Kanye West a sorti son album Bully, après avoir sorti une première version de travail en 2024, déjà formidable (Kanye West, toujours force motrice avec Bully v1).
Cette fois, la production est lissée, elle est destinée aux masses. Et on est dans la continuité du métissage mondial, par l’intermédiaire combinant sensibilité et savoir-faire (La signification historique d’Utopia de Travis Scott).
Bien sûr, c’est un parcours tortueux, à notre époque. Cela se fait donc parfois en déraillant, de par le développement inégal et par incompréhension de leur propre travail de synthèse. Qu’on imagine tout de même que Kanye West, un Afro-américain, a pu s’imaginer voir une dimension universaliste dans le nazisme, cela veut tout dire !
Et qui prend cela au sérieux passe à côté de l’essentiel. L’album Bully contient des samples de l’immense chanteuse libanaise Faïrouz, du groupe de R&B The Moments (avec Ray, Goodman & Brown), du groupe de jazz funk français Cortex, de la chanteuse indienne Asha Bhosle, du groupe de rock expérimental Can (avec le Japonais Damo Suzuki), de l’artiste américain de latin jazz Poncho Sanchez, du chanteur américain de gospel Johnnie Frierson, de la chanteuse américaine soul et gospel Cissy Houston (mère de Whitney par ailleurs)…
Le futur, c’est déjà maintenant. Le nationalisme et le capitalisme peuvent bien prétendre ce qu’ils veulent, les frontières ont déjà commencé à tomber, l’unification mondiale est déjà bien avancée.
Kanye West passe bien entendu par la dimension gospel pour exprimer ni plus ni moins qu’un besoin d’amour universel, de fin des soucis, d’unité et d’esprit tourné vers la capacité à se préoccuper de soi et des autres.
Les tourments de Kanye West ne sont pas que les siens, ils sont de toute une époque, et en ce sens il est une immense figure de notre époque. Quel dommage qu’en France, on passe à côté de ce souci de la vie intérieure qu’il parvient à exposer justement par l’arrière-plan protestant des États-Unis.
Et il faut être subtil et comprendre que le besoin populaire de socialisme, voire même de communisme exprimé de manière utopique, s’exprime dans notre horrible contexte par tellement de voies détournées !
Kanye West, avec son Bully de 2026, fait la démonstration qu’il est en phase avec l’Histoire et qu’il sait se tourner vers le peuple. Son sens de la mélodie et sa capacité à mélanger le placent à l’avant-garde, dans les rangs de ceux qui unifient le monde entier, par opposition à ceux qui le divisent.
Sa contribution culturelle est d’une immense importance, car elle porte la capacité à se tourner vers tous et tout, sans en rester à un horizon borné.
Et s’il est apparu avec un ego démesuré, cela se transforme en son contraire, de par son imagerie littéralement baroque, délirante, déconnectée, déphasée. Et cela le ramène d’autant plus à notre époque, où plus rien ne tient.
Il est courant en France de séparer l’artiste de son art. C’est une conception totalement absurde, incohérente. Tout art réel est porté par un artiste réel et une figure réactionnaire, anti-populaire ne peut jamais rien produire de bon.
C’est à l’aune de sa production qu’il faut juger Kanye West, et voir de quoi il relève. Il est évident qu’il appartient au nouveau, pas à l’ancien ; il contribue au futur, pas au passé.
