L’année 2025-2026 est un désastre politique pour les masses

19 avril 2026

La rentrée en septembre 2025 avait été tendue et on sentait qu’il y avait la possibilité d’une rupture, d’une vague de grèves, et ce dans des secteurs très différents de masses. Le mécontentement était là, les gens attendaient qu’il se passe quelque chose.

Il ne s’est rien passé, malgré l’absence de stabilité gouvernementale. Puis, Donald Trump a commencé à mettre le feu aux poudres, du Groenland au Venezuela en passant par l’Ukraine et l’Iran, et la France s’est recroquevillée sur elle-même.

Autrement dit, la dimension social-impérialiste l’a emporté et à la place d’une contestation en mode lutte de classes, les mécontents se sont tournés vers le Rassemblement national et La France insoumise.

La solution « nationale » et « sociale », ou « sociale » et « nationale », selon qu’on penche vers le RN ou LFI, est apparue comme la chose la plus simple, disons plutôt la moins compliquée, et surtout n’engageant personnellement en rien.

Il faut, en effet, voir les choses en face. Les Français sont des fainéants sur le plan des idées et de la culture. Ils ne produisent rien et ils ne veulent rien savoir.

C’est tellement vrai que, dans cette situation de recul généralisé de l’intelligence, on a vu ces derniers mois un renouveau des nostalgiques du PCF. Pourquoi réfléchir alors qu’il suffirait de reprendre les mêmes recettes que dans le passé ?

Et l’idée d’un grand Parti unitaire, numériquement important, dont la simple existence résoudrait tous les problèmes, refait surface comme mythe mobilisateur. Voilà donc comment une flopée d’organisations exprime sa nostalgie pour les années Maurice Thorez : le PRCF, l’OCF, l’URC, le PCRF, le PRC, diverses et variées Jeunesses Communistes, etc.

De manière très intéressante, on trouve des jeunes dans tout cela. Ce qui est intéressant de par l’absurdité complète de la chose. Comment, en effet, peut-on être jeune et se retrouver avec des gens qui parlent comme si on était en 1996, voire en 1976 ou même en 1946 ?

En même temps, c’est le propre du capitalisme que d’être capable de promouvoir des nostalgies d’époques qu’on n’a pas connues. Cependant, il ne faut alors pas se dire révolutionnaire. Car en 2026, on ne peut pas être révolutionnaire si on ne pose pas la question du sort dramatique des animaux (sauvages et domestiques), du rôle néfaste des réseaux sociaux, de l’importance de l’intelligence artificielle, de l’existence d’une société capitaliste de consommation.

C’est justement pour cela, évidemment, que les Français ne font rien. Ils sont intelligents, ils ont compris que s’ils font quelque chose, il va falloir assumer beaucoup de choses, réfléchir à beaucoup de choses, et qui plus est, changer sa propre vie !

Les gens l’ont vite compris en septembre 2025 et c’est la raison pour laquelle ils se sont abstenus. Ils n’ont pas compris, par contre, que cela impliquait de mettre un doigt dans l’engrenage et le résultat a été qu’ils ont capitulé devant le régime, devant les institutions, se soumettant à ses impératifs.

D’où les municipales de mars 2026 où il ne s’est rien passé de marquant. Ce qui est impressionnant : le monde s’effondre, mais en France rien ne change, tout se passe comme auparavant. On ne voit aucune modification réelle, aucun changement de fond.

Il va de soi que les choses ne sauraient en rester ainsi. Et on ne saurait également être et avoir été : ceux qui se sont vendus au capitalisme en espérant tirer leur épingle du jeu vont le regretter amèrement lorsqu’il va y avoir une cassure et que les choses vont s’accélérer, bouleversant le panorama politique français, transformant la société française dans tous les domaines.

L’année 2025-2026 est ainsi un désastre politique pour les masses ; toutefois, l’Histoire ne s’arrête pas et le grand choc va immanquablement se produire. Il peut se produire en mai, s’il fait beau et que la jeunesse se lance ; il peut se produire en septembre, si la rancœur s’est accumulée et que la situation internationale a précipité les choses.

Peu importe, cependant, ce qui compte c’est le glissement de terrain fondamental qu’il faut constater, et cela justement parce qu’il est invisible.