Le grand orgue détruit dans l’incendie de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes

L’incendie survenu au cœur de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes ce samedi 17 juillet a ému le pays, ravivant la plaie encore béante de l’incendie de Notre-Dame-de-Paris il y a un peu plus d’un an. Cette fois, c’est surtout un orgue datant de 1620 qui a été ravagé par les flammes d’un incendie qui est très probablement d’origine criminelle.

Une personne se serait introduite dans la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes ce samedi 17 juillet en début de matinée, pour y lancer méticuleusement trois feux et créer un incendie. C’est l’hypothèse privilégiée par le procureur de la République de Nantes, qui a ouvert une enquête pour incendie volontaire. Trois foyers ont été retrouvés : « un au niveau du grand orgue, un à droite et un autre à gauche de la nef ».

Ce sont des passants qui ont alerté les pompiers en constatant les flammes à 7h45, le feu n’ayant finalement été circonscrit qu’à 10 heures. Il y a des dégâts, mais c’est surtout le grand orgue qui a été ravagé ainsi que la plateforme sur lequel il se situe.

L’instrument était d’une grande valeur et sa perte est qualifiée d’inestimable par l’administrateur diocésain en charge de la cathédrale. Sa construction avait d’abord été l’œuvre du facteur d’orgue Jacques Girardet en 1620. Il sera ensuite augmenté à deux reprises, notamment par François-Henri Clicquot dans les années 1780.

Ce dernier était facteur d’orgues du roi Louis XVI, tandis que son grand-père l’avait été pour Louis XIV, son oncle puis son père pour Louis XV. François-Henri Clicquot porta l’orgue nantais à 49 jeux sur 6 claviers, ce qui en faisant une pièce très importante.

Quatre ans après la fin des travaux de restauration, ce fut la Révolution française et l’orgue faillit être détruit, de par son rôle clef dans les offices religieux. Le site d’une association dédiée à l’ancien titulaire de cet orgue Félix Moreau (de 1954 à 2012) explique ainsi :

« Le Comité Révolutionnaire avait en effet décidé sa destruction. Mais l’habileté de l’organiste Denis JOUBERT le sauva. Il sut convaincre les autorités que l’orgue pouvait encore être utile et ajouter à l’éclat des fêtes révolutionnaires qui se déroulaient à la Cathédrale transformée en « temple décadaire ».

Voici que sous le Directoire, encore en période révolutionnaire, une circulaire, datée du « 25 prairial, an 7 de la République » (13 juin 1799), émanant du Ministre de l’Intérieur, réclamait « la conservation et l’emploi des buffets d’orgues » (sic). « Accoutumé au son de cet instrument, le Peuple s’en voyait privé avec peine : c’était d’ailleurs un moyen d’intérêt ôté aux fêtes républicaines ».

JOUBERT avait vu juste ! »

En effet, la présence de cet instrument dans les églises et les cathédrales de France est un élément majeur du patrimoine national, en raison de la grande puissance culturelle qu’a eu le catholicisme dans le pays, et qu’il a toujours largement. Aujourd’hui encore, le son de l’orgue est connue de tous et évoque forcément beaucoup d’émotion chez les gens de culture, c’est-à-dire finalement chez presque tout le monde.

Voici l’extrait d’un concert datant de 2006, illustré par des images de la cathédrale et de l’instrument :

Le grand orgue de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Nantes avait survécu à une explosion détruisant les vitraux et les chapelles de la nef collatérale sud au début du 19e siècle. Bien qu’affecté, il avait aussi survécu aux bombardements de septembre 1943 et juin 1944 touchant l’édifice. Enfin, lors du grand incendie de la cathédrale nantaise en janvier 1972, alors qu’il venait d’être restauré, l’instument avait été sauvé in extremis comme le raconte le site internet du lieu :

« Seuls le courage et l’abnégation des compagnons de la “Manufacture Beuchet-Debierre”, rappelés de nuit, Joseph Beuchet fils à leur tête, et de l’abbé Félix Moreau, lui aussi présent, agissant en concertation avec les pompiers, permirent de sauver le grand orgue ».

En 2020, l’instrument n’a cette fois pas survécu, pas plus que la tribune accessible par 66 marches sur laquelle il fallait monter pour y accéder. Penser que quelqu’un puisse être capable d’un tel crime contre l’Histoire et le patrimoine historique fait froid dans le dos, car il faut être un véritable monstre pour en arriver là. Malheureusement, on sait très bien que de notre société produit de tels monstres et qu’un tel crime n’a rien d’inimaginable.

Face à une telle décadence, face à une telle agression, c’est à la Gauche de porter hautement et fièrement le flambeau de la civilisation, en faisant vivre le patrimoine, en l’entretenant, en le défendant hardiment. La bourgeoisie pour sa part est de plus en plus incapable de le faire, après l’incendie nantais de 1972, après l’incendie de Notre-Dame-de-Paris en 2019, et alors que la grande majorité des cathédrales de France ne sont pas en bon état. Selon un rapport parlementaire récent, sur les 87 cathédrales d’État, « seules 22 peuvent être considérées comme étant en bon état, 47 dans un état moyen, et 15 en mauvais état ».

> Lire également : Cathédrale Notre-Dame de Paris : la France dans la stupeur

Une telle situation est inacceptable, indéfendable. Rien que cela justifie le fait qu’il faille de grands changements sociaux, un grand bouleversement politique et culturel dans ce pays à la dérive.

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