L’affaire de la tribune féministe censurée par le HuffPost

Appartenant à une entreprise américaine réalisant 130 milliards de dollars de chiffres d’affaires, le HuffPost a publié puis retiré une tribune féministe, au nom du refus de la « transphobie ». C’est un excellent exemple de comment le libéralisme libertaire est promu par les grandes entreprises, afin de développer l’atomisation, l’individualisme généralisé, le relativisme.

C’est une affaire à la fois très simple et très compliquée, qui a un grand intérêt en tant qu’expression de toute une césure. Initialement, il s’agit d’une tribune publiée sur le Huffpost. Son titre est le suivant :

« Trans : suffit-il de s’autoproclamer femme pour pouvoir exiger d’être considéré comme telle ? »

Puis, dans la foulée, le Huffpost a décidé de supprimer la tribune de son site, sous la pression des postmodernes, ou plutôt après avoir été alertée par ceux-ci. Lauren Provost, directrice de la rédaction a justifié cela de la manière suivante :

« Pourquoi nous avons dépublié la tribune “Question trans: les colleuses contre les féminicides se divisent et toutes les femmes sont menacées”

La tribune de 60 signataires posant la question de la présence des femmes trans dans le mouvement des colleuses contre les féminicides a été dépubliée du HuffPost ce jour. Il s’agissait d’une tribune et non pas d’un article de la rédaction, mais ce texte n’avait aucunement sa place sur notre site. C’est une erreur de l’avoir publié. Les propos transphobes à l’intérieur vont à l’encontre des valeurs prônées par Le HuffPost depuis sa création. Les femmes trans sont des femmes. Nous vous présentons nos plus sincères excuses pour la publication de ce texte. »

C’est là un acte de contrition logique. Le HuffPost, anciennement le Huffington Post, est une grande entreprise capitaliste, existant dans de nombreux pays. Elle vaut plusieurs centaines de millions de dollars et appartient à Verizon Communications, une entreprise américaine de télécommunications au chiffre d’affaire de 130 milliards de dollars.

Or, par définition, les grandes entreprises américaines diffusent le libéralisme culturel, le refus de toutes normes, l’idéologie LGBT… afin de pousser à la destruction du tissu social, de pousser à l’idéalisme identitaire, à la consommation individualiste maximisée. Il était donc impossible de promouvoir une tribune défendant Marguerite Stern, au centre des attaques postmodernes pour un long article publié sur Twitter.

La tribune, écrite par Pauline Arrighi, une essayiste féministe, n’est nullement offensive. Elle ne dénonce pas l’idéologie LGBT des postmodernes, on y trouve la même tentative de conciliation que chez Marguerite Stern – ce qui est un suicide de par la nature des postmodernes et leur agressivité.

La tribune dit simplement qu’il faut les femmes biologiques aient leurs propres espaces, que les hommes se disant femmes ne peuvent pas y entrer simplement suivant leurs désirs. La tribune dit principalement la chose suivante :

« Le collectif de colleuses d’affiches contre les féminicides se divise autour de la « question trans ». Il s’agit bien plus que d’une querelle de chapelles : au-delà du groupe des colleuses, c’est l’avenir du féminisme et des politiques d’égalité qui est en jeu (…).

Être une femme n’est pas un ressenti. Cela correspond à une réalité physiologique très spécifique et à un vécu social tout aussi spécifique. Tout cela est réel (…).

Considérer les « femmes trans » comme des femmes pose des problèmes encore plus concrets. Quel que soit le ressenti de ces personnes, quelle que soit leur sincérité, les femmes n’ont pas le loisir de prendre le risque d’accepter des hommes dans les espaces non-mixtes : vestiaires de sport, toilettes publiques ou dortoirs d’auberges de jeunesse, mais aussi prisons et centres d’hébergement d’urgence pour femmes victimes de violences masculines.

Aucune féministe ne met en cause la souffrance des personnes qui ne se sentent pas « nées dans le bon corps ». Cela dit, nous devons veiller à préserver nos espaces et à ce que nos stratégies restent centrées sur les filles et les femmes. C’est la survie de notre mouvement qui est en jeu, et donc la survie de nos droits et de notre intégrité. »

L’approche n’a que peu de sens, car il y a une tentative de contourner l’affrontement avec les postmodernes, et ce à tout prix. Or, cet affrontement est non seulement inévitable, mais en plus il a déjà lieu. Mais ce n’est pas la seule erreur. En effet, le magazine Marianne a demandé à publier la tribune, ce qui a été autorisée par la personne l’ayant écrite, ainsi que les signataires.

C’est d’ailleurs pratiquement davantage une faute plus qu’une erreur. Le magazine appartient depuis 2018 au milliardaire tchèque Daniel Křetínský et sa directrice de publication est Natacha Polony. Sa ligne est celle d’un souverainisme se définissant comme au-delà du clivage Gauche-Droite, avec une critique de la société convergeant avec la « révolte contre le monde moderne » et la finance diffusée par l’extrême-Droite.

Pourquoi donc publier la tribune dans un tel organe ? Surtout que la tribune s’appuyait sur une vraie dynamique, avec 140 signataires, dont notamment :

– Françoise Morvan, féministe universaliste ;

– Christine Delphy, chercheuse et universitaire spécialiste du genre ;

– Joana Vrillaud, fondatrice et coordinatrice du Collectif Abolition Porno Prostitution ;

– Annie Sugier, physicienne, ex-MLF, co-fondatrice de la Ligue du droit des femmes, ex-présidente de la Ligue du Droit international des femmes, Commandeur de l’Ordre national du mérite ;

– Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de garde ;

– Florence Montreynaud, historienne, co-fondatrice des Chiennes de garde, d’Encore féministes et de Zéromacho

– Marguerite Stern, ex-Femen, activiste à l’origine des collages contre les féminicides

– Dora Moutot, journaliste et activiste ;

– Ana-Luana Stoicea-Deram, co-présidente de la Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution (CIAMS) ;

– Catherine Morin Le Sech, membre de la Coalition internationale pour l’abolition de la maternité de substitution (CIAMS) ;

– Marie Josèphe Devillers, co-présidente de CQFD Lesbiennes féministes ;

– Christelle Raspolini, co-fondatrice du Mouvement Ni putes Ni Soumises.

Il y a ainsi une véritable affirmation féministe, critique du postmoderne mais sans assumer son rejet, qui se place dans l’orbite de Marianne, ce qui est le pire indicateur à fournir dans le combat justement contre les postmodernes, qui auront toute latitude pour dénoncer les « réactionnaires ».

Il est pourtant évident qu’il y a un double combat, à la fois contre les traditionalistes réactionnaires, avec leur nationalisme, et contre les postmodernes, fer de lance du libéralisme économique et culturel capitaliste. La tribune, en évitant le combat ouvert contre les postmodernes, s’est mal positionnée et a été réduite à un outil pour un camp tout aussi ennemi, celui de ceux voulant retourner en arrière.

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