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La remise en cause du principe d’un baccalauréat universel

C’est une ironie comme l’histoire les connaît qu’Alain Devaquet soit décédé quelques jours avant la remise hier d’un dossier au ministre de l’Éducation nationale afin de réformer le baccalauréat. Car le projet d’Alain Devaquet en tant justement que ministre de l’Éducation nationale en 1986 avait provoqué une mobilisation énorme de la part des étudiants et des lycéens.

Ceux-ci avaient compris que le projet d’Alain Devaquet était la sélection, un parcours universitaire à multiple vitesses. Ils ont été d’une grande combativité par conséquent, la répression étant elle brutale, comme en témoigne la mort de l’étudiant Malik Oussekine.

Celui-ci avait été tué par des policiers du peloton de voltigeurs motoportés, c’est-à-dire deux policiers à moto, l’un conduisant, l’autre frappant avec sa matraque. Malik Oussekine a été tué peu après minuit, alors qu’il sortait d’un club de jazz et que la police traquait des « casseurs ». Ils l’ont massacré dans un hall d’immeuble.

Cet événement, combiné à la vague contestataire contre le projet d’Alain Devaquet, a marqué toute une génération. Cela a été un marqueur de la contestation du capitalisme.

Mais en trente années, le libéralisme a largement conquis les masses. La fausse gauche célèbre le libéralisme de mœurs sans voir – ou plutôt sans prétendre voir – qu’il va de pair avec le libéralisme économique.

Aussi, cette fois, le projet de sélection passe comme une lettre à la poste chez les lycéens et les étudiants. Pire encore, il va commencer au lycée.

On connaît ici le principe : l’État laisse pourrir une situation, pour après reconnaître la nécessité d’un changement. La plupart des privatisations ont connu ce justificatif de « l’efficacité ».

Et en l’absence de connaissances politiques, de traditions de gauche, les lycéens et les étudiants tombent dans le panneau. Chacun s’imagine « sortir du lot » pour les plus carriéristes, quant aux autres, ils voient juste avec plaisir le principe d’un « bac à la carte ».

Car le baccalauréat, pour ce qui ressort du rapport remis hier au ministre concerné, supprime les séries L, ES et S. Il y aura un tronc commun et des options à choisir.

Dans le tronc commun, on trouve l’histoire-géographie, les mathématiques, deux langues vivantes, l’EPS, le français et de philosophie. Puis, en option, il y aura les mathématiques-sciences de la vie et de la Terre, lettres-langue vivante, sciences économiques et sociales / mathématiques.

En apparence, aucune différence. En pratique, pour les classes de seconde, de première, de terminale, il faudra à chaque fois re-sélectionner une de ces options. C’est la fin d’un bac universel.

De plus, les notes seront en continu, ce qui va renforcer la valeur très différente des lycées. Un bac dans tel lycée n’aura clairement pas la même valeur qu’un autre bac dans un autre lycée.

Évidemment, les options à choisir dépendront du « marché du travail ». A la soumission aux professeurs pour avoir les bonnes notes – on connaît la dimension subjective dans les matières littéraires ou les langues – s’ajoute celle aux entreprises.

Pour préserver la fiction du « bac », le projet prévoit également que la moitié de la note finale dépende de quatre examens de fin d’année, avec deux majeures au printemps, la philosophie et un oral en juin.

Enfin, pour clouer la dépendance, il n’y aura plus d’oral de rattrapage, mais l’étude du livret scolaire de première et de terminale.

C’est la négation de l’épreuve universelle et le renforcement de la soumission à la concurrence, à la compétition, aux intérêts des entreprises, et cela de manière totalement unilatérale.

Cela ne veut pas dire que le baccalauréat ait été idéal dans sa forme passée. Tous les gens de gauche savent ce que signifie l’épreuve comme mise sous pression, bachotage sans contenu, illusion sur la vie adulte qu’il y a après, etc.

Cependant, l’idée d’une épreuve universelle, pour une société reconnaissant être une collectivité transcendant les individus, ne peut être que l’exigence de base de toute personne de gauche.

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GPA : « Non au marché de la personne humaine »

 

Cette tribune est initialement parue sur le site du Le Monde, dans une version malheureusement payante.

En un temps où l’on s’insurge contre les violences faites aux femmes, où l’on traque les stéréotypes de genre et où l’on revendique l’égalité des sexes, il serait opportun que l’usage commercial de leur corps dans l’industrie procréative mobilise davantage l’opinion publique et les médias.

Au lieu de cela, on observe une étrange complaisance à l’égard de ce que l’on nomme abusivement une « technique », alors que la maternité de substitution est une « pratique sociale » qui consiste à louer la vie d’une femme, jour et nuit, pendant neuf mois.

Pour lui donner un aspect altruiste, on appelle gestation pour autrui (GPA) la convention par laquelle une femme s’engage à devenir enceinte (par insémination artificielle ou transfert d’embryon) et à accoucher d’un enfant qu’elle remettra dès sa naissance, et moyennant paiement, à ses « parents contractuels ».

Personne ne peut ignorer que cette pratique fait partie d’un marché procréatif mondialisé en pleine expansion, qui inclut, comme en Californie, la vente du sperme et des ovocytes. Là où il existe, ce marché constitue une forme nouvelle d’appropriation du corps féminin.

L’enjeu des choix législatifs nationaux et internationaux en ce domaine est considérable, face à la pression de tous ceux qui trouvent un intérêt financier important dans cette affaire : cliniques, médecins, avocats, agences de « mères porteuses », auquel s’ajoute l’intérêt subjectif de ceux que les agences appellent sans vergogne les « clients » et qui désirent obtenir un enfant à tout prix.

L’objet d’un tel commerce n’est pas seulement la grossesse et l’accouchement, c’est aussi l’enfant lui-même, dont la personne et la filiation maternelle sont cédées à ses commanditaires.

On convient à l’avance du prix du « service »

Dans son principe, une telle transaction commerciale (elle l’est toujours, même si l’on déguise le paiement en indemnité ou dédommagement) est contraire aux droits de la personne humaine et s’apparente à une forme de corruption.

De corruption en effet, puisqu’elle attribue une valeur marchande et à l’enfant et à la vie organique de la mère de substitution. Car l’un et l’autre sont des personnes, sujets de droits, et il existe une différence, capitale en droit, entre les personnes et les biens. De plus, depuis l’abolition de l’esclavage, nul ne peut exercer sur une personne humaine les attributs du droit de propriété.

C’est pourquoi, en matière d’adoption, la Convention de La Haye interdit tout arrangement programmant à l’avance l’abandon d’un enfant par sa mère de naissance et tout paiement de l’enfant par les parents adoptifs.

Or c’est un tel arrangement préalable qui est en cause avec la maternité de substitution : on convient à l’avance du prix du « service » rendu par la mère et donc du prix de l’enfant à naître. Et celle qui accouche est bien la mère biologique, même lorsque l’enfant n’hérite pas de ses gènes, car un embryon n’a aucune chance de devenir un enfant sans un corps féminin qui lui assure son lent développement biologique. On ne fait pas un enfant seulement avec des gènes.

« DEPUIS L’ABOLITION DE L’ESCLAVAGE, NUL NE PEUT EXERCER SUR UNE PERSONNE HUMAINE LES ATTRIBUTS DU DROIT DE PROPRIÉTÉ »

La GPA est ainsi une façon de falsifier la filiation maternelle de l’enfant en substituant une mère « intentionnelle » à sa mère de naissance. Certains demandent à la France de transcrire tels quels les actes d’état civil établis à l’étranger sur la base d’une GPA, sachant que cette transcription légitimerait la GPA et mettrait immédiatement en cause notre législation.

Or, en dépit de mensonges réitérés sans relâche, ces enfants ont heureusement des papiers, par exemple des passeports américains, ou délivrés par d’autres pays, et si l’un de leurs parents est français ils obtiennent un certificat de nationalité. Dans son arrêt du 26 juin 2014, la Cour européenne des droits de l’homme elle-même a reconnu que la famille Mennesson vivait en France « dans des conditions globalement comparables à celles dans lesquelles vivent les autres familles ».

Certains soulignent que des femmes « consentent », en connaissance de cause, à servir de mères porteuses, et donc qu’elles acceptent leur propre aliénation et leur propre marchandisation. Sans doute : mais l’inégalité économique entre la femme et ses clients explique assez ce genre de consentement.

Et surtout, dans une société où il y a des lois protectrices des droits fondamentaux, il n’appartient pas aux individus de passer entre eux des contrats contraires à ces droits. C’est pourquoi, en France, nul ne peut consentir légalement à vendre un de ses reins, ni s’engager à devenir esclave.

Résister au « marché total »

Dans cette affaire, débattue dans notre pays depuis presque trente ans, il s’agit de comprendre que la demande d’enfant est déjà un effet de l’offre médicale, dès lors que la médecine, oubliant l’impératif de ne pas nuire, collabore avec les marchés du corps humain au nom de la liberté des contrats.

Dans certains pays, des médecins ne voient pas non plus d’inconvénient à greffer sur leurs patients des reins achetés à des « donneurs » vivants, ou même extorqués par des trafiquants aux populations les plus déshéritées, comme les réfugiés.

Le corps médical doit ainsi s’inquiéter de savoir s’il veut sacrifier son éthique à une idéologie ultralibérale qui tend à réduire la personne humaine à une ressource biologique disponible sur le marché. Dans le passé, ne l’oublions pas, des médecins éminents se sont compromis avec des idéologies encore plus redoutables : la bioéthique est née à partir des procès de Nuremberg.

La responsabilité du législateur est ici immense, car le respect des droits de la personne humaine et de son corps est l’un des principaux critères susceptibles de définir une société civilisée.

Les Etats doivent-ils renoncer à la protection des personnes en les abandonnant aux lois du marché ? L’enfant doit-il être conçu comme un produit dont le prix fluctue selon l’offre et la demande ?

Il s’agit de savoir dans quelle société nous voulons vivre et d’avoir le courage de résister au « marché total », comme c’est encore le cas de la plupart des pays européens. L’honneur de notre pays serait, avec d’autres, de travailler à l’abolition universelle d’une pratique qui touche aujourd’hui, dans le monde, les femmes les plus vulnérables.

Eliette Abécassis, écrivaine ;Sylviane Agacinski, philosophe ; Marie Balmary, psychanalyste ;
Pilar Aguilar Carrasco, représentante du groupe espagnol No somos vasijas ; Marie-Jo Bonnet, historienne des femmes ; José Bové, député européen ; Lise Bouvet, philosophe, politiste et traductrice féministe ; Didier Cahen, écrivain ; Laure Caille, présidente de l’association Libres Mariannes ; Geneviève Couraud, présidente de l’association l’Assemblée des femmes ; Michèle Dayras, médecin, présidente de SOS Sexisme ; Maria De Koninck, professeure émerite à la faculté de médecine de l’Université Laval ; Anne Desauge, secrétaire générale d’Elus locaux contre l’enfance maltraitée (Elcem) ; Ana-Luana Stoicea-Deram, présidente du Collectif pour le respect de la personne ; Laurence Dumont, députée, initiatrice des Assises pour l’abolition universelle de la GPA ; Alice Ferney, écrivaine ; Eric Fiat, professeur de philosophie morale et d’éthique médicale, à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée ; René Frydman, gynécologue obstétricien ; Cristina Gramolini, présidente de l’association nationale Arcilesbica, Italie ; Florence Gruat, cadre hospitalière sup, docteure en éthique ; Diane Guilbault, présidente du groupe pour les droits des femmes du Québec ; Béatrice Joyeux-Prunel, historienne de l’art contemporain ; Frédérique Kuttenn, professeure émérite d’endocrinologie de la reproduction ; Catherine Labrusse-Riou, ­professeure de droit à l’université Paris-I ; Anne-Yvonne Le Dain, géologue, agronome, ancienne députée ; Manuel Maidenberg, pédiatre ; Christine Mame, présidente d’Elus locaux contre l’enfance maltraitée (Elcem) ; Francesca Marinaro, représentante de l’association italienne Se non ora quando – Libere ; Yaël Mellul, ancienne avocate, présidente de l’association Femme & libre ; Florence Montreynaud, historienne et féministe ; Françoise Morvan, présidente de la coordination française pour le lobby européen des femmes, membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes ; Isabelle Moulins, présidente du Centre évolutif Lilith de Marseille ; Nicole Péry, ancienne secrétaire d’Etat aux droits des femmes et vice-présidente du Parlement européen ; Yvette Roudy, ancienne ministre des droits des femmes ; Dominique Schnapper, directrice d’études à l’EHESS, ancienne membre du Conseil constitutionnel ; Martine Segalen, ethnologue, professeure émérite des universités ; Didier Sicard, professeur émérite de médecine et ancien président du Comité consultatif national d’éthique ; Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste, présidente de l’association La Cause des bébés ; Jacques Testart, biologiste de la procréation ; Henri Vacquin, sociologue ; Monette Vacquin, psychanalyste ; Jean-Louis Vildé, professeur émérite pour les maladies infectieuses ; Jean-Pierre Winter, psychanalyste.

Associations et collectifs : Association nationale Arcilesbica, Italie ; Assemblée des femmes ; Collectif pour le respect de la personne (CoRP) ; CQFD Lesbiennes Féministes ; Coordination des associations pour le droit à l’avortement et à la contraception (Cadac) ; Elus locaux contre l’enfance maltraitée ; Femme & Libre ; groupe No somos vasijas ; Pour les droits des femmes du Québec (PDF Québec) ; association Se non ora quando – Libere ! (Espagne) ; Libres Mariannes ; collectif Ressources prostitution ; SOS Sexisme

 

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Les footballs et la nécessité de l’esprit du jeu

Le football et le rugby sont d’après les historiens des variations de la soule (ou choule), un jeu de balle assez brutal. Une certaine forme de ce jeu serait toujours pratiquée traditionnellement dans certaines régions en France.

Depuis 1850 environ, les institutions sportives ont fait beaucoup d’efforts pour séparer football et rugby de la soule d’une part, et pour les distinguer l’un de l’autre d’autre part, par le développement de règlements spécifiques.

Le règlement officiel du football (Laws of the Game en anglais) comprend dix-sept règles écrites augmentées de quelques annexes. Néanmoins, il est dit de manière très officielle qu’une Law 18, la dix-huitième règle, supplante toutes les autres.

Selon cette règle non-écrite, le bon sens doit être de mise dans l’interprétation des règles du jeu afin de ne jamais aller contre l’esprit du jeu. Ce « Spirit Of The Game » constitue donc l’essence du football.

D’après les commentateurs, l’esprit du jeu réside dans une certaine justice naturelle, une fluidité dans la partie et dans le fait que l’issue du match doit être le produit de l’action des joueurs. Il semble donc que pour les juristes du football, l’essentiel réside dans la satisfaction qu’éprouve les joueurs à disputer une partie entre eux.

Jouer collectivement avec un ballon est une activité sportive très populaire. On se retrouve entre amis, entre deux cours, après l’école ou le travail, pour jouer.

Dans la pratique, on s’écarte des règlements du sport tel qu’il est imposé dans les stades. Entre plaisir et contraintes matérielles, les joueurs créent de nouveaux jeux. C’est ainsi que les fédérations sportives courent après les sports « de rue » pour tenter de référencer et de fixer ces jeux populaires : five-a-side football et « rugby à toucher » sont des exemples.

Les équipes mixtes de 5 ou 6 joueurs se rencontrent dans des lieux du quotidien, sur des terrains plus ou moins improvisés. Même si chacun cherche à faire triompher son équipe, pas besoin d’arbitre et encore moins d’arbitrage-vidéo. Il s’agit d’interpréter les règles afin que tous s’accordent au final sur le fait que la justice règne durant la partie.

Ignorant le conservatisme des institutions sportives, les joueurs et les joueuses ont ainsi pu imposer la mixité dans leur pratique du football et du rugby. L’interdiction des placages, des tacles et de tout contact violent, la réduction de la durée des parties et la simplification des règles permettent un jeu fluide et rapide.

Dans ces football populaires, c’est bien l’esprit du jeu qui domine.

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L’auto-cuiseur Cocotte-minute

L’autocuiseur est un ustensile de cuisine commun à beaucoup de foyers. Le premier « digesteur d’aliments » doit son innovation à l’inventeur de la machine à vapeur, Denis Papin, en 1679.

Après le Salon des Arts Ménagers de 1926, c’est l’Auto-thermos des usines de Boulogne qui est mis en avant pour une cuisine rapide et peu coûteuse en combustible. Mais son système de fermeture compliqué n’assure pas son succès.

Ce mode de cuisson est promu dans les écoles des filles et les livres de conseil. « Les marmites ou cuiseurs sous pression peuvent rendre des services, grâce à l’économie de combustible qu’ils font réaliser, grâce aussi à la rapidité de cuisson ; précieuse pour les femmes qui travaillent au dehors » peut-on lire en 1935 dans La parfaite ménagère par Mmes Jumau et Herbet, aux éditions Librairie Larousse.

En 1948, Roland Devedjian commercialise sous le nom de Cocotte-minute® un autocuiseur en fonte d’aluminium, à fermeture à baïonnette. Mais c’est la faillite à cause du prix de vente exorbitant.

En 1953, Frédérique Lescure fondateur avec son frère de la Société d’Emboutissage de Bourgogne (SEB) rachète le brevet de Devedjian. En dépit du refus du Salon des arts ménagers de 1954, les frères Lescure commercialise leur premier autocuiseur.

Ce qui assure le succès de l’autocuiseur SEB c’est son faible coût d’achat, sa solidité, sa maniabilité et sa sécurité d’utilisation. Chaque marmite est vendue avec un livre de recettes.

Avec un faible coût d’achat, la femme peut désormais réaliser en toute sécurité des plats plus rapidement (le temps de cuisson est divisé par trois) tout en diminuant sa consommation de combustible de 70%.

C’est le succès assuré, de 130 000 en 1954, le nombre d’exemplaires commercialisés passe à 800 000 en 1965. C’est également l’année où l’autocuiseur devient la Cocotte-minute® SEB.

Pourtant c’est en 1975 que le pic de vente est atteint (1 727 733 exemplaires) avec la sortie de la Super-Cocotte® laquée rouge ou ornée de motifs floraux rouge-orangé.

SEB n’a cessé depuis d’innover pour suivre le mode de consommation alimentaire des gens.

Ainsi dans les années 1980, c’est le modèle SENSOR® pour une rapidité encore plus efficace et une sécurité renforcée ; dans les années 1990, c’est le modèle CLIPSO® avec un système d’ouverture automatique à pression, une vitesse turbo pour la décongélation des aliments et une soupape plus silencieuse.

Jusque-là le maintien de la qualité des aliments n’est pas pris en compte. Pourtant la cuisson à 120° détériore les qualités nutritives des aliments. Les vitamines A et D sont oxydées.

Les vitamines B, C et en grande partie E ainsi que les enzymes sont détruites. SEB commercialise alors le NUTRICOOK® CONNECT, en 2014, avec 4 programmes, deux temps de cuisson pour la préservation des optimales des nutriments et vitamines. Il est relié à une application Smartphone « Mon autocuiseur » qui remplace le livre de recettes traditionnel.

Les innovations techniques et leur commercialisation ont permis aux femmes qui devaient travailler en dehors de la maison, de continuer à cuisiner des plats demandant de long temps de cuisson tout en faisant des économies.

Avec un salaire en plus et le même pot-au-feu dans l’assiette, la famille ne sent pas lésée.

Mais c’est encore souvent la femme qui épluche les légumes et écoute le chuchotement de la soupape.

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278 recettes de cuisine végétalienne

278 recettes de cuisine végétalienne, dans le document au format PDF ci-dessous (cliquer sur l’image).

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Société libérale et déserts médicaux

Le propre de la société libérale est de faire primer le choix individuel sur le besoin collectif en postulant que la somme de choix individuels débridés revient au bien être collectif.

C’est bien évidemment erroné, la mauvaise répartition de l’accès aux soins en est un bon exemple.

Les personnes qui ont la possibilité de faire des études partent de leur région d’origine pour rejoindre les villes et ce, pendant trois à dix ans. C’est le temps qu’il faut pour avoir un cercle d’amis, des habitudes, une vie en somme.

Les villes sont des espaces où l’on peut se faire très vite absorber par le rythme, le choix des activités. Elle concentre la culture et du même temps, aspire la vie des zones rurales et péri-urbaines.

Donc d’un point de vue strictement individuel, qui voudrait quitter la ville après y avoir construit quelque chose ? Peu de gens. L’individualisme prime alors sur la morale, la conscience collective.

Le cas de la médecine est particulièrement révélateur de la capacité d’absorption des villes, car c’est un corps de métier que l’on choisit, si on est sincère dans la démarche, avec un sentiment d’altruisme et de nécessité d’être utile, vital même, à la collectivité.

Pourtant, les jeunes diplômés en médecine ont tendance à suivre la même trajectoire individualiste libérale que le reste de la petite bourgeoisie intellectuelle, qui cherche à valoriser ses diplômes dans le cadre de la ville.

Ce problème est visible dans les campagnes et les zones péri-urbaines et particulièrement les quartiers populaires, où beaucoup de médecins généralistes ne prennent plus de nouveaux patients. Au phénomène qui oppose les villes aux campagnes, s’ajoute donc l’ostracisme, voire le racisme.

La moyenne d’âge des médecins en activité augmente, les départs en retraite sont non renouvelés.

Certains praticiens sacrifient énormément de leur temps pour tenter de ne laisser personne sans soins, comme l’exige le code de déontologie de la médecine et conformément à leurs aspirations.

Malheureusement cela ne suffit pas et il devient très compliqué d’obtenir des rendez-vous.

Dans le même temps, avec l’écocide généralisé, de plus en plus de maladies chroniques se déclarent. Il y a notamment des problèmes respiratoires chez les jeunes enfants une multiplication des cancers ou des problèmes de thyroïdes.

Il y a donc un besoin croissant de professionnels de la santé, pour soigner, mais aussi pour alerter et rendre publiques les vagues de pathologies liées à la destruction de la planète, de la biosphère.

Il est également courant de devoir travailler plusieurs jours ou semaines avec des traumatismes causés par l’activité professionnelle, faute de pouvoir consulter rapidement et être arrêté. Cela peut avoir des conséquences graves sur l’usure du corps, déjà éprouvé par les tâches répétitives.

Du fait qui plus est de rapports inégaux entre les pays et d’un esprit d’hégémonie, les déserts médicaux français tendent à se combler à l’aide de diplômés venant de Roumanie où les études de médecines sont de bonne qualité, mais sans ressource matérielle pour une réelle implantation locale.

Ainsi, on pare au plus urgent en renforçant un déséquilibre ailleurs, et sous prétexte que c’est dans un autre pays, on s’en moque.

Le cas des déserts médicaux n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du dysfonctionnement profond du modèle actuel. La seule issue est de placer réellement le collectif au centre des préoccupations de la société, pour le bien des individus.

Ces questions se résolvent au moyen de la planification démocratique, en soutenant des projets relevant d’un héritage authentique de gauche.

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Le Brownie Flash et la révolution Kodak

Le Brownie Flash est un appareil photo de la firme Kodak, connu sous le nom de Brownie hawkeye flash aux Etats Unis. Il est historiquement un produit marqué par une grande accessibilité.

Le Brownie flash est d’ailleurs fabriqué en France avec les pièces américaines dès 1955. La vente est un succès de par sa facilité d’utilisation et son prix peu élevé : 2 400 francs pour l’appareil seul et 1 398 francs pour le flash, soit le cinquième d’un salaire de faible niveau, en comptant que durant les trente glorieuses, il y a une forte montée du niveau de vie.

George Eastman, fondateur de la firme Kodak, a toujours eu à souhait la démocratisation de la photographie, dans le sens bien entendu où il s’agissait pour lui de vendre davantage de produits.

Le slogan de Kodak était d’ailleurs  «  You press the button, we do the rest » (Vous appuyez sur le bouton et nous faisons le reste). C’est un principe de simplification et avec les ventes en masse, c’est ce que l’on a appelé plus tard « la révolution Kodak ».

De 1951 à 1961, le Brownie Flash est ainsi un cadeau commun à beaucoup de jeunes français. C’est un appareil photo idéal pour les néophytes et de bonne fabrication pour accompagner toute une vie.

Sur le plan technique, le Brownie Flash se présente sous la forme d’un boîtier noir en bakélite. L’objectif en verre se situe devant. Il est fixe et a pour focale f/15. Deux vitesses d’obturation sont possibles : 1/50s et la pose longue en appuyant sur le bouton pose B.

Une broche pour flash Kodak est visible sur le boîtier. Les pellicules utilisées sont du 620, donnant donc un format carré 6×6. Un coffret est également commercialisé, au prix de 5 036 francs durant cette période. Il comprenait : un appareil photo, un flash modèle B, deux pellicules, deux piles pour le flash, deux ampoules flash, un dépliant publicitaire, un livret humoristique Kodak, le mode d’emploi de l’appareil et le mode d’emploi du flash.

Encore aujourd’hui, le Brownie Flash est un appareil photo que l’on trouve couramment dans les vides greniers ou dans les familles françaises, se transmettant de génération en génération. Même si les pellicules 620 n’existent plus, on peut trouver des astuces pour y insérer des pellicules 120.

Des photographes s’amusent même avec la double exposition. 70 ans après sa commercialisation française, Brownie Flash reste l’appareil photo synonyme de photographie accessible à tous.

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Drame de Millas : « Mais toi continu de danser et danser encore là haut »

La collision le 14 décembre 2017 entre un car scolaire et un TER au passage à niveau de Millas dans les Pyrénées-Orientales, causant six morts et six blessés graves, a profondément traumatisé une large partie de la société.

La question de savoir si le passage à niveau était fermé ou non lors du passage du bus est ainsi devenue un thème d’actualité dans la vie populaire. Plus de 50 000 personnes ont signé une pétition en faveur de la conductrice du bus, considérant qu’aucune personne n’aurait sciemment défoncé une barrière abaissée et qu’elle est accusée car la SNCF cherche à se dédouaner de toute responsabilité.

On oscille ici entre critique de l’opacité et de la mauvaise foi de l’Etat, de son mépris des gens, et complotisme. Il y a beaucoup d’aspects dans ces sentiments et ressentiments.

Un message écrit par la mère d’un enfant tué a également beaucoup marqué les esprits. Le voici, les lignes ont été sautées, le message étant normalement publié d’un bloc sur facebook.

Mon Teddy Dlple

💔Ce jour là, nous devions fêter mon anniversaire à ton retour. Je t’ai déposé comme chaque matin à l’arrêt de bus pour partir au Collège.

Tu m’as fais un grand sourire et signe de la main et nous avons passé notre journée chacun de notre côté. Puis……..tu n’es jamais revenu.

Je devais te récupérer à l’arrêt du bus. Tu finissais à 16h. J’ai attendu. Pensant qu’il y avait du retard j’ai attendu encore puisque c’était déjà arrivé. Inquiète ensuite ne voyant pas le bus arriver, j’ai téléphoné au Collège pour savoir s’il y avait du retard et ils m’ont répondu que le bus avait eu un accident et qu’il fallait que je rejoigne.

Arrivée à mi chemin la gendarmerie avait bloquée l’accès et ils m’ont demandé de me ranger sur le côté. Je leur ai dit que tu devais prendre ce bus.

Ils ont commencé à prendre toutes les coordonnées mais je ne savais pas encore ce qu’il se passait. Lorsque j’ai voulu prévenir ton frère, je suis tombé sur un article disant qu’un train avait percuté un bus scolaire et la photo montrait cette scène du bus éventré.

J’ai entendu les hélicoptères (tu étais dans l’un d’eux…je ne le savais pas encore) et toutes sortes de sirènes et là j’ai compris.

L’horreur, l’impensable, l’inimaginable. Puis tout s’est enchaîné…………et lorsque j’ai pu te retrouver enfin très tôt le lendemain, tu étais méconnaissable, tellement abîmé.

Comment un petit corp aurait pu supporter un tel choc. C’est horrible. Mais tu t’es battu. Arrêt cardiaque. Tu étais dans un coma profond et ton cerveau était littéralement endommagé.

Ton corps meurtri de coupures et erraflures, les tibias cassés, la mâchoire fracturée…je n’ose imaginer l’impact. Et cette image du bus dans ma tête….comment supporter ça.

Apparemment tu n’as pas souffert. Mais ce n’est pas dans l’ordre des choses. Tu n’avais que 11 ans.

Ta vie était bien remplie mais elle ne faisait que commencer. Tu aimais aller au Collège, tu travaillais bien, tu avais beaucoup d’amis. Toujours souriant, les yeux pétillants, joyeux, farçeur, plein de vie.

Et ta passion pour la Danse. Tu aimais tellement, tellement danser, rejoindre cette autre famille, ta partenaire, les pistes et les compétitions.

Tu voulais aller loin dans la danse, tu étais toujours partant, tu disais souvent en rigolant que tu voulais beaucoup d’enfants et qu’il fallait profiter de la vie. Comment profiter de la vie maintenant que je t’ai perdu?!

Tout s’est écroulé alors que tu sortais de Collège pour rentrer à la maison à 4km de chez nous.

Je suis restée avec toi et je t’ai vu te battre jusqu’à ton dernier souffle. Maintenant la vie n’a plus de sens sans toi. Je suis dévastée. Perdre son enfant c’est tragique mais dans de telles conditions c’est insoutenable. Je suis dévastée. La vie n’a plus de sens.

Mais je dois moi aussi me battre car ton frère est détruit par ce qu’il t’ai arrivé. Pourquoi toi? Ce jour là? A ce moment là? De cette façon?

Noël aussi n’a plus de sens. Il te tardait tant. Il n’y a pas pire souffrance que de vivre une telle épreuve. Je t’aime fort mon coeur, de tout mon coeur. Je souffre à un point si tu savais…

Mais toi continu de danser et danser encore là haut. De rire et t’amuser.

Ne t’arrêtes surtout pas. Rien ne te ramènera je sais mais on connaitra un jour la vérité. Cette vérité. Je me battrais pour ça. Le destin a frappé ce jour là. Comment vivre après ça?

Bisoux mon coeur, mon titi d’amour. Je t’aime fort. On t’aime tous et on pense à toi et à tous tes copains.💫💕

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Emmanuel Macron et le coup de fil en direct de Cyril Hanouna

L’émission Touche pas à mon poste! de Cyril Hanouna est connue des gens disposant d’une conscience culturelle pour être un monument de stupidité, de vacuité, de destruction de l’intelligence. Emmanuel Macron qui se veut si moderne a pourtant participé à la mascarade que représente cette émission, en acceptant d’être appelé en direct pendant l’émission le 20 décembre 2017.

Jouant la carte de l’humour et n’hésitant pas à saluer Cyril Hanouna, Emmanuel Macron s’est révélé excellent dans ce petit exercice de négation de la pensée. Quatre jours plus tard, il rééditait une telle opération en accordant une interview au pathétique site Konbini, un « site d’infodivertissement ».

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Prendre conscience des suicides et des tentatives de suicide

Selon les différentes études officielles, il y aurait environ 12,3 suicides pour 100 000 habitants en France (chiffres de l’OMS pour l’année 2015), soit environ 10 000 suicides par an.

Ce chiffre ne doit pas en cacher un autre, les tentatives de suicide : environ huit fois plus d’hospitalisations suite à une tentative de suicide. Ils sont difficiles à établir précisément mais il ressort que la France est en tête parmi les pays d’Europe, encore un triste record.

Comment en arrive-t-on là ? Comment la société en arrive-t-elle à pousser des personnes à se donner la mort ?

Le suicide tue plus que les accidents de la route. Il existe des campagnes de prévention de la sécurité routière : vidéos, affiches, sites… Qu’en est-il des actions pour prévenir le suicide ?

Et contrairement à certaines idées reçues, les plus jeunes ne sont pas la tranche d’âge la plus touchée : les adultes de la trentaine à soixante ans le sont. Il n’y a pas de « club des 27 » pour eux, pas de « vivre à fond, mourir jeune » non plus : juste le silence et l’oubli de la part de la société.

Pour les proches il y a la douleur et le deuil. Et il y a une différence avec les autres morts, bien connue : on a plus de chances de se suicider, et d’avoir des idées suicidaires, lorsqu’une personne de notre entourage est disparue de la sorte. Il est donc d’autant plus difficile d’enrayer ce phénomène qui se nourrit lui-même.

Nous ne parlons pas ici d’un virus inconnu, d’une épidémie dont ne connaissons ni traitement ni vaccin. Nous parlons ici de la vie d’une société, des personnes qui la composent et la font vivre.
Ces morts ne sont pas des statistiques regrettables, elles sont l’expression d’une société morbide qui en arrive à insuffler l’idée de mettre un terme à son existence à une partie de ses membres.

Au-delà de la dépression, de la souffrance de l’impression que plus rien n’a de sens… il y a l’idée que la seule chose à faire est de se pendre, de se couper les veines, etc.

Nous pourrons toujours nous acharner à dire qu’il faut s’accrocher, mais tant que la vie quotidienne est façonnée par la lutte de tous contre tous, le mensonge et la tromperie comment lutter ? Quelle alternative proposer ?

La gauche française a renié son héritage et préfère les calculs politiciens. Il n’y a plus ni morale ni universalisme, ce qui revient ici à laisser des personnes sur le bord de la route. C’est une faute morale impardonnable. Il est temps de redresser la barre et d’offrir de véritables perspectives de progrès.

Qu’en est-il de la gauche française aujourd’hui ? Toute cette gauche qui n’a d’yeux que pour les questions économiques lorsqu’il s’agit d’avoir une vue d’ensemble, et pour le libéralisme présenté comme « progressiste » lorsqu’il s’agit de redescendre au niveau des personnes.

Se donner la mort n’a rien de naturel, ce n’est pas une fatalité. Il faut changer la vie, il faut changer le monde. Il faut que la vie ait un sens, car elle en a toujours un et il s’agit de le redécouvrir.

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Logiciel libre : le manifeste GNU de Richard Stallman

Le manifeste GNU

Le manifeste GNU, reproduit ci-dessous, a été écrit par Richard Stallman en 1985 pour demander un soutien au développement du système d’exploitation GNU.

Une part du texte provient de l’annonce originelle de 1983. Jusqu’en 1987, il y a eu quelques petites mises à jour pour tenir compte de l’évolution du projet, mais il nous semble maintenant plus judicieux de le laisser inchangé.

Nous avons appris depuis que certains passages étaient souvent mal interprétés ; ceci peut être corrigé en changeant quelques mots. Des notes ajoutées depuis 1993 aident à clarifier ces points.

Si vous voulez installer le système GNU/Linux, nous vous recommandons d’utiliser l’une des distributions GNU/Linux 100% libres. Pour savoir comment contribuer, voir http://www.gnu.org/help.

Le projet GNU fait partie du mouvement du logiciel libre, une campagne pour la liberté des utilisateurs de logiciels. Associer GNU avec le terme « open source » est une erreur dans la mesure où ce terme fut inventé en 1998 par des gens en désaccord avec les valeurs éthiques du mouvement du logiciel libre. Ils l’utilisent pour promouvoir une approche amorale du même domaine.

Qu’est ce que GNU ? GNU N’est pas Unix !

GNU, l’acronyme de GNU’s Not Unix (GNU N’est pas Unix), est le nom du système complet de logiciels, compatible avec Unix, que je suis en train d’écrire pour pouvoir le donner [give away free] à qui en aura l’usage (1). J’ai l’aide de plusieurs autres bénévoles. Les contributions en temps, en argent, en logiciel et en équipement nous sont indispensables.

Pour l’instant, nous avons un éditeur de texte, Emacs, utilisant le Lisp pour écrire des commandes d’édition, un débogueur, un générateur d’analyseurs syntaxiquesa compatible avec YACC, un éditeur de liens, et environ trente-cinq autres utilitaires.

Un shell (un interprète de commandes) est presque terminé. Un nouveau compilateur C portable et capable d’optimisation s’est compilé lui-même et devrait être disponible cette année. Un noyau initial existe, mais nécessite des fonctionnalités supplémentaires pour émuler Unix. Quand le noyau et le compilateur seront terminés, il sera possible de distribuer un système GNU approprié au développement.

Nous utiliserons TeX comme formateur de texte, mais un nroff est en cours de développement. Nous utiliserons aussi le système libre et portable X Window System.

Par la suite, nous ajouterons un Common Lisp portable, le jeu Empire, un tableur et des centaines d’autres choses, plus une documentation en ligne. À terme, nous espérons fournir toutes les choses utiles qui sont normalement incluses dans un système Unix, et plus encore.

GNU pourra exécuter des programmes Unix mais ne sera pas identique à Unix. Nous ferons toutes les améliorations dont notre expérience avec d’autres systèmes d’exploitation nous suggère l’utilité.

En particulier, nous prévoyons d’avoir des fichiers avec des noms longs, des numéros de version de fichier, un système de fichiers à tolérance de panne, éventuellement un système de complétion des noms de fichiers, un dispositif d’affichage indépendant du terminal, et peut-être, à terme, un système de fenêtrage fondé sur Lisp, au travers duquel plusieurs programmes Lisp et des programmes Unix ordinaires pourront partager un écran.

Deux langages de programmation système seront disponibles, C et Lisp. Enfin nous essayerons de gérer les protocoles de communication UUCP, Chaosnet (protocole du MIT), et Internet.

Initialement, GNU vise les machines de classe 68000/16000 avec de la mémoire virtuelle, car ce sont les machines sur lesquelles il est le plus simple de le faire fonctionner. Libre à celui qui voudra s’en servir sur des machines moins puissantes de poursuivre notre travail pour l’adapter à cet usage.

Pour éviter d’horribles confusions, merci de prononcer distinctement le g de « GNU » quand vous parlez de ce projet.

Pourquoi je dois écrire GNU

Si j’apprécie un programme, j’estime que la Règle d’orb m’oblige à le partager avec ceux qui l’apprécient également. Les éditeurs de logiciel cherchent à diviser et à conquérir les utilisateurs en forçant chacun à accepter de ne pas partager avec les autres.

Je refuse de rompre la solidarité avec les autres utilisateurs de cette manière. Je ne peux pas, en mon âme et conscience, signer un accord de non-divulgation ou de licence pour un logiciel. Pendant des années, j’ai œuvré au sein du laboratoire d’intelligence artificielle du MIT pour résister à ces tendances et à d’autres manquements à l’hospitalité, mais finalement ils sont allés trop loin : je ne pouvais pas rester dans une institution où ce genre de choses étaient faites en mon nom contre ma volonté.

Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs en accord avec ma conscience, j’ai décidé de réunir un ensemble de logiciels libres avec lequel je pourrai me débrouiller sans aucun logiciel non libre. J’ai démissionné du labo d’intelligence artificielle pour que le MIT ne puisse invoquer aucune excuse juridique pour m’empêcher de distribuer GNU gratuitement (2).

Pourquoi GNU sera compatible avec Unix

Unix n’est pas pour moi le système parfait, mais il n’est pas trop mauvais. Ses fonctionnalités essentielles semble être les bonnes, et je pense pouvoir ajouter ce qui lui manque sans les dégrader.

De plus, il est probable que beaucoup de gens trouveront pratique d’adopter une système compatible avec Unix.

Comment GNU sera distribué

GNU n’est pas dans le domaine public. Tout le monde aura le droit de modifier et redistribuer GNU, mais aucun distributeur ne pourra restreindre ces futures redistributions. C’est-à-dire que les modifications propriétairesc seront interdites. Je veux m’assurer que toutes les versions de GNU resteront libres.

Pourquoi de nombreux programmeurs veulent m’aider

J’ai rencontré nombre de programmeurs que GNU passionne et qui souhaitent apporter leur aide.

Beaucoup d’entre eux sont insatisfaits de la commercialisation de logiciels système. Il se peut que cela leur permette de gagner plus d’argent, mais cela les oblige en général à regarder les autres programmeurs comme des ennemis plutôt que des camarades.

La base d’une amitié entre programmeurs est le partage de logiciel. Or les dispositions commerciales typiquement en usage de nos jours leur interdisent de considérer les autres comme des amis.

L’acheteur de logiciel doit donc choisir entre l’amitié et l’obéissance à la loi. Naturellement, beaucoup décident que l’amitié est plus importante. Mais ceux qui respectent la loi se sentent souvent mal à l’aise avec les deux termes de l’alternative. Ils deviennent cyniques au point de penser que programmer n’est qu’une façon de gagner de l’argent.

En développant et en utilisant GNU, plutôt que des programmes propriétaires, nous pouvons nous montrer accueillants envers tout le monde, tout en respectant la loi. De plus, GNU est une source d’inspiration et une bannière sous laquelle d’autres peuvent nous rejoindre dans le partage.

Ceci peut nous procurer un sentiment d’harmonie, impossible à atteindre avec des logiciels qui ne sont pas libres. Pour environ la moitié des programmeurs avec lesquels j’ai discuté, c’est une satisfaction importante que l’argent ne peut pas remplacer.

Comment vous pouvez contribuer

(Actuellement, si vous voulez nous aider dans le domaine du logiciel, regardez la liste des projets hautement prioritaires [en] et la page des appels à contribution de GNU, qui liste les tâches générales ayant rapport avec les paquets GNU. Pour aider dans d’autres domaines, regardez le guide pour aider le projet GNU.)

Je demande aux fabricants d’ordinateurs de faire don de machines et d’argent. Je demande aux particuliers de faire don de programmes et de travail.

Ce à quoi vous pouvez vous attendre si vous nous donnez des machines, c’est que GNU tournera dessus à brève échéance. Les machines doivent être complètes et prêtes à l’emploi ; leur utilisation doit être autorisée en zone résidentielle, et ne doit pas avoir de besoins sortant de l’ordinaire en climatisation ni en alimentation.

J’ai trouvé un grand nombre de programmeurs impatients de collaborer à GNU à temps partiel. Pour la plupart des projets, un tel travail distribué à temps partiel serait très difficile à coordonner ; les diverses parties codées indépendamment ne fonctionneraient pas ensemble.

Mais puisqu’il s’agit de remplacer Unix, ce problème n’existe pas. Un système Unix complet contient des centaines d’utilitaires, ayant chacun leur propre documentation.

La plupart des spécifications des interfaces sont déterminées par la compatibilité avec Unix. Si chaque collaborateur peut écrire un programme compatible remplaçant un seul utilitaire Unix et le faire fonctionner convenablement sur un système Unix à la place de l’original, il s’ensuit que ces nouveaux utilitaires fonctionneront ensemble sans problème.

Même en tenant compte des quelques problèmes inattendus que la loi de Murphy ne manquera pas de créer, l’assemblage de ces composants sera une tâche réalisable (le noyau demandera quand même une communication plus soutenue et sera développé par un petit groupe structuré).

Si je reçois des dons en argent, je pourrai embaucher quelques personnes à temps plein ou à temps partiel. Le salaire ne sera peut-être pas très élevé par rapport au marché, mais je cherche des personnes pour lesquelles l’esprit de communauté est aussi important que l’appât du gain.

Je considère que c’est une façon de permettre à quelques personnes dévouées de consacrer toutes leurs ressources au projet GNU, en leur évitant d’avoir à gagner leur vie autrement.

Pourquoi tous les utilisateurs en bénéficieront

Une fois GNU achevé, tout le monde pourra se procurer de bons logiciels système, gratuits comme l’air qui nous entoure (3).

Cela représente beaucoup plus que l’économie d’une licence Unix. Cela veut dire qu’on va éviter de perdre beaucoup d’énergie à faire de la programmation système en double, et qu’on pourra rediriger ces efforts vers le progrès méthodologique.

Le code source complet du système sera disponible pour tous. Et cela aura pour résultat qu’un utilisateur ayant besoin de modifier un composant aura toujours la liberté de le faire lui-même, ou d’en passer commande à n’importe quel programmeur ou entreprise disponible.

Les utilisateurs ne seront plus à la merci d’une personne ou entreprise particulière, seule à pouvoir effectuer les modifications car elle possède le code source.

Les écoles pourront offrir un environnement beaucoup plus pédagogique en encourageant tous les étudiants à étudier et à améliorer le code du système.

Le laboratoire informatique d’Harvard avait comme politique de n’installer aucun programme sur le système si ses sources n’étaient pas affichées publiquement, et ils faisaient respecter cette politique en refusant carrément d’installer certains programmes. Cela m’a beaucoup inspiré.

Enfin, les frais engendrés par les questions de propriété et de limites d’utilisation des logiciels système ne seront plus d’actualité.

Les mesures mises en œuvre pour faire payer l’utilisation d’un programme, y compris la délivrance d’une licence pour chaque exemplaire, génèrent toujours un coût important pour la société en général, à cause des mécanismes nécessaires pour calculer combien (c’est-à-dire quels programmes) chacun doit payer. Et il faudrait un État policier pour appliquer parfaitement ces mesures.

Prenons une station orbitale, où l’air doit être fabriqué à un coût important : facturer chaque litre inspiré peut être justifié, mais porter un masque-compteur toute la journée et toute la nuit est intolérable même si l’on a de quoi payer la facture.

Et les caméras de surveillance placées partout pour vérifier que vous ne retirez jamais le masque-compteur seraient inacceptables. Il vaut mieux financer la fabrication de l’air par un impôt de capitation et se débarrasser des masques.

Copier tout ou partie d’un logiciel semble aussi naturel à un programmeur que de respirer, tout aussi productif. Cela aussi devrait être libre.

Quelques objections facilement contrées aux objectifs de GNU

« Personne ne s’en servira si c’est gratuit, car cela veut dire que l’on ne peut compter sur aucun support technique. »

« Il faut faire payer le logiciel pour financer le service après-vente. »

Si les gens préfèrent acheter GNU avec du service après-vente, plutôt que d’obtenir GNU gratuitement sans service, une entreprise qui proposera uniquement du service à ceux qui auront obtenu GNU gratuitement devrait être rentable (4).

Nous devons faire la distinction entre le support en termes de réel travail de programmation et la simple assistance. On ne peut pas compter sur le premier de la part d’un fournisseur de logiciel. Si votre problème n’est pas suffisamment répandu, le fournisseur vous enverra balader.

Si votre société a besoin d’un support fiable, la seule solution est d’avoir toutes les sources et tous les outils nécessaires. À partir de là, vous pouvez engager n’importe quelle personne disponible pour régler votre problème ; vous n’êtes pas à la merci de quiconque.

Avec Unix, le prix des sources rend cette solution inabordable pour la plupart des sociétés. Avec GNU ce sera facile. Il serait éventuellement concevable que personne ne soit disponible, mais les modalités de distribution ne sont pas responsables de ce problème. GNU ne résout pas tous les problèmes de la planète, mais seulement quelques-uns.

En attendant, les utilisateurs qui n’y connaissent rien en informatique ont besoin d’assistance, besoin qu’on fasse à leur place ce qu’ils pourraient facilement faire eux-mêmes si seulement ils s’y connaissaient.

De tels services pourraient être proposés par des sociétés qui ne font que de l’assistance et du dépannage. S’il est vrai que les utilisateurs préfèrent dépenser de l’argent pour un logiciel intégrant un service après-vente, ils seront aussi d’accord pour payer simplement le service, ayant obtenu le logiciel gratuitement.

Les sociétés de service se feront concurrence sur la qualité et le prix de leurs prestations ; les utilisateurs ne seront pas tributaires d’une société particulière. En même temps, ceux d’entre nous qui n’ont pas besoin du service devront être en mesure d’utiliser le logiciel sans payer le service.

« On ne peut pas être connu sans publicité et il faut faire payer le logiciel pour la financer. »

« Ça ne sert à rien de faire de la publicité pour un programme que l’on peut obtenir gratuitement. »

Il existe divers canaux d’information gratuits ou presque pour faire connaître une chose comme GNU à de nombreux informaticiens. Cependant, il est peut-être vrai que l’on peut atteindre plus d’utilisateurs de microordinateurs avec de la publicité.

Si c’est le cas, une entreprise qui fait une campagne publicitaire pour un service payant de copie et d’envoi de GNU par la poste devrait être suffisamment rentable pour financer cette campagne et bien davantage. Ainsi, seuls les utilisateurs qui tirent avantage de la publicité la payent.

En revanche, si de nombreuses personnes obtiennent GNU par leurs relations, et que de telles entreprises ne sont pas rentables, cela démontrera que la publicité n’était pas vraiment nécessaire pour répandre GNU.

Pourquoi les partisans de l’économie libérale ne veulent-ils pas laisser cette décision au marché libre (5) ?

« Ma société a besoin d’un système d’exploitation propriétaire pour être compétitive. »

GNU va retirer les systèmes d’exploitation du champ de la concurrence. Vous ne pourrez pas vous assurer un avantage dans ce domaine, mais votre concurrent non plus. Vous pourrez rivaliser dans d’autres domaines, tout en profitant d’avantages mutuels dans celui-ci.

Si votre commerce est la vente de systèmes d’exploitation, vous n’aimerez pas GNU, et c’est tant pis pour vous. Si votre commerce est différent, GNU peut vous éviter d’être poussé vers le domaine onéreux de la vente de systèmes d’exploitation.

J’aimerais bien voir le développement de GNU financé par des dons de fabricants et d’utilisateurs, réduisant ainsi les coûts pour chacun (6).

« Les programmeurs ne méritent-ils pas d’être récompensés pour leur créativité ? »

Si quelque chose mérite récompense, c’est bien la contribution au bien commun. La créativité peut en faire partie, mais seulement dans la mesure où la société est libre de profiter de ses résultats. Si les programmeurs méritent d’être récompensés pour la création de logiciels innovants, de même ils méritent d’être punis s’ils limitent l’utilisation de leurs programmes.

« Un programmeur ne doit-il pas avoir le droit de demander une récompense pour sa créativité ? »

Il n’y a rien de mal à vouloir être payé pour son travail, ou à chercher à augmenter ses revenus, tant que l’on n’utilise pas de moyens destructeurs. Mais dans le secteur du logiciel de nos jours, les moyens habituels sont fondées sur la destruction.

Soutirer de l’argent aux utilisateurs d’un programme en restreignant son usage est destructeur, car cela a pour effet de réduire le nombre et la variété des utilisations de ce programme, ce qui à son tour fait diminuer la richesse qu’il apporte à l’humanité. Quand on choisit délibérément d’imposer des limites, les conséquences néfastes qui en découlent sont de la destruction délibérée.

Un bon citoyen n’utilise pas de telles méthodes destructrices pour augmenter sa richesse personnelle car, si tout le monde faisait de même, il y aurait un appauvrissement général dû à la destruction mutuelle.

C’est ce que l’on appelle la morale kantienne, ou Règle d’or : puisque je n’apprécie pas les conséquences qui adviennent si tout le monde fait de la rétention d’information, je dois considérer comme inacceptable un tel comportement. Plus précisément, le désir d’être récompensé pour sa création ne justifie pas que l’on prive le monde entier de tout ou partie de cette créativité.

« Les programmeurs ne vont-ils pas mourir de faim ? »

Je pourrais répondre qu’on ne force personne à être programmeur. La plupart d’entre nous n’arriveraient pas à se faire payer pour faire des grimaces sur le champ de foire. Mais nous ne sommes pas pour autant condamnés à passer notre vie sur le champ de foire à faire des grimaces et à mourir de faim. Nous faisons autre chose.

Mais c’est une mauvaise réponse, car elle accepte l’a-priori de la question, à savoir que, sans la propriété du logiciel, les programmeurs ne pourraient pas recevoir le moindre sou. C’est, soi-disant, tout ou rien.

La vraie raison pour laquelle les programmeurs ne vont pas mourir de faim, c’est qu’il leur sera tout de même possible d’être payés pour programmer ; seulement, pas aussi bien qu’aujourd’hui.

Restreindre la copie n’est pas la seule base du commerce des logiciels. C’est la base la plus commune (7), car la plus rentable. Mais si ces restrictions étaient interdites ou rejetées par le client, les éditeurs passeraient à d’autres formes d’organisation qui sont actuellement moins utilisées. Il y a de nombreuses façons d’organiser une entreprise.

Il est probable qu’avec ce nouveau système, la programmation sera moins rentable qu’elle ne l’est aujourd’hui. Mais ce n’est pas un argument valable contre le changement. Il n’est pas considéré comme injuste que les vendeuses gagnent ce qu’elles gagnent actuellement. Si les programmeurs gagnaient la même chose, ce ne serait pas non plus une injustice (en pratique, ils gagneraient quand même beaucoup plus).

« Les gens n’ont-ils pas le droit de contrôler l’usage qui est fait de leur créativité ? »

« Contrôler l’usage qui est fait de ses idées » revient à contrôler la vie des autres ; et c’est souvent utilisé pour leur rendre la vie plus difficile.

Ceux qui ont étudié la question des droits de propriété intellectuelle (8) à fond (les avocats, les juristes, etc.) soutiennent qu’il n’existe aucun droit intrinsèque à la propriété intellectuelle. Les différents droits de soi-disant propriété intellectuelle reconnus par les pouvoirs publics ont été créés par des actes législatifs précis dans des buts bien précis.

Par exemple, le système de brevets a été établi pour encourager les inventeurs à divulguer les détails de leurs inventions. Sa raison d’être était d’aider la société plutôt que les inventeurs. À l’époque, la durée de vie de 17 ans pour un brevet était courte par rapport à la cadence des évolutions technologiques.

Puisque les brevets ne concernent que les fabricants, pour lesquels le coût et l’effort d’établir une licence sont minimes comparés à la mise en production, les brevets ne font souvent pas trop de tort. Ils ne gênent pas la plupart des particuliers qui utilisent des produits brevetés.

Le concept de copyright (droit d’auteur) n’existait pas dans l’Antiquité ; les auteurs copiaient souvent de longs extraits des ouvrages de documentation écrits par d’autres. Cette pratique était utile, et c’est de cette seule façon que les travaux de nombreux auteurs ont survécu, ne serait-ce qu’en partie.

Le système du copyright a été créé expressément pour encourager les auteurs. Dans le domaine pour lequel ce système a été inventé – les livres, qui ne pouvaient être copiés économiquement qu’en imprimerie – ce système ne causait pas beaucoup de tort, et ne gênait pas la plupart des lecteurs.

Les droits de propriété intellectuelle ne sont tous que des licences accordées par la société en se basant sur l’idée, juste ou fausse, que globalement elle en bénéficierait. Mais dans chaque situation précise, nous devons nous demander : avons-nous vraiment intérêt à accorder cette licence ? Quels actes autorisons-nous avec cette licence ?

Le cas des logiciels aujourd’hui est très différent de celui des livres il y a un siècle.

Le fait que la manière la plus facile de copier un programme soit entre voisins, le fait qu’un programme ait à la fois un code source et un code objet, bien distincts, et le fait qu’un programme soit utilisé plutôt que lu pour le plaisir, concourent à créer une situation dans laquelle celui qui fait appliquer un copyright fait du tort à la société, matériellement et spirituellement ; une situation dans laquelle personne ne doit agir ainsi, que ce soit ou non autorisé par la loi.

« La concurrence permet de mieux faire les choses. »

Le paradigme de la concurrence est une course : en récompensant le vainqueur, nous encourageons tout le monde à courir plus vite. Quand le capitalisme fonctionne réellement de cette façon, tout marche bien ; mais ses partisans ont tort s’ils pensent que c’est toujours de cette façon qu’il fonctionne.

Si les coureurs oublient le pourquoi de la récompense au point d’être obsédés par la victoire, à n’importe quel prix, ils risquent de trouver d’autres stratégies comme d’agresser les autres concurrents. Si les coureurs en viennent aux mains, ils finiront tous en retard.

Les logiciels propriétaires et secrets sont l’équivalent moral de coureurs qui en viennent aux mains. C’est triste à dire, mais le seul arbitre que nous ayons ne semble pas s’opposer aux combats ; il se contente de les réguler : « Pour dix mètres parcourus, vous avez le droit de tirer un coup de feu. » Ce qu’il devrait faire, c’est séparer les combattants et pénaliser les coureurs dès qu’ils font mine de se battre.

« Les gens ne s’arrêteront-ils pas de programmer, sans l’appât du gain ? »

En fait, beaucoup de gens programmeront sans aucune incitation financière. La programmation exerce une fascination irrésistible pour quelques-uns, généralement les meilleurs.

Nous ne manquons pas de musiciens professionnels qui n’ont aucun espoir de gagner leur vie avec la musique, et pourtant continuent à jouer.

Mais en fait cette question, bien qu’elle soit souvent posée, ne convient pas à la situation. Les salaires des programmeurs ne disparaîtront pas mais diminueront peut-être. La question devient donc : trouvera-t-on des programmeurs qui travailleront pour une moindre rémunération ? D’après mon expérience, la réponse est oui.

Pendant plus de dix ans, nombre de programmeurs parmi les meilleurs mondiaux ont travaillé au laboratoire d’intelligence artificielle du MIT pour un salaire bien inférieur à celui qu’ils auraient eu n’importe où ailleurs. Ils étaient récompensés de plusieurs autres manières : la notoriété et la reconnaissance des autres, par exemple. Sans oublier que créer est amusant ; c’est une récompense en soi.

Et puis la plupart sont partis quand on leur a proposé de faire le même travail intéressant en étant très bien payés.

Les faits démontrent que les gens programment pour d’autres raisons que l’envie de faire fortune ; mais si en plus on leur propose beaucoup d’argent, ils finiront par s’y attendre, et l’exigeront. Les organismes qui payent moins bien ont du mal face à ceux qui payent bien, mais ils devraient pouvoir s’en sortir si les gros payeurs sont bannis.

« Nos besoins en programmeurs sont tellement importants que s’ils interdisent le partage, nous ne pouvons que leur obéir. »

La situation n’est jamais assez désespérée pour qu’on soit obligé d’obéir à une telle interdiction. Rappelez-vous : des millions pour la défense, mais pas un sou de tribut !

« Il faut bien que les programmeurs gagnent leur pain. »

À court terme, c’est vrai. Cependant, il y a de nombreuses possibilités offertes à un programmeur pour vivre décemment sans pour autant vendre le droit d’utiliser un programme.

C’est le moyen habituel actuellement, parce que c’est celui qui engendre le profit maximum pour les programmeurs et les hommes d’affaires, et non parce que c’est la seule manière de gagner son pain. Vous pouvez facilement trouver d’autres manières si vous le voulez. Voici quelques exemples.

Un fabricant qui sort un nouvel ordinateur payera pour le portage des systèmes d’exploitation sur le nouveau matériel.

Les services payants d’enseignement, d’assistance et de maintenance peuvent également créer des postes de programmeurs.

Des personnes aux idées novatrices peuvent distribuer des logiciels comme « graticiels » [freeware] (9), en demandant des dons aux utilisateurs satisfaits ou en vendant un service d’assistance. J’ai rencontré des personnes qui travaillent déjà de cette manière avec succès.

Les utilisateurs ayant des besoins en commun peuvent créer des groupes d’utilisateurs et verser des cotisations. Chacun de ces groupe pourrait passer contrat avec une entreprise de développement pour écrire des programmes spécifiques répondant aux souhaits de ses membres.

Toutes sortes de développements pourraient être financés par une taxe sur le logiciel.

Supposons que chaque acheteur d’un ordinateur ait à payer une taxe sur le logiciel s’élevant à x pour cent du prix. L’administration reverse alors cette somme à un organisme comme la NSFd pour subventionner le développement.

Mais si l’acheteur fait lui-même un don au développement logiciel, il peut s’en servir pour réduire sa taxe. Il peut donner au projet de son choix – choix souvent guidé par l’espoir de profiter des résultats à l’achèvement du projet. La réduction peut atteindre le montant total de la taxe qu’il avait à payer.

Le taux de la taxe pourrait être déterminé par un vote de ceux qui la payent, pondéré par le montant sur lequel ils seront taxés.

Les conséquences :

  • la communauté des utilisateurs soutient le développement logiciel ;
  • cette communauté décide du niveau de soutien financier nécessaire ;
  • les utilisateurs qui s’intéressent aux projets bénéficiant de leur participation peuvent les choisir eux-mêmes.

À terme, rendre les programmes libres est un pas vers le monde de l’après-pénurie, où personne ne sera obligé de travailler très dur pour simplement survivre.

Les gens seront libres de se consacrer à des activités ludiques comme la programmation, après avoir, bien entendu, passé les dix heures par semaine nécessaires à des œuvres telles que la rédaction des lois, le conseil familial, la réparation de robots et l’exploration d’astéroïdes. On pourra programmer sans avoir besoin d’en faire un gagne-pain.

Nous avons déjà beaucoup fait diminuer la quantité de travail que la société dans son ensemble doit fournir pour ses activités productives, mais cela ne s’est que très partiellement traduit en temps libre pour les travailleurs, car beaucoup d’activités non productives sont nécessaires pour accompagner l’activité productive. Les raisons principales en sont la bureaucratie et la lutte isométrique contre la concurrence.

Le logiciel libre va grandement réduire ces pertes dans le secteur du logiciel. C’est pour nous la seule chose à faire pour que les gains de productivité sur le plan technique se traduisent en une diminution du temps de travail.

Notes

  1. Ici, le choix des mots était irréfléchi. Je voulais dire que personne n’aurait à payer l’autorisation d’utiliser le système GNU. Mais cela n’était pas clair, et les gens ont souvent compris que les copies de GNU devaient toujours être distribuées gratuitement ou presque. Cela n’a jamais été mon intention ; plus loin, le manifeste mentionne la possibilité que des entreprises fournissent un service de distribution rentable. Par la suite, j’ai appris à bien faire la distinction entre free dans le sens de libre, et free dans le sens de gratuit.e Un logiciel libre est un logiciel que les utilisateurs ont la liberté de distribuer et de modifier. Certains utilisateurs peuvent en obtenir des exemplaires gratuitement tandis que d’autres les paieront ; et si cela peut rapporter de quoi financer l’amélioration de programmes, tant mieux. Le principal est que toute personne disposant d’un exemplaire ait le droit de l’utiliser en collaboration avec d’autres.
  2. L’expression utilisée, give away, est une autre indication que je n’avais pas encore clairement séparé le problème du prix de celui de la liberté. Nous recommandons maintenant d’éviter cette expression lorsque l’on parle de logiciel libre. Consulter « Termes prêtant à confusion » pour d’autres explications.
  3. Voilà un autre endroit où je n’ai pas fait la distinction entre les deux définitions de free. La phrase telle quelle n’est pas fausse, vous pouvez obtenir des exemplaires de logiciels GNU gratuitement, par vos amis ou par Internet. Mais le fait est qu’elle suggère la mauvaise interprétation.
  4. Plusieurs sociétés de ce type existent actuellement.
  5. Bien qu’il s’agisse d’une organisation à but non lucratif, la Free Software Foundation récolte depuis 10 ans l’essentiel de ses fonds à travers un service de distribution. Vous pouvez commander des logiciels, des livres, etc., à la FSF [en] pour soutenir son travail.
  6. Un groupe de sociétés informatiques a réuni des fonds vers 1991 pour financer la maintenance du compilateur C de GNU.
  7. Je pense que je me fourvoyais en disant que le logiciel propriétaire était le moyen le plus courant de gagner de l’argent dans le monde du logiciel. Il semble que le modèle le plus courant ait été, et soit encore, le développement de logiciel sur mesure. Cela ne permet pas de collecter des rentes, donc l’entreprise est obligée de continuer à travailler effectivement pour continuer à percevoir des revenus. Le modèle du logiciel sur mesure devrait continuer d’exister, plus ou moins inchangé, dans un monde de logiciel libre. Par conséquent, je ne m’attends plus à ce que les programmeurs payés gagnent moins dans un monde de logiciel libre.
  8. Dans les années 80, je n’avais pas encore réalisé à quel point il est déroutant de parler de « la question » de la « propriété intellectuelle ». Ce terme est à l’évidence partial ; plus subtil est le fait qu’il mélange diverses lois disparates traitant de questions très différentes. De nos jours, j’insiste auprès des gens pour qu’ils rejettent totalement le terme « propriété intellectuelle », de peur qu’il ne conduise d’autres personnes à supposer que ces lois forment un tout cohérent. Pour être clair, on doit parler de brevets, de copyright (droit d’auteur) et de marques déposées, séparément. Voir des explications plus détaillées sur la manière dont ce terme sème la confusion et le parti pris.
  9. Par la suite, nous avons appris à faire la distinction entre « logiciel libre » et « graticiel ». Le terme « graticiel » s’applique aux programmes qu’on est libre de redistribuer, mais dont on n’est généralement pas libre d’étudier et de modifier le code source ; donc la plupart ne sont pas des logiciels libres. Vous trouverez des explications supplémentaires sur la page « Termes prêtant à confusion ».

Notes de relecture

  1. Parser generator, ce qui peut aussi se traduire par « compilateur de compilateur ».
  2. « Traite les autres comme tu voudrais être traité. »
  3. Nous traduisons maintenant proprietary par « privateur », ces logiciels nous privant de certaines des libertés énoncées.
  4. Fondation nationale pour la science, organisme américain de financement de la recherche fondamentale.
  5. En français, la distinction entre « libre » et « gratuit » est évidente.