La Justice bourgeoise déteste cette situation où une personne est morte dans un contexte politique. Elle ne sait absolument pas quoi en faire, étant donné que l’idéologie républicaine, intégratrice dans les institutions, est l’alpha et l’oméga de toute sa démarche d’intégration des contradictions sociales.

Le procureur de la République Thierry Dran, qui a tenu une conférence de presse ce lundi afin de préciser les circonstances de la mort de Quentin Deranque le 12 février 2026, a donc tout fait pour gagner du temps.
« Une enquête criminelle prend du temps, ça ne peut pas se faire en quelques jours. »
Une telle affirmation ne tient bien entendu pas une seule seconde, surtout concernant des milieux aussi surveillés par la police que ceux des réseaux très à droite et très à gauche, qui sont spontanéistes et composés de jeunes qui partent et qui reviennent.
Si l’État l’avait donc voulu, il aurait immédiatement mené cinquante perquisitions au minimum. Il sait à peu près qui fait quoi et comment, il sait qu’il peut frapper sans opposition en face, il aurait pu marquer l’opinion publique, taper du poing sur la table.
S’il ne l’a pas fait, c’est un choix, tout comme d’ailleurs le processus de dévoilement médiatique de l’affaire a été très lent. Le but est d’écraser toute cette histoire.
Le procureur n’a donc strictement rien dit de politique. Il n’a accusé personne. Il ne sait pas qui est coupable. Il a simplement tenté de déplacer les questions vers la procédure, afin de noyer toute l’affaire derrière une dimension juridique et institutionnelle.
Il a ainsi parlé d’au moins six individus, d’une enquête qui concerne un homicide volontaire, des violences aggravées par trois circonstances (en réunion, masqué, avec port d’armes), ainsi qu’association de malfaiteurs dans l’intention de commettre un délit.
On trouve ici à l’arrière-plan le fait que Quentin Deranque « présentait essentiellement des lésions à la tête », dont « un traumatisme cranio-encéphalique majeur », « au-delà de toute ressource thérapeutique, et mortelles à brève échéance ». Autrement dit, les coups portés ont inévitablement provoqué la mort.
Il faut toutefois noter deux nouveaux aspects à l’affaire.
D’une part, il a filtré dans les médias que Quentin était quelqu’un ayant basculé dans le catholicisme intégriste teinté d’idéologie d’identitaire français (alors que lui-même est latino-américain par sa mère), qu’il avait ensuite participé à des réseaux ouvertement nationalistes, avant de se recentrer sur la dimension catholique.
Ce n’est pas simplement un étudiant catholique au mauvais endroit au mauvais moment.
D’autre part, les médias ont largement expliqué comment le mouvement de la « Jeune Garde » s’était fait aspirer, voire intégrer par La France insoumise, notamment par l’intermédiaire de son porte-parole devenu député.
Ce qui ramène à la situation suivante politiquement. Quentin Deranque était à droite de la droite, mais pas un militant fasciste au sens strict. Quant au milieu de la Jeune Garde et des antifas en mode baston, ils ne sont certainement pas non plus des révolutionnaires assumés à gauche de la gauche.
Cependant, de par l’Histoire de France et du monde, il est impossible de ne pas voir que cela ramène dans les faits à l’affrontement entre fascisme et antifascisme, entre contre-révolutionnaires et révolutionnaires.
Sauf que personne ne peut assumer cela ni dans un camp ni dans l’autre, et que l’État ne veut surtout pas entendre parler de ça ! Quelle étrange situation historique dans une société française où personne ne veut ni ne peut rien assumer !
