Depuis le 8 février 2026 a débuté l’exercice ORION 2026, un vaste entraînement des armées françaises à une guerre de haute intensité, dont l’actualité fait écho à la récente annonce faite par Renault de produire en masse des drones pour l’armée dans son usine au Mans. La guerre est au poste de commande du capitalisme français !
Ce format 2026 vient à la suite de l’exercice HEMEX-ORION 2023 qui était la première manœuvre du genre en vue de former les armées françaises à l’engagement total de leurs forces dans une guerre contre un autre État à la puissance équivalente. Depuis, de tels exercices ont lieu tous les trois ans sur le sol national.
Dans l’exercice de cette année, c’est le même scénario de 2023 qui est à l’œuvre : une puissance dite « expansionniste à l’est » (Mercure) voudrait s’emparer d’une partie d’un pays à « l’ouest » baptisé « Arnland » (censé représenter la France) dans le but de l’empêcher d’ »adhérer à l’Union européenne. La France engagerait ses forces militaires pour « défendre » le pays menacé…
L’exercice doit se dérouler jusqu’à fin avril dans près de 15 départements. Il concerne 12 500 militaires français, 25 navires, dont le porte-avions Charles-de-Gaulle, 140 avions et hélicoptères et 1 200 drones de tous types, dans 15 départements, avec pas moins de 12 ministères impliqués. Sont également impliqués 24 pays, principalement européens, mais également les États-Unis, le Canada, le Qatar…

Il est clair que le but de telles manœuvres est d’exercer les forces militaires à la guerre contre la Russie. Cela est d’autant plus clair qu’Emmanuel Macron a engagé la France dans cette perspective depuis son annonce du 26 février 2024, avec une série de faits renouvelés en ce sens et documentés dans notre chronologie.
Dans ce contexte, la France se la joue leader dans le domaine de la guerre à la Russie. Elle va d’ailleurs prendre la direction de la force de réaction rapide de l’Otan à partir de juillet 2026, qui, rappelons-le, a été transformée en 2022 à la suite du conflit en Ukraine pour mieux faire face à la Russie.
Ainsi, ORION 2026 vise notamment à entraîner l’armée française à entrer la première dans un conflit dans le cadre d’une coalition interarmées de l’Otan. L’exercice ne doit passer sous commandement de l’Otan qu’après la phase de débarquement réalisée par les seules armées françaises. Pour la France, ORION 2026 représente l’adoubement par les États-Unis de sa capacité à diriger les forces de l’Otan sur le théâtre européen face à la Russie, puissance alliée à la superpuissance chinoise, chalengeuse des États-Unis.
La marche à la guerre suit son cours de manière inlassable, c’est la réalité historique actuelle. C’est une question de crédibilité pour la France si elle veut pouvoir continuer à faire tourner son capitalisme, et surtout, surtout, si elle veut pouvoir bénéficier, demain, de sa relance dans le giron des États-Unis.
À cet exercice concret, s’ajoute toute une propagande de guerre. Tout comme pour le premier exercice de ce format qui avait eu lieu en 2023, ORION 2026 bénéficie d’une importante couverture médiatique. Cela serait pour prévenir la population, ne pas l’effrayer…
En fait, c’est surtout pour contribuer à la propagande belliciste et militariste, en habituant la population à côtoyer des militaires en exercice, à être impressionnée par ses capacités technologiques, bref à se soumettre aux impératifs guerriers.
Évidemment, pour la bourgeoisie, il ne faut pas que cela déborde trop du cadre. Il faut préparer l’armée à la guerre de haute intensité, frapper les esprits pour créer des viviers de recrutements, tout en laissant la population dans une passivité et un engagement à distance.
Dans un journal de la presse quotidienne régionale qui relate l’exercice dans la région de Saint-Nazaire où doivent avoir lieu des exercices de débarquement amphibie et aérien, on a un « expert » qui vient donc encadrer l’opinion publique dans le sens de la guerre :
« Comment s’inscrit ORION 2026 dans la politique extérieure actuelle ?
Il n’y a rien de nouveau. C’est vrai que dans un climat géopolitique plutôt anxiogène , comme cet exercice relève de l’Otan, ça interpelle à l’évidence le citoyen qui veut y voir que la guerre est proche. Mais dans l’absolu, ce type de manœuvres interarmées a lieu tous les trois ans depuis la fin de la guerre froide et n’a rien d’exceptionnel. La Russie n’avait pas forcément apprécié la dernière grande opération, du genre organisée en Mer Baltique car immanquablement, c’est aussi un message envoyé aux autres pays, indiquant que les forces de l’Otan continuent de s’entraîner (…)
Peut-on parler de démonstration de force ?
Cette définition est un peu violente. Non, l’objectif est plus de montrer que dans le camp d’en face, on a des forces armées qui seront prêtes le jour J s’il devait arriver.
Faut-il y voir l’intention sous-jacente de préparer les Français au scénario de la guerre ?
Evidemment quand le chef d’Etat-major des armées ou le Président appellent à la vigilance et rappellent que la jeunesse doit repenser la nécessite de défendre son pays, cela interpelle. »
C’est un cas d’école de propagande guerrière pour notre époque : ne prenez pas trop tout cela au sérieux mais soyez raisonnables et soutenez les forces armées ! Et si tel n’est pas le cas, il y aura de toutes manières les forces de répression, comme l’atteste la participation de la gendarmerie à l’exercice.
Car évidemment, le format ORION 2026 est l’une des manœuvres les plus colossales depuis la fin de la guerre froide. Mais il faut pouvoir minimiser les faits en laissant penser que ce n’est qu’une continuité des choses, que rien ne va vraiment être chamboulé tout en laissant penser le contraire…Notamment auprès de la jeunesse.
En effet, ORION 2026 a un corollaire spécifique tourné vers la jeunesse. C’est le programme « ORION jeunesse » qui proposera à la fin mars des immersions aux plus jeunes, avec des partenariats avec des établissements scolaires.
À ce titre, la passivité des masses est d’autant plus scandaleuse qu’elles ne prennent pas ce sujet au sérieux, acceptant l’idée que finalement rien ne devrait vraiment être chamboulé. Elles vont en payer le prix cher !
L’exercice ORION 2026 est un énième rappel à l’ordre : ou bien la révolution empêche la guerre, ou la guerre provoque la révolution ! Telle est à la question stratégique essentiel à l’agenda des forces résolument à gauche !
