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Guerre

Le Sénat reconnaît la «République d’Artsakh» avec la complicité de la Gauche gouvernementale

Mercredi 25 novembre, l’État français, par la voie du Sénat, a pris une position dans la question caucasienne du Nagorno-Karabagh arménien : celle de prendre fait et cause pour le nationalisme arménien et de le soutenir dans sa fuite en avant suicidaire, en votant à la quasi-unanimité pour la reconnaissance d’une « République d’Artsakh » hors de toute réalité.

Maintenant donc que les combats ont cessé, maintenant que l’armée russe occupe le terrain et que la situation est verrouillée, gelée, les parlementaires français sortent de leur torpeur pour s’exprimer. Les sénateurs ont adopté à une écrasante majorité une résolution proposant la reconnaissance de l’indépendance de la dite « République d’Artsakh », soit ce qu’il reste du Karabagh arménien : sur 306 suffrages exprimés (pour un total de 336 sénateurs), il y a eu 305 pour, 1 contre, 30 abstentions.

Les abstentions relèvent du parti gouvernemental, LREM ; la résolution a été mise en place par la Droite et appuyée… par la Gauche ! Lancée par Bruno Retailleau (LR), la résolution a été signé par Hervé Marseille (centriste), Patrick Kanner (PS), Eliane Assassi (CRCE à majorité communiste) et Guillaume Gontard (écologiste).

C’est là une capitulation idéologique de la Gauche gouvernementale devant l’occidentalisme de la Droite. Rappelons d’ailleurs que la « République d’Artsakh » n’est officiellement reconnue par personne, même pas par l’Arménie qui pourtant la contrôle, ou plus exactement la contrôlait.

Cela signifie que cette reconnaissance symbolique s’insère dans l’interventionnisme français en Orient, sur un mode occidentaliste.

Toute la séance a été l’occasion pour de nombreux sénateurs de prononcer un discours, le plus souvent sur une ligne totalement romantique, flattant l’orientalisme français et sa vision d’une Arménie chrétienne, martyre et rempart de l’Occident face à l’Empire ottoman, etc.

On est là dans la posture, dans le délire romantique le plus absolu, d’autant que tous ces discours ne mènent littéralement à rien dans les faits pour le Karabagh et les Arméniens. Ils ont toutefois deux fonctions. La première, c’est de chercher à légitimer une guerre franco-turque.

Ensuite, ils flattent la communauté arménienne de France, en la piégeant dans son propre chauvinisme, et en la poussant toujours plus à tourner le dos aux nombreux Turcs de notre pays et à imaginer qu’ils servent, ou sauvent, ce qui reste du Karabagh arménien, alors qu’en fait pas du tout.

Le Karabagh est utilisé par l’occidentalisme, il est un prétexte. Dans les faits, ces discours accompagnent simplement l’occupation russe et le séparatisme arménien au Karabagh, en rejetant toute possibilité de vie commune entre Arméniens et Turcs et en installant les forces expansionnistes de la Russie, tout en appelant à les compléter avec une intervention européenne, surtout française.

Seul le sénateur Alain Richard – ex PSU, ex PS, désormais LREM – a eu l’intelligence de souligner l’importance du droit et la nécessité absolue de chercher une solution avec l’Azerbaïdjan, et avec la Turquie, et de s’abstenir sur cette base de voter pour cette résolution. Les sénateurs liés au PCF, au PS ou à EELV ont donc quant à eux voté en faveur de cette résolution. Quelle honte !

Il y a bien sûr la nécessité de protéger les populations civiles arméniennes du Karabagh et de garantir un cessez-le-feu effectif sur le terrain, comme le demande la résolution. Mais cela ne justifie pas tout et n’importe quoi. Cette proposition a largement été portée par la Droite, qui vise à quelque chose de politiquement très clair. Par la voix de Bruno Retailleau et de Valérie Boyer, la ligne a été fixé comme suit : considérer les Arméniens comme des « chrétiens d’Orient » pour lesquels la France aurait une obligation particulière, avec en arrière-plan toute une mythologie remontant aux traités dits des Capitulations conclues entre Soliman le Magnifique et François Ier au XVIe siècle.

En quoi est-il rationnel que la Gauche s’associe à cela ? Sauf à avouer qu’elle a en fait rien à proposer concernant l’Orient, voire l’international, ou plutôt rien de fondamentalement différent de ce que la Droite propose.

On voit là d’ailleurs à quel point l’ethno-différencialisme a contaminé la Gauche sur le plan idéologique, puisqu’on a ici une unanimité totale sur la validation de la ségrégation identitaire comme solution politique au conflit entre Arméniens du Karabagh et Azéris.

Bakkal Karabet’in ısıkları
yanms Affetmedi bu Ermeni vatanda
Kürt daǧlaranda babasının kesilmesini. 
Fakat seviyor seni, çünkü sen de affetmedin 
Bu karayı sürenleri Türk halkının alnına.

Les lampes de l’épicerie de Karapet brillent,
Le citoyen arménien n’a jamais pardonné
qu’on ait égorgé son père sur la montagne kurde.
Mais il t’aime, car toi non plus tu n’as pas pardonné
Ceux qui ont marqué cette infamie sur le front du peuple turc.

Nazim Hikmet (1901-1963)

À aucun moment il n’est fait mention dans la résolution de l’importance historique des Arméniens en Azerbaïdjan comme composante nationale, ce qui soit dit en passant valide complètement la propagande de guerre du régime raciste de Bakou. À aucun moment il n’est fait mention de la vie commune des peuples caucasiens et seul ici Alain Richard à nouveau, a pensé à rappeler que la Géorgie restait l’exemple d’un État multi-national, avec des Azéris et des Arméniens en son sein, et que cela pourrait être a minima un exemple à suivre…

Aucun mot aussi sur les contradictions que traversent l’Azerbaïdjan, qui n’a pas encore osé publier le bilan officiel de ses pertes humaines, et qui n’est d’ailleurs pas parvenu à atteindre fondamentalement son objectif de reconquête. Pire encore, ce pays voit sa position internationale se dégrader, alors que déclinent ses capacités d’exportations en hydrocarbures à mesure que la crise s’approfondit. Aucun mot aussi sur les contradictions en Turquie, où la position du président Recep Tayyib Erdogan est loin de faire l’unanimité au sein de la société turque.

Aucun mot non plus sur l’exode de masse que connaît l’Arménie, d’ailleurs depuis 1991, et que cette guerre va encore dramatiquement accentuer. Il y avait 3,6 millions d’habitants en Arménie, il y en a désormais moins de trois millions ; il y a même entre 10 000 et 100 000 Arméniens vivant illégalement à Istanbul comme immigrés économiques.

Le sens profond de cette campagne est de contribuer à légitimer une guerre franco-turque ! Telle est la triste réalité, avec une Droite au service des thèses géopolitiques françaises et qu’accepte la Gauche gouvernementale qui crache littéralement sur l’internationalisme, l’amitié des peuples du monde.

Rappelons les bases : le mot d’ordre historique de la Gauche, c’est de porter la paix et de rassembler les peuples… d’accompagner leur mélange. Ce n’est pas de pratiquer l’ethno-différentialisme et de célébrer les nationalismes et d’accompagner le militarisme. Il faut tracer une ligne rouge, nette et précise, affirmant la Démocratie, appuyée par l’élan de la culture et portée par le peuple… Contre le nationalisme et la guerre !

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Écologie

La Gauche doit saisir l’importance de l’offensive réactionnaire en faveur de la chasse

Le Sénat a adopté le 11 avril un amendement créant un délit d’entrave à la chasse, puni d’un an de prison et de 30 000 euros d’amende. Cela s’inscrit dans un contexte général faisant de la chasse une cause à défendre pour les réactionnaires, avec une collusion politique entre la Droite et la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron.

Cela ne fait aucun doute, il s’agit d’un amendement directement destiné à enrayer le mouvement démocratique et populaire d’opposition à la chasse à courre en France. Le succès et le développement du collectif AVA est tel que les forces réactionnaires s’organisent, pour tenter de maintenir l’ordre existant dans les campagnes.

La fin de la saison de chasse à courre le mois dernier a ainsi été marquée, en plus des rassemblements d’AVA, par d’importants contre-rassemblements. Cela s’inscrit dans une dynamique générale de la Droite traditionnelle, qui fait de la défense de la chasse un étendard du conservatisme.

L’opposition à la chasse à courre est vécue comme une grande menace par des gens qui pensent que les valeurs écologiques et en faveur des animaux sont une agression à leur encontre. Il faut lire ici avec attention les discours de l’Association de défense de la ruralité et de ses traditions, qui organisait les rassemblements contre AVA.

> Lire également : Le front réactionnaire dans les campagnes pour défendre la chasse à courre

Il y a là une expression politico-culturelle très aboutie, avec des arguments rodés, puisant dans la tradition réactionnaire française du XXe siècle.

Cette Droite traditionnelle, conservatrice, est aussi très présente politiquement, notamment au Sénat qui est dominé par une majorité Les Républicains (LR). On a ainsi vu le sénateur de l’Oise Jérôme Bascher (LR) défendre l’amendement en reprenant tels quels les mensonges des partisans de la vénerie. Il n’a pas hésité à qualifier les anti-chasse à courre de « terroristes », avec des méthodes ressemblant aux « black blocs ». Le sénateur du Loiret Jean-Noël Cardoux (LR) a fait de même, affirmant de manière mensongère qu’il y avait des attaques à l’intégrité physique des personnes et des animaux.

Cela est bien sûr grotesque puisqu’en deux ans d’existence, « pas une seule entrave à la chasse n’a été constatée par les forces de l’ordre », comme l’a rappelé AVA dans un communiqué.

Cela montre une terrible crispation de la part de notables et de leur représentants politiques, qui ne supportent pas que la population mette le nez dans leurs affaires, qu’un mouvement démocratique ose dénoncer leurs activités moyenâgeuses.

Il faut bien comprendre aussi que l’amendement créant un délit d’entrave à la chasse n’est qu’une partie d’une offensive plus générale de la Droite en faveur de la chasse. Le Sénat a en effet largement modifié le projet de loi organisant la fusion l’année prochaine entre l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) et l’Agence Française de la Biodiversité.

La sénatrice socialiste de l’Oise, Laurence Rossignol, a expliqué que :

« Cet amendement a été voté uniquement par la droite du Sénat. Comme les autres amendements ajoutés, il accroît encore la complaisance de la loi à l’égard de toutes les chasses »

Le nom de l’organisme nouvellement créé a ainsi été modifié par les sénateurs pour y ajouter le mot « chasse », devenant l’Office français de la biodiversité et de la chasse.

Cette fusion relevait à l’origine d’une sorte de compromis entre les chasseurs et ce qui est nommé la défense de la biodiversité, compromis organisé par le ministre de la Transition écologique François de Rugy.

Les différentes associations environnementalistes qui soutenaient ce projet se sont offusquées des changements opérés par le Sénat, considérant « le futur Office français de la biodiversité menacé par les lobbies de la chasse ».

Dans un communiqué signé par une quarantaine d’associations vendredi 19 avril, il est dénoncé le fait que les sénateurs « ont complètement dénaturé le projet de loi » et que « le nombre de cadeaux indécents abandonnés au monde de la chasse, notamment fiscaux, marqueraient un recul historique de la protection de la nature en France et hypothéquerait les chances de succès du futur établissement public. »

Le texte amendé par le Sénat prévoit en effet un nombre important de mesures en faveur de la chasse, qui sont détaillées et dénoncées dans le communiqué. Ces mesures sont également présentées en détail dans un article écologiste qui dénonce une « sacralisation de la barbarie ».

Selon toute vraisemblance, le texte va être définitivement adopté dans la semaine après sa validation par une commission mixte paritaire de députés et de sénateurs. Il semble peu probable que l’Assemblée nationale, dominée par la majorité présidentielle, veuillent rediscuter la loi, tant on a compris depuis plusieurs mois à quel point Emmanuel Macron soutient le dispositif réactionnaire visant à défendre la chasse en général et la chasse à courre en particulier.

Rappelons ici que le projet d’Office de la biodiversité avait initialement été porté par Nicolas Hulot, qui a finalement démissionné du ministère en dénonçant le « lobby » des chasseurs. Quelques mois plus tard, on retrouvait quatre membres du gouvernement au congrès de la Fédération nationale de la chasse : le ministre de la Transition écologique François de Rugy, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume, le ministre des Collectivités locales Sébastien Lecornu et la secrétaire d’État à la Transition écologique Emmanuelle Wargon.

Le président de la fédération des chasseurs Willy Schraen y avait alors expliqué que « le président de la République, Emmanuel Macron, a fait plus pour la chasse française qu’aucun de ses prédécesseurs. »

> Lire également : notre dossier sur la chasse à courre

Il est important pour la Gauche de saisir le sens de cette offensive générale en faveurs de la chasse et des chasseurs. Il ne faut pas laisser faire, laisser se développer un front des conservatismes en France, avec la question de la chasse comme moyen mobilisateur. Le risque serait énorme ensuite de se faire broyer pour toute personne défendant l’écologie et luttant contre les conservatismes dans les campagnes.

La création du délit d’entrave à la chasse est inacceptable pour la Gauche, tant il consiste en l’annihilation par la peur de toute contestation démocratique et populaire envers les réactionnaires.

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Politique

Communiqué du Groupe communiste au Sénat contre la mobilisation des militaires de Sentinelle

Le Groupe communiste républicain citoyen écologiste (CRCE) au Sénat a produit un communiqué dénonçant la mobilisation des forces de l’opération Sentinelle pour le prochain samedi des gilets jaunes.

Il est rappelé par ces sénateurs, comme par la plupart des intervenants à Gauche, que ce recours à l’Armée n’est pas conforme à la pratique républicaine qui distingue la Police, qui relève du civil, c’est-à-dire d’un cadre démocratique particulier, de l’Armée, qui relève de la guerre.

La déclaration du gouvernement quant à la mobilisation de ces forces relève en grande partie de l’effet d’annonce, d’un pas de plus dans le grotesque, dans l’ambiance grotesque du pays en ce moment. Il est en effet expliqué par le Ministre de l’intérieur que le préfet de police pourra s’appuyer sur ces militaires, mais qu’ils « ne doivent en AUCUN CAS participer au maintien de l’ordre », et donc qu’ils devront en cas de besoin… appeler la Police.

Cela est absurde, et on aura bien compris que cela vise surtout à renforcer une posture, de manière politicienne, afin d’apparaître comme le parti de l’Ordre, alors qu’en réalité presque rien n’avait été décidé pour empêcher la casse samedi dernier, comme l’ont largement expliqué, franchement ou à demi-mots, les représentants policiers.

Il n’en reste pas moins que cette annonce du recours à l’Armée dans le cadre d’une manifestation sociale est inacceptable sur le plan politique, de part ce que cela sous-tend en arrière plan comme remise en cause du cadre démocratique.

Ainsi, une personnalité comme Ségolène Royale, qui n’avait déjà pas grand-chose de gauche, s’écarte définitivement de la Gauche en déclarant à ce propos :

« Je me suis demandée pourquoi ça n’avait pas été fait plus tôt », ajoutant que « les black blocs ne sont pas des terroristes mais ils sèment la terreur. Et donc c’est la même chose. »

Le recours à l’Armée dans le cadre d’une manifestation raisonne à Gauche comme un danger fascisant, et réveille la mémoire de la grande répression de 1948 faisant intervenir l’Armée. Plusieurs mineurs avaient été tués par les militaires dans le nord de la France après de grandes grèves.

Voici le communiqué du Groupe communiste républicain citoyen écologiste au Sénat :

« Emmanuel Macron doit renoncer au recours à l’armée à l’occasion de l’Acte 19 des Gilets jaunes

Emmanuel Macron a annoncé sa décision de recourir aux militaires de Sentinelle pour, dans le cadre de l’Acte 19 des Gilets jaunes, « sécuriser les points fixes et statiques conformément à leur mission ».

Contrairement à ce qui a été affirmé par Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, à l’issue du Conseil des ministres, ces militaires aucunement formés au maintien de l’ordre et équipés d’un matériel de guerre seront de fait associés à l’action de la police.

C’est une décision grave qui marque une étape inquiétante dans la surenchère sécuritaire en cours.
L’interdiction de manifester, la compétition malsaine entre le pouvoir et la droite la plus dure pour bomber le torse face au mouvement des Gilets jaunes, menacent de porter atteinte aux libertés fondamentales et en premier lieu au droit de manifester.

Les sénatrices et les sénateurs du groupe CRCE l’ont dit et répété, ils condamnent les destructions et les violences qui surviennent lors de certaines manifestations. Cette casse dessert le mouvement.
Mais ils ont également souligné l’attitude du pouvoir qui pousse à une escalade potentiellement dévastatrice pour notre pays.

Les sénatrices et les sénateurs du groupe CRCE estiment que le Parlement doit être informé et consulté pour une si grave décision.

En tout état de cause, Emmanuel Macron doit respecter la pratique républicaine en matière de maintien de l’ordre qui en réserve l’exercice à la police et à la gendarmerie.

Ils rappellent à cet égard que depuis 1921, le maintien de l’ordre dans le cadre des manifestations est confié à la gendarmerie et à la police.

Ce pouvoir a en effet été transféré, par un vote à l’Assemblée nationale, de l’armée aux effectifs de gendarmerie mobile.

Groupe CRCE au Sénat, le 21 mars 2019 »