Brigitte Bardot est décédée le 28 décembre 2025 et c’est un curieux hasard que le même jour était publié ici un article au sujet de la Cause animale, justement (2026 : assumez un rapport positif aux animaux, une bonne mentalité). Il n’est pas de hasard, bien entendu, il est des rendez-vous, c’est un thème qui nous est essentiel.
Et, pour cette raison, nous n’avons jamais considéré Brigitte Bardot comme étant de « Droite », malgré qu’elle le revendique. Il a toujours été évident que c’est plus compliqué que ça.
On le sait tous, elle a été une icône pour les Français, pour deux raisons fondamentalement différentes.
Pour les uns, la quasi totalité, c’est une icône du cinéma de l’après-guerre et de la beauté féminine à la française à la fois sûre de soi et fragile. C’est l’une des premières grandes figures françaises de la société de consommation des années 1960.
Bref, c’est un produit de consommation, à la fois pittoresque et marquant, avec aussi de la nostalgie, etc.
Pour les autres, une petite minorité, c’est la star qui a refusé le monde afin de se tourner vers les animaux, qui eux seuls représentent quelque chose de sain dans un monde cynique et agressif.
Le fait est que, courageusement, malgré son statut de star mondiale, Brigitte Bardot a tout arrêté du jour au lendemain, se lançant dans plusieurs décennies ininterrompues de soutien à la cause animale.
Pour les membres de la Cause animale, c’est « l’une des nôtres ». Elle aussi a rejeté la société pour se tourner vers les animaux.
Et quand on connaît les conditions terribles de la bataille pour les animaux, on ne critique pas « l’une des nôtres ». On regrette peut-être certaines choses, on est en désaccord. Mais jamais on ne la rejettera, impossible.
Surtout que Brigitte Bardot a eu de la constance. Son engagement a été public dès 1962, lorsqu’elle est intervenue dans l’émission « Cinq colonnes à la une » pour dénoncer la façon absolument ignoble dont étaient abattus les animaux en France.
Durant de longues minutes, elle décrivait dans le détail l’égorgement puis la lente et douloureuse agonie des « bêtes » ; elle prônait alors une modernisation avec l’usage de pistolets étourdissants, comme en Angleterre. Ce qui fut effectivement appliqué en 1972.
Durant les années 1970 justement, elle s’acharna à alerter l’opinion en faveur des chiens abandonnés et des refuges animaliers.
Et il faut souligner cet épisode marquant, un moment essentiel de sa rupture en faveur des animaux.
En 1973 en Dordogne, elle sauva, en effet, une chèvre lors d’un tournage.
L’histoire est pleine de dignité. Une figurante était sur le plateau avec la chevrette apeurée, que l’actrice venait rassurer… avant de négocier son adoption, car la dame comptait la tuer et la faire cuire en méchoui pour la communion de son fils.
Inacceptable pour Brigitte Bardot, qui la gardera dans sa chambre d’hôtel avant de quitter le tournage. C’était le grand tournant, assumé.
En 1977, elle marqua mondialement les esprits en se faisant déposer en hélicoptère sur la banquise, bravant le gouvernement canadien, pour s’insurger contre l’abominable chasse aux phoques. Elle alertait sur cette pratique consistant notamment à assommer à coups de massue des petits de moins d’un mois, dépecés sur place, parfois conscients.

Par contre, tout cela était fait « à la française », avec beaucoup de prétention, mais peu de fond. Brigitte Bardot, si volontaire et virulente, vivotait au quotidien tranquillement dans un milieu très aisé et largement contaminé par des réseaux d’extrême-Droite.
Cette situation amenait Brigitte Bardot à pencher vers la misanthropie, à aller dans une logique de racisme, afin de trouver une « interprétation » à une situation odieuse pour les animaux qui restait finalement toujours la même.
C’est toujours la même chose : lorsque les solutions socialistes ne sont pas trouvées, on bascule dans le nationalisme en s’imaginant avoir trouvé une baguette magique.
Résultat, le temps a passé et, paradoxalement, l’activisme de Brigitte Bardot a simplement accompagné la modernisation et la généralisation de l’exploitation des animaux.
Brigitte Bardot aura été la mauvaise conscience de la généralisation de l’emploi des animaux dans le capitalisme.
Au moins, il y aura eu une conscience, c’est ce qu’il faut retenir. Mais elle n’aura pas été à la hauteur de la critique nécessaire, révolutionnaire, en faveur des animaux. Elle a fait trop de compromis, que ses engagements acharnés n’ont pas masqué.
Mais comme dit plus haut, en un sens, c’était l’une des nôtres. Et son honneur est sauf.
