Le conflit en Ukraine devient la première actualité mondiale

Le monde est comme suspendu mais les gens sont déconnectés.

Le 12 février 2022, un sous-marin américain rentré dans les eaux territoriales de la Russie dans l’Océan Pacifique, au niveau de l’archipel des îles Kouriles (dont le tiers est revendiqué par le Japon). Il s’agit d’un sous-marin américain de la classe Virginia, soit un sous-marin nucléaire d’attaque à plus de 2 milliards de dollars. La flotte russe l’a intercepté et exigé qu’il fasse surface ; devant son refus des « moyens » ont été employés et le sous-marin a quitté les lieux à grande vitesse. L’attaché militaire américain à Moscou a été convoqué par le ministère russe des Affaires Étrangères.

C’est là indéniablement marquant. C’est quelque chose de très grave. C’est cependant conforme à la tendance historique, alors cela laisse indifférent. C’est dans l’ordre des choses, très exactement. Un ordre des choses de plus en plus terrifiant.

Le 12 février 2022, le président américain Joe Biden a appelé le président Vladimir Poutine pendant une heure… et le président français Emmanuel Macron a lui aussi appelé le président russe Vladimir Poutine pendant une heure, et il a appelé également le président américain Joe Biden, le chancelier allemand Olaf Scholz et le président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Et alors que le 11 février a été marqué par le début de la généralisation de l’évacuation des ressortissants étrangers d’Ukraine, le 12 février s’est situé dans son prolongement direct : la compagnie KLM a suspendu ses vols vers l’Ukraine; les États allemand, belge, italien, suédois, tchèque et d’autres ont demandé à leurs ressortissants de quitter l’Ukraine, le Canada a fermé son ambassade à Kiev…

L’ordre mondial vacille au milieu d’une ambiance d’autant plus délétère que celle-ci émerge dans un monde rendu comateux par trente années d’expansion capitaliste déchaînée.

Et la seule chose qu’éprouve les gens, c’est la nostalgie de ces trente années !

Tel est le niveau de déconnexion : la réalité dans ses fondements n’apparaît aux gens qu’éminemment lointaine, abstraite, avec qui plus est un grand fatalisme dans l’approche générale. Les gens du peuple comprennent que les puissants manigancent pour l’expansion de leur domination, mais il en a toujours été ainsi… Les petits-bourgeois ne croient en rien et oscillent dans toutes les directions, ce qui leur donne l’impression d’avoir toujours raison. Les classes dominantes basculent dans le cynisme le plus complet, au nom du « réalisme ».

Quant au niveau intellectuel, il est à zéro, la décadence capitaliste amenant les subjectivismes à suinter de partout. Le risque d’invasion russe de l’Ukraine a ainsi fait la une du journal télévisé de France 2 le 12 février 2022, et on pouvait facilement voir qu’il y avait une tentative vraiment pathétique, partant de très loin, d’essayer de comprendre et de raconter ce qui se passe. Cela a concrètement donné le correspondant français aux États-Unis délirant sur des soldats américains qui chercheraient possiblement des citoyens américains en pleine Ukraine envahie afin de les sauver, se faisant tirer dessus, ripostant, provoquant une escalade majeure.

On est là dans l’imagination débordante de gens n’y connaissant rien et découvrant les choses telles qu’elles font surface. Pour prendre un autre exemple, la chaîne publique d’informations en continu France info a publié un court article le 12 février 2022, au sujet du point de vue des ressortissants français à Kiev, qui ne croient pas en une situation de tension. On y lit :

« Le ressenti est le même dans le restaurant français le plus huppé de Kiev. Robin, le chef déclare : « Si vraiment ça commence à péter, soit je reste en Ukraine, soit je rentre en France ». »

Voilà le niveau d’information. Le point de vue donné au journaliste est absurde, le réel est totalement perdu de vu. Ce genre de choses est inévitable et ne peut que s’amplifier dans une société de consommation où règne la superficialité et l’éphémère.

Le conflit en Ukraine n’est pas seulement une expression du capitalisme en crise allant à la guerre. Dans ses modalités mêmes, il reflète une situation où le rapport à la réalité est perdu en général. C’est littéralement la fin d’une civilisation.

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