Solidarité avec le Rojava, abandonné et désormais pris en étau

22 janvier 2026

Il y a partout en France des initiatives pour le Rojava, la région kurde en Syrie qui a acquis une autonomie dans le cadre de la guerre civile syrienne et a proposé un modèle de « révolution ».

Il faut soutenir ces initiatives, car à l’arrière-plan il y a les masses kurdes qui souffrent et surtout la question démocratique qui se pose, notamment en ce qui concerne les droits des femmes.

Ce sont les forces féodales syriennes les plus arriérées qui visent le Rojava en ce moment, et la situation est critique.

Il faut malheureusement bien dire également les choses. Cette situation a été rendue possible parce que la superpuissance américaine a décidé d’abandonner les Kurdes de Syrie.

Ces derniers ont pensé, une énième fois, qu’un accord avec une grande puissance les sauverait.

C’est vraiment une erreur typique du drame kurde, et même de l’Orient en général, où chaque force essaie de gagner des avantages par des alliances avec des superpuissances et des puissances, des contre-alliances, etc.
Au lieu du peuple, on choisit le pragmatisme.

Le résultat est toujours fatal.

Qu’on pense au drame palestinien en général et encore tout récemment.

Le Hamas et ses alliés sur place ont vendu Gaza à l’Iran, avec le résultat désastreux que l’on connaît sur le plan des conséquences destructrices depuis le 7 octobre 2023, sans parler même de la résistance à l’hégémonie israélienne et à la colonisation.

Les Kurdes de Syrie se sont donc vendus aux Américains et aux Français, en se présentant comme les seuls aptes à combattre l’État islamique. Ce qui était vrai.

Cependant, les intérêts des Kurdes ne convergent pas forcément avec ceux des superpuissances et des puissances. Et, de toute façon, les intérêts des peuples sont en contradiction formelle avec ceux agissant pour des motifs impérialistes.

Le « pari » de la mise en place d’un Kurdistan unifié parce que cela convergerait avec la superpuissance américaine a échoué. Le résultat est que, du jour au lendemain, le parapluie américain (et français) a cessé.

En jaune, le Rojava avant l’offensive
de l’armée syrienne de janvier 2026 (wikipédia)

Mi-janvier 2026, l’armée syrienne a pris le contrôle de deux quartiers d’Alep de population kurde et « auto-administrés » (Sheikh Maqsoud et d’Ashrafieh).

Les 17-18 janvier, elle a pris le contrôle d’une large partie du « Rojava », avec Al-Tabqah et une large partie des régions au Sud-Est de Deir ez-Zor.

En jaune, le Rojava au 22 janvier 2026

Cela veut dire que les principales ressources en pétrole de Syrie ne sont plus sous contrôle du Rojava et que la région se retrouve de facto en faillite économique.

Enfin, la ville de Kobane est désormais encerclée et isolée, afin d’établir un rapport de force définitivement en faveur de l’État syrien dirigé par Abou Mohammed al-Scharaa, ancien chef du Front al-Nosra puis de HTS.

L’objectif est la capitulation totale des forces kurdes, qui doivent intégrer l’État syrien. Les forces révolutionnaires sur place qui sont venues de Turquie (ou de pays occidentaux) doivent dégager le terrain également.

Naturellement, les mouvements kurdes (ou révolutionnaires de Turquie) considèrent que les choses peuvent encore être « sauvées ». Ils croient vraiment que le Rojava représente une « révolution » et un début de solution au problème kurde.



Et ils sont prêts à tout pour y croire, notamment à tresser des lauriers à la puissance française.

En France, le Conseil démocratique kurde en France (CDK-F) demande ainsi « des frappes aériennes immédiates de la France contre les positions des jihadistes, qui massacrent les Kurdes de Syrie et menacent directement la sécurité régionale et européenne ».

Des Français qui ont combattu auprès des Kurdes au Rojava ont également fait un communiqué exprimant le regret de voir « la France abandonner ses alliés, dont elle partage les valeurs de démocratie, de tolérance et de liberté, aux mains des djihadistes – c’est-à-dire de gens qui haïssent l’Occident, et particulièrement la France, jusqu’au plus profond de leurs tripes ».

C’est inacceptable. La France est un pays capitaliste et sa démarche est impérialiste. Croire qu’elle puisse jouer un rôle positif pour les Kurdes est une fantasmagorie.

Et les faits sont là. La catastrophe est là. La superpuissance américaine et le capitalisme français ont d’excellents rapports avec le nouveau pouvoir syrien.

Ils ont utilisé le Rojava à un moment, c’est fini désormais.

Ce qui ramène tout aux contradictions essentielles : celle entre les peuples et l’impérialisme, celle entre les femmes et le patriarcat clanique, celle entre les larges masses et le féodalisme qui étouffe le tiers-monde, sans parler des grands propriétaires terriens et des grandes entreprises liées à des familles oligarchiques.

Il faut soutenir le Rojava, afin de limiter la casse et repartir sur une base saine.

Mais que cessent ces illusions sur la superpuissance américaine et l’impérialisme français !

C’est sur les principes de la Gauche historique qu’il faut lutter, pas sur la base d’un anarchisme post-moderne (et identitaire) né dans les universités occidentales !