Le nécessaire troisième confinement et l’impossible société française

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Le troisième confinement est nécessaire, mais l’État tergiverse, car la société française, pourrie de libéralisme, en a assez des exigences collectives.

La société française sait qu’il faudrait un troisième confinement ; de nombreux médecins de haut niveau s’inquiètent et prônent également cette mesure. Ce qui travaille les esprits, c’est bien sûr ce qui est appelé de manière pittoresque le « variant britannique », plus contagieux, qui a été au moins présent déjà à Bagneux, Rennes et Marseille. En raison de ce variant, il y a une situation sanitaire désastreuse en Irlande, avec une croissance exponentielle des gens malades.

Le problème, c’est que la société française n’en peut plus ou, du moins, elle pense être à bout. Elle est en fait tellement travaillée au corps par le libéralisme que tous ses efforts allant dans un sens collectif lui semblent insupportables. Pour les libéraux, c’est un chemin au collectivisme ; pour les gens c’est un obstacle à leurs libertés et une remise en cause de leur mode de vie.

Le dilemme de l’État est ainsi très simple : d’un côté il faut rassurer les gens comme quoi rien ne change, comme quoi rien ne peut changer, et de l’autre il faut en même temps colmater les brèches alors que le navire capitaliste prend l’eau de partout avec la pandémie.

Pour renforcer la gravité de la situation, il y a une haute bourgeoisie qui voit tout cela d’un très mauvais œil, car la France « c’est un sacré bordel » et cela implique un déclassement dans la hiérarchie des puissances. Une telle chose, à l’ombre d’une bataille pour le repartage du monde, est bien sûr inacceptable pour la haute bourgeoisie.

Et pour rendre le tout explosif, il y a les vaccins, qui ont été vendus comme le remède miracle. Non seulement il y en a plusieurs et on s’y perd, mais en plus les campagnes de vaccinations ne sont pas à la hauteur des attentes. On a fait croire aux gens que la sortie du tunnel allait apparaître en mars, que tout allait redevenir comme avant pour l’été… alors que l’année 2021 va être en réalité tourmentée, complexe, nullement un « retour à la normale ».

Pour comprendre cette machine à illusions, il suffit de voir la couverture du Nouvel Obs, l’organe des bobos s’imaginant à Gauche, lors du passage à la nouvelle année. La couverture n’a pas deux semaines et elle apparaît déjà comme totalement dépassée, entièrement déconnectée du réel.

C’est que les choses vont à la fois très vite et très lentement. Et pour le comprendre, il faut voir les choses en grand, à l’échelle du pays, en pleine connaissance des mentalités, de la culture, des évolutions économiques, politiques, idéologiques. C’est cela qui permet de garder le fil et de lire les développements en cours.

Car il faut se rappeler tout de même de quelque chose. Ces trois dernières années, on nous a vendu comme très radicaux, voire révolutionnaires, à la fois les cheminots en grève, les gilets jaunes et l’opposition à la réforme des retraites. Le pays allait se soulever, nous disait-on ; il faut relire les médias d’ultra-gauche et les communiqués syndicaux d’alors : quel triomphalisme y trouvait-on !

En pratique, tout cela était du vent, une simple expression de décomposition d’un capitalisme se ratatinant sur lui-même, avec des secteurs corporatistes défendant leurs acquis en n’en ayant rien à faire de rien, quand ils ne passaient pas dans le nihilisme de type fasciste comme les gilets jaunes.

La preuve, c’est qu’il ne reste rien de tout cela, rien de rien, à part quelques miettes d’agités isolés socialement ici et là. Il n’y a pas eu d’engouement populaire, de mise en branle de choses nouvelles, de production culturelle. C’était une vanité complète, typiquement petite-bourgeoise dans ses prétentions hallucinées.

Les deux confinements ont été vécus de manière d’autant plus dépressives dans un tel panorama prétexte aux bouffées d’angoisse, à l’anxiété qui ronge, au désespoir. On se prend le capitalisme en plein face, comme jamais peut-être. Et c’est corrosif. Il va falloir que les gens s’en sortent, s’en arrachent, s’en extraient. La décennie 2020 va être un traumatisme historique. Et c’est de là qu’il va falloir partir pour porter l’utopie.