l’instant ça marche, puisqu’il n’y a pas de majorité parlementaire depuis une année, qu’on est donc dans un régime semi-fasciste dans son fonctionnement, et que rien ne se passe !
Et le capitalisme est prêt à trouver un éventuel remplaçant populiste à Marine Le Pen, au cas où Jordan Bardella ne suffira pas. On a François Ruffin qui attend son heure. Il a tenu un meeting en banlieue parisienne le premier avril 2025, pour dénoncer « la faillite des élites » et « le système ».
Mais attention, il ne critique pas le capitalisme, car il y a les bons capitalistes, comme il l’a dit à son meeting, ici raconté par Le Figaro :
« Comme il en a pris l’habitude, François Ruffin a agrémenté son propos de traits d’humour.
Notamment lorsqu’il a cité la centaine d’entrepreneurs français qui ont signé en janvier une tribune pour que leurs successions soient davantage taxées.
Tous les millionnaires ne nagent pas comme des requins dans les eaux froides du calcul égoïste, a-t-il soutenu sous l’acclamation.
Et de constater : Si j’avais su que je ferais un jour applaudir un millionnaire !«
Le capitalisme échouera pourtant. Il cherche à temporiser, car il s’imagine que Marine Le Pen c’est Marine Le Pen, et même François Ruffin la prend au sérieux. En réalité, Marine Le Pen n’a été qu’un outil temporaire et malsain de la recomposition du prolétariat.
Les travailleurs, et les ouvriers les premiers, ont réussi à s’installer dans le capitalisme. L’achat du logement, la voiture, les enfants, tel a été le triptyque. Par conséquent, les travailleurs demandent au capitalisme de continuer, de ne pas s’accélérer.
C’est un rêve et pour le réaliser, les travailleurs ont délégué leurs forces à Marine Le Pen, tout comme aux États-Unis les travailleurs américains l’ont fait avec Donald Trump.
Ce dernier a justement réussi sa mission et maintenant il détourne la mobilisation de masse vers des objectifs agressifs de guerre avec la Chine, tout en transformant l’appareil d’État américain. Avec Donald Trump, on passe du populisme au fascisme.
Mais la France, ce n’est pas les États-Unis. Donald Trump a eu le soutien de tous les milieux de la finance, des entreprises de haute technologie liée à internet. Marine Le Pen est, elle, isolée dans le capitalisme français.
Le capitalisme français ne veut pas de ligne « facho », il veut maintenir le libéralisme de l’Union européenne, il entend conserver l’inclusivité LGBT, il veut continuer à sacraliser l’art contemporain, il espère accentuer l’immigration en procédant désormais à des sélections des entrées.
Il y a donc un espoir, un seul : que les masses comprennent que leur rancœur et le soutien à Marine Le Pen ne ressemblent à rien, qu’il faut de l’envergure et que par conséquent elles doivent assumer la lutte des classes.
Elles ne se tourneront jamais vers l’Union européenne et leurs appendices de la gauche de la gauche. L’art contemporain, c’est bourgeois. L’idéologie de l’individu consommateur roi, c’est bourgeois. Le culte anti-universel des différences en mode LGBT, c’est bourgeois. L’immigration débridée pour pomper les énergies du tiers-monde et diviser les travailleurs, c’est bourgeois. La participation aux institutions d’un État « neutre », c’est bourgeois.
Oui, si les masses comprennent, et qu’elles se bougent, que la digue Marine Le Pen s’effondre, alors ce sera enfin la grande cassure, enfin le grand choc.
Oui, qu’enfin les choses se durcissent, que la réalité des luttes devienne dure comme l’acier, que le drapeau rouge soit celui de l’affrontement avec le capitalisme et son État !
