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La Chine bouscule déjà la COP27

Et ce sans attendre.

A peine la COP27 terminée le 20 novembre 2022 que la Chine, le 21 novembre 2022, la bouscule déjà. Ce qu’elle explique correspond à ce qui est expliqué dans notre présentation de la COP27 : les contradictions entre les blocs prime, l’agenda des décisions dépend entièrement de cela.

Que dit la Chine ? Tout d’abord, elle tient son discours habituel comme quoi le progrès avance dans le monde, que les choses se développent, qu’il faut que ça continue, etc. C’est son idéologie à prétention pacifique reflétant sa ligne de marche forcée dans le capitalisme mondial.

Puis, au sein de ce discours, elle lance une pique, visant à se présenter comme à la tête d’un bloc, tout en défendant ses propres intérêts. Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a ainsi expliqué que « La gouvernance mondiale sur le climat a encore un long chemin à parcourir ».

Sous-entendu : rien ne se fera sans nous, et encore cela se produira-t-il selon nos propres manières.

La Chine souligne trois points précis, qui reviennent au même. Tout d’abord, les pays développés doivent payer pour les dégâts climatiques et ils rechignent. Ensuite, la COP27 parle de la mise en place de fonds pour les « pertes et dommages » pour les victimes de ces dégâts, mais cela reste virtuel.

Enfin, hors de question que la Chine soit considérée comme un pays développé et mette la main à la poche.

Et, dans la foulée, elle souligne qu’elle contribue à la coopération Sud-Sud, se présentant comme le fer de lance des pays en développement, leur meilleur défenseur.

C’est là la stratégie impérialiste chinoise : se placer en numéro 1, en superpuissance hégémonique, et dire aux pays du tiers-monde qu’ils profiteront de renversement de l’ordre mondial.

C’est un appel du pied au moyen de la question du climat et de la COP27, et il en va ainsi désormais de tout. Le conflit sino-américain pèse sur absolument tout et force à ce que les choses penchent dans le sens d’un bloc. Et cela va aller en empirant.

Ne serait-ce que l’année dernière, la Chine n’aurait jamais osé exprimer un tel avis international, de manière isolée, en faisant en sorte que cela se sache.

C’est un symbole essentiel de comment la Chine commence à abattre ses cartes, comment elle rentre ouvertement dans le grand jeu historique. C’est un événement littéralement historique, d’une portée immense. Dans quelques années, on dira de cette expression chinoise au lendemain de la COP27 qu’elle a été le premier pas ouvert franchi par la superpuissance chinoise.

Un acte nouveau se joue dans ce drame historique, par conséquent.

Et le rôle de la Gauche historique est de trouver un espace indépendant dans ce conflit sino-américain pour parvenir à une rupture révolutionnaire pour le socialisme – afin d’exprimer de la lumière dans un monde tombant dans l’obscurité de la troisième guerre mondiale.

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Écologie

En Chine, l’usine de l’horreur

L’humanité persiste à basculer dans l’horreur.

Touchée par une épidémie de fièvre porcine africaine (FPA) depuis 2019, la Chine a investi des millions d’euros pour la construction de gratte-ciels d’élevage monstrueux pouvant contenir 650 000 cochons sur 26 étages, afin de reconstituer son cheptel de porcs et garder sa place de premier producteur de viande porcine.

Si celui-ci était auparavant en grande majorité réparti sur des exploitations paysannes, la filière chinoise prend un virage entièrement industriel sur le modèle européen. Un modèle porté à son paroxysme dans la négation de la vie des animaux et sans aucune garantie d’être épargné par l’épidémie qui continue à se répandre dans le monde.

L’immeuble-usine est ainsi climatisé à chaque étage pour aérer les salles, de la même manière que chaque porc verra sa température suivie à la trace numérique afin de détecter au plus vite tout cas de fièvre porcine. Avec ces immeubles-usines, on est dans le pire du capitalisme avec sa mentalité infâme qui veut qu’on pourrait « produire » de la matière vivante comme bon nous semble, sans se soucier d’aucune sensibilité.

Les épidémiologistes annonçaient en 2019 qu’un quart du cheptel mondial pourrait être menacé, la chine ayant sur son sol 400 millions de porcs destinés à la consommation et à l’exportation, c’est près de 100 millions d’individus en moins que la filière cherche à compenser dans ces élevages hyper-concentrés. L’idée est de garder les animaux confinés pour défier le virus et ainsi préserver le marché de la viande porcine.

Même si les cas se multiplient en Europe, la France a vu ses exportations vers la Chine augmenter de 55 %. À ce titre la coopérative agricole et agroalimentaire du Grand Ouest revendique être passée de 70 000 tonnes de porc exportée vers la Chine en 2020 à 85 000 en 2021. En 2021 également, un accord a été signé entre la Chine et la France pour pouvoir continuer ces exportations même si un élevage en France venait à être touché par la FPA.

Rien que cela montre à quel point mentent tous ceux qui parlent d’avancées pour les animaux puisque de grandes entreprises proposent des gammes de nourriture végétale… Au contraire, les animaux subissent une situation toujours plus infâme, toujours plus dégradante, toujours plus insoutenable.

Tout est fait pour que les choses continuent comme si de rien était, tant en France qu’en Chine alors que de nombreux rapports pointent la responsabilité de la concentration de l’élevage associé à la déforestation comme source des zoonoses.

Notons que dans le cas de ces « porcheries gratte-ciel » on se trouve à Ezhou non loin de Wuhan. Une ville à l’expansion galopante, mordant sur les forêts alentours et où la proximité entre animaux d’élevage et animaux sauvages a été pointée dans le cadre du covid-19. Bref, l’Humanité n’a décidément aucune envie d’apprendre de ses erreurs, pire elle persiste à basculer dans l’horreur.

Le seul moyen de sortir du cercle vicieux menant aux pandémies et aux ignobles abattages préventifs d’animaux d’élevage, c’est évidemment d’arrêter la consommation d’animaux et de produits d’origine animale. Non seulement parce que c’est ignoble moralement de considérer des animaux comme des objets-marchandises, mais aussi parce que les épidémies de zoonose en sont le revers tout comme les émissions de gaz à effets de serre.

Que de telles choses soient encore possibles en 2022 révèle bien que l’Humanité a besoin d’une grande vague morale qui soit en mesure de la purifier de toutes les horreurs qu’elle commet…

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Guerre

Les États-Unis s’engagent à défendre militairement Taïwan

Joe Biden est prêt à faire la guerre à la Chine.

Le 19 septembre 2022, le président américain Joe Biden a franchi une nouvelle ligne rouge. Il a affirmé que les États-Unis défendraient directement l’île de Taïwan en cas d’attaque par la Chine. Pour comprendre, c’est comme si juste avant le conflit ukrainien, les États-Unis avaient dit qu’ils défendraient militairement l’Ukraine en faisant la guerre à la Russie. On comprend tout de suite ce que cela sous-entend militairement, cela ne signifie ni plus ni moins que le fait d’assumer la troisième guerre mondiale.

Pierre après pierre, la superpuissance américaine se défait de tous ses engagements diplomatiques vis-à-vis de la République populaire de Chine et provoque le conflit.

Bien entendu, Joe Biden prétend toujours ne pas faire interférence et ne pas pousser le gouvernement de l’île à déclarer son indépendance. Il assume toutefois l’engagement militaire, ce qui revient de fait au même, faisant ouvertement de l’île de Taïwan ce qu’elle est : un avant-poste américain en Mer de Chine.

Le gouvernement de la République populaire de Chine a immédiatement réagit à cette provocation, dénonçant « une grave violation de l’engagement important des États-Unis à ne pas soutenir l’indépendance de Taïwan . »

Le ministère chinois des Affaires étrangères explique qu’il est envoyé « un mauvais signal « , poussant les séparatistes à l’indépendance. En effet, du côté chinois la pression est également immense.

La République populaire de Chine, en tant que superpuissance challenger de la superpuissance américaine, joue sa place dans le monde et elle considère comme un devoir de conquérir enfin l’île de Taïwan et d’écraser le gouvernement « rebelle » de la République de Chine.

D’ailleurs, la pression militaire chinoise contre l’île est de plus en plus grande, avec récemment tout une série de drones militaires qui sont envoyés, comme partie d’un dispositif militaire très poussé.

En plus des avions de chasse classique, on a donc des drones de haute technologie militaire déployés aux abords de l’île. Ils sont probablement armés, en tous cas c’est ce que considèrent les autorités de l’île. Il y a des Guizhou BZK-007, ayant l’apparence d’un avion de tourisme, des BZK-005, avec une autonomie immense, de 40 heures, des KVD-001, servant de relais de communication pour les hélicoptères d’attaque et des Tengden TB-001, probablement armés.

De plus, mi-septembre, il a été signalé par les autorités de Taïwan la présence du drone de haute altitude et longue endurance WZ-7, qui est conçu par l’armée chinoise pour des missions de reconnaissance et de ciblage pour les missiles

Cela est assumé par la partie chinoise, et il est expliqué dans la presse du régime :

« davantage de drones de l’APL [l’armée chinoise] devraient rejoindre les patrouilles et les exercices de routine autour de l’île de Taïwan dans le but de sauvegarder la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale au milieu des provocations des sécessionnistes taïwanais et des forces d’ingérence extérieure ».

L’agressivité est de part et d’autre, l’emballement militaire est inéluctable dans la région, d’autant plus qu’une loi vient d’être voté par le congrès américain pour une aide militaire directe à Taïwan, en plus d’un plan récent de vente d’un milliard de dollars d’armes.

Et ce n’est là qu’un des fronts mondiaux, car la puissance américaine pousse à la guerre de manière acharnée, comme en Ukraine face à la Russie. De manière très significative, les États-Unis viennent de lever leur embargo sur les armes à destination de la République de Chypre, directement en concurrence avec la Turquie.

C’est un point chaud depuis des décennies : avec cette décision américaine, la situation est directement explosive là encore. Tout se met en place, la bataille pour le repartage du monde est déjà en cours.

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Guerre

12 miles nautiques avant la 3e guerre mondiale

Le seuil de déclenchement de la guerre entre la Chine et Taïwan est fixé.

En réponse à la visite début août de Nancy Pelosi sur l’île de Taïwan, la République populaire de Chine considère devoir agir en représailles. Elle accentue la pression avec une salve d’incursions militaires aériennes et maritimes à proximité de l’île.

Depuis début août, l’armée chinoise a pénétré au moins 446 fois dans la zone d’identification de défense aérienne de l’île de Taïwan avec des chasseurs J-16 et des bombardiers tactiques JH-7. C’est près de la moitié du nombre total d’incursions en 2021 qui étaient de 969 (il n’y en avait eu « que » 380 en 2020).

Cela n’a rien d’illégal au sens strict, car on ne parle pas de l’espace aérien d’un pays au sens où celui-ci aurait le droit voire même le devoir d’abattre directement les aéronefs et navires concernés. Il s’agit plutôt d’une zone définie par les autorités de Taïwan comme consistant en la dernière limite à ne pas franchir ; chaque avion en provenance du continent chinois dans cette zone est censé devoir être identifié et ciblé par les différents moyens de défense.

La même chose se produit en mer avec pareillement plusieurs bâtiments militaires (au moins 7) s’approchant de l’île et activant les systèmes et procédures de défense. Ce faisant, la Chine procède en un harcèlement assumé, pour user moralement et matériellement les défenses de l’île rebelle inféodée à la superpuissance américaine.

Les autorités taïwanaises sont alors acculées. Soit elles cèdent, et c’est le début de la fin pour elles. Soit elles répondent graduellement, et c’est l’escalade, et donc le début de la fin quand même… Pour l’instant, début septembre 2022, les autorités taïwanaises prétendent encore à la mesure et au contrôle de la situation. La « présidente » Tsai Ing-wen appelle au calme prétendant ne pas vouloir « provoquer une guerre  » :

« Je veux dire à chacun que plus l’ennemi provoque, plus nous devons être calmes. »

Elle ajoute pourtant :

« j’ai demandé au ministère de la Défense de prendre de fermes contre-mesures au moment approprié pour défendre la sécurité de l’espace aérien ».

Et donc le chef adjoint de l’état-major général taïwanais pour les opérations et la planification a expliqué que plus les incursions seront proches, plus il y aura de contre-mesures fortes.

Concrètement la limite des 12 milles nautiques a été fixé, définissant de fait le point de non retour vers la guerre.

« Pour les avions et navires chinois qui entrent dans nos eaux territoriales et notre espace aérien à moins de 12 milles de l’île, l’armée nationale exercera le droit de légitime défense et de contre-attaque sans exception « .

La République populaire de Chine est très proche de cette limite, mais elle ne l’a jamais franchie, sauf avec des drones dont un a été abattu le 1er septembre. Elle explique toutefois qu’elle n’en a rien à faire et ne reconnaît aucune légitimité à cette limite.

Le porte-parole de la diplomatie chinoise Zhao Lijian répond de but en blanc :

« Taïwan est une province de la Chine et elle n’a pas de ‘ministère de la Défense’. Les actions des autorités taïwanaises pour aggraver les tensions ne veulent rien dire ».

Au contraire, cela veux tout dire. Les choses sont maintenant posées et définies. Si elle veut la guerre, la République populaire de Chine n’a plus qu’une chose à faire, c’est s’approcher à moins de 12 miles de l’île et provoquer le tir de défense attendu qui déclencherait la guerre.

Un mile, c’est 1,852 km. 12 miles, c’est 22,224 kilomètres. Début septembre 2022, à peine 23 km d’océan nous séparent d’une étincelle déclenchant la 3e guerre mondiale qui a, de toute façon, déjà commencé concrètement avec la guerre Ukraine – Russie, qui a l’affrontement entre la superpuissance américaine et son challenger chinois comme arrière-plan.

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Guerre

« Contre la marine chinoise, nous gagnerons si nous nous battons ensemble »

Tels sont les propos de l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine.

Le chef d’état-major de la Marine a répondu, à huis-clos, à des questions de parlementaires dans le cadre de la Commission de la défense nationale et des forces armées, le 27 juillet 2022. Les propos tenus sont cependant retranscrits par la suite.

C’est le genre de situation où on voit que tous les députés sans exception cherchent à moderniser et à renforcer l’armée française, y compris le député LFI M. Aurélien Saintoul. Et les propos de l’amiral Pierre Vandier ont été à leurs attentes, car tout a été d’un militarisme et d’un bellicisme assumés.

Voici les propos les plus significatifs, où l’ennemi c’est la Chine et la Russie, ainsi que la Turquie ; il est ouvertement dit qu’il y aura une guerre maritime contre la Chine, que la France doit pour cela être membre d’une coalition anti-chinoise, qu’on devine évidemment dirigée par la superpuissance américaine. « Il est donc temps de se battre comme des diables. »

« Les problèmes que nous rencontrons sont profonds et durables. Il ne s’agit plus de crises, comme nous en avons connu dans les trente dernières années, mais de ruptures profondes, d’ordre géopolitique, militaire et environnemental, dans un contexte de délitement accéléré de l’ordre international.

Nul besoin de dresser la liste des traités qui se sont effondrés depuis 2015 : en mer, la marine le mesure chaque jour, avec la fragilisation du respect du droit de la mer et de la liberté de navigation.

La marine est aux premières loges de ces ruptures (…).

Je vous invite maintenant à regarder les défis à venir dans leur globalité, avec la bonne focale. Le conflit en Ukraine montre le caractère global des crises. Ses effets sont ressentis bien au-delà des terres meurtries du Donbass. Si les destructions se concentrent sur l’Ukraine, le blocus naval russe a des effets sur la sécurité alimentaire de millions d’êtres humains sur plusieurs continents.

Sur le plan naval, le dispositif russe est aussi déployé en Méditerranée, dans l’océan Atlantique et dans l’océan Pacifique. Le potentiel militaire naval russe est quasiment intact, à l’exception du Moskva. La force sous-marine russe n’a quasiment pas été utilisée depuis le début du conflit.

Le conflit en Ukraine est d’abord terrestre, mais il a révélé l’effet direct de la compétition pour les flux sur nos économies. Le blocus imposé à l’Ukraine a contraint à une reconfiguration majeure des flux d’exportation de ce pays et fait peser à terme une grave hypothèque sur son avenir, récemment illustrée par les discussions autour de l’exportation du blé ukrainien.

La dépendance européenne aux flux maritimes est aussi considérable pour les biens de consommation et, depuis peu, pour l’énergie.

La mer n’est pas vide, de très nombreux bateaux de plus de quarante mètres participent à un trafic qui bouge en permanence. Chaque jour, quinze super porte-conteneurs, transportant 20 000 « boîtes » chacun, franchissent le canal de Suez en direction des ports européens. Débarqués, ces 300 000 containers représentent une file de camions ininterrompue de Brest à Berlin !

La voilà, notre dépendance. Ce que vous avez sur vos bureaux, dans votre frigidaire, vos costumes, tout cela transite en partie par le canal de Suez, qui voit passer chaque jour l’équivalent d’un Rungis annuel.

La marine et les marines alliées sont les acteurs de la sécurisation de ces flux. Tel est notamment le cas dans le détroit d’Ormuz, depuis que nous avons déployé la mission AGÉNOR en 2019, à la suite de vives tensions entre Américains et Iraniens, ces derniers menaçant le trafic commercial dans la zone. Le Surcouf, qui y participait, vient de rentrer de patrouille. Coordonnés par un état-major aux Émirats arabes unis, les Européens se relèvent pour assurer cette mission.

La route qui nous sépare des gisements de gaz du Golfe n’est pas simple.

Les navires doivent franchir trois points resserrés, dont la maîtrise à moyen terme n’est pas garantie : le détroit d’Ormuz, sécurisé par la mission AGÉNOR ; le détroit de Bab-el-Mandeb, sur lequel donne Djibouti et où une base chinoise prend un essor assez inquiétant ; le canal de Suez, qui, dans l’histoire, n’a pas toujours été simple à utiliser et à la sortie duquel se trouve aujourd’hui la base russe de Tartous qui déploie une activité militaire loin d’être négligeable.

Il suffit d’une montée en tension pour que les choses se compliquent et que ces flux soient rapidement menacés.

Nul ne peut nier les effets de ces ruptures sur le quotidien des Français, sur leur niveau de vie, sur la continuité de nos approvisionnements et sur notre économie, aujourd’hui et demain plus encore. Nous le constaterons probablement cet hiver lorsque nous devrons rationner l’énergie.

Pour la marine, obéir au mot d’ordre du chef d’état-major des armées (CEMA), « gagner la guerre avant la guerre », c’est surveiller, comme nous le faisons depuis des mois, les flottes de surface et sous-marines russe et chinoise, en assurant le maintien de notre liberté de manœuvre et de la liberté de navigation.

C’est enfin atteindre le niveau d’agilité voulue par le CEMA dans l’emploi des forces. C’est ainsi qu’en quarante-huit heures, nous avons fait basculer la mission du GAN [Groupe aéronaval autour d’un porte-avions], qui était engagé en soutien de l’Irak, pour participer à la réassurance aérienne du flanc oriental de l’OTAN.

Des patrouilles aériennes de combat (Combat Air Patrol, CAP) sont parties du porte-avions pour voler au-dessus de la Roumanie, de la Croatie et de la Bosnie, où des tensions émergeaient, en appui de nos alliés, notamment un GAN américain. Pendant toute cette période, nous étions au contact permanent de la flotte russe (…).

Pour aller de Chine en Atlantique, il faut soit franchir les nombreux détroits précédemment cités, soit emprunter la route maritime du Nord. À l’heure actuelle, les Chinois construisent une flotte de cinq brise-glace pour s’offrir la possibilité de basculer leurs forces du Pacifique vers l’Atlantique, avec l’amitié des Russes.

Mon homologue norvégien, que j’ai rencontré en Norvège au mois de mars, ne m’a pas parlé de la flotte russe du Nord, basée juste à côté, à Mourmansk, mais de l’arrivée prochaine de la marine chinoise dans l’océan Atlantique.

Bientôt, il ne sera pas nécessaire d’aller en mer de Chine pour trouver des forces militaires chinoises.

J’ai passé les deux dernières années à expliquer un peu partout que nous assistons à un mouvement de réarmement naval sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale.

En 2030, le tonnage de la marine chinoise sera 2,5 fois supérieur à celui de la marine américaine qui, en dépit de ses efforts, restera stable, voire continuera à se réduire, tandis que la flotte chinoise croît de façon géométrique.

En Méditerranée aussi, certaines marines affichent des croissances de leurs tonnages à trois chiffres de 2008 à 2030. Il aura fallu que les Turcs achètent aux Russes des missiles S-400 pour que les Américains renoncent à leur donner les F-35 qui devaient équiper leurs deux porte-avions !

La question qui se pose, et que vous devez vous poser dans cette commission, est la suivante : pourquoi tout ce monde réarme-t-il ? Pourquoi consacrer tant d’argent et d’énergie à l’équipement des marines, alors même que certains des pays concernés, notamment la Chine et la Turquie, sont d’abord des puissances continentales ? (…)

Nous devons aller chercher, dans la coopération avec nos alliés, ce qui nous manque, pour parvenir à la masse critique. Pour ce faire, il faut continuer à développer l’interopérabilité de nos systèmes, d’autant que l’accélération technologique la rend plus complexe.

Il faut que les systèmes se parlent et que les armes soient compatibles. Nous devons préparer la capacité à combattre ensemble. Contre la marine chinoise, nous gagnerons si nous nous battons ensemble, en coalition (…).

Pour reprendre les mots du Président de la République, « la guerre resurgissant à nos portes, à nos frontières, a tout changé. Et elle va nous impliquer de changer encore davantage. ». Cela demande un esprit combatif, d’avoir une ambition lucide et réaliste, d’avoir du courage et de la persévérance, de savoir inventer et imaginer.

Il ne faut jamais désespérer de notre talent, dirait Marc Bloch. Lorsqu’on dit d’une chose qu’elle est impossible, qu’il y a des objections insurmontables, alors il est temps, disait l’amiral Fisher, First Sea Lord de la marine britannique pendant la Première Guerre mondiale, de se battre comme un diable.

Les temps qui sont devant nous vont être durs. Notre responsabilité vis-à-vis des générations futures est historique. Il est donc temps de se battre comme des diables. »

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Guerre

La provocation américaine de Nancy Pelosi à Taïwan

La superpuissance américaine pousse à la guerre.

« La visite de Taiwan »

La rupture entre la superpuissance américaine et son challenger chinois est maintenant consommée. Le mois d’aout 2022 est le premier d’une nouvelle ère, avec l’affrontement sino-américain comme aspect principal s’exprimant désormais ouvertement. Tout cela était en germe, la crise commencée en 2020 a ouvert la nouvelle période, nous l’avons ici largement commenté, surtout avec l’invasion russe en Ukraine. Mais la situation a pris maintenant une toute autre tournure.

En se rendant sur l’île de Taïwan, la représentante du Congrès américain Nancy Pelosi provoque, en toute conscience, une tempête. Cinquante années de compromis sino-américain sur la question d’une Chine unique vole en éclat, malgré les avertissement chinois, ou plus justement en raison des avertissements chinois, afin de provoquer la Chine dès maintenant, de la forcer à réagir sans attendre d’être renforcée.

Anecdotique ou pas : le vol de Nancy Pelosi a fait exploser les compteurs sur le site de suivi de la circulation aérienne Flightradar24. Ce sont plus de 700 000 personnes qui l’ont suivie en direct, sachant très bien l’enjeu historique de ce voyage. En effet, la Chine n’a maintenant plus le choix, elle avait très fortement dénoncé à l’avance une telle visite, elle va devoir assumer son opposition à la superpuissance américaine qui a désigné officiellement l’île de Taïwan comme le lieu et le sujet de l’affrontement.

Avec Taïwan, l’administration américaine a un gouvernement chinois « démocratique » (selon sa conception) à soutenir contre la Chine « populaire » (en fait social-fasciste) qui concurrence son hégémonie. Inversement, la République populaire de Chine a besoin d’écraser le régime rebelle de Taïwan (selon sa conception) trop proche des États-Unis, pour développer ses propres ambitions mondiales.

La seule différence est que les États-Unis sont une puissance dominante, alors que la Chine (et dans son camp la Russie) est une puissance challenger. Mais tant le régime américain que le régime chinois sont aux abois, avec une propagande montreuse contre l’autre camp pour finir de préparer l’opinion à la guerre.

La télévision chinoise matraque de publicités patriotiques vantant l’Armée populaire de libération (qui n’a plus rien de populaire depuis des décennies). Dans un autre style, la presse américaine, surtout celle Démocrate, martèle quand à elle à propos de l’importance de la question taïwanaise.

Immédiatement après l’atterrissage de Nancy Pelosi, c’est ainsi le fameux Washington Post qui a directement publié une tribune d’elle que seuls les abonnés payants ont le droit de lire (le grand public américain a droit à des discours anti-chinois beaucoup moins élaborés, car il ne s’agit pas d’instruire le peuple mais de préparer la guerre).

On y lit :

« La visite de notre délégation doit être considérée comme une déclaration sans équivoque selon laquelle l’Amérique se tient aux côtés de Taïwan, notre partenaire démocratique, qui se défend et défend sa liberté.

Pourtant, cette démocratie dynamique et solide… et fièrement dirigée par une femme, la présidente Tsai Ing-wen, est menacée.

Ces dernières années, Pékin a considérablement intensifié les pressions sur Taïwan. La République populaire de Chine a multiplié les patrouilles de bombardiers, d’avions de chasse et d’avions de surveillance à proximité, voire au-dessus, de la zone de défense aérienne de Taïwan, ce qui a amené le ministère de la défense américain à conclure que l’armée chinoise se prépare probablement à une éventualité d’unification de Taïwan à la RPC par la force. »

Ce qui se passe est exactement la même chose que ce qui s’est passé en Ukraine. Les États-Unis façonnent des régimes qui lui sont inféodés et s’en servent comme tampon, comme base militaire et politico-culturelle, contre ses concurrents. C’est ce qu’ils ont fait depuis 2014 avec l’Ukraine, c’est ce qu’ils font depuis 1949 avec l’île de Taïwan, qui est chinoise.

Tant la Russie que la Chine ne sont pas des régimes démocratiques, alors ils assument totalement de jouer une partition miroir à celle des États-Unis : l’Ukraine et Taïwan sont pour eux des objets ne servant qu’à leur quête d’influence et d’hégémonie en concurrence avec l’hégémonie américaine.

Voilà comment se déclenche une guerre mondiale. Des puissances belliqueuses rivalisent de provocations, jusqu’à la rupture. Cette fois, ce sont les États-Unis qui ont provoqué, et fort. La Chine en réponse est maintenant à deux doigts de déclarer la guerre.

La première réponse a été l’envoi d’une vingtaine d’avions militaires dans la zone d’identification de défense aérienne taïwanaise. C’est habituel de la part de la Chine, mais c’est systématiquement considéré par Taïwan comme une provocation : c’est en tous cas un acte de franche hostilité militaire et cela prend dans ce contexte une toute autre dimension.

La Chine a donc parlé d' »actions militaires ciblées » à venir pour « défendre résolument la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale et à fermement contrecarrer les ingérences extérieures et les tentatives séparatistes d’“indépendance de Taïwan” ». Des manœuvres militaires sont ainsi prévues… au large de Taiwan.

Deux portes-avions ont été déployés dans la zone, le CNS Liaoning et le CNS Shandong, ainsi qu’un croiseur 055D , équipé de 112 tubes de lancement et une frégate 054.

Le ministère de la Défense chinois a fait savoir que :

« Les États-Unis auront assurément la responsabilité des conséquences et devront payer le prix de leur atteinte à la sécurité de la Chine. »

Du côté américain, le porte-avions USS Ronald Reagan croise au sud de Taïwan avec le destroyer USS Higgins et le navire ravitailleur USS Carl Brashear. Et ce n’est que le début d’une situation explosive.

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Taïwan, l’étincelle de la 3e guerre mondiale

La tension est à son comble.

Lors d’un échange téléphonique récent avec Joe Biden, le président chinois Xi Jinping aurait expliqué que « ceux qui jouent avec le feu finissent par se brûler », en invitant « la partie américaine » à comprendre cela. La menace est on ne peut plus claire.

C’est que la perspective d’une visite de Nancy Pelosi sur l’île de Taïwan irrite au plus haut point les dirigeants de la République populaire de Chine, les obligeant à assumer un haut degré de tension en réponse à ce qui est évidemment une provocation diplomatique.

Symboliquement, on parle d’une des élues les plus importantes du régime américain, qui assure la présidence de la Chambre des représentants (l’équivalent de l’Assemblée nationale française). Elle est notamment seconde dans l’ordre de succession présidentielle.

L’irritation chinoise est d’autant plus importante que la partie américaine ne dit rien clairement quant à cette visite, tout en ne démentant pas les rumeurs (probablement fabriquées de toutes pièces d’ailleurs). Dimanche 31 juillet, Nancy Pelosi a confirmé être en route vers l’Asie, mais sans parler de l’île taïwanaise.

Il est en tous cas évident que cette question est au cœur de son déplacement. Son communiqué dit de manière explicite :

« Je conduis une délégation du Congrès dans la région Indo-Pacifique pour réaffirmer l’engagement inébranlable de l’Amérique envers ses alliés et amis dans la région ».

Elle précise également, ce qui évoque forcément la question de Taïwan :

« À Singapour, en Malaisie, en Corée du Sud et au Japon, nous tiendrons des réunions de haut niveau pour discuter de la manière dont nous pouvons promouvoir nos valeurs et nos intérêts communs notamment la paix et la sécurité, la croissance économique et le commerce, la pandémie de Covid-19, la crise climatique, les droits de l’homme et la gouvernance démocratique »

Ce qui se passe est très simple à comprendre : il y a une escalade de part et d’autre, les provocations se succédant pour pousser l’autre camp à la faute et construire ainsi le récit national et mondial préparant la guerre.

La République populaire de Chine a toujours considéré le gouvernement de la République de Chine établi à Taïwan comme étant rebelle et illégitime, mais sans jamais pour autant assumer l’invasion. Pareillement, les États-Unis ont toujours soutenu militairement la République de Chine (Taïwan), tout en ne le reconnaissant pas diplomatiquement et en privilégiant le rapport diplomatique et commercial avec la République populaire de Chine.

En quelques sorte, la question de Taïwan a été laissée de côté pendant plusieurs décennies, telle une carte joker à garder en main pour la jouer en cas de nécessité. C’est précisément là où nous en sommes en 2022. La guerre mondiale pour le repartage du monde est une tendance irrésistible, avec en son cœur la contradiction de plus en plus forte entre la superpuissance américaine et la puissance challenger chinoise qui jouent la carte taïwanaise.

Les américains prendraient bien prétexte d’une invasion de l’île de Taïwan par la République populaire de Chine pour lancer la guerre, donc ils provoquent en ce sens. En mars 2022 déjà, une délégation américaine se rendait sur l’île, emmenée par l’amiral Mike Mullen, ni plus ni moins que l’ancien chef d’état-major interarmées.

Inversement, la République populaire de Chine sait qu’elle va devoir passer un cap dans sa concurrence avec la superpuissance américaine et que la question Taïwanaise pourrait très bien servir d’élément déclencheur. Donc elle pousse le gouvernement de Taïpeï à la faute par des provocations militaires, en espérant un dérapage taïwanais servant d’étincelle allumant la mèche.

La potentielle visite de Nancy Pelosi pose ainsi problème au gouvernement chinois car elle le pousse dans ses retranchements. Soit il ne réagit pas et les États-Unis prennent l’ascendant en assumant quasi-ouvertement leur protectorat sur l’île. Tout conflit enclencherait alors directement la guerre mondiale. Soit le gouvernement chinois réagit, mais alors il se retrouve en position d’assumer lui-même la responsabilité principale de l’escalade guerrière menant au conflit mondial.

Cette seconde option est d’ailleurs déjà ouvertement sur la table. Le gouvernement chinois a déjà prévenu qu’il considère la question de l’indépendance taïwanaise comme une ligne rouge à ne pas franchir, le ministre chinois de la Défense Wei Fenghe ayant prévenu qu’il déclencherait alors la guerre, « quel qu’en soit le prix ».

Du côté américain, il est évident que cela est compris de cette manière et l’administration de Joe Biden hésite très clairement à assumer ou non ce déclenchement potentiel de la troisième guerre mondiale. La semaine à venir sera donc décisive avec le choix américain de visiter ou non les dirigeants de l’île de Taïwan.

Dans tous les cas, visite ou non, le retour en arrière ne sera pas possible dans ces conditions et l’escalade va mener un jour ou l’autre à la guerre, à moins d’une opposition démocratique et populaire mondiale à la guerre, notamment en Chine et aux États-Unis. Ce qui présentement est absolument inenvisageable.

Personne à Taïwan ne s’oppose aux exercices militaires annuels, menés la dernière semaine de juillet avec des simulations d’interception d’attaques chinoises depuis la mer.

Personne aux États-Unis ne dénonce l’utilisation de la question taïwanaise par le gouvernement, ni le déploiement du porte-avions USS Ronald Reagan avec sa flottille depuis Singapour vers la mer de Chine méridionale pour une « opération programmée ».

Personne en Chine ne dénonce l’exercice militaire mené samedi 30 juillet avec des munitions réelles dans le secteur de l’île de Pingtan, à environ 120 kilomètres des côtes taïwanaises. Personne ne dénonce la communication de l’Armée montrant le lancement d’un système hypersonique DF-17 censé pouvoir détruire un porte-avion avec une vitesse supérieur à Mach 5.

La guerre mondiale est la tendance irréversible de notre époque, c’est même concrètement l’actualité…

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Six mois de mission militaire française secrète dans l’océan Indien

La France se prépare à faire la guerre à l’autre bout du monde.

Le sous-marin nucléaire d’attaque Améthyste est revenu à sa base de Toulon jeudi 6 juillet, à l’issue d’une mission nommée « confiance « . C’est une mission particulièrement longue, une demi-année coupée du monde à l’autre bout de la planète, qui a volontairement été maintenue confidentielle pour ensuite faire la publicité de sa longévité et surtout de sa discrétion.

La Marine nationale française se vante ainsi d’être « l’une des seules au monde à pouvoir conduire  » ce genre de « déploiement lointain ». Voici donc le genre de contribution militaire qu’entend apporter la France au bloc mené par la superpuissance américaine. Il est expliqué que :

« La mission Confiance permet de garantir la capacité de la Marine à se déployer avec réactivité si le besoin était avéré. »

L’équipage du sous-marin n’a été relevé qu’une seule fois, à Goa en Inde, avec l’appui indispensable d’un navire moderne d’assistance dédié. De plus, lors du déploiement de cette mission « confiance  » avec l’Améthyste, il y avait en plus trois autres sous-marins nucléaires d’attaque en opération pour le compte de l’OTAN face à la Russie : un sous-marin aux côtés du porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée et deux dans l’Atlantique Nord.

La Marine française entend assumer par là une grande capacité de projection militaire mondiale coordonnée. C’est indispensable pour les grandes puissances allant à la guerre à notre époque.

On remarquera bien entendu que cela a lieu dans la très brûlante région indo-pacifique, qui est sans aucun doute le grand enjeu de la bataille pour le repartage du monde qui se joue actuellement, et qui mène l’humanité vers une troisième guerre mondiale. La Chine y déploie largement ses navires, au grand dam de l’Inde, qui accueille à bras ouvert la France venue faire du repérage et de l’espionnage.

La France, qui de par ses larges possessions extra-territoriales dispose du deuxième espace maritime mondial derrière celui des États-Unis, entend pour sa part peser et se placer dans cette région dans la perspective de la guerre pour le repartage du monde.

« L’océan Indien est une région d’intérêt stratégique pour la France », dit la Marine nationale au sujet de la mission « confiance  » en expliquant y avoir « coopéré avec plusieurs partenaires de 1er plan ». Il y eu des des entraînements en lutte anti-sous-marine avec les marines indiennes et émiraties menées avec l’appui militaire français basé à Djibouti.

Au delà de l’exercice et de l’effet d’annonce – quoi que « l’annonce » est confidentielle, tant les questions militaires sont taboues en France – sur la capacité française à se déployer si longuement si loin se ses base, il ne faut pas oublier l’intérêt opérationnel du travail mené.

Il est parlé officiellement de « connaissance de la zone », ce qui signifie ni plus ni moins que l’étude des possibilités opérationnelles dans la région. Il y a un intérêt concret, en plus de l’exercice militaire, à avoir patrouillé ainsi pendant six mois dans l’océan indien. Et on peut être certain que le travail fait l’est, au moins en grande partie, pour le compte de l’OTAN, voire directement de l’état-major américain.

La France se prépare donc concrètement à la guerre mondiale, et il n’y a malheureusement personne pour s’y opposer.

Pour l’anecdote, il y avait le lendemain du retour de l’Améthyste à Toulon, l’audition du ministre des Armées à l’Assemblée nationale. Personne n’a parlé de cette mission, pourtant loin d’être anodine. Le député « France insoumise » Bastien Lachaud a préféré demander une meilleure intégration des LGBT dans l’armée, car il ne faudrait pas se priver de capacité de recrutement. Quand à Fabien Roussel du PCF, il a tenu à dire d’entrée de jeu – c’était sa première intervention au sein de cette commission – qu’il y serait sage et respectueux, se contentant pour l’occasion de demander gentiment au ministre si éventuellement il serait possible de discuter au Parlement de la nouvelle posture stratégique de l’OTAN visant ouvertement la Chine.

Cela donc, alors que la Marine française achève la veille une mission importante visant justement très précisément la Chine, les intérêts chinois, la concurrence avec le bloc constitué par la Chine dans l’Océan indien dans le cadre de la bataille pour le repartage du monde.

Quel décalage. Quel inconsistance. A quelle catastrophe il va falloir faire face !

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La décision d’affrontement du sommet historique de l’OTAN à Madrid

L’armée de l’OTAN doit disposer de plus de 300 000 soldats en Europe.

Tout ce qui a été décidé au sommet de l’OTAN à Madrid les 29-30 juin 2022 avait été annoncé juste auparavant, néanmoins un élément est ressorti qui a rendu les diplomates chinois plein de rage : la Chine est présentée comme relevant d’un « défi systémique » pour les intérêts de l’Union européenne. C’est là une intéressante manière de voir les choses puisque cela permet de transformer l’alliance transatlantique en bloc devant épauler la superpuissance américaine dans la zone indo-pacifique. Rappelons qu’étaient également présents au sommet les représentants de l’Australie, du Japon, de la Nouvelle-Zélande et de la République de Corée.

Emmanuel Macron s’est empressé, lors de la conférence de presse qui a suivi, d’expliquer que l’OTAN n’était pas en guerre. C’est totalement vain de par l’ampleur du soutien financier et militaire fourni à l’Ukraine et de par la décision d’organiser à court terme une armée de l’OTAN de 300 000 soldats en Europe. C’est le nombre qu’il faut pour une guerre conventionnelle avec la Russie.

Le compte twitter du président de la république a également publié une image montrant la présence de l’armée française sur le flanc Est, ce qui montre le sens de l’engagement belliciste. Dans la version anglaise, cela donne même le « front de l’Est » ! Mais l’OTAN n’est pas en guerre, pas du tout !

Mais de toutes façons, Emmanuel Macron n’a plus vraiment son mot à dire au sens strict, puisque c’est maintenant la superpuissance américaine qui décide de la stratégie française. La France reste un pays capitaliste indépendant, avec sa propre armée, mais stratégiquement, elle a été satellisée. Ses intérêts, lorsqu’ils existent en particulier, doivent forcément se situer dans la perspective des intérêts américains en général.

C’est pour cela d’ailleurs que personne à gauche en France ne parle du sommet de l’OTAN. Il y a des protestations à l’intérieur du capitalisme français, dans le cadre qu’il impose. Mais il n’y a pas de remise en cause générale, d’envergure historique. Sinon il serait bien vu que la contestation « à la française » est insignifiante par rapport à ce qui se déroule réellement. La société française va se voir précipiter dans la guerre et s’en étonner comme en 1914 !

Encore est-il que le sommet de l’OTAN impose une accélération puisque pour arriver à une armée de 300 000 soldats, il faut des efforts colossaux. La superpuissance américaine compte bien que l’Union européenne, désormais alignée sur l’OTAN à 100%, finance tout le projet ou du moins une très grande partie. Il faut donc mobiliser, aligner les opinions, les préparer au conflit, etc. Cela promet une sacrée ambiance bien délétère dans les prochains mois !

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Taïwan: nouvelle escalade entre la Chine et les États-Unis

C’est une nouvelle provocation américaine.

Jusqu’à présent, les États-Unis ne s’étaient jamais engagés formellement à défendre militairement Taïwan en cas d’initiative de la République populaire de Chine. C’est la doctrine du « Taiwan Relation Act » datant de 1979 : le soutien aux dirigeants de l’île de Taïwan est assumé, ainsi que la fourniture d’armes, mais pas le soutien à l’indépendance de l’île, ni l’engagement militaire formel contre la République populaire de Chine. C’est une position d’équilibriste, pour peser sans pour autant faire de ce bout de terre dans le Pacifique une question menaçant la stabilité américaine.

Tout cela tenait jusqu’à présent, alors que les États-Unis étaient encore marqués par l’hyper-tension de l’époque de la guerre froide avec l’URSS et que, depuis les années 1980, les relations commerciales sino-américaines sont passées au cœur du capitalisme.

Mais le monde a définitivement changé depuis la crise sanitaire de 2020 et la stabilité mondiale, toute relative qu’elle pouvait être, est ébranlée. C’est pour cela qu’à l’automne 2021, le président américain Joe Biden avait déjà franchi une ligne rouge en affirmant que les États-Unis prenait l’engagement de défendre Taïwan. Il était vite recardé par sa propre administration, tellement le sujet est brûlant, dangereux. Le chef du Pentagone avait rappelé qu’il n’était pas question d’intervenir autrement que par la fourniture d’armes.

Joe Biden s’était ensuite corrigé lui-même quelques semaines après en précisant qu’il n’encourageait pas l’indépendance de l’île et qu’il fallait maintenir le statut-quo avec la République populaire de Chine.

Mais l’Histoire avance à grands pas et Joe Biden a finalement remis une pièce dans la machine à provocation le 23 mai 2022. C’est à l’occasion d’une tournée au Japon (le Japon, opposé à la République populaire de Chine, est très proche des dirigeants de l’île de Taïwan) que le président américain a finalement assumé d’envoyer définitivement en l’air 40 ans de jeu d’équilibre sur le sujet.

À la question d’un journaliste sur l’éventuel soutien militaire des États-Unis à Taïwan en cas d’attaque par la République populaire de Chine, il a répondu : « yes ». Ce n’était pas une question au passage, mais il y avait tout un enjeu international et très sérieux à cette discussion depuis Tokyo, alors qu’il était également question de dénoncer des coopérations militaires entre la Russie et la Chine.

Joe Biden a fait le parallèle avec l’Ukraine, assumant totalement la position de gendarme du monde de la superpuissance américaine :

« Cela (l’intégration de Taïwan à la République populaire de Chine) disloquerait toute la région et serait une autre action similaire à ce qui s’est passé en Ukraine. Donc, le fardeau est encore plus fort. »

De fait, l’escalade est assumée, car il était question en plus de cela lors de cette visite d’un accord militaire avec le Japon pour, de manière officielle, surveiller l’activité militaire navale de la République populaire de Chine dans la région.

De son côté le gouvernement chinois de Pékin assume lui-aussi la surenchère. Concrètement, la diplomatie chinoise accuse les États-Unis de pousser les indépendantistes taïwanais à la confrontation (en raison de l’élan que leur procure l’annonce d’un soutien américain) tout en expliquant que le conflit militaire sera assumé s’il le faut. La République populaire de Chine considère que la question de Taïwan relève de sa souveraineté nationale et explique en réponse à Joe Biden qu’elle est fermement décidée à la défendre, l’incitant à « ne pas sous-estimer sa ferme détermination ».

Ce sont clairement les contours d’une guerre mondiale qui se dessinent, avec cette contradiction de plus en plus forte, et surtout assumée, entre les deux blocs que forment la superpuissance américaine et son challenger la superpuissance chinoise.

Tant que le développement chinois profitait surtout aux États-Unis et son hégémonie mondiale, la question de Taïwan était relative, servant simplement de contre-poids. Maintenant que la Chine est devenue une superpuissance assumant la concurrence pour le leadership mondial, la contradiction est explosive et la question de Taïwan devient incontournable.

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L’île de Taïwan, au cœur de la tempête guerrière à venir

C’est un point de friction, et cela ne va aller qu’en s’accentuant.

La République populaire de Chine considère l’île de Taïwan comme une « province rebelle » devant revenir dans le giron chinois « de gré ou de force ». C’est ce qu’explique régulièrement le président Xi Jinping et c’est la grande actualité militaire de la région indo-pacifique.

Inversement, Taïwan s’appelle officiellement la République de Chine et considère la République populaire de Chine comme illégitime. Sa revendication est l’entièreté de la Chine ! En substance, il ne s’agit pas tant de voisins rivaux que de concurrents chinois.

Lors de la fondation de la République populaire de Chine en 1949 par les communistes menés par Mao Zedong, le gouvernement de la bourgeoisie chinoise bureaucratique vendue aux occidentaux, le Kuomintang (Parti nationaliste chinois), s’est établi sur l’île de Taïwan tout en cherchant appui auprès du Japon et des États-Unis. Jusqu’en 1971, c’est la République de Chine (Taïwan) qui occupait le siège chinois à l’ONU.

Bien sûr, c’est de l’Histoire, quoique récente. Mais en théorie, l’indépendance de « Taïwan » n’a jamais été proclamée par personne et les deux pays se disputent toujours la légitimité de l’entièreté du territoire chinois. En pratique toutefois, Taïwan a maintenant une existence autonome, avec une culture chinoise qui lui est relativement propre. Celle-ci est notamment marquée par ses liens avec le Japon, qui a possédé l’île de 1895 à 1945.

La question taïwanaise est très importante au japon, pour des raisons économiques surtout et l’influence pro-Taïwan est particulièrement marquée et reconnue au sein du Parti libéral-démocrate japonais au pouvoir. L’Association d’échanges Japon-Taïwan est très influente dans les deux pays, en économie mais aussi pour les questions militaires.

On peut dire également, voire surtout, que Taïwan existe parce que l’île est dans le giron des États-Unis, la superpuissance américaine l’ayant appuyé d’abord pour faire contre-poids aux communistes, et ensuite comme État tampon face à l’expansionnisme chinois. Dans les années 1950 et 1960 les États-Unis ont porté l’économie de l’île à bout de bras ; ils ont ensuite participé à sa militarisation forcenée.

Il existe une loi américaine datant de 1979, le Taiwan Relations Act, qui garantit la fourniture d’armes et d’équipements militaires au gouvernement de l’île, pour assurer sa « capacité d’autodéfense ». Cela fait que les États-Unis ne se sont jamais engagés formellement à défendre Taïwan en cas d’invasion de la République populaire de Chine, mais qu’en même temps ils font tout pour peser militairement.

Le parallèle avec la situation de l’Ukraine depuis 2014 est évident, sauf que là cela dure depuis 1949. Mais contrairement à l’Ukraine qui est un pays pauvre, Taïwan fait partie des pays riches (la CIA classe l’île parmi les pays développés) et l’industrie électronique notamment place l’île au 15e rang mondial des pays en ce qui concerne le PIB par habitant.

Qui dit pays riche et totalement inséré dans le capitalisme mondial, dit forcément pays à la grande capacité militaire.

Rien que sous le mandat de Donald Trump, qui a poussé la militarisation grandissante de l’île, le gouvernement de la République de Chine (Taïwan) a commandé 108 chars M1A2 Abrams, 11 systèmes d’artillerie M142 HIMARS, 66 F-16 Viper, des drones MQ-9B SeaGuardian, 135 missiles de croisière AGM-84 SLAM ER, de 400 missiles antinavires RGM-84L-4 Harpoon Block II, 100 systèmes de défense côtière Harpoon, 1.649 missiles anti-char ainsi que 250 missiles sol-air portables Stinger. Depuis, en août 2021, l’administration de Joe Biden a autorisé la vente de 40 obusiers de 155 mm M109A6 dit Paladin.

Il y a toutefois des tensions sur les chaînes d’approvisionnement de certains composants ; la forte demande en missiles anti-chars et anti-aériens en raison de la guerre en Ukraine perturbe les livraisons à Taïwan. Ce qui fait dire publiquement à l’armée américaine que la République populaire de Chine pourrait en profiter pour attaquer l’île de Taïwan. Comme si l’étau se resserrait, ou bien également pour pousser la Chine à la faute.

En mars dernier déjà, l’amiral Philip Davidson, qui est le chef du commandement Pacifique des États-Unis, avait expliqué la chose suivante :

« Initialement nous avions prévu que la Chine puisse tenter d’envahir Taïwan d’ici 2050, dorénavant nous pensons qu’elle le fera avant 2030”.

Voilà la situation, qui n’est au passage qu’un point d’accroche parmi d’autre dans cette vaste zone indo-pacifique, qui est le coeur géographique de la grande bataille pour le repartage du monde, qui pourrait tout à fait dégénérer en une troisième grande guerre mondiale conventionnelle.

En attentant, l’armée chinoise multiplie les provocations en pénétrant avec des engins militaires dans la zone d’identification de défense aérienne de Taïwan. C’est arrivé 370 fois depuis le début de l’année 2022 avec rien que pour la journée du 6 mai 2022, douze avions de combat et deux bombardiers. Ce type d’incursions avaient été de 380 en 2020, puis 969 en 2021.

Évidemment, du point de vue de la République populaire de Chine, cela n’est pas une provocation car elle considère qu’elle est chez elle. D’ailleurs, il n’y a pas de violation du droit international ni du territoire de l’île ; ce que le gouvernement de l’île de Taïwan considère comme sa zone d’identification de défense aérienne est définie par lui-même et diffère de son espace aérien. Cette zone court jusqu’aux rivages chinois.

Mais de fait, cela oblige Taïwan à faire décoller des avions pour intercepter et identifier. C’est une technique de harcèlement, pour user le matériel adverse, prendre des informations sur sa capacité à réagir, le faire céder psychologiquement, le pousser à la faute, etc.

Inversement, on peut également dire que la guerre en Ukraine, qui est en fait une guerre entre l’OTAN et la Russie menée par l’intermédiaire de l’Ukraine et sur le dos de la population ukrainienne, sert de laboratoire américain pour mener une guerre conventionnelle sans la mener officiellement.

Ce qui est fait en Ukraine, avec la fourniture relativement discrète d’armes, de formations, voire de personnel de commandement pendant des années, puis ouvertement depuis février 2022, peut tout à fait servir de modèle pour faire la même chose avec Taïwan. L’île servant alors à l’OTAN de moyen indirect de mener une guerre à la superpuissance chinoise.

Cette stratégie est quasiment assumée publiquement de toutes manières. Le chef d’état-major des armées américaines Mark Milley a affirmé récemment devant le Sénat américain que “la défense de Taïwan devra être assurée par les Taïwanais eux-mêmes”, sur le modèle de l’Ukraine, qui sert de chair à canon contre la Russie. L’île de Taïwan doit donc servir de chair à canon contre la Chine, et la superpuissance américaine cherche à faire la même chose avec le Vietnam et les Philippines.

On assiste là à des événements qui se précipitent en raison de la crise ; il n’y a pas de capitalisme sans aboutissement à la guerre pour le repartage du monde. Et le camp de la paix, porté par le prolétariat mondial, est terriblement faible !

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Les États-Unis lancent leur grande opération anti-chinoise

Les discours sont de plus en plus agressifs et militaristes.

Nous cessons de le répéter ici. La grande actualité mondiale est la grande bataille pour le repartage du monde qui se dessine, avec comme aspect principal la concurrence entre la superpuissance américaine, dominante, et la superpuissance chinoise en devenir, son challenger.

La guerre en Ukraine ne fait qu’exacerber les tensions existantes, avec quasiment chaque jour un nouveau palier qui est franchi dans les hostilités. Les États-Unis, puissance hégémonique, notamment en raison de la puissance du dollar, exigent que le monde entier s’aligne sur son discours et ses intérêts. Ils exigent que tout le monde rejette l’invasion russe en Ukraine en faisant allégeance à l’OTAN. Ce que la Chine ne fait pas, bien au contraire.

Depuis le début, elle n’a pas condamné l’opération russe, ni mit en place de sanctions. Au Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine s’abstient dès qu’il y a un vote condamnant la Russie. Alors les Américains tapent du poing sur la table et désignent de plus en plus ouvertement la Chine comme étant l’alliée de la Russie, et donc l’ennemie des États-Unis. Et par extension, de l’Union européenne.

Le 13 avril, il y a eu une déclaration marquante de la secrétaire d’État américaine au Trésor Janet Yellen, menaçant la Chine sur cette question. Tout simplement, elle menace la Chine de faire la même chose qu’avec la Russie, c’est-à-dire de l’exclure du système économique mondiale organisé autour du dollar et de l’idéologie du libre échange.

« L’attitude du monde à l’égard de la Chine et sa volonté d’embrasser une intégration économique plus poussée pourraient bien être affectées par la réaction de la Chine à notre appel à une action résolue contre la Russie. »

La Chine de son côté ne fait rien contre ces menaces, car cela sert ses intérêts de puissance challenger. On peut même dire que la Chine profite de la situation pour abattre ses cartes et avancer sur ses positions. Mardi 19 avril, le ministère des Affaires étrangères de la Chine a officialisé la signature d’un accord-cadre de coopération en matière de sécurité avec le ministre des Affaires étrangères des îles Salomon.

On est là en plein jeu des grandes puissances. L’archipel situé dans le Pacifique est minuscule, avec moins de 700 000 habitants, et dépend historiquement de la couronne d’Angleterre. Mais la Chine s’y positionne depuis des années, au grand dam de l’Australie, et il y a à chaque fois des reculs et des avancées, dans un sens ou dans l’autre.

Cette fois, c’est l’Australie qui perd, à tel point que son vice-Premier ministre Barnaby Joyce a dit de manière très significative : « Nous ne voulons pas d’un petit Cuba au large de nos côtes. » Alors les États-Unis s’en sont mêlés, car ils ne veulent évidemment pas d’une base avancée chinoise dans cette partie du Pacifique.

Les discours sont d’une grande violence, assumant totalement la question de la guerre. Une délégation américaine s’est rendue sur place et a communiqué vendredi 22 avril sur le fait que les États-Unis riposteraient « en conséquence » en cas de « présence militaire (chinoise) permanente » sur l’île.

Dans le camp américain, la France n’est pas en reste, avec le ministère des Affaires étrangères dénonçant « l’opacité des dispositions de l’accord » entre la Chine et les îles Salomon, dénonçant ouvertement les « ambitions chinoises comme acteur de la sécurité régionale », comme si la Chine était par définition un ennemi, quoi qu’elle fasse.

Et c’est comme cela chaque jour ou presque, avec à chaque fois un nouveau prétexte américain pour dénoncer le camp chinois, ou inversement un prétexte chinois pour s’affirmer comme puissance rivale du camp américain. Tout cela se renforce irrémédiablement, dans un tourbillon de propagande et d’escalades menant à la guerre.

Exemple marquant d’escalade, la DIA, l’agence américaine spécialisée dans le renseignement militaire à l’étranger, explique que la Russie et la Chine possèdent des lasers en mesure de neutraliser les satellites situés en orbite basse autour de la Terre, et bientôt seraient en mesure d’atteindre les satellites plus hauts, notamment le système GPS. La Chine de son côté assume tout à fait de travailler en ce sens. Tout comme la Russie, qui a déjà déployé un missile antisatellite avec un test en conditions réelles en novembre 2021.

De la même manière, la Chine pousse pour affirmer avoir les moyens de rivaliser avec les États-Unis, avec récemment la question d’une arme anti-navire de type hypersonique. Mardi 19 avril encore, des images d’un tel missile ont opportunément fuitées sur internet via des canaux chinois.

Cela est ensuite assumé dans la presse chinoise à destination occidentale, depuis Hong Kong, avec un analyste militaire chinois de Pékin vantant une capacité de déni et d’interdiction d’accès dans le but de contrer l’hégémonie navale américaine, ce qui sous-entend la capacité à détruire un porte-avion.

Puis il y a un chercheur à l’institut de science et de technologie militaire Yuan Wang, donc un personnage lié au régime chinois, qui explique que si la Chine communique là-dessus, c’est en fait pour empêcher Taïwan de s’imaginer que la situation mondiale est une opportunité pour elle. Ce chercheur dit :

« Pékin craint que l’assistance militaire américaine à l’Ukraine et une récente visite d’une délégation du Congrès américain à Taïwan ne fassent croire à Taipei que Washington pourrait fournir la même aide en cas de conflit entre le continent et Taïwan. »

C’est du billard à trois, quatre, cinq bandes. Les États-Unis font croire que la Chine a les capacités de faire ceci, alors que la Chine gonfle les muscles sur cela pendant que les Américains nient autre chose, pour enfoncer encore plus le clou sur un autre aspect, ce que la Chine reprend et déforme pour aller dans son propre sens, etc.

En tous cas, c’est pour l’instant surtout la guerre en Ukraine qui cristallise ces tensions, et il faut bien avoir conscience du fait que la situation est extrêmement tendue, que la rivalité entre les deux camps et de plus en plus assumée et irrémédiable.

Vendredi 22 avril, la vice-secrétaire d’État Wendy Sherman était à Bruxelles pour, avec les européens, mettre à nouveau la pression sur la Chine et dénoncer son soutien objectif à la Russie, parlant de « manipulation répétée de l’information par la Chine, notamment en propageant la désinformation de Moscou » sur la guerre en Ukraine.

Le camp américain est ultra agressif, n’acceptant aucune remise en cause du discours et de la vision des choses de l’OTAN. Mais ce n’est pas que de la diplomatie vague et lointaine, il y a des menaces concrètes.

Wendy Sherman a ouvertement parlé de possibilité de sanctions :

« Nous avons été très transparents (envers la Chine à propos de) ce que nous faisons (contre la Russie) en termes de sanctions, pour donner une idée du menu dans lequel nous pourrions choisir si la Chine décidait d’apporter un soutien matériel ».

De tels propos sont extrêmement grave, ils devraient faire la Une de l’actualité et être dénoncés massivement par la Gauche, vent debout contre la guerre mondiale et pour la paix entre les peuples.

Les États-Unis viennent directement sur le sol européen pour propager une hostilité hyper agressive contre la Chine et pousser presque ouvertement les Européens à l’affrontement. Mais il n’y a rien, absolument aucune opposition, la guerre mondiale se prépare tranquillement sans aucune remise en cause. Au contraire, tout porte à croire que ce sera bientôt l’Union sacrée pour la guerre, comme avant 1914. Cette fois pas contre l’Allemagne, mais la Chine. Avec la guerre contre la Russie comme première étape.

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Guerre en Ukraine : la prochaine entrée de la Chine dans le grand jeu

La Chine va entrer en scène dans le repartage du monde.

Faire de la politique, c’est analyser le monde, présenter des évolutions à venir et fournir des positions afin d’orienter ses activités dans un sens ou dans un autre. Tout le reste est un accompagnement d’un présent en train de disparaître. Et de la même manière qu’en avril 2021, agauche.org avait annoncé le caractère inévitable de l’invasion russe de l’Ukraine, il est nécessaire d’affirmer que la Chine va rentrer en scène, enclenchant une dynamique devant la mener, espère-t-elle, au statut de superpuissance.

On dira qu’il n’y a pas forcément grand risque à dire cela, puisque cela semble une évidence. Cependant, il faut bien voir que l’ensemble des analystes dit que la Chine continue d’attendre, qu’elle n’a nullement envie de s’engager aux côtés de la Russie, bref qu’elle va en rester à la ligne qu’elle a depuis les années 1990 : investir le surplus financier à l’étranger tout en modernisant l’armée, prétendre vouloir un ordre mondial de coopération en espérant une « concorde universelle » à venir, renforcer les influences chinoises, etc.

Cette analyse est totalement fausse, car elle ne saisit pas le changement d’époque provoquée par la pandémie. Le capitalisme est entré dans le mur et il y a l’objectif de rattraper la croissance perdue par une expansion forcée, l’objectif pour chaque grande puissance étant de rester debout tout en faisant vaciller les concurrents. Objectivement, cette compétition mène à la guerre.

La Chine est ici le grand challenger, c’est la puissance désireuse de remplacer la superpuissance américaine pour l’hégémonie mondiale. Par conséquent, loin d’être un facteur de stabilité pour une croissance « discrète », sur les côtés pour ainsi dire, de l’ordre mondial, la Chine est le principal facteur de troubles. Historiquement, la Chine prend aujourd’hui la place qu’avait la puissance soviétique expansionniste des années 1970, avec sa monstrueuse bureaucratie fasciste et son armée gigantesque s’appuyant sur un complexe militaro-industriel engloutissant une large partie de l’économie.

Partant de là, la Chine va nécessairement rentrer en scène dan le cadre de la guerre en Ukraine. Sous quelle forme ? Cela va se décider concrètement, mais ce sera de telle manière à ajouter au grand vacillement recherché dans l’objectif de bouleverser l’ordre mondial. Et ce sera visible, reconnaissable. On pourra aisément voir que la Chine rentre en scène dans la grande bataille pour le repartage du monde, ce sera en quelque sorte un appel historique.

Ce point de vue est, au sens strict, totalement différent de ceux qui ne voyant pas les contradictions mondiales, s’imaginent qu’il y a d’un côté un ordre « impérialiste » et de l’autre… on ne sait trop quoi. C’est la ligne de pratiquement toute la Gauche française lorsqu’elle n’est pas ouvertement pro-OTAN. Les publications du PCF encensent la Chine, et même quand il y a une distance critique, il y a toujours une attirance indirecte pour les « trublions » venant perturber l’ordre dominant. Nathalie Arthaud, candidate de Lutte Ouvrière à la présidentielle 2022, explique ainsi au sujet de la guerre en Ukraine que :

 « On a affaire à une guerre entre brigands, entre Poutine et le camp impérialiste. »

Car la Russie serait… on ne sait quoi, tout comme Cuba, la Palestine, le Venezuela, la Syrie, la Chine, le Donbass séparatiste, voire la Corée du Nord pour les plus excentriques, délirants et malsains. Nathalie Arthaud n’a bien entendu aucune sympathie pour la Russie. Pourtant, indirectement, elle pose un ordre mondial et des forces détestables s’y confrontant, ce qui amène à réfuter la concurrence internationale, la compétition pour le repartage du monde. Partant de là, personne ne voit la guerre.

C’est bien pourtant un pas vers la 3e guerre mondiale qui est fait avec la guerre en Ukraine, avec comme protagonistes principaux la superpuissance américaine et son challenger chinois. Le grand processus de remise en cause de l’ordre mondial commence – et la Chine va commencer à peser de tout son poids pour que la stabilité soit déchirée, pour que celle-ci se reconstitue sur une base lui étant directement favorable, lui permettant l’hégémonie.

La Chine ne saurait rester à l’écart de la bataille pour le repartage du monde – alors qu’elle représente l’aspect principal des troubles allant dans le sens de ce repartage !

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Les éléments de l’alliance Chine – Russie

Vladimir Poutine s’est rendu à Pékin à l’occasion des Jeux Olympiques d’Hiver 2022.

Les Jeux Olympiques d’Hiver 2022 se sont ouverts le 4 février et les pays occidentaux ont pratiqué leur boycott diplomatique, permettant aux présidents chinois Xi Jinping et russe Vladimir Poutine d’occuper le terrain. Ils en ont profité pour publier un long texte commun consistant en une alliance stratégique, le titre étant évocateur : Déclaration conjointe de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et le développement durable mondial.

Le document est explicite sur le plan de l’unité dans le cadre du conflit en Ukraine et de l’opposition à l’OTAN.

« Les parties sont gravement préoccupées par la création par les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie (AUKUS) d’un « partenariat de sécurité triangulaire », qui prévoit un approfondissement de la coopération entre ses participants dans des domaines affectant la stabilité stratégique, en particulier leur décision d’entamer une coopération dans le domaine des sous-marins nucléaires. 

La Russie et la Chine estiment que de telles actions vont à l’encontre des objectifs d’assurer la sécurité et le développement durable de la région Asie-Pacifique, augmentent le risque de déclencher une course aux armements dans la région et créent de graves risques de prolifération nucléaire. 

Les parties condamnent fermement de telles mesures et appellent les participants à AUKUS à remplir fidèlement leurs obligations en matière de non-prolifération nucléaire et de missiles, ensemble pour protéger la paix, la stabilité et le développement dans la région (…).

Les parties estiment que le retrait des États-Unis du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), l’accélération des études et du développement de missiles à portée intermédiaire et à courte portée basés au sol et la volonté de les déployer en Asie-Pacifique et en Europe, ainsi que de les transférer à leurs alliés, entraînent une augmentation des tensions et de la méfiance, augmentent les risques pour la sécurité internationale et régionale, conduisent à un affaiblissement du système international de non-prolifération et de maîtrise des armements, et compromettent la stabilité stratégique mondiale.

La partie chinoise comprend et soutient les propositions avancées par la Fédération de Russie sur l’établissement de garanties de sécurité juridiquement contraignantes à long terme en Europe (…).

La partie russe note la signification positive du concept de la partie chinoise de construire une « communauté avec un destin commun pour l’humanité » afin de renforcer la solidarité de la communauté mondiale et d’unir les efforts pour répondre aux défis communs. La partie chinoise note la signification positive des efforts de la partie russe pour former un système multipolaire équitable des relations internationales.

Les parties ont l’intention de défendre fermement l’inviolabilité des résultats de la Seconde Guerre mondiale et de l’ordre mondial établi d’après-guerre, de défendre l’autorité de l’ONU et de la justice dans les relations internationales, et de résister aux tentatives de nier, de déformer et de falsifier l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’éviter une répétition de la tragédie de la guerre mondiale, les Parties condamneront résolument les actions visant à niveler la responsabilité des atrocités des agresseurs fascistes, des envahisseurs militaristes et de leurs complices, souiller et ternir l’honneur des pays vainqueurs .

Les parties défendent la formation d’un nouveau type de relations entre les puissances mondiales fondées sur le respect mutuel, la coexistence pacifique et la coopération mutuellement bénéfique. Ils confirment que les relations interétatiques russo-chinoises d’un nouveau type sont supérieures aux alliances militaro-politiques de l’ère de la guerre froide. »

Vladimir Poutine a également pour l’occasion écrit un article intitulé La Russie et la Chine : un partenariat stratégique tourné vers l’avenir. On y lit un grand descriptif des initiatives communes russo-chinoises.

« A la veille de ma prochaine visite en Chine, j’ai le plaisir de communiquer directement avec le public chinois et étranger de Xinhua, la plus grande agence de presse.

Nos deux pays sont de proches voisins liés par des traditions séculaires d’amitié et de confiance. Nous apprécions hautement le fait que le partenariat de coordination stratégique globale Russie-Chine, qui est entré dans une nouvelle ère, a atteint un niveau sans précédent et est devenu un modèle d’efficacité, de responsabilité et d’aspiration pour l’avenir.

L’an dernier, nous avons célébré le 20e anniversaire du Traité sino-russe de bon voisinage et de coopération amicale. Les principes fondamentaux et les lignes directrices du travail commun ont été définis par nos deux pays dans ce traité. Il s’agit avant tout d’égalité, de prise en compte des intérêts de l’autre, d’absence de circonstances politiques et idéologiques, ainsi que des vestiges du passé (…).

Fin 2021, le volume des échanges mutuels a augmenté de plus d’un tiers, dépassant le niveau record de 140 milliards de dollars. Nous sommes en bonne voie pour atteindre notre objectif de porter le volume commercial à 200 milliards de dollars par an. Un certain nombre d’initiatives importantes sont mises en oeuvre dans les secteurs de l’investissement, de la manufacture, de l’industrie et de l’agriculture.

En particulier, le portefeuille de la Commission intergouvernementale sur la coopération en matière d’investissements comprend 65 projets d’une valeur de plus de 120 milliards de dollars. Il s’agit d’une collaboration dans une série de domaines tels que l’exploitation minière et le traitement des minéraux, la construction d’infrastructures et l’agriculture.

Nous ne cessons d’étendre les règlements en devises nationales et de créer des mécanismes pour compenser l’impact négatif des sanctions unilatérales. Un jalon important à cet égard a été la signature en 2019 d’un accord entre les gouvernements de la Russie et de la Chine sur les paiements et les règlements.

Un partenariat énergétique mutuellement bénéfique est en train de se former entre nos deux pays. Avec l’approvisionnement à long terme de la Chine en pétrole et en gaz, nous prévoyons de mettre en oeuvre un certain nombre de projets conjoints de grande envergure.

La construction depuis l’an dernier de quatre nouvelles unités d’énergie dans des centrales nucléaires chinoises, avec la participation de la compagnie nucléaire publique russe Rosatom, en est un exemple. Tout cela renforce considérablement la sécurité énergétique de la Chine et de la région asiatique dans son ensemble.

Nous voyons toute une série d’opportunités dans le développement des partenariats en matière de technologies de l’information et de la communication, de médecine, d’exploration spatiale, y compris l’utilisation de systèmes de navigation nationaux et le projet de station de recherche lunaire internationale. Une forte impulsion au renforcement des liens bilatéraux a été donnée aux Années croisées d’innovation scientifique et technologique russo-chinoises en 2020 et 2021.

Nous sommes reconnaissants à nos collègues chinois pour leur aide au lancement de la production des vaccins russes Spoutnik V et Spoutnik Light en Chine et pour la fourniture en temps voulu d’équipements de protection à notre pays. Nous espérons que cette coopération se développera et se consolidera.

L’un des objectifs stratégiques de la Russie est d’accélérer le développement socio-économique de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe. Ces territoires se trouvent dans le voisinage immédiat de la Chine. Nous avons également l’intention de développer activement la coopération infranationale. Ainsi, la modernisation de ligne ferroviaire Baïkal-Amour et du Transsibérien a été engagée.

D’ici 2024, leur capacité sera multipliée par 1,5 grâce à l’augmentation du volume de fret en transit et à la réduction du temps de transport. Les infrastructures portuaires de l’Extrême-Orient russe se développent. Tout cela devrait consolider la complémentarité des économies russe et chinoise. »

Dans une interview du président russe Vladimir Poutine au président de China Media Group, Shen Haixiong, il est également précisé que :

« Le « Traité de bon voisinage et de coopération amicale Russie-Chine » a été signé il y a plus de 20 ans. Il s’agit d’un document politique fondateur, qui a établi le cadre juridique pour un développement cohérent et à long terme du partenariat global et d’interaction stratégique sino-russe. C’est pourquoi, le 28 juin dernier, j’ai décidé, avec le président Xi Jinping, de le prolonger de cinq ans.

Le document est très riche en matière d’idées, nombre de ses dispositions étant redécouvertes dans le contexte international d’aujourd’hui, qui évolue relativement rapidement.

Les relations entre la Russie et la Chine se développent sur une base égalitaire et sans idéologie. Notre partenariat est durable, intrinsèquement précieux. Il n’est pas affecté par le climat politique et n’est pas dirigé contre qui que ce soit. Il repose sur le respect, la considération des intérêts fondamentaux de chacun, l’adhésion au droit international et à la Charte des Nations Unies.

L’atmosphère de confiance politique qui a été créée, partiellement grâce à ce traité, a permis à nos deux pays d’établir une structure de coopération interétatique à multiples facettes, les rencontres des deux dirigeants y jouant un rôle clé.

La Chine reste ancrée en tête de liste des partenaires commerciaux de la Russie. Selon des données préliminaires, l’année dernière, y compris avec les restrictions liées à la pandémie, le commerce bilatéral a atteint un sommet historique en totalisant 140 milliards de dollars.

La Chine est notre partenaire stratégique sur la scène internationale. Nos approches sur la plupart des questions relatives à l’agenda mondial sont concordantes, ou très proches. Nous sommes engagés dans une étroite coordination au sein de nombreuses organisations et plateformes multilatérales de premier plan, à l’instar de l’ONU, des BRICS, de l’OCS, du G20, de l’APEC et de l’EAS. Et cela a un effet stabilisant sur la situation mondiale actuelle, qui reste difficile.

Pour résumer, je voudrais réitérer que les concepts énoncés dans le « Traité de bon voisinage et de coopération amicale Russie-Chine » ont permis à nos pays d’atteindre un niveau de partenariat sans précédent, qu’ils ont fondamentalement changé son caractère et sa portée, et créé les conditions pour nous permettre d’avancer ensemble. »

Voici donc les éléments de l’alliance russo-chinoise, ce bloc qui fait face au bloc occidental ayant l’OTAN comme centre et la superpuissance américaine… Dans le cadre de la bataille pour le repartage du monde.

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Le chef d’État-Major des armées des États-Unis Mark Milley et la bataille pour l’hégémonie

La guerre sino-américaine est à l’ordre du jour.

La guerre sino-américaine est rendue inévitable en raison de la crise. Contrairement aux esprits peu développés politiquement qui pensent que, éventuellement, la guerre peut être une solution « choisie » par le capitalisme, il existe une tendance inévitable et historique du capitalisme à l’expansion, à la crise, à la guerre pour dépasser la crise.

On le voit d’ailleurs très bien avec les Etats-Unis et la Chine qui, s’ils ont agi en tandem à un moment, finissent par se faire face. Objectivement, on pourrait penser qu’ils pourraient se partager le gâteau. Mais le capitalisme n’est pas rationnel, il est une force « intégratrice ». C’est ainsi une compétition inéluctable afin de viser l’hégémonie.

C’est le sens des propos de Mark Milley, chef d’état-major des armées US. Lors d’un Forum sur la sécurité organisé par l’institut Aspen le 4 novembre 2021, il a expliqué la chose suivante :

« Nous entrons dans un monde tripolaire avec les États-Unis, la Russie et la Chine, toutes de grandes puissances (…). Ils [les Chinois] nous défient régionalement et leur aspiration est de défier mondialement les Etats-Unis (…).

Aujourd’hui elle [la Chine] a des capacités dans l’espace et le cyber, la terre, la mer, l’air, sous-marine et ils nous défient clairement régionalement (…). Nous avons ici ainsi le cas d’un pays qui devient extraordinairement puissant, qui veut réviser l’ordre international à son avantage. Cela veut être un réel défi lors des prochaines années. Dans les prochaines 10, 20 années. Cela va être réellement significatif pour les Etats-Unis (…).

Nous vivons en ce moment l’une des plus grandes transformations dans les rapports de force mondiaux géostratégiques que le monde ait jamais vu… Si nous, les Etats-Unis, ne modifions fondamentalement rien dans les 10 à 20 ans, nous serons du mauvais côté du conflit. »

Ces propos sont tout à fait clairs et, pourtant, l’immense majorité des Américains ne le voient pas, pas plus que d’ailleurs les Français ou les Britanniques. C’est très paradoxal : les militaires présentent de manière non voilée la bataille à venir, pour autant les gens continuent de vivre le capitalisme au quotidien comme si de rien n’était.

Ce n’était pas le cas avant 1914 ni avant 1939, car il existait une Gauche historique puissante, qui a largement bataillé contre la guerre, l’expansionnisme, le militarisme, les velléités impérialistes. Aujourd’hui par contre il n’y a pas de Gauche historique alors que les gens sont encore plus prisonniers du capitalisme, qui les enserre toute leur vie, dans tous les domaines.

Cela implique également que le capitalisme aura, pour la guerre, davantage de mal à les remodeler dans un sens militariste. Mais il en a les moyens, car les gens en France, par exemple, sont pétris du chauvinisme de grande puissance et sont prêts à soutenir le militarisme si cela défend leur niveau de vie. Les Français n’ont pas voulu mourir pour Prague en 1938, dans une Tchécoslovaquie agressée par les nazis, ils ne veulent pas le faire pour Marioupol en 2021, dans une Ukraine agressée par la Russie.

Preuve de cela, la question de la guerre n’existe pour aucun candidat à la présidentielle de 2022, à part pour justement soutenir le militarisme, la logique de la compétition et du conflit. Cela reflète le positionnement des gens, dont les mentalités sont corrompues par le niveau économique français.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille proposer une ligne anti-guerre abstraite – cela n’aurait aucun sens. Cela veut dire qu’il faut saisir le processus de guerre qui se met en place et, sur ce terrain, arriver à arracher les esprits aux mentalités chauvines de grande puissance. C’est inévitablement très difficile, il suffit de voir en 1914 quelle catastrophe cela a été, avec toute la Gauche se précipitant dans l’Union Sacrée, y compris les anti-militaristes les plus acharnés.

Mais il y a un avantage à pouvoir observer, de l’extérieur relativement, la montée en puissance du conflit sino-américain : cette distance peut aider à comprendre plus aisément les choses, à se faire moins emporter par l’irrationalisme militariste.

Il y a ici tout un processus d’éducation à entreprendre. C’est le sens du suivi de la tendance à la guerre, du conflit Russie-Ukraine, du conflit dans la zone indo-pacifique. Agauche.org a ici une fonction essentielle, en pointe pour le suivi et la compréhension des processus jouant un rôle central dans l’Histoire actuelle du monde et, pour cette raison même, « oubliée » par ceux pour qui le capitalisme est éternel.

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Un rapport de Sénat sur l’université dénonce la Chine et la Turquie

Le document reprend mot pour mot les accusations du rapport de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire.

C’est un rapport universitaire de plus de 240 pages, intitulé « Rapport d’information fait au nom de la mission d’information sur les influences étatiques extra-européennes dans le monde universitaire et académique français et leurs incidences ». Il vient de paraître et reprend mot pour mot les concepts du document « Les opérations d’influence chinoises » de  l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire de l’armée française. Il est absolument évident que ces documents ont été écrit de concert. Le parallélisme va jusqu’aux exemples d’opposition aux influences et ingérences.

Le rapport du Sénat ne s’en cache pas il est vrai dans la mesure où les auteurs du rapport militaire ont même été auditionnés et il est souligné comme référence. Et c’est là ce qui est le plus grave : le rapport du Sénat est clairement un outil de dénonciation de la Chine et de la Turquie.

Ce qu’il appelle à faire est dans la même logique. Il faut former les esprits à la menace, procéder à une « sensibilisation de l’ensemble de la communauté académique sur les risques liés aux influences extra-européennes ».

Cela veut tout simplement dire commencer dans toute l’université et le monde de la recherche une intense propagande militariste pour renforcer l’idéologie de la compétition pour le repartage du monde.

Et que faut-il attendre de l’université et du monde de la recherche ? Strictement rien en ce qui concerne une opposition anti-guerre. Les milieux universitaires et académiques se présentent très souvent comme étant de gauche, mais en réalité ce sont les parasites de l’État et ils appellent à un État social afin de continuer à en profiter. Leur raisonnement est corporatif et ces milieux sont totalement coupés tant des gens « normaux » que du mouvement ouvrier.

Il ne faut rien attendre non plus des différents courants « rebelles » para-universitaires (tels la mouvance du site Lundi.am, la Jeune Garde, etc.), parce que dès que les choses vont se tendre, ces gens disparaîtront dans la nature, se repliant sur leur vie privée, profitant d’une certaine aisance.

Il est absolument clair, pour une raison de classe sociale, que les gens qui délirent en mode migrants – LGBT – transexuels – décolonisation et autres lubies ne feront jamais face à la question de la guerre – parce qu’ils sont entièrement intégrés dans la démarche libérale du capitalisme.

Il y a ici en fait une inévitable cassure entre le monde intellectuel et le monde du travail, et cela ne peut bien entendu ressortir en bien que si le monde du travail assume les questions intellectuelles, les arrache aux milieux universitaires et académiques, ou du moins fait plier ses rares éléments les plus avancés.

Mais en dehors de toute fiction, il faut s’attendre à un tournant pratiquement impérialiste des milieux universitaires et académiques, parce que l’État va leur imposer ce mode de raisonnement et eux, en tant que parasites, vont totalement se plier aux injonctions, parce qu’ils ne savent pas faire autre chose.

Cela va changer beaucoup de chose, parce que cela va être un vecteur de ligne « impérialiste » et cela aura beaucoup d’écho. En même temps, cela rendra les choses très claires et à l’avenir une véritable ligne de classe se produira dans l’université, alors qu’elle a disparu depuis plus de cinquante ans.

Cela montre, en tout cas, à qui en doutait, que l’État français est moderne et efficace quand il s’agit de prendre l’initiative et d’aller de l’avant dans la compétition mondiale ; il sait se réorganiser, profiter de l’ensemble de ses structures. Toute naïveté en ce domaine est suicidaire.

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Taiwan : provocations aériennes chinoises début octobre 2021

La pression monte sur l’île.

Il y a peu de sens à dire qu’il y a des provocations chinoises contre Taiwan, car Taiwan est chinoise, le pays étant fondé de manière artificielle par la faction pro-américaine de la guerre civile. Taiwan développe depuis un discours de plus en plus tourné vers une réécriture de l’Histoire, comme il y a peu en arguant que des traditions des habitants viendraient des Philippines. Tout est fait pour se séparer de la Chine et d’ailleurs la superpuissance américaine vise clairement la partition de la Chine en de multiples entités (d’où le soutien aux Ouïghours, qui ne forment pas la majorité des musulmans chinois par ailleurs).

Inversement, la Chine continentale, désormais capitaliste avec un Etat ultra-centralisé, compte bien engloutir Taiwan pour démontrer qu’elle va devenir une superpuissance et que toute la zone pacifique doit être sous son hégémonie. Pour cette raison, des avions militaires de la Chine continentale pénètrent régulièrement l’espace aérien de Taiwan, en toute illégalité.

L’année 2020 avait déjà établi un record en ce sens, avec 380 intrusions. Mais là, début octobre 2021, on en est déjà à quasi 500, avec notamment 38 le premier octobre (anniversaire de la fondation de la République Populaire de Chine), dont un bombardier H-6 à capacité nucléaire, puis 39 le 2 octobre, puis 13 le 3 octobre.

Les intrusions du premier octobre ont également été marquées par une avancée plus poussée, marquant le début d’un encerclement symbolique de l’île.

La question n’est, à vrai dire, pas de savoir si la Chine continentale va chercher à occuper Taiwan, mais quand. La Chine veut devenir une superpuissance et pour avancer à marche forcée, le nationalisme agressif est un aspect essentiel du dispositif idéologique. La prise de Taiwan symboliserait, cela est vrai, l’unité nationale chinoise retrouvée. Mais ce n’est qu’apparence : cela refléterait surtout que la Chine va dans le sens d’une prise de contrôle de la zone indo-pacifique.

Il y a d’ailleurs en ce moment une remontée en force de la présence de troupes chinoises à la frontière indienne, et l’Inde réinstalle des troupes également, alors que les troubles jusqu’aux affrontements ont été une constante ces derniers temps. La présence chinoise en Afghanistan semble également se renforcer toujours davantage, l’Etat chinois attendant le moment propice pour officialiser son importance là-bas.

On peut noter aussi que les Etats-Unis ont lancé une grande campagne ces dernières semaines pour mettre la Chine sous pression. Les médias américains ont développé l’argumentaire que la Chine allait s’effondrer en raison du manque de natalité, faisant que la population va devenir vieillissante, que technologiquement le pays est en retard, etc.

La superpuissance américaine et son challenger chinois sont en pratique sur un ring et se dévisagent, s’invectivant pour influencer l’autre et le pousser à la faute. L’idée américaine est de faire en sorte que la Chine se précipite, elle qui cherche inversement à gagner le plus de temps possible.

Les commentateurs sont d’ailleurs unanimes ici pour souligner que Joe Biden agit directement dans le prolongement de Donald Trump. C’est que telle est la constante de l’hégémonisme américain.

Taiwan va devenir les prochaines années, les prochains mois même, un abcès de fixation : la Chine continentale y voit un tremplin pour son hégémonie régionale, la superpuissance américaine une sorte de forteresse faisant barrage à son challenger.

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Une étude militaire française de 600 pages appelle à renverser le gouvernement chinois

L’agressivité est ouverte.

« Les opérations d’influence chinoises » : tel est le titre d’une étude de 646 pages rendue publique par l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire de l’armée française (et disponible en Google drive). C’est une œuvre historiquement importante de par sa portée symbolique sur le plan de l’agressivité militariste.

Elle affirme en effet que, désormais, la Chine opère comme la Russie, celle-ci étant considéré comme opérant à tous les niveaux pour gagner massivement en influence. C’est appelé la « guerre hybride » en langage « géopolitique ».

Par « à tous les niveaux », il faut comprendre par la diplomatie, l’espionnage, l’intimidation, les coups tordus, les coups de force, les médias, l’économie, etc. Naturellement, toutes les grandes puissances font pareil. Cependant, comme en Chine les monopoles sont encore plus puissants que dans les autres pays, et qu’ils tiennent totalement en main l’État, cela rend les choses plus flagrantes, plus directes.

Lorsque Amazon exige, comme ces jours-ci, la légalisation du cannabis aux États-Unis, cela apparaît, aux yeux d’une opinion libérale occidentale, moins arbitraire que les discussions internes du gouvernement chinois– même si cela revient au même dans le fond. La propagande des films hollywoodiens – tels les Marvel – sont « invisibles » pour l’opinion libérale occidentale, à rebours du nationalisme étatique chinois, même si le principe est le même.

Il faut ici simplement comprendre que chaque bloc, même s’il a le même fond capitaliste, critique la forme de l’autre. C’est le sens de la très longue étude qui est une sorte d’organigramme de l’État chinois et de l’éventail de ses initiatives « hybrides ».

Et ce qui est ici essentiel, c’est que l’étude pose la France comme relevant du bloc visé par le challenger, donc comme relevant du bloc dont le leader est la superpuissance américaine. C’est le même point de vue que dans la chronique militariste du Monde, c’est le même point de vue que le think tank qu’on doit qualifier d’impérialiste l’Institut Montaigne (et l’article à ce sujet a d’ailleurs été publié dans Le Monde). Cet institut regroupe hauts fonctionnaires et hauts cadres d’entreprises, en étant financé par LVMH, Total, Vinci et Carrefour ! Difficile d’être plus clair !

C’est là le premier aspect : un choix stratégique et il est considéré comme définitif.

« La prise de conscience, en France, des risques posés par l’influence chinoise est vive et croissante depuis 2019, avec une nette accélération en 2020-2021. C’est dans ce contexte de « réveil français », qui semble désormais irréversible, que s’inscrit la publication du présent rapport en septembre 2021. »

Le second aspect est que le document appelle ouvertement au changement de régime en Chine. C’est tout à fait significatif : un document officiel de l’armée française appelle au renversement du gouvernement chinois et même à la destruction de toutes ses institutions.

Non pas qu’il faille défendre le régime chinois, qui est de type fasciste. Mais critiquer le régime chinois et même vouloir son renversement doit se faire sur une base démocratique, pas avec une mise en perspective militariste au service des couches sociales dominantes des pays riches réfutant le challenger chinois.

L’étude dresse d’ailleurs le panorama de ce qui est présenté comme une déstabilisation générale du monde par la Chine ; c’est un véritable manuel à destination des hauts fonctionnaires, et en même temps une inscription dans le bloc américain, puisque le document est en anglais.

Et la dimension raciste anti-chinoise est très bien calibrée, en prévision des futures campagnes anti-chinoise dans le cadre de la montée des tensions à venir. On a par exemple ce poncif sur l’oriental séducteur – enjôleur et brutal, qui est tout à fait exemplaire cet état d’esprit.

« Pékin vise dans le même temps à séduire et subjuguer, d’une part, et à infiltrer et contraindre, d’autre part. »

Il faut rappeler ici l’importance de la pandémie, qui va servir d’argumentaire pour la superpuissance américaine : c’est la Chine qui serait responsable, c’est elle qui doit payer, etc. On rentre en fait directement dans la phase propagandiste en ce sens.

D’où d’ailleurs l’émergence de contradictions en France sur la manière de s’y prendre. Les auteurs du document ont été obligés de publier un long message pour expliquer que, contrairement aux apparences, ils n’étaient pas pour un blocus total anti-chinois (ce qui est ridicule vu le contenu ouvertement militariste anti-chinois), et cela a provoqué une très violente polémique avec l’Institut de relations internationales et stratégiques, accusé en quelque sorte d’être l’idiot utile de la Chine.

Cela reflète les contradictions au sein des couches dominantes françaises : si la ligne est celle d’un alignement américain malaisé (comme le montre l’affaire des sous-marins australiens), il y a les tenants d’une ligné néo-gaulliste cherchant à trouver un espace (illusoire) entre les deux blocs…

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Le rapport français à la Chine : la violente polémique IRSEM/IRIS

L’institut militaire présente l’IRIS comme en convergence avec la Chine.

La publication du document intitulé « Les opérations d’influence chinoises » par l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Militaire de l’armée française (IRSEM) a provoqué les foudres de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), un think tank associatif.

L’IRIS a une ligne en effet très différente, résumée comme suit par son président Pascal Boniface :

« Je ne pense pas que la lutte pour la suprématie mondiale qui se déroule entre Pékin et Washington doive interférer sur les positions
françaises et européennes. »

Cette position est à l’image de la nature de l’IRIS. Le président du conseil d’administration est Alain Richard, issu du Parti Socialiste Unifié et ensuite du Parti socialiste… Le président d’honneur est le socialiste Pascal Lamy (ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce), le vice-président est le socialiste Hubert Védrine (ancien ministre des Affaires étrangères), le secrétaire est Jean Musitelli auparavant administrateur de l’institut François-Mitterrand le, trésorier est Pascal Cherki, socialiste puis Génération-s avec Benoît Hamon…

On a du côté administrateur notamment Pouria Amirshahi, ancien parlementaire, directeur de Politis et ancienne grande figure du syndicat étudiant l’UNEF-ID passé ensuite au Parti socialiste…

Aux côtés par exemple du socialiste Marc-Antoine Jamet, secrétaire général de Louis Vuitton – Moët Hennessy (LVMH), l’ancien conseiller diplomatique de François Hollande Jacques Audibert (désormais secrétaire général du groupe Suez) et de Michel Edouard Leclerc, président du groupe de distribution E.Leclerc.

Bref c’est du capitalisme « social », autrement dit la gauche caviar, et historiquement les socialistes français ont toujours eu d’excellents rapports avec la direction chinoise. L’idée est donc de maintenir une sorte de ligne à la fois sociale et capitaliste agressive en cherchant à éviter le conflit sino-américain… Ce qui est bien entendu inacceptable du point de vue de la ligne actuelle de la France.

Voici la réponse de l’IRIS à l’accusation de l’IRSEM et la contre-réponse de l’IRSEM. Il faut prendre cela comme quelque chose de terrible, car c’est un débat impérialiste au sein des intellectuels au service des couches dominantes… C’est de « géopolitique » qu’il est parlé, de choix au plus haut niveau, contre donc les décisions par en bas, démocratiques, celles du peuple…

On notera absolument le dernier paragraphe de la contre-réponse de l’IRSEM, d’une violence!

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IRSEM-2021-09-21-Reponse-a-la-reaction-de-lIRIS

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La chronique militariste-stratégique pro Etats-Unis du Monde

Le cynisme règne en maître.

Le Monde a publié une chronique (payante) à la fois particulièrement militariste et de portée stratégique. Son auteur en est Alain Frachon, éditorialiste de ce quotidien, auquel il appartient depuis 1985. Si la chronique se veut une simple proposition-réflexion, c’est en fait surtout le reflet de la ligne moderniste à la Emmanuel Macron ; ce qui est vraiment nouveau, c’est le fait de le dire ouvertement, de manière cynique.

C’est que l’idée est simple : les États-Unis vont faire la guerre à la Chine et ils vont gagner, il n’y aura jamais d’unité européenne autour du moteur franco-allemand, il faut donc une défense européenne de bas niveau allié aux États-Unis, pour que la France profite d’une part du gâteau chinois.

Voici le titre de la chronique.

« La crise des sous-marins n’est pas une affaire de qualité de navire, c’est un grand pas en avant dans l’affrontement entre la Chine et les États-Unis »

Voici l’annonce cynique de la guerre sino-américaine.

« C’est un grand pas en avant dans l’affrontement sino-américain, d’ailleurs justifié de manière pro-américaine. »

« Le pacte Aukus – Australia, United Kingdom, United States – confirme la priorité stratégique des Etats-Unis : la Chine. »

« La Chine militarise à tout-va les îlots – territoires disputés avec ses voisins – dont elle s’est emparée par la force dans le Pacifique occidental. Elle a multiplié opérations d’espionnage et d’influence politique à Canberra. »

Voici la présentation « géopolitique » de la chronique, dans une démarche totalement cynique.

« L’épisode Aukus devrait confirmer la ligne d’Emmanuel Macron : en ces temps de réorientation des priorités états-uniennes, l’UE doit plus que jamais acquérir un minimum d’autonomie stratégique. Elle doit notamment se doter des moyens de résister à la pression revancharde de la Russie de Vladimir Poutine et d’exister dans un monde de blocs. C’est ce qu’on appelle l’Europe de la défense. »

« Nos partenaires – par ailleurs indifférents aux affaires du Pacifique – rechignent. Ils craignent qu’une telle perspective n’amène les Etats-Unis à s’éloigner plus encore du Vieux Continent.

Quant aux Américains, ils semblent, politiquement, psychologiquement, génétiquement, incapables de soutenir une autonomie stratégique européenne, serait-elle limitée.

Cette orientation serait pourtant conforme à leur nouvel axe stratégique : priorité à l’Asie-Pacifique parce qu’ils estiment que c’est là, face à la Chine, que se joue le maintien de leur leadership mondial. »

Le fait que le quotidien Le Monde montre à quel point on a changé totalement de contexte avec la crise (partir de la pandémie pour arriver à l’économie, puis la politique, les rapports de force entre pays…). Il est parlé de la troisième guerre mondiale comme si de rien n’était.

Une guerre sino-américaine serait un désastre pour l’Humanité – et la seule chose dont il est parlé, c’est de comment la France peut tirer son épingle du jeu. Ce n’est ni plus ni moins que de l’impérialisme – c’est sur des millions de mort d’une guerre que danse cette sinistre chronique du Monde.