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Culture

Le cycle des tendances culturelles selon Jeff Mills

La réédition du disque « Cycle 30 » porte une réflexion et une mise en pratique.

Jeff Mills est ce qu’on peut appeler un des pionniers de la musique Techno venue de Detroit aux États-Unis. Si l’utilisation des machines pour créer de la musique remonte à la fin des années 1970, le style Techno, son nom, son identité est entériné véritablement en 1988 avec la compilation Techno! The New Dance Sound Of Detroit après une décennie d’expérimentations notamment autour du groupe Cybotron.

C’est tout un mouvement qui naît des cendres de la crise de l’automobile. Dans cette grande ville industrielle en désolation, la jeunesse se tourne alors vers les machines, promesse du renouveau.

Né en 1964, Jeff Mills est considéré comme faisant partie de la deuxième vague et il a la particularité d’être toujours là et productif en 2022. Depuis la fondation du label Underground Resistance (UR) en 1989 et le début de sa notoriété en tant que producteur, son travail a toujours été soutenu par une véritable réflexion.

Ainsi le contenu d’Underground Resistance était très politisé et antagoniste, revendiquant le fait d’être quelque chose à part, ne montrant jamais son visage et refusant toute absorption par les grandes maisons de disques.

Pour les membres de ce label, la musique est donc dès le départ une expression relevant forcément d’un mouvement historique, politique, culturel de quelque chose de plus grand, de quasiment cosmique dans le cas de Jeff Mills.

C’est ce qui marque aussi les productions de son label Axis Record créé en 1992 et toujours actif. Résolument tourné vers le futur, très ouvert à de nombreuses influences, il n’a pas cessé de regarder vers les astres.

Jeff Mills aura tenu le fil de sa démarche, sans jamais renoncer à la créativité, et en évitant plutôt brillamment de tomber dans les pièges de la standardisation.

En 1994, il sort un disque emblématique de sa réflexion : Cycle 30. Imprimé en 300 exemplaires en 2022 pour les 30 ans du label, le disque est accompagné d’une longue explication de cette théorie.

Ce chiffre 30 n’est pas un hasard puisqu’il représente pour lui un cycle pour les tendances musicales.

À l’origine, le musicien ayant connu cet incroyable et stimulant bouleversement de la musique électronique, s’est posé la question que toute personne impliquée culturellement dans une scène se pose : comment expliquer ces vagues qui déferlent et vous changent tout un paysage musical, graphique, vestimentaire… Et surtout, quand sera la prochaine ? Peut-on la prévoir ? Peut-on la provoquer ?

Se rendant compte que chaque nouvelle tendance de la culture comporte des éléments d’une ancienne tendance formant ainsi une sorte de cycle, Jeff Mills se penche donc sur les mouvements artistiques de ce début des années 1990 et ceux passés dont voici sa synthèse :

« Les décennies 1930, 1960 et 1990 sont apparues comme les plus fructueuses en termes de progrès, mais les décennies 1920, 1950 et 1980 ont été plus propices à la contemplation et à la formulation d’hypothèses. »

Il cherche ensuite à ancrer ces cycles dans des raisons historiques. Il remarque ainsi que les grandes séquences historiques auraient eu des « réponses créatives » :

« La première guerre mondiale/la grippe espagnole des années 1910, la deuxième guerre mondiale/la fin de l’ère industrielle des années 1940. La guerre froide, la guerre du Vietnam, le mouvement hippie et la conception de l’ordinateur individuel dans les années 1960. Chaque situation a contribué à repousser les limites psychologiques et sociales de la théorie de la réflexion à propos du fait de créer jusqu’à la concrétiser matériellement. »

On peut d’ailleurs noter ici une formulation ne faisant pas de séparation entre ce qui relève de la guerre elle-même, de ses conséquences et de sa critique issue du peuple.

Voici donc pour ce qui est de l’idée générale qui a porté l’album cycle 30 à son origine en tant que mise en pratique ou une tentative de refléter une démarche productive.

Dans le contenu l’album cycle 30 est composé d’une face A qui se présente comme une collection de boucle Techno, elles sont au nombre de huit. Sur un vinyle classique, les sillons forment une spirale et le disque a un début et une fin avec plusieurs pistes se succédant. Sur cette face les huit sillons sont strictement parallèles, les boucles se jouent donc à l’infini.

« Chaque boucle représente toutes les 30 années dans le passé et le futur. À partir du bord extérieur du vinyle, les boucles sont plus raffinées dans leur texture et à mesure qu’elles se rapprochent du trou central (et à travers l’horizon des événements jusqu’au point d’infini – le trou central de la broche du vinyle), les boucles deviennent plus primitives et plus dures. »

Sur la face B, trois titres : Man from the Futur qui aborde la connaissance du passé pour prévoir l’avenir ; Vertical qui «  fait référence à l’idée que la réalité ne passe pas d’un moment à l’autre, mais qu’elle s’accumule et est plus ou moins un processus d’empilement d’informations » ; et Utopia qui affirme les aspirations profondes de l’humain pour l’harmonie, pour atteindre, en ses propres termes « un royaume de perfection et de divinité ». Pour lui, « ce sont les nombreuses interprétations de ce souhait (de ce à quoi ressemble l’Utopie) qui créent les débats, les problèmes, les conflits et les solutions qui ont poussé, et parfois traîné l’humanité en avant. »

L’absence criante d’Utopie de nos jours rend pertinente la réimpression de ce disque, d’autant plus que l’Histoire est de retour. La théorie de Jeff Mills serait-elle sur le point de se vérifier ?

En tout cas on ne peut pas accuser le moine de la Techno de ne pas avoir essayé de participer à l’émergence du nouveau pendant ces dernières années, il a toujours renouvelé ses collaborations, tentant des fusions entre Techno et musique classique ou entre Techno et Afrobeat. Comme avec « Blue Potential », collaboration avec l’orchestre philarmonique de Montpellier ou celle avec le gigantesque batteur Tony Allen juste avant son décès pour l’album « Tomorrow Come the Harvest ».

Mais malheureusement en art comme en politique, il ne suffit pas d’être fidèle à ses principes : rien ne peut se faire sans la conjoncture de l’Histoire, et la base pour ne pas rater le train c’est de faire comme s’il pouvait passer à tout moment.

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Politique

Face à l’OTAN, Marine Le Pen s’enfonce

On assiste au crash de l’extrême droite française.

On le sait : depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février 2022, jamais l’extrême-droite française dans ses composantes représentatives, pas plus Marine Le Pen qu’Eric Zemmour, n’a osé s’opposer réellement à l’Otan.

Encore lors de la rentrée parlementaire du 3 octobre, pas un député du Rassemblement national n’a eu le courage de refuser l’adoubement général et belliciste de l’Assemblée nationale, alors ornée de drapeaux ukrainiens, à l’ambassadeur de Kiev en France.

Lors d’une interview sur l’émission « Punchlines » animée par Cnews-Europe 1, chaînes connues pour leur populisme outrancier, Marine Le Pen a de nouveau tenté un exercice d’équilibriste, qui se résume en fait très concrètement à un suivisme vis-à-vis de l’Otan.

Elle s’est ainsi déclarée opposée à nouvelles livraisons de canons Ceasar à l’Ukraine, au motif que cela diminuerait la « sécurité nationale ». Elle a critiqué les va-t-en-guerre et appelé à des « pourparlers », et on sent que c’est là une perspective bricolée. Puis, sans aucun esprit de conséquence avec le reste, elle s’écrase :

« Je pense que transmettre du savoir-faire, des formations à l’armée ukrainienne, du matériel de protection, des gilets pare-balles, etc., aller livrer du matériel lourd dont, encore une fois, nos armées ont besoin, est affaiblir et prendre un risque pour notre sécurité intérieure. »

Marine Le Pen adopte ainsi une posture bien timide tout en se parant des vertus de grande opposante car elle aurait été la seule qui depuis le début aurait critiqué ces livraisons d’armes lourdes.

Pourtant, on notera qu’aucun extrait de ses propos ne sont publiés sur son compte Twitter, à l’inverse de déclarations sans grande surprise sur l’immigration, l’insécurité, les difficultés sociales, etc.

Car Marine Le Pen est comme tous les autres représentants politiques : elle cherche à éviter au maximum le sujet brûlant de la guerre car elle sent que le cours de l’Histoire a dorénavant basculé en sa défaveur et qu’il lui faudrait bien expliquer, par une sacrée contorsion, qu’elle reste la voix du nationalisme français…tout en ayant abandonné la France à l’Otan, donc aux États-Unis. Alors aux contorsions, est préférée au mieux l’esquive, au pire la tiédeur centriste.

Cela pose un problème, et non des moindres, pour le nationalisme français. La France, ce n’est pas l’Italie avec une Droite et une extrême-Droite qui a toujours été pro-États-Unis et pro-Otan, du fait du partage nucléaire et des multiples bases américaines, expliquant d’ailleurs la position pro-Otan de Giorgia Meloni.

En France, pour se poser en champion du nationalisme, difficile de ne pas assumer la tradition gaulliste, dont le point d’orgue a été les années 1960 avec la mise en place de la dite « autonomie stratégique » construite autour d’une armée complète et surtout d’une « dissuasion » nucléaire déployée sur les trois champs de la conflictualité (terre, air, mer).

C’est d’ailleurs toute la subtilité des propos de Marine Le Pen : refuser l’abandon de canons Caesar pour s’attirer la sympathie de certains officiers inquiets de la situation des armées, tout en rassurant l’Otan, en fait les États-Unis, sur le soutien avec les formations militaires.

La France est en effet connue et reconnue par les pays du capitalisme occidental comme ayant une grande tradition militaire dans les modalités de formation des armées, expérience des répressions des mouvements anticoloniaux oblige.

Mais quand l’Histoire roule à grande vitesse comme aujourd’hui, la subtilité ne compte plus. Ce qui compte c’est la capacité à assumer une position fidèle à sa conception justement historique.

La vérité c’est que Marine Le Pen essaye de composer bien maladroitement entre le nationalisme et la réalité d’une France moribonde bien incapable de se maintenir sans la force de frappe économique et militaire des États-Unis.

Si la France comme nation reléguée a été la situation qui a apporté de l’eau au moulin du nationalisme-social de Marine Le Pen, cela s’est retourné en son contraire depuis le 24 février 2022, voire même depuis l’irruption de la pandémie de Covid-19.

La France est tellement rabougrie que son sort est scellé : au sein du monde capitaliste qui marche vers la guerre entre les deux superpuissances américaine et chinoise, l’avenir de la France se fera en soumission à l’Otan. Il n’y a pas d’alternative possible pour la bourgeoisie, en tous cas pour l’instant.

La fraction de la bourgeoisie représentée par Marine Le Pen n’a plus les leviers politiques, culturels, idéologiques pour s’assumer telle qu’elle est. Elle est K-O et à la dérive totale. En réalité, c’est toute la bourgeoisie française qui est dans cet état et laisse donc les États-Unis piloter tant bien que mal la marche du capitalisme occidental, en espérant pouvoir mettre quelques limites de ci, de là…

Même s’imaginer taper très dur sur les travailleurs, car il faudrait vraiment taper très, très fort, pour ramener une croissance telle que le capitalisme français pourrait s’assumer indépendant, est devenu un rêve nationaliste inatteignable. Ainsi, même un nationaliste qui chercherait à le rester jusqu’au bout, risque de basculer en fait dans le camp du socialisme.

Ce qui laisse l’espace à qui voudra assumer la Gauche historique. Car la relance générale d’une France indépendante, sur les plans économique et social mais aussi moral et culturel, ne peut se faire qu’avec la classe ouvrière au poste de commandes, avec le Socialisme.

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Guerre

« Le militarisme » par Frans Fischer (1902)

Extrait d’une brochure anti-militariste écrite par le militant socialiste belge Frans Fischer en 1902.

La raison capitaliste  

A vrai dire, l’hypocrite et monstrueuse mégalomanie des rois et autres pasteurs des peuples ne suffirait pas à justifier l’existence d’armées permanentes, alors que ces peuples eux-mêmes demandent ardemment la paix.  

Le militarisme est un mal nécessaire à l’existence même du régime capitaliste. C’est grâce à lui, grâce à sa force, que des hommes qui ne se laisseraient pas dépouiller impunément, sont frustrés des richesses qu’ils ont créées et dont ils sont les maîtres légitimes.  

Si l’on voulait, en les dégageant des mensonges voulus de l’histoire, rechercher les causes de toutes les guerres qui ont ensanglanté l’humanité, on devrait bien vite reconnaître que toujours ces causes furent économiques et que les luttes visaient la conquête de richesses par la force. A plus forte raison, dans une société basée sur la libre concurrence, où les plus grands et les plus puissants doivent nécessairement écraser les plus petits et les plus faibles, la guerre et son expression immédiate, le militarisme doivent inévitablement perdurer.  

Sans doute, lorsqu’on envisage la politique internationale moderne, on peut affirmer que les guerres entre peuples civilisés d’un même continent deviennent de moins en moins fréquentes. C’est la conséquence du régime de la paix armée qui a contraint toutes les nations à augmenter leurs charges militaires, à s’armer jusqu’aux dents et à créer, par des alliances, ce qu’on appelle notamment l’équilibre européen. C’est la paix du chat et du chien qui s’épient et se gardent bien de commencer l’attaque, parce qu’ils savent réciproquement que le chat possède des griffes et que le chien a ses crocs.  

Mais du moment où l’on croit l’adversaire inférieur en force, où l’on est certain de l’indifférente inaction des autres puissances, la guerre est bien vite déchaînée. Qu’un pays réputé inférieur ait le malheur de recéler des richesses, et l’on verra d’autres nations, sous le mensonger prétexté de civilisation et d’expansion coloniale, se ruer sur ce malheureux peuple et, par le fer et le feu, lui dérober ses biens et sa liberté.  

Aussi l’on comprend que tous les « glorieux faits d’armes « des guerriers de nos jours constituent en réalité des brigandages d’individus munis d’armes perfectionnées contre des pauvres gens sachant à peine se défendre ; le pillage du Palais d’Eté, les exactions des Français au Tonkin et à Madagascar, les exploits de nos coupeurs de mains au Congo, des civilisateurs hollandais à Atjeh, et des bourreaux anglais au Transvaal, tout cela révèle la même cruauté, la même lâcheté et la même cupidité des capitalistes. Humanité, Justice, défense des petits et des opprimés sont autant de mots qui disparaissent lorsqu’on invoque la nécessité de conquérir la richesse sans travailler.  

Conquérir et conserver la richesse, car les armées ont un double rôle. 

[…] 

Dans la société capitaliste, cette paix universelle ne saurait être qu’une utopie, puisque le régime tout entier procède de la lutte et de l’écrasement des faibles par la force. C’est en supprimant les causes fondamentales de la guerre et du militarisme, les antagonismes économiques, que l’on fera disparaître à jamais ces deux maux.  

Le Socialisme a pour mission de détruire les causes de lutte et de souffrance ; en établissant la justice sociale, en restituant aux travailleurs la part de richesse et de liberté qui leur revient légitimement, en proclamant la solidarité internationale de tout ce qui travaille, pense et crée, il fera définitivement la paix entre les hommes.  

Et d’un grand geste libérateur, il appellera l’humanité à consacrer, à donner tout son merveilleux effort, non plus aux œuvres de haine et de destruction, mais à l’amélioration, à l’épanouissement, à la glorification de la vie.  

Qui veut combattre la guerre, doit lutter contre le militarisme et aider au renversement du capitalisme.

Qui veut la paix doit rechercher la justice toute entière dans le Socialisme. 

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Société

Coup de pression des grands laboratoires pour préserver leurs marges de profit

L’État est incapable de collectiviser ce secteur de la santé.

À partir du 14 novembre une prétendue grève est déposée par le syndicat « Alliance de la biologie médicale » (ABM), suite à la volonté du gouvernement de « récupérer » 250 millions d’euros chaque année pendant 4 ans en réduisant les tarifs des actes pratiqués par les laboratoires.

En signe de protestation, de nombreux laboratoires ont décider de fermer leurs portes en plus d’avoir suspendu les remontées du nombre de tests covid positifs. Les dirigeants des groupes de biologie médicale, représentés par l’ABM ont proposé une contribution exceptionnelle en rapport avec les profits des seules années 2020 et 2021.

Derrière cette alliance syndicale, on retrouve les plus gros laboratoires de France tels que Biogroup un leader européen avec 25 % de parts de marché dans le secteur, ou encore le groupe Inovie qui possède plus de 500 laboratoires en France et Cerba Healthcare, 600 laboratoires en France et présent dans 11 pays d’Afrique qui est également signataire de la « grève ». À eux trois, BiogroupInovie et Cerba représentent 40 % du marché.

C’est que le secteur est soumis à d’intenses fusions-acquisitions depuis les années 2000, pour arriver à une situation rapprochant chacune de ces enseignes d’une situation de monopole. En France il y avait 5000 enseignes de laboratoires en 2008, aujourd’hui elles ne sont plus que 400.

À ce titre, le chiffre d’affaire de Biogroup est passé d’un chiffre d’affaire estimé à 600 millions en 2019 à 950 millions d’euros en 2020, 1,3 milliards en 2021. Celui d’Inovie de 465 millions en 2019, à 741 millions en 2020, un peu plus de 1 milliard en 2021. Chez Cerba on est autour du milliard en 2019, 1,3 milliard en 2020 et 1,5 milliards en 2021.

On voit donc bien que les profits de ces groupes ne datent pas du covid et que la privatisation de la santé est un problème général, mais ceux-ci ont en effet augmenté de 85 % durant la pandémie.

Mais ce qu’il faut saisir, c’est que plus le capital grossit, plus d’argent est emprunté, le covid et la confiance des marchés dans ce secteur en ayant amplifié le montant. Ainsi par exemple Biogroup a emprunté un total de 2,8 milliards d’euros en 2021 afin de stabiliser son capital et pouvoir continuer sa série de rachat de laboratoires en France et en Europe.

Il y a donc d’un côté une intense activité de concurrence nécessitant toujours plus d’emprunts pour ne pas perdre sa place, de l’autre, tout ce beau monde s’organise pour la défense de leur intérêt commun à pouvoir continuer à se manger entre eux.

C’est cela que défendent les syndicats de biologistes en fermant les laboratoires qui, plutôt qu’une grève, est un véritable coup de force antipopulaire pour faire pression sur le gouvernement.

C’est un secteur qui a eu un rôle de premier ordre d’un point de vue social durant la pandémie de covid-19, mais les premières lignes étaient davantage les étudiants en médecine, les secrétaires, les employés de laboratoire, les transporteurs des écouvillons que l’Alliance de la Biologie Médicale. Si l’on parle de grève, on s’attendrait à avoir l’avis de ces personnes sur les bénéfices faits par le cartel des biologistes…

Malheureusement l’activité exemplaire de ce secteur ne permet pas une collectivisation de cette richesse pour l’ensemble du secteur de la santé : l’hôpital public, les EHPAD qui sont dans un état catastrophique.

On est face à une contradiction typique de notre époque. La pandémie avait en effet obligé le gouvernement à faire un pas dans le collectivisme en tentant de faire primer le bien-être collectif dicté par la lutte contre le virus avec la politique du « quoiqu’il en coûte ».

Désormais tout un pan de l’économie s’apprête à s’écrouler avec le retour du libéralisme débridé et l’État ne veut assumer ce qui va avec, c’est-à-dire l’austérité en rognant sur les budgets de la sécurité sociale. Alors il tergiverse et s’enfonce dans ses propres contradictions, soulevant une pierre bien trop grosse pour lui : grappiller quelques miettes de profits pour mieux esquiver la nécessité de collectiviser les laboratoires de biologie médicale.

Car collectiviser le secteur de la santé est comme ailleurs une urgence d’époque que seule la Gauche historique est en mesure d’assumer.

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Guerre

L’exercice SERRAT 2022 en Ardèche, une préparation à la guerre psychologique

L’armée française teste sa propagande politico-militaire sur la population civile.

La guerre n’est pas qu’une question de rapport de forces militaire entre différentes puissances qui s’affrontent, le domaine de l’information est d’une importance cruciale et impliquer les populations derrière les intérêts militaires de telle ou telle puissance est essentiel pour préparer une intervention ou pour tenir dans la durée.

Il est impossible de faire la guerre sans le soutien de larges pans de la société civile qui composent « l’arrière ». On peut même carrément affirmer que les deux précédentes guerres mondiales ont démontré que la qualité des arrières était l’aspect central dans le succès militaire, du fait de l’inéluctable guerre d’usure qui s’impose lorsque le conflit s’ancre dans la durée.

En France, le vaste dispositif militaire compte en son sein un organisme dédié spécialement à cette tâche, rattaché directement au renseignement militaire. En plus d’être spécialisé dans les actions armées en relation avec les civils, le Centre interarmées d’action sur l’environnement (CIAE) est aussi spécialisé dans les opérations psychologiques.

Basée à Lyon, cette unité de 200 militaires (plus 100 réservistes) regroupe depuis le 1er juillet 2012 la Coopération Civilo-Militaire (CIMIC) et les Opérations Psychologiques ou Opérations Militaires d’Influences (OMI).

Elle est chargée de réfléchir à l’organisation de la propagande militaire dans les zones de conflit avec comme horizon l’idée émise par l’ex-chef d’état-major des armées Pierre de Villiers comme quoi « gagner la guerre ne suffit pas, il faut gagner la paix ».

Pour cela, il faut être en mesure d’impliquer les gens et lorsqu’on est une armée qui est de fait séparée de la vie quotidienne, qui plus est au service d’intérêts antipopulaires, cela ne va pas de soi.

Les missions civilo-militaires remplies par le CIAE visent donc à contre-carrer toute tentative de la population de s’organiser sur ses propres bases lorsqu’un conflit survient et qui occasionne forcément un chaos antisocial. Il faut donc militariser la société civile, c’est-à-dire faire encadrer toutes les activités essentielles d’une région par l’armée pour éviter de laisser le terrain vacant…

Voici par exemple une illustration de ce type d’action lors de l’opération Serval au Mali entre 2013 et 2014 donnée par Renaud Ancelin, chef du corps du CIAE en 2017, dont on comprend aisément qu’elle est une opération de propagande militariste opposée à l’émancipation populaire :

« Le marché de Gao est, comme dans tous les villes ou villages d’Afrique, le centre de vie de la cité, mais aussi de la région. Le marché a été détruit dès le début du conflit, lors de la descente des terroristes vers le sud. Après que la ville a été libérée par la force Serval, l’officier responsable des APEO dans la partie nord du pays, décidait de mener, dans le cadre des ACM [Action Civilo-Militaire], la reconstruction de ce lieu de vie. Son objectif facial était de montrer à la population locale que Serval était là pour les aider à retrouver une vie normale (…).

Les équipes d’ACM ont donc aidé les entreprises locales à reconstruire le marché. Les OMI [Opérations Militaires d’Influences] ont permis de multiplier les contacts avec les acteurs locaux, les autorités et les relais d’influence afin de leur expliquer nos opérations et de faire accepter la présence de la force, mais également de lutter contre le soutien local résiduel aux groupes terroristes qui pouvait perdurer dans la région. »

Depuis 2021, le CIAE va plus loin dans sa maîtrise de la propagande avec une doctrine qui assume clairement le fait que « l’information fausse, manipulée ou subvertie, est une arme ». Dans ce cadre, « la possibilité de diffuser de fausses informations afin de tromper l’adversaire ou de convaincre les acteurs d’une crise d’agir dans le sens souhaité ».

Cette semaine, du 14 au 18 novembre, cet organisme se prépare donc à utiliser la population civile du nord de l’Ardèche dans le cadre de l’exercice interarmées baptisé SERRAT en collaboration avec des militaires belges et espagnols.

Les symboles employés, l’OTAN d’un côté et un symbole représentant le communisme de l’autre, veulent tout dire. C’est aussi une manière de désigner la Russie comme ennemi, bien sûr, de manière caricaturale. Mais c’est également et surtout, du point de vue de la Gauche historique, un reflet du caractère d’affrontement que prend la lutte des classes. La bourgeoisie assume le combat contre-révolutionnaire.

Le scénario présenté publiquement sur le site des mairies où va se dérouler cet exercice parle d’une situation de guerre civile ou d’une insurrection des secteurs séparatistes de la population. On retrouve ici les récits d’anticipation avec notamment une Red Team composée de dix auteurs de science-fiction chargée de proposer à l’armée de tels scénarios en vue d’exercices.

Voici la présentation du scénario que l’on peut trouver sur le site de la mairie de Vernoux-en-Vivarais où doit se dérouler l’exercice :

« Cet exercice interallié se propose de nous immerger dans un contexte de crise en nous plongeant dans la situation d’une province, l’Isardro dont la capitale est Valence, venant de faire sécession avec sa nation mère, la Saupaudie. Sur fond de tensions ethniques voyant s’opposer Avernes (population majoritaire de l’Isardro) et Saupaudiens (forte minorité en Isardro et soutenue par son ancienne nation mère), la Saupaudie envahi l’Isardro jusqu’à l’intervention de l’OTAN.

Au début de l’exercice, notre commune issue de la minorité saupaudienne, a déjà subi les affres de la ségrégation averne et est donc plongée dans les marasmes d’un conflit qui semble se finir. Les équipes s’entrainant lors de l’exercice SERRAT 2022 auront la lourde tâche de dialoguer avec une population en souffrance afin de lui éviter de retomber dans les travers qui ont plongé son pays dans la guerre. »

A ce titre, le fait que cet exercice soit communiqué publiquement plusieurs semaines avant fait sûrement déjà partie de l’exercice tant les activités militaires sont généralement opaques. Ici, l’enjeu est bien de tester la population, de voir comment l’armée est à même de s’intégrer dans la société civile pour mieux désamorcer tout ce qui pourrait sortir du cadre pensé par l’état-major.

Couplé à la hausse du budget militaire et aux multiples exercices dits de « haute intensité », un tel exercice psychologique illustre comment l’armée française se prépare à une guerre généralisée qui implique tous les aspects de la vie d’un pays capitaliste moderne, bien loin des OPEX des années 1990-2000.

Si elle se veut pacifiste et démocratique, la Gauche se doit de dénoncer les mises en œuvres du Centre interarmées d’action sur l’environnement qui ne vise qu’à approfondir la militarisation de la société toute entière en vue de la conditionner à la guerre mondiale de repartage.

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Culture

« Teen Beat » nouveau clip du groupe Automatic

Le nouveau clip d’un album retro acidulé.

Le groupe de new wave Automatic vient de sortir le clip du titre Teen Beat, faisant suite aux trois autres marquant la sortie de l’album « Excess » sorti en juin dernierAprès le débordant d’énergie « Signal », sorti en septembre 2019, le trio féminin, composé notamment de la fille du batteur du groupe de post-punk Bauhaus, nous propose dix titres aux atmosphères plus variées.

Teen Beat est un titre marqué par des sonorités distordues et ponctué d’un rire métallique sur le quel viennent se superposer des images évoquant la destruction de la nature sous plusieurs formes. Les paroles évoquent un conflit soit générationnel autour de l’écologie ou entre les victimes de l’écocide et ses responsables, tandis que le clip semble montrer une génération qui essaye de composer entre vivre sa jeunesse et anticiper un avenir sombre.

Le reste de l’album n’est pas moins intéressant, voir davantage, les artistes le qualifient elles-mêmes de « dystopique » mais l’ambiance n’y est pas pour autant nihiliste.

New Beginning est le morceau le plus révélateur d’une démarche entre bilan effronté et refus de ranger ses espérances dans le placard de la morosité. Les accords de basse et les percussions sont entraînants, et les nappes synthétiques sont fulgurantes, rugueuses et robotiques. Avec même quelques notes électroniques, ajoutant une ambiance presque mystérieuse.

Les paroles évoquent l’espoir d’un nouveau départ avant la fin du monde, ailleurs dans le cosmos.

The stars will light the way / Les étoiles éclaireront le chemin

Though we face resistance / Bien que nous rencontrions de la résistance

There’s hope to make it out / Il y a de l’espoir pour s’en sortir

And I can still remember dancing / Et je me souviens d’avoir dansé

I been hearing music play / Avoir entendu de la musique

Maybe there’s enough to save us / Peut-être qu’il y en a assez pour nous sauver

Maybe there’s enough to dream / Il y en a peut-être assez pour rêver

L’univers des clips superposent les périodes dite des « trente glorieuses » et celle de la fin des utopies, les années 1990, dans un style résolument retro avec une image texturée et acidulée. 

New Beginning nous rappelle par exemple à quel point on pouvait rêver d’un mode de vie différent, que ce soit dans les représentations type science-fiction occidentale ou dans l’imagerie soviétique. 

Skyscraper, montre en revanche comment la monotonie capitaliste a mis fin aux idéaux, on ne rêve plus de conquérir l’espace, les gens sont transformés en des robots dans des bureaux et les esprits sont pervertis.

No country or cause / Pas de pays ni de cause

You’re lost in the fog / Tu es perdu dans le brouillard

Your skin fits so tight now you can’t move at all / Ta peau est si serrée que tu ne peux plus bouger du tout.

Certains morceaux vont sur des thématiques précises, comme la condition féminine avec Venus Hour qui dénonce avec poésie les standards sexistes de trois époques différentes (successivement les années 1930, 60 et 90).

Du point de vue ambiance, le morceau Realms fait exception et dénote d’une sorte d’abattement face à « un monde si irréel » et une volonté de lâcher prise.

Alors que composé en grande partie avant la guerre, on a en somme un album qui reflète déjà une époque où se projeter est compliqué pour la jeunesse, les perspectives utopiques étant bien maigres. Automatic est en tout cas un de ces groupes qui pourrait bien saisir et refléter avec sensibilité un grand idéal commun quand l’avenir sera plus clair.

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Écologie

En Chine, l’usine de l’horreur

L’humanité persiste à basculer dans l’horreur.

Touchée par une épidémie de fièvre porcine africaine (FPA) depuis 2019, la Chine a investi des millions d’euros pour la construction de gratte-ciels d’élevage monstrueux pouvant contenir 650 000 cochons sur 26 étages, afin de reconstituer son cheptel de porcs et garder sa place de premier producteur de viande porcine.

Si celui-ci était auparavant en grande majorité réparti sur des exploitations paysannes, la filière chinoise prend un virage entièrement industriel sur le modèle européen. Un modèle porté à son paroxysme dans la négation de la vie des animaux et sans aucune garantie d’être épargné par l’épidémie qui continue à se répandre dans le monde.

L’immeuble-usine est ainsi climatisé à chaque étage pour aérer les salles, de la même manière que chaque porc verra sa température suivie à la trace numérique afin de détecter au plus vite tout cas de fièvre porcine. Avec ces immeubles-usines, on est dans le pire du capitalisme avec sa mentalité infâme qui veut qu’on pourrait « produire » de la matière vivante comme bon nous semble, sans se soucier d’aucune sensibilité.

Les épidémiologistes annonçaient en 2019 qu’un quart du cheptel mondial pourrait être menacé, la chine ayant sur son sol 400 millions de porcs destinés à la consommation et à l’exportation, c’est près de 100 millions d’individus en moins que la filière cherche à compenser dans ces élevages hyper-concentrés. L’idée est de garder les animaux confinés pour défier le virus et ainsi préserver le marché de la viande porcine.

Même si les cas se multiplient en Europe, la France a vu ses exportations vers la Chine augmenter de 55 %. À ce titre la coopérative agricole et agroalimentaire du Grand Ouest revendique être passée de 70 000 tonnes de porc exportée vers la Chine en 2020 à 85 000 en 2021. En 2021 également, un accord a été signé entre la Chine et la France pour pouvoir continuer ces exportations même si un élevage en France venait à être touché par la FPA.

Rien que cela montre à quel point mentent tous ceux qui parlent d’avancées pour les animaux puisque de grandes entreprises proposent des gammes de nourriture végétale… Au contraire, les animaux subissent une situation toujours plus infâme, toujours plus dégradante, toujours plus insoutenable.

Tout est fait pour que les choses continuent comme si de rien était, tant en France qu’en Chine alors que de nombreux rapports pointent la responsabilité de la concentration de l’élevage associé à la déforestation comme source des zoonoses.

Notons que dans le cas de ces « porcheries gratte-ciel » on se trouve à Ezhou non loin de Wuhan. Une ville à l’expansion galopante, mordant sur les forêts alentours et où la proximité entre animaux d’élevage et animaux sauvages a été pointée dans le cadre du covid-19. Bref, l’Humanité n’a décidément aucune envie d’apprendre de ses erreurs, pire elle persiste à basculer dans l’horreur.

Le seul moyen de sortir du cercle vicieux menant aux pandémies et aux ignobles abattages préventifs d’animaux d’élevage, c’est évidemment d’arrêter la consommation d’animaux et de produits d’origine animale. Non seulement parce que c’est ignoble moralement de considérer des animaux comme des objets-marchandises, mais aussi parce que les épidémies de zoonose en sont le revers tout comme les émissions de gaz à effets de serre.

Que de telles choses soient encore possibles en 2022 révèle bien que l’Humanité a besoin d’une grande vague morale qui soit en mesure de la purifier de toutes les horreurs qu’elle commet…

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Politique

L’extrême Droite a loupé le train de l’histoire…et c’est tant mieux

Pour la sortie de l’OTAN, place à la Gauche historique.

Sur agauche.org qui suit en long et en large depuis maintenant avril 2021 le conflit en Ukraine, il n’a pas été cessé de rappeler que cette guerre, loin d’être une fantaisie sortie de la tête de Poutine, relevait d’une tendance générale à la guerre de repartage du monde.

Chaque jour confirme cela et il va sans dire qu’une telle réalité amène fatalement les choses à prendre des tournures d’importance. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’on fait de la politique : nier ou contourner la guerre en Ukraine dans ses implications totales, c’est se couper de l’Histoire en marche.

Cela, les lecteurs assidus d’agauche.org l’ont bien compris. Ce qui amène à cette autre question qui ne manque d’émerger : si la politique est dorénavant conditionnée à des prises de positions sur ce conflit, qu’en est-il de l’extrême Droite ? Car force est de constater que l’extrême Droite qui a repris le flambeau du néo-gaullisme soulève une pierre trop grande pour elle, pour ne pas dire insoutenable en pratique comme il l’a été dernièrement remarqué.

Oui mais alors, au-delà de l’impossible néo-gaullisme du fait de ses vaines prétentions d’indépendance nationale, l’extrême Droite n’est-elle pas vue comme une force pro-russe ? Question tout à fait sérieuse et qui montre le rouleau compresseur de l’histoire en marche. Car oui, plus qu’être vue comme telle, l’extrême Droite a toujours entretenu des liens directs avec le régime de Poutine. Cela s’explique notamment par sa défense d’un ordre traditionnel-conservateur contre un occident « dégénéré » (et en réalité capitaliste décadent).

A moins d’être de mauvaise foi, l’extrême droite ne peut qu’admirer le discours critique de Poutine contre la propagande LGBT et la transformation des états civils en « parent n°1 et parent n°2 ». D’ailleurs, c’est pour cette raison que Marion Maréchal accompagnée de Thierry Mariani et d’André Kotarac, alors cadre de LFI, se rendaient en Crimée au Forum économique de Yalta en avril 2019.

« Je ne suis pas d’accord avec Mariani et Maréchal sur de nombreux sujets. Mais sur la défense de la souveraineté et sur la nécessité de s’allier à la Russie, je suis d’accord », disait Andréa Kotarac, qui devait passer au Rassemblement National quelques jours après ce voyage en Crimée.

En dehors des (très minoritaires) nationalistes-révolutionnaires qui soutiennent depuis 2014 les clans néo-nazis intégrés dans l’armée ukrainienne, donc l’OTAN, l’extrême Droite française est évidemment pro-russe, comme preuve renouvelée de son impossible néo-gaullisme.

Mais le problème historique, c’est bien que cette extrême Droite française s’est couchée et pas qu’un peu. Il peut bien y avoir des prises de position individuelles de-ci, de-là, et il est fort à parier que les discussions en « off » soient critiques de l’OTAN et des États-Unis. Il n’en reste pas moins vrai que l’Histoire ne se fait pas « en coulisse » mais devant la face du monde et sur ce terrain là, l’extrême Droite française a choisi de s’aligner sur l’OTAN et les États-Unis.

Aucun député RN, pas plus que LFI, n’a eu le courage de ne pas applaudir et de refuser de soutenir l’ambassadeur ukrainien lors de la session de rentrée parlementaire du 3 octobre. Voilà tout, fin de l’histoire. Mais maintenant, qui prendra au sérieux demain le RN ouvertement pro États-Unis et pro-OTAN ? De la même manière que la chance de se « rattraper » en réassumant ouvertement son soutien à la Russie s’éloigne toujours plus, à tel point que l’on peut dire qu’elle est même définitivement passée.

De fait pour l’extrême Droite, son espace-temps politique aurait été d’assumer le positionnement pro-russe, en attendant que justement l’histoire, toute l’Histoire se déroule, mais cela demandait d’être contre vents et marées. Et l’extrême Droite est une force bien trop corrompue pour assumer un quelconque antagonisme. Il suffit de voir le vacarme populiste qu’elle fait à propos de l’horrible meurtre de la jeune Lola alors même qu’elle reste silencieuse sur le fait que l’on est au bord d’une guerre mondiale, pour voir qu’elle a été court-circuitée par l’histoire.

Le souci pour l’extrême Droite, c’est que le soutien pro-OTAN, pro-États-Unis relève historiquement du camp libéral et social-libéral. Robert Ménard, lui ne s’y est pas trompé et a depuis le 24 février 2022 rejoint de manière assumée le camp pro-OTAN, quand bien même il fut ces dernières années un des acteurs importants de la dite « droite hors les murs » qui réunissait en réalité les forces pro-russes tels Mariani et Maréchal. Voici par exemple ce que déclarait Marion Maréchal lors du Forum économique de Yalta de 2019 :

Les Russes se souviennent de mes positions dans le débat français, loin de celles de l’élite libérale. Ils invitent les acteurs européens qu’ils perçoivent comme de bons interlocuteurs pour eux.

Même si cela était visible avant, il est maintenant évident que la guerre en Ukraine comme expression de la tendance à la guerre de repartage mène à la polarisation entre la superpuissance américaine et la superpuissance chinoise. Les puissances de second ordre, tels que la Russie, la France, l’Italie, etc., n’ont plus les moyens de leur indépendance et doivent obligatoirement se positionner sous tel ou tel giron au risque de perdre tout crédit.

A moins d’être fidèle à la Gauche historique et de refuser ce réalisme capitaliste, au nom de valeurs réelles, historiques, révolutionnaires.

Le fait même que l’extrême Droite ait loupé le coche met ainsi sur le devant de la scène le retour de la Gauche historique comme force de proposition en France – à condition de comprendre que l’aspect principal de l’évolution du monde, c’est l’affrontement sino-américain pour l’hégémonie mondiale.

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Guerre

La fin de l’utopie bourgeoise

L’utopique mondialisation s’est une nouvelle fois évanouie.

Hier, utopie du chemin de fer et de l’acier, aujourd’hui utopie de l’entrepôt et du conteneur, le rêve d’une humanité unifiée à travers les flux économiques parcourt le monde depuis que le capitalisme s’est réellement élancé au seuil du XIXe siècle.

Car la mondialisation telle qu’on l’entend aujourd’hui n’a pas commencé comme cela est souvent dit en 1991, mais véritablement au XIXe siècle lorsque se sont constitués les premiers trusts internationaux exportant leurs capitaux aux quatre coins du globe.

Et déjà en cette fin de siècle qui avait vu fleurir les mouvements de libération nationale, nombreux étaient les commentateurs proclamant la fin des guerres grâce au règne de la dépendance économique généralisée, alors baptisée « première mondialisation ».

A tel point que la Ligue internationale de la paix et de la liberté fondée en 1867 à Genève avait intitulé son organe « Les Etats-Unis d’Europe ». Il en allait d’une portée historique, celle d’un capitalisme bâtissant une nouvelle civilisation pacifiée. Douce et vaine illusion bourgeoise : le développement des richesses nationales restait fondé sur de puissantes inégalités entre pays, formant le lit de la rancœur et du nationalisme.

Si l’illusion fut critiquée théoriquement par quelques grandes figures du mouvement ouvrier international, tel par-exemple Rosa Luxembourg et Lénine à travers deux articles que sont « Utopies pacifistes » et « Du mot d’ordre des États-Unis d’Europe », l’horreur des tranchées de la première guerre mondiale se chargea du reste.

Maintenant soyons lucides. La « mondialisation » de l’après-guerre froide ne fut rien d’autre qu’un retour à l’élan de cette « première mondialisation ». De cet élan qui fit le bonheur des capitalistes de grandes puissances, trop content de s’élancer à la conquête des terres vierges de l’Est et de l’Asie, enfin domestiquées par l’économie de marché.

Hier comme aujourd’hui, l’illusion ne pouvait durer qu’un temps, le temps d’un cycle d’accumulation du capital. Un cycle qui a vu certains pays stagner, d’autres fleurir, le tout dans le chaos mondial d’une économie de marché qui devient tôt ou tard le tremplin pour une grande guerre de repartage.

Et c’est dans cette conjoncture historique que reprend forme le fameux « retour des nations », ce retour en arrière qu’a déjà connu l’Europe et le monde au seuil de 1914 et qui atteste la péremption de la bourgeoisie comme porteur de la civilisation humaine.

Ce processus qui prend partout en Europe, d’une manière ou d’autre, la forme d’un relatif retrait de certaines règles communautaire de commerce, voir carrément l’autonomisation de certaines chaînes d’approvisionnements économiques mondiales, à l’instar de l’industrie des semi-conducteurs.

À la télévision américaine CNN, Emmanuel Macron déclarait récemment d’une manière pragmatique qui sous-entend clairement la tendance à la guerre de repartage :

Il faut passer d’un monde où l’interdépendance et le commerce étaient un moyen d’éviter les guerres, à un monde où il faut être autonome et indépendant.

Ce qui se passe est donc tout à fait simple. La bourgeoisie a historiquement et positivement constitué des marchés nationaux à travers un processus d’unification sociale et culturelle nationale, puis de cet élan s’est constitué une spécialisation des économies alors interdépendantes, donnant lieu à un marché mondial, une « mondialisation ».

Mais la bourgeoisie ne peut aller jusqu’au bout de ce processus car sa portée historique est fondée sur l’économie de marché qui connaît des antagonismes économiques et des développements inégaux entre pays. Le clash est tôt ou tard inéluctable, et le retour à la base du marché national incontournable.

Le Brexit était déjà annonciateur de tout ce processus historique et les événements historiques de ces cinq dernières années n’ont fait que confirmer une accélération des choses.

Il y a évidemment l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les poussées des forces nationalistes un peu partout en Europe, comme en France avec les 89 députés RN élus en juin, en Suède avec les « Démocrates de Suède » devenu deuxième force politique du pays aux dernières élections législatives, et dernièrement en Italie avec la poussée fulgurante de la figure de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, passée de 4,35 % aux élections de 2018 à 26,47 % en 2022.

En Italie, Giorgia Meloni est très claire sur cette perspective, se disant « prête à faire revivre l’Italie » et à la « faire respecter en Europe ». Et c’est le rêve de l’Union européenne, corollaire de l’illusoire mondialisation, qui s’effondre : elle reste ce qu’elle a toujours été, une interface de négociations financières et commerciales pour les pays développés de l’Ouest européen.

Là aussi, il faut se souvenir de comment le mot d’ordre des « États-Unis d’Europe » était défendu dans les années 1900 par les forces libérales-modernisatrices, tel Georges Clémenceau cherchant à s’appuyer sur l’élan de la « première mondialisation ».

Chimère car déjà se cachait la soumission aux États-Unis qui allaient devenir la principale force capitaliste mondiale au sortir de la première guerre mondiale. Et l’on remarquera combien la filiation historique de Georges Clémenceau se trouve en Emmanuel Macron, l’un comme l’autre soutenant une Europe au service de la France dans le cadre d’une alliance avec les États-Unis.

Finalement, en ce début de XXIe siècle, nous voilà revenus au point de départ de la fin XIXe siècle. Et de ce point de vue, l’enjeu est de ne pas retomber dans les erreurs du mouvement ouvrier français, alors divisé entre réformateurs et syndicalistes, tous finissant dans l’Union Sacrée d’août 1914.

Reconnaître la fin de l’illusion bourgeoise, c’est repartir sur les bases de l’utopie socialiste, celle-là qui fait de la fin des antagonismes économiques et des inégalités de développement la condition pour la réalisation d’une coopération entre les peuples du globe.

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Politique

François Ruffin, ennemi n°1 de la Gauche historique

Il est indéniablement une tête de pont du fascisme.

La Gauche historique fait face à deux tendances qui la rongent depuis une dizaine d’années : d’un côté le post-modernisme, de l’autre le national-populisme.

Il apparait de plus en plus que le post-modernisme et son idéologie « décontructiviste » a toujours moins d’emprise sur la classe ouvrière. Son côté libéral-libertaire ne faisant plus illusions quant à ses buts : l’accompagnement du turbocapitalisme. L’alliance de la NUPES avec ses figures médiatiques telles que Sandrine Rousseau ou Danièle Obono, les récentes affaires « Adrien Quatennens », « Julien Bayou » finissent de faire craqueler l’influence du postmodernisme, qui n’est évidemment pas compris comme tel par les sympathisants populaire de la Gauche.

Mais forcément, cela laisse apparaître l’autre grande force qui a toujours saboté la Gauche de l’intérieur : le national-populisme. La figure montante de ce courant est François Ruffin. Et cela ne manque d’interpeller les éléments qui sont le plus intéressés par cette dynamique : les fascistes !

Dans le dernier numéro de la revue « Éléments pour la civilisation européenne« , revue fondée en 1973 autour de l’idée de mener une bataille culturelle axée sur la défense identitaire de type civilisationnel, on retrouve une interview de Marine Le Pen par le directeur de rédaction Pascal Eysseric mais aussi son reportage sur François Ruffin lors d’un débat à la fête de l’Humanité.

Dans une interview sur le dernier numéro de la revue par la chaine YouTube d’extrême-droite TV Libertés, on apprend de la bouche même de François Bousquet, alors rédacteur en chef, que Pascal Eysseric entretien une relation ancienne avec François Ruffin. Avant de se féliciter du fait que « la revue Éléments a accompagné beaucoup de gens qui sont passés de la gauche vers la droite, si tant est que le clivage soit encore opérant ».

Et les gens de cette revue sont d’une habileté redoutable dans leur capacité à pilonner la Gauche dans le pur style fasciste. Ainsi à la question de savoir si le « programme social du RN peut se faire l’économie de la lutte des classes », Marine Le Pen répond :

Le problème en France n’est pas qu’il y ait des riches, mais plutôt qu’il y ait des pauvres, de plus en plus de pauvres. Il ne faut pas lutter contre la richesse légitimement acquise, mais contre la pauvreté qui est incompatible avec la vision d’une société harmonieuse que, comme nationaux, nous défendons […] Nous pensons que le marxisme haineux comme le capitalisme prédateur réduisent toute la vie nationale à confrontation fratricide sur le champ de bataille économique. C’est un projet incompatible avec la conception fraternelle que nous défendons de la communauté nationale.

On comprend alors que le reportage dans ce même numéro sur François Ruffin ne relève en rien du hasard mais bien du fait qu’il est vu comme une tête de pont dans le cadre d’une offensive « métapolitique » visant à récupérer le reste des classes populaires qui n’ont pas encore été emportées par la démagogie national-sociale du RN. Derrière, il y a une opération de sabotage de la lutte des classes visant à barrer la route à toute reconstruction de la Gauche sur ses bases historiques.

Dans son reportage sur François Ruffin, Pascal Eysseric se félicite que « la grande nouveauté de la fête de l’huma […] c’est que la rédaction d’Éléments ait reçu une invitation du département de la Seine-Saint-Denis ». Puis il lance son opération idéologique par ces lignes habiles :

A Gauche, ce sont les deux seuls députés de la NUPES [Roussel/Ruffin] à parler ouvertement d’ « assistanat », de « système de revenu de substitution à vie pour certaines familles », de « cas soc' », à parler de frontières et de protectionnisme […]

Pour l’heure, Ruffin ne veut pas aller plus avant. Il s’accroche à des hochets indignes de lui sur « l’économie de guerre climatique », mais un mot, timidement , a fait son apparition « faire Nation ». Il est répété deux fois, curieuse coquille […]

Comme tous les assiégés, il se pose des questions : « sera-t-on abandonnés par les états-majors ? » Croit-il seulement à la dédicace qu’il nous a écrite en page de garde de son livre : « Pour Pascal, et pour qu’à la fin, c’est les gentils qui vont gagner »

Pour cause, François Ruffin a été réélu député aux élections législatives 2022 dans une circonscription où Marine Le Pen a atteint des sommets vertigineux lors du premier tour des présidentielles. Cette réélection est alors présentée comme une victoire de Gauche face à l’extrême droite, avec en apparence une bataille antifasciste contre la démagogie.

Sauf que non… car en fait François Ruffin et Marine Le Pen, vue comme la « Vierge Marine » dans sa circonscription, ce sont les deux faces d’une même pièce, celle de l’union nationale sur la base de la solidarité sociale.

On ne peut pas arriver avec 65,56 % des voix à Flixecourt aux législatives, seulement deux mois après après que Marine Le Pen ait obtenu 44,29 % voix au 1er tour des présidentielles, sans se demander ce qui cloche. Et en fait, il n’y a rien qui cloche car François Ruffin n’est pas sur des positions de lutte de classe, mais pratique le national-populisme.

Pour la Gauche historique, la bataille antifasciste s’est toujours effectuée dans le cadre d’un affrontement politique dans lequel des portions populaires étaient arrachés à la démagogie fasciste, et non pas dans une superposition sur fond de paix sociale.

C’est que François Ruffin développe un positionnement qui relève en apparence de la Gauche historique, mais est en réalité très proche des thèses du cercle Proudhon de 1911. Il vante ainsi la fierté du travail, mais ne parle jamais de classe ouvrière…encore moins de bourgeoisie. Parler de la « fierté des travailleurs » n’est qu’un discours para-syndical qui n’a que peu de dimensions politiques, et cela est malheureusement très français.

Comme lorsqu’il évoque de manière mielleuse le fait que ce qu’il appelle « la fierté du travail » ne se transmette pas dans les familles car le travail est caché et qu’il faudrait le photographier. Si François Ruffin était sur des positions de lutte de classes, il serait pourtant que oui lorsque l’on a pas le pouvoir sur les moyens de production, mettre en avant son travail n’est que vanité (ce qui ne signifie pas pour autant qu’on le rejette !).

La seule grande tradition du mouvement ouvrier, celle qui regorge de cartes postales et de photographies, c’est celle de la mise en avant des moments de grève, et surtout d’occupation, car c’est le moment où l’intelligence ouvrière se met au service de la politique d’émancipation.

François Ruffin formule alors des propositions sympathiques comme le « faire-ensemble » plutôt que le « vivre-ensemble » pour mieux désamorcer toute relance générale de la lutte des classes. Ce qui l’intéresse ce n’est pas la transformation de la société avec la classe ouvrière aux commandes, non ce qui le motive c’est comment garantir l’union nationale grâce au protectionnisme économique.

Pour cela, il faut que les prolétaires puissent accéder sans embûches au mode de vie bourgeois, et c’est pourquoi François Ruffin prend comme exemple de son « faire-ensemble » l’idée, toute sauf anecdotique et tout à fait fade, que pour qu’un couple tienne dans la durée il lui faudrait « un projet d’un enfant, d’une maison, de vacances, d’un film à voir ».

Le national-populisme de Ruffin qui apparaissait plus ou moins caché l’est, au fur et à mesure que la crise s’approfondit, de moins en moins. Et c’est savamment bien repéré et mis en avant par les idéologues d’extrême droite, comme ici Marc Eynaud de Boulevard Voltaire et donc Pascal Eysseric d’Eléments.

La vérité c’est que François Ruffin a besoin d’une bourgeoisie française riche, très riche, pour qu’elle soit en mesure d’aider les travailleurs les plus pauvres. En somme, François Ruffin, c’est l’héritage du catholicisme-social d’un Victor Hugo, plutôt que du marxisme d’un Paul Lafargue. Caricatural ? Il suffit de relire un passage de son livre « Je vous écris du front de la Somme » pour s’en convaincre :

À son arrivée à Matignon, en juin 1997, Lionel Jospin conditionne les allocations familiales : au-dessus de 25 000 francs par mois, les foyers ne toucheront plus rien. C’est une œuvre de justice, estime la gauche plurielle : les plus riches n’en ont pas besoin. Auteuil-Neuilly-Passy se révoltent, Versailles aussi, la Manif pour Tous avant l’heure. Mais, plus inattendu, les familles catholiques, bourgeoises, sont rejointes par… le député communiste de la Somme Maxime Gremetz ! La presse se moqua de lui, et moi avec. Jusqu’à un échange avec Serge Halimi, journaliste au Monde diplomatique : « Tu as tort de le railler. Aux États-Unis, ça s’est déroulé exactement comme ça : les plus aisés furent écartés de la sécurité sociale. Après tout, ils pouvaient se la payer. Mais du coup, au fil des années, comme ils ne touchaient rien, ils ont cotisé de moins en moins. Le système pour pauvres est alors devenu un pauvre système. »

Plus de riches = plus de contributions pour les pauvres ! Nous voilà renvoyé au début du XIXe siècle, à l’enfance du mouvement ouvrier et à son « socialisme conservateur » dont parlait le Manifeste du parti communiste… On ne s’étonnera donc guère que, comme tous les autres, François Ruffin ne dise rien sur la tendance à la guerre, encore moins sur l’OTAN et l’armée française car demain, il nous expliquera que l’armée est le grand creuset de la « communion nationale », du « faire-ensemble »…

François Ruffin n’a plus 36 000 voies possibles : ou bien il disparaît politiquement, ou bien il finit cadre du fascisme en suivant la marche nationale vers la guerre. Dans tous les cas, celles et ceux qui ont compris la tâche de reconstruire la Gauche historique doivent prendre pour acquis qu’il est indéniablement un obstacle à cette reconstruction.

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Société

Influenceuses en féminisme ou l’apogée du féminisme bourgeois

Une grande diversion.

Le coup de force du post-modernisme ces quinze dernières années et son combat contre l’universalisme a amené les féministes universalistes a prendre leurs distances. On a donc une scission qui existe sur plusieurs plans, notamment concernant la question du voilement des femmes et de l’activisme trans. Ces deux sujets n’étant que deux aspects du post-modernisme qui réduit tout à des questions d’identité, à une sorte d’identitarisme contre toutes les normes sociales et contre l’émancipation collective.

On se retrouve donc avec des féministes bourgeoises qui essayent de se battre contre le post-modernisme mais sans parler de post-modernisme. Le clivage essentiel étant autour de la question du genre et des stupidités queers, elles appellent cela transactivisme ou encore queerisme.

C’est le cas du féminisme radical qui, même étant capable d’avoir un réel contenu de gauche est englué par son absence d’antagonisme avec le capitalisme. Le problème c’est que la sphère féministe radicale, comme très isolée à cause de l’hégémonie de l’idéologie queer, se rabat en masse sur un militantisme quasi exclusivement virtuel.

Deux figures affiliées, peut-être à tord, au féminisme radical ont résulté d’une intense activité sur les réseaux sociaux : La première étant Marguerite Stern qui se veut alternative, une artiste vivant en squat tout en mettant son activisme en scène avec les « collages féminicides ».

La deuxième étant Dora Moutot tenant le compte Instagram « T’as Joui », sur le sujet de la sexualité féminine. Une voie de garage classique équivalent des réunions Tupperware, consistant à borner les femmes dans les questions sexuelles, une déviation qui les empêche de s’ouvrir à la société et donc à l’émancipation sociale.

Cette façon d’aborder la question des femmes à travers une sorte d’obsession sexuelle a depuis les années 1970 amené un nouveau cycle de consommation. Derrière la prétendue réappropriation de leur plaisir, les femmes sont désormais victimes et/ou rabatteuses pour le sexe facile pour les hommes, gratuit ou tarifé.

C’est à travers des exemples comme celui-ci qu’on voit que l’absence d’antagonisme avec les valeurs capitalistes amène le patriarcat à se régénérer dans les initiatives féministes elles-mêmes.

Par conséquent, quand Dora Moutot choisit d’assumer récemment son partenariat avec l’application « Wyylde », c’est comme le dénonce l’inflexible Collectif Abolition Porno-Prostitution, un pied de nez aux féminisme et à la lutte contre la prostitution.

En effet, ce « partenariat » signifie faire la promotion d’une plateforme pour des rencontres « libertines », où on trouve sans grande surprise beaucoup de profils de femmes venues de plateformes de vente de contenu pornographique comme Mym ou Onlyfans mais aussi de rabatteurs pour la prostitution ou des tournages X. C’est naturellement abject et rejoint complètement la démarche d’hommes misogynes qui poussent des jeunes femmes dans le proxénétisme et autres pratiques décadentes et destructrices.

Sans surprise, elle est soutenue par Marguerite Stern, ces deux personnalités ne jurant toutes deux que par « la liberté de penser », revendiquant chacune personnellement l’absence de dogme, de fidélité à un courant et quasiment d’être à elle-seule à l’origine d’une pensée féministe.

On peut considérer qu’on est là au cœur et à l’apogée du libéralisme. Pas de fidélité à des principes, au contraire, il s’agit de transformer des convictions en promotion personnelle via les réseaux sociaux. L’équivalent d’un Aymeric Caron pour le féminisme en somme.

On a donc sur le plan du militantisme, une opération d’engloutissement complet des initiatives par le capitalisme. Il faut être incroyablement stupide ou naïf pour en attendre quoique ce soit, ou considérer n’importe quelle figure d’un compte avec beaucoup de « followers » comme autre chose qu’un ou une opportuniste incapable de convictions.

Si les féministes radicales ont, dans la séquence de ces huit dernières années, permis de faire vivre la ligne universaliste, l’unique option pour l’émancipation des femmes est la gauche historique. Seule capable de combattre et dépasser le post-modernisme en assumant l’héritage universaliste.

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Politique

La Droite ne peut pas assumer la sortie de l’OTAN (et de l’UE)

Les forces à droite qui proclament cela font de la démagogie.

En France, le gaullisme a été une force de frappe idéologique et politique de très grande importance. Cela a permis à toute une fraction de la haute bourgeoisie de conserver une légitimité patriotique dans les années 1940 tout en étant anticommuniste, pour mieux revenir sur le devant de la scène dans les années 1950.

Le gaullisme c’est une grande synthèse idéologique pour la haute bourgeoisie française, combinant tout à la fois le corporatisme fasciste et le monarchisme dans une Ve République présidentialiste et le côté impérial du « cavalier seul » propre au bonapartisme.

C’est pour cela que les États-Unis se sont toujours méfiés du « mauvais élève » français, notamment lorsque le gaullisme a atteint son apogée dans les années 1960. C’est lorsque les États-Unis étaient engagés en pleine guerre du Vietnam que de Gaulle estime que la France doit sortir du commandement intégré de l’OTAN.

Mais cette politique d’indépendance nationale n’a été possible que parce que le gaullisme avait réussi le virage de la « décolonisation », en fait la transformation de l’empire colonial en zones néocoloniales, et que le capitalisme français connaissait un élan général, marqué par 6 % de croissance annuelle. De cette manière, le gaullisme a pu mettre en place un vaste complexe militaro-industriel notamment fondé sur une dissuasion nucléaire permise par les essais loin de la métropole.

Cet héritage gaulliste qui est devenu ensuite un néo-gaullisme a fourni un corpus politique et idéologique stratégique toujours plus porté par l’extrême droite dans les années 2000.

Le grand tournant a notamment été la réintégration en 2007 de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décrétée par Nicolas Sarkozy, mettant fin au néo-gaullisme qui était encore assumé par la Droite comme lors du refus de l’intervention américaine en Irak en 2003.

Depuis la pandémie de Covid-19 qui a miné tous les capitalismes nationaux les faisant se dresser les uns contre les autres dans le cadre d’une nouvelle guerre de repartage impérialiste, l’idée d’une indépendance nationale française en dehors de l’OTAN (et de l’UE qui est une excroissance) est une illusion.

Les fractions minoritaires de la Droite nationaliste qui promeuvent cette stratégie ne font qu’user d’un héritage qui a un écho populaire mais qui restera lettre morte tant le capitalisme français n’a plus les moyens d’une telle orientation.

Car le capitalisme français des années 1960 ce n’est pas celui de 2022 ! Avec 0,5 % de croissance annuelle et un endettement de près de 130 % de son PIB, une société minée par les comportements individualistes-consommateurs, l’appel au retour à la France gaulliste est un mirage qui chante simplement aux esprits nostalgiques.

Comment feront les Philippot, Asselineau et autre Dupont-Aignan pour assurer à la France sa base capitaliste face à la concurrence russe, chinoise et indienne sans l’appui des milliards américains, et surtout de son immense parapluie militaire dans le monde ? Avec le contexte d’inflation généralisé et les ruptures d’approvisionnements en matières premières, que feront ces patriotes pour assurer l’économie capitaliste française ? De quelle illusion se bercent-ils ?

En Italie, Georgia Meloni, supposée être pour la sortie de l’UE, négocie avec Mario Draghi pour constituer un gouvernement technique. Sans les subventions européennes, l’Italie capitaliste s’effondre, de même que sans les 770 milliards de dollars que les États-Unis injectent chaque année dans leur force militaire, l’Italie n’aurait pas les moyens de sa « défense » nationale, et donc de ses parts de marché.

Mais il faut voir aussi comment tous les députés du RN ont applaudi l’ambassadeur ukrainien le 3 octobre à l’assemblée nationale pour se convaincre que ces gens ne sont bel et bien qu’au service de la bourgeoisie et du capitalisme français, qui ne pourra se relancer sans l’appui militaire des États-Unis.

Il ne faut donc pas croire un instant les néo-gaullistes français qui s’imaginent revenir aux années 1960. Le basculement du monde dans la guerre de repartage impérialiste depuis la pandémie de Covid-19, puis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, rend à la Droite nationaliste ce mot d’ordre concrètement impossible, ou si ce n’est par démagogie pour attirer les faveurs d’une partie des gens.

Car dorénavant l’idée d’une sortie de l’OTAN (et de l’UE) n’est plus une simple option de politique internationale sur le mode d’un « choix géopolitique », mais une perspective antagonique avec l’appareil d’État lui-même et tout le mode de vie à l’américaine qui s’est réellement implanté en France à partir des années 1990.

La sortie de l’OTAN, c’est la remise en cause de la superpuissance américaine dans sa capacité à avoir orienté toute l’accumulation capitaliste au sortir de la seconde guerre mondiale, réimpulsée au tournant des années 1980-1990. En 2022, dans les puissances de second ordre comme la France, on ne peut plus vouloir un capitalisme national en dehors des positions fortifiées par les États-Unis.

Et comme on ne peut plus dissocier les deux, alors la sortie de l’OTAN exige en réalité une Gauche historique fidèle au mouvement ouvrier capable d’aller à la rupture pour réorganiser l’ensemble de la base productive. Bref, on ne peut assumer la sortie de l’OTAN si l’on assume pas également le Socialisme : le temps du néo-gaullisme est fini, place à la classe ouvrière et au socialisme.

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Guerre

La France et la Grèce mènent un exercice militaire conjoint contre la Turquie

On est en pleine préparation de la guerre.

Le 29 novembre 2019, la Turquie signait un accord avec le gouvernement de Tripoli en Libye au sujet d’une zone économique exclusive (ZEE) en vue d’obtenir le droit d’explorer puis d’exploiter de potentielles sources d’hydrocarbures. Un nouveau cap vient d’être franchi début octobre 2022 avec la signature d’un accord de prospection d’hydrocarbures dans la zone libyenne.

Ces zones sont contestées par la Grèce qui avait alors signé en 2020 avec l’Égypte un autre accord de ZEE dans la même zone. Il y a là une rupture totale des relations diplomatiques et une montée des tensions, et le ministre grec des Affaires étrangères a un publié un communiqué au ton très belliqueux, allant jusqu’à menacer qu’une mise en application de l’accord entre la Turquie et la Libye entrainerait « une réaction au niveau bilatéral ainsi que de la part de l’Union européenne et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) ».

Cela signifie concrètement que si la Turquie envoie un bateau d’exploration d’hydrocarbures au sud de la Crète, cela peut être considéré comme un casus belli de la part de la Grèce qui entrerait en guerre… Évoquer l’OTAN et la « réaction bilatérale » est alors un appel à la fois aux États-Unis et à la fois à la France.

Car la Crète abrite une importante base navale de l’OTAN, qui accueille depuis la semaine dernière le porte-avion américain USS George H. W. Bush avec à son bord 90 avions de chasse… Mais il y a aussi évidemment l’accord militaire entre la France et la Grèce signé le 28 septembre 2021.

Accord qui ne reste pas lettre morte et permet à la Grèce de préparer la guerre grâce à l’appui de la France. Entre le 23 et le 30 septembre 2022 a ainsi eu lieu un exercice militaire conjoint entre la France et la Grèce à partir de la base aérienne Volo. Simulant un débarquement de chars Leclerc grecs ainsi que de forces militaires sur l’île de Skyros, l’exercice « Argo 22 » avait pour but de renforcer cette coopération militaire de la France et la Grèce.

Et dans le compte-rendu très peu médiatisé et publié une semaine plus tard sur le site du ministère des armées, nul doute que la Turquie est ciblée lorsqu’il est évoqué « les capacités de projection conjointe des deux armées dans un contexte d’affrontement de haute intensité ».

On se souvient déjà que l’affrontement militaire avait été évité de peu lors de l’incident maritime franco-turc du 10 juin 2022 lors duquel la frégate Courbet avait été ciblée par le laser de tirs de la frégate turque Gökova au large des côtes libyennes.

On est là en pleine montée des tensions qui depuis cet été ne cessent de s’aggraver avec notamment la fin des relations diplomatiques bilatérales, chacun cherchant à provoquer l’autre dans des déclarations incendiaires.

Encore récemment lors du sommet de la Communauté politique européenne qui réunit 44 pays dont 17 pays non-membres de l’Union européenne, qui s’est déroulé à Prague le 6 octobre, le premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a quitté la séance.

Le conflit entre la Grèce et la Turquie ne cesse de devenir un champ d’affrontement de la guerre de repartage du monde, avec la France partie prenante du futur conflit sans que cela ne soit clairement assumé devant l’opinion publique. Et pourtant, le dérapage vers la guerre semble imminent…

En parlant de l’armée française, il faut rappeler également qu’elle est très impliquée contre la Russie au nom de l’OTAN, avec la mission « Aigle » consistant en une présence importante en Roumanie, proche de l’Ukraine. Il a été communiqué mardi 11 octobre 2022 que cette présence va être renforcée avec un escadron de chars Leclerc (12 chars et 3 Véhicule de l’avant blindé) et une compagnie renforcée de Véhicule blindé de combat d’infanterie.

L’armée française se prépare activement à la guerre, et ce donc sur plusieurs fronts. Il est du devoir des forces authentique de la Gauche de dénoncer et combattre cet engagement militaire de leur propre pays, au noms de l’internationalisme prolétarien. C’est incontournable en 2022, alors que la 3e guerre mondiale se profile.

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Société

« Pourquoi fumer, c’est de droite »

Un ouvrage qui remet les pendules à l’heure.

Alors que le prix du paquet de cigarettes est appelé à augmenter pour atteindre 11 €, on trouvera toujours des gens, y compris malheureusement à gauche, qui par populisme critiqueront cette inflation.

C’est ici que le petit livre d’Olivier Milleron sorti le 7 septembre 2022 est salutaire tant il appelle à rejeter cette drogue grand public qui s’est imposée par le biais de l’accumulation capitaliste.

Dans une présentation du livre à la presse suisse RTS, Olivier Milleron formule un résumé on ne peut plus juste quant à l’industrie du tabac :

Parler de l’industrie du tabac, c’est vraiment l’exemple type d’un produit dont on a pas besoin, dont les profits sont énormes et dont les conséquences sont socialisées. On paie tous les conséquences du tabac, soit sur la santé et ce sont nos systèmes de protection sociale qui paient, soit la fabrication des cigarettes qui est un hyper-toxique pour la planète.

Le cardiologue, lui-même ancien fumeur, part du principe vécu qu’à gauche, il n’y a aucune ou pratiquement aucune remise en cause du tabac.

C’est en partant de cette absence de rejet par principe qu’il retrace le fil historique du développement de l’industrie du tabac, née quelque part dans le creuset de la traite négrière et de la colonisation des Amériques en même temps qu’elle fut valorisée par les cours royales européennes du XVIe siècle. Et de rappeler que ce fut Jean Nicot, ancien diplomate français au Portugal, qui introduit le tabac à la Cour car supposé soigner les maux de tête du fils de Catherine de Médicis, lui donnant alors le nom moderne de nicotine.

On y trouve donc présenté de manière accessible le développement antisocial et antiécologique de cette industrie fondée sur la corruption des puissants, le mensonge contre le peuple, la surexploitation des populations les plus pauvres, notamment des enfants, y compris aux États-Unis où on apprend qu’il existe une législation exceptionnelle autorisant les enfants de 12 ans à travailler dans les champs de tabac.

L’industrie du tabac, c’est concrètement 7 millions de morts par an dans le monde et le creuset de la manipulation anti-démocratique grâce aux publicités mensongères, aux études truquées et qui « cumule à peu près toutes les activités délétères du système capitaliste en cause dans le réchauffement climatique ».

On regrettera toutefois l’absence de mention de l’exploitation des animaux dans des expérimentations sordides, qui rajoute une couche supplémentaire à l’infamie de cette industrie.

Les derniers éléments de l’ouvrage illustrent finalement que l’on entre dans une nouvelle ère. Car après après avoir contesté le lien entre cancers et tabagisme entre les années 1950 et les années 1990 à travers des subventions à des études fondées sur la « stratégie du doute », l’industrie du tabac vise maintenant à diviser le camp anti-tabac (abolitionnistes VS réduction des risques).

Cela passe notamment par la mise en avant des « produits sans fumée » telle que la cigarette électronique… mais cela ne trompe plus personne. L’industrie du tabac est condamnée et, comme d’autres aspects de cette société en décadence générale, il ne manque plus qu’une mobilisation populaire prolongée pour en finir une bonne fois pour toutes.

En bref, « fumer, c’est choisir son camp » et il est maintenant temps que la Gauche devienne une force culturelle à la hauteur de son époque, ce qui passe par le refus clair et net des drogues, et donc de la cigarette.

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Guerre

Pour maintenir sa puissance à bout de souffle, la France se militarise toujours plus

Le budget militaire continue de grimper…

Alors que la superpuissance soviétique s’effondrait, le 10 juin 1990, dans un discours devant l’Assemblée nationale, Laurent Fabius, alors première secrétaire du Parti Socialiste, appelait à la baisse du budget militaire français pour engranger les « dividendes de la paix ».

Que l’expression ait été justifiée ou non, elle est restée dans les mémoires comme l’illustration des années 1990-2000 où le rêve de la fin des guerres conventionnelles devait profiter au progrès collectif. Si la baisse du budget dévolu aux armées commençait dès 1981, cela devait s’approfondir tout au long des années 1990, passant de 3,2 % du PIB en 1990 à 1,1 % à la fin de cette décennie marquée par la fin de la conscription obligatoire décrétée par Jacques Chirac en 1996.

Mais voilà, le capitalisme restant ce qu’il est, avec ses inégalités de développement, le rêve devait prendre fin quelque part dans les années 2010 avec la remontée des antagonismes entre puissances, et surtout la montée de l’affrontement entre les États-Unis et la Chine.

En 2018 est ainsi votée la loi de programmation militaire pour la période 2019-2025 qui vise à renforcer l’armée et « rattraper » les lacunes des décennies précédentes. De fait, depuis 2019, le budget militaire augmente en moyenne de 1,7 milliards d’euros dans l’objectif d’atteindre les 2 % du PIB exigé par l’OTAN en 2025 (50 milliards d’euros par an).

C’est dans cette optique qu’une nouvelle rallonge de 3 milliards a été intégrée dans le cadre de la loi de finances 2023, le budget militaire s’élevant pour l’année prochaine à pratiquement 44 milliards d’euros, soit le deuxième poste de dépense après l’enseignement scolaire.

Si cette rallonge était prévue depuis la publication d’un rapport sur la « préparation à des conflits de haute intensité » par une mission d’information parlementaire en février 2022, l’accélération de la tendance à la guerre de repartage avec la guerre en Ukraine implique le renforcement de chaque militarisme national.

Depuis la fin de la guerre d’Algérie, jamais la France n’avait connu de tels niveaux de dépenses militaires et la raison est bien simple. La France est une puissance déclinante qui tente de sauvegarder sa place dans le monde, et cela passe forcément par la modernisation, le maintien en condition opérationnelle (MCO) et l’augmentation du matériel et des stocks d’une armée qui se veut complète.

Par armée complète, il faut attendre la capacité à intervenir de manière autonome sur terre, mer et air, mais aussi et surtout à bénéficier d’une dissuasion nucléaire là-aussi sur les trois types de champ de bataille, qui coûte cher, très cher. Environ 6,5 milliards d’euros par an.

Dans des propos très clairs, le journal La Tribune écrivait à propos de cette hausse du budget militaire que « ce n’est donc pas le moment de baisser la garde pour la France, qui a des prétentions mondiales notamment en Afrique et Indo-Pacifique », cela alors même que l’Angleterre et l’Allemagne annoncent une hausse de budget de 100 milliards d’euros, allant bénéficier principalement à l’industrie militaire américaine au détriment du rêve d’Emmanuel Macron d’une « Europe de la défense » pilotée par les fabricants de canons français.

Ce qui est clair, c’est que la bourgeoisie française prépare la guerre de haute intensité pour assurer ses zones d’influences dans le monde et c’est pourquoi l’armée de l’air va bénéficier de 13 rafales supplémentaires (stock réduit par l’envoi ou la vente d’appareils à la Grèce et la Croatie) ainsi que la marine avec 6 nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque, et l’armée de terre va être modernisée avec la rénovation de 18 chars Leclerc et l’acquisition de 280 nouveaux blindés (programme Scorpion). Cela sans compter la montée en puissance du service national universel, appelé à devenir obligatoire dans les années à venir.

En effet, la France doit assurer une vaste zone d’influence dans le monde, en tant que seconde puissance maritime mondiale mais aussi dans ses relations avec certains pays d’Afrique de l’ouest, rivés à la domination française par la monnaie et des accords « bilatéraux » de « défense »…

C’est pourquoi pour s’assurer de ces intérêts stratégiques se renforce la puissance militaire, avec des divergences entre le ministre de l’économie, le ministre des armées et l’état-major militaire lui-même sur les fonds à allouer pour la future LPM 2024-2031, cela oscillant entre 370 et 410 milliards d’euros demandés selon les cas.

Car la France qui a opté dans les années 1960 pour l' »autonomie stratégique », permise d’ailleurs par son vaste empire colonial, en a toujours moins les moyens car la situation n’est plus celle d’un capitalisme dans une phase d’accumulation mais bien celle d’une crise générale et dont la France apparaît comme un maillon faible.

C’est tout le sens de l’appel d’Emmanuel Macron en juin au sommet de l’armement européen Eurosatory, à forger une « économie de guerre », c’est-à-dire à augmenter les capacités productives de guerre et à sortir de la logique de flux-tendu pour aller vers la constitution à long terme de stocks.

Mais avec un endettement massif et un important déficit public, la bourgeoisie française n’a plus de grandes marges de manœuvre financière pour assurer le maintien de sa puissance déclinante dans un contexte où la guerre de repartage menace chaque jour de prendre un tournure antagoniste ouverte.

A cela s’ajoute le fait que sur les 4 000 entreprises de la « base industrielle technologique de défense », nombreuses sont celles qui sont confrontées aux retards de livraison de composants et de pénurie de main d’œuvre, en plus du remboursement des PGE accordés pendant la période du covid-19.

Évidemment la principale difficulté reste la hausse du coût de l’énergie, d’autant plus difficile à encaisser que les entreprises de l’armement sont des industries dites duales, combinant productions civiles et militaires tout à la fois, caractéristique qui s’est approfondie dans les années 1990-2000 pour faire face à la baisse des budgets militaires dans le monde.

Alors la bourgeoisie française n’a pas 36 000 solutions pour faire face aux difficultés : il lui faut préparer l’affrontement de haut intensité au plus vite, et cela passe par décider des choses par en haut, de manière technocratique, ce qui concrètement se traduit par le renforcement du complexe militaro-industriel dans l’appareil d’État.

Pour preuve ces paroles à propos de l’ « économie de guerre » de Thierry Gaiffe, présenté comme le responsable des chaînes d’approvisionnement de la BITD et officiellement président de la Commission défense du Comité Richelieu, une sorte de regroupement de PME axées sur l’innovation technologique, devant la commission de défense de l’assemblée nationale :

L’ensemble de la supply chain (chaîne d’approvisionnement) doit être capable de produire, pas de manière immédiate mais avec des délais infiniment plus courts que ce qu’ils sont aujourd’hui. Aujourd’hui on est plutôt sur l’ordre d’un an, maintenant il faut ramener ça à plutôt l’ordre du mois. Alors comment faire quand on a, depuis la crise du Covid et la guerre en Ukraine, des délais qui sont délirants ? Et bien il faut évidemment constituer des stocks stratégiques, il n’y a pas d’autres alternative, c’est la seule. Donc ça demande à ce que l’ensemble de la chaîne, du maillon le plus grand à celui le plus petit compose un stock stratégique qui va lui permette de réagir au besoin de l’État. Donc ça demande une structuration peut-être par système d’armes, avec l’État là-haut qui va donner en fonction des scénarii une vision, une visibilité […] et en bas les délais de livraison.

La puissance française affaiblie prépare sa survie en assumant d’aller à l’affrontement militaire. Elle va tout faire pour sauver ce qu’elle peut et fera même tout ce qui est en son pouvoir pour se sortir du bourbier mondial actuel, quels qu’en soient les coûts sociaux, politiques et moraux. A la gauche historique d’en tirer les conclusions adéquates.

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Politique

Réformer ou dépasser le capitalisme ?

Taxer les « super-profits » ou socialiser les monopoles, il faut choisir.

Depuis la fin des élections présidentielles, différents cadres de gauche proposent de taxer les « super-profits ». Olivier Faure du PS a proposé de soumettre cela à un referendum d’initiative partagée, proposition soutenue quelques jours plus tard par Jean Luc Mélenchon lors de l’université d’été de la France insoumise. 

Pour défendre cette proposition, l’ensemble de la gauche ayant adhéré à l’alliance NUPES, c’est-à-dire principalement le parti socialiste, La France insoumise, le parti communiste français, EELV s’appuient sur le fait que les entreprises du CAC 40 ont engrangé plus de 170 milliards d’euros de bénéfice en 2020/2021. 

Avec le contexte inflationniste que connaît la quasi-totalité du monde, et particulièrement en Europe où il faut s’attendre à voir les factures d’électricité multipliées par dix lors de l’hiver qui arrive, cette proposition semble arriver à point nommé. 

La gauche actuelle qui tente de se refaire une crédibilité réfléchit ainsi : la situation devient compliquée pour les gens, partageons mieux l’argent des riches pour les aider. Une telle perspective est tout à fait éloignée de l’héritage du mouvement ouvrier, étant plutôt liée à celui d’une partie des classes dominantes ayant à cœur les « réformes sociales ». 

Évidemment, la situation est inacceptable. Que des entreprises comme Total Énergie qui emploie des dizaines de milliers de personnes à travers le monde arrivent à engranger des dizaines des milliards d’euros de bénéfice doit questionner toute personne de gauche, mais la discussion devrait surtout porter sur ce que nous voulons faire de Total, CMA-CGM, Carrefour, etc. 

Faut-il simplement se battre pour des réformes qui poussent les entreprises à mieux partager les bénéfices qu’elles font et demander au mieux un droit de regard sur leurs activités, ou alors faut-il exiger de lutter pour dépasser le capitalisme et socialiser des multinationales qui se développent bien souvent sans, voir contre l’avis populaire ? 

Plus directement est-il souhaitable que Total partage ses bénéfices tout en continuant son entreprise impérialiste, comme en Arabie Saoudite où elle vient de signer un accord avec Qatar Énergie pour développer l’exploitation de la plus grande réserve connue de GNL au monde? 

Ou alors l’objectif est-il de socialiser Total pour que cette entreprise ne fasse plus aucun bénéfice privé et qu’il soit décidé démocratiquement de ce qu’il est envisageable de réaliser avec les moyens de productions qu’elle possède ? 

Cette question est d’une grande importance car elle permet de prendre une position déterminante dans la période qui s’ouvre, et qui est marquée par la marche vers la troisième guerre mondiale. 

Des blocs se construisent et se préparent à faire face les uns aux autres pour se partager le monde. En France, des grandes entreprises comme Total, Orano (anciennement Areva), Carrefour ou Bolloré sont en première ligne pour pousser les capitalistes français à jeter toutes les forces du pays dans cette bataille de repartage.  

Preuve en est encore la visite d’Emmanuel Macron en Algérie pour négocier le gaz en compagnie du PDG d’Engie ou s‘approprier les métaux rares du pays grâce à un nouveau « partenariat », qui n’est rien d’autre qu’un néo-colonialisme du fait de l’absence de gros moyens de production en Algérie capables d’explorer puis d’exploiter des mines géantes. 

Par conséquent, en acceptant la proposition actuelle de taxation des « super-profits » par les forces de la NUPES, c’est donner l’illusion d’un capitalisme à visage humain, du moins pour les français au détriment des autres peuples.

Car l’objectif ici c’est de compenser la chute du niveau de vie provoqué par la crise du capitalisme, en partageant « mieux » le gâteau de l’impérialisme français sans s’y opposer. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’est jamais défini la différence entre les profits et les super-profits… Mais alors d’où viennent ces « super »-profits, si ce n’est d’une super exploitation d’autres peuples du monde ?

Ces forces politiques en apparence sociales qui ne veulent pas reconnaître « l’abondance » que connaissent les français depuis les années 1990 grâce à la « mondialisation » sont des menteurs qui proposent sans le dire de continuer l’entreprise de pillage par les multinationales françaises, et donc contribuer à alimenter la tendance à la guerre de repartage. On ne s’étonnera guère d’ailleurs de leur silence à propos du militarisme et de l’armée française…

La perspective de la Gauche historique, c’est celle de voir en la situation sociale difficile qui arrive une occasion historique pour permettre au prolétariat de France de se reconstruire une conscience de classe dans le but de mener la grande bataille contre la bourgeoisie, pour l’émancipation du capitalisme.

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Guerre

La campagne « Rheinmetall Entwaffnen » en Allemagne

Un pacifisme héritier du mouvement ouvrier.

La déclaration par le chancelier allemand Olaf Scholz issu du SPD le 27 février 2022 de la création d’un fonds spécial pour le réarmement de l’Allemagne d’une hauteur de 100 milliards a fait grand bruit, en Allemagne comme partout en Europe.

Sans surprise, en France, il en est plus ressorti une vieille rancœur germanophobe avec la crainte à peine masquée de voir l’immense complexe militaro-industriel français être concurrencé en Europe.

Or, contrairement à la France où le terrain de la contestation antimilitariste est littéralement absent, il existe en Allemagne une importante tradition pacifiste liée à l’un des plus grands mouvement ouvriers européens qui, rappelons-le, a généré des figures d’importance comme Karl Kautsky, Rosa Luxembourg, Karl Liebknecht, Ernst Thälmann, Ulrike Meinhof…

On retrouve une partie de cette tradition dans la campagne ou plutôt l’alliance « Rheinmetall Entwaffnen » (Désarmer Rheinmetall) lancée en 2018, et qui chaque année organise un camp d’été autour de débats, d’activités et se concluant par une manifestation, le tout étant rythmés par des démarches plus activistes.

Rheinmetall ainsi que Heckler & Koch sont à l’Allemagne ce que sont Dassault ou Nexter à la France, soit des rouages névralgiques de l’industrie de guerre. Et si en France il existe l’association « Stop fueling War » (Cesser d’alimenter la guerre) fondée en 2017, « Rheinmetall Entwaffnen » s’en démarque par son militantisme qui se déploie sur le terrain d’une critique du militarisme comme faisant partie du système capitaliste.

Cela fait ici écho à la pensée de Rosa Luxembourg qui pensait dans son ouvrage majeur « l’Accumulation du capital » publié en 1913 que le capitalisme ne pouvait s’élargir sans la conquête militaire de zones non capitalistes, analyse qui fut par ailleurs critiquée par d’autres figures comme Lénine en Russie. On remarquera le clin d’œil fait à cette grande figure du mouvement ouvrier international par la petite gazette française anti-guerre « Rosa », qui porte son prénom.

Pour comprendre la démarche de « Rheinmetall Entwaffnen », voici la conclusion de la présentation du camp d’été baptisé « Désarmer Rheinmetall n’est pas un art », en référence à l’exposition d’art contemporain la Documenta qui avait lieu au même moment à Kassel, une ville moyenne de 200 000 habitants au centre de l’Allemagne où se concentre de nombreuses fabriques d’armement :

En tant qu’internationalistes et antimilitaristes, nous sommes solidaires de ceux qui se rebellent contre les guerres – qui sabotent, désertent, s’évadent. Nous nous battons avec ceux qui refusent d’allégeance à leurs seigneurs de guerre. La solidarité signifie rejeter l’incitation au bellicisme et reconnaître que nos alliés sont au-delà des lignes de front. La limite est toujours entre le haut et le bas.

[…]

Les guerres de ce monde doivent être terminées dès que possible. Nous nous opposons à la militarisation et au réarmement. Il nous faut 100 milliards d’euros pour la santé, l’éducation et la transition écologique au lieu de les fourrer dans le cul de l’industrie de l’armement. Nous voulons sortir du système capitaliste mondial qui apporte avec lui tant de catastrophes, de crises et de guerres.

Pour conclure le camp pacifiste, une manifestation « Contre l’armement et la militarisation » a réuni le samedi 3 septembre environ 1000 personnes dans le centre-ville de Kassel, derrière des slogans comme « Non au programme de réarmement de 100 milliards d’euros », « Plus jamais la guerre ! », ce slogan héritier du pacifisme de la Première Guerre mondiale ou bien encore « Le militarisme n’est pas de la solidarité », en référence aux livraisons d’armes au régime ukrainien et dont on trouve une explication intéressante :


La militarisation a un impact profond sur notre société. Ce faisant, il peut se connecter au patriarcat. Les hommes sont contraints à un rôle « héroïque » de combat sur les lignes de front, les femmes sont reléguées à une position vulnérable et pitoyable. L’État ukrainien en fait une doctrine d’État en refusant de quitter le pays ou en emprisonnant les déserteurs ou les objecteurs de conscience.

La veille, le vendredi 2 septembre, environ 200 personnes s’étaient rassemblées devant l’usine Rheinmetall afin d’en bloquer la production, ce qui a réussi puisque les ouvriers furent renvoyés chez eux, le rassemblement finissant par être délogé de force par la police à coups de gaz lacrymogènes. Un type d’action qui a déjà eu lieu à 2019 à Unterlüß, en Basse-Saxe, où les portes de l’usine Rheinmetall furent bloquées avec du bois et les planches d’une tourelle de chasse d’une forêt voisine !

Lors de ces journées de protestation, plusieurs opérations activistes ont ainsi eu lieu, contribuant à créer un climat d’agitation dans la ville permettant un débat d’idée autour de la question de l’industrie de guerre et le réarmement.

On peut citer des jets de peinture rouge sur le bâtiment d’un sous-traitant industriel de Rheinmetall, des pochoirs « aucun soldat allemand pour la guerre ». Ce sont également des affichettes qui ont été collées sur la plaque commémorative au ton plus que nationaliste du monument aux morts des deux guerres mondiales. Cette affichette présentait la biographie d’Helmut R., « né à Kassel en 1915, déserte la Wehrmacht en 1940 et rejoint un groupe de résistants français. Il a participé à des actions de sabotage contre l’industrie d’armement allemande. Il est arrêté en 1942. Il a été exécuté le 26 mai 1943 ».

On retrouve régulièrement mis en avant ce lien entre l’antifascisme et l’antimilitarisme. En mai 2021, un rassemblement a eu lieu devant la société de logistique DB Schenker à Hanovre du fait de son enrichissement pendant la Seconde Guerre mondiale, et cela jusqu’à aujourd’hui puisque le transport d’armement et la logistique militaire sont d’importantes activités de l’entreprise.

Le 8 octobre 2021, réunies derrière des banderoles portant les morts d’ordre « Bloquer Hecker & Koch, attaquer les profiteurs de guerre », « Bloquer les sociétés d’armement. La guerre commence ici », 200 activistes répondirent à l’appel de l’alliance à bloquer l’usine Hecker & Koch à Oberndorf am Neckar, entreprise spécialisée dans la fabrication d’armes de poing et dont les racines historiques puisent dans le travail forcé pendant le nazisme.

Vu de France, ce pays où la bataille populaire contre le militarisme est au point mort, la campagne Rheinmetall Entwaffnen est une grande bouffée d’oxygène !

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Politique

La gauche prise entre le marteau postmoderne et l’enclume populiste

Deux récents débats thématiques en disent long sur le délabrement intellectuel.

Si l’on conçoit la Gauche comme une proposition idéologique visant à transformer les consciences pour mieux les émanciper, alors forcément on ne peut que voir qu’il y a un gouffre entre la vie des campagnes et la vie des villes, surtout des grandes villes.

Selon la tradition marxiste du mouvement ouvrier, cette opposition forme même une contradiction qui est par nature motrice de changements, de changements sociaux et culturels. Mais actuellement, sans force de Gauche arrimée à ses valeurs, cette opposition produit surtout la forme de fuites en avant individuelles, que cela soit dans le turbo-capitalisme pour la ville, le populisme pour la campagne.

Cette réalité est récemment revenue sur le devant de la scène par le biais de deux problématiques qui agitent les éléments de Gauche alliées dans la NUPES. Il y a eu tout d’abord une interview de François Ruffin, le député de la Somme, au journal Le Monde dans lequel il s’est demandé si la gauche voulait « reconquérir l’électorat populaire ».

Puis, plus récemment, le secrétaire national et candidat PCF à la dernière élection présidentielle Fabien Roussel, a déclaré lors de la Fête de l’Humanité que « la gauche doit défendre le travail et ne pas être la gauche des allocations et minimas sociaux ».

Si François Ruffin s’est dissocié de la sortie de Fabien Roussel, surtout pour conserver son audimat à la France insoumise, on retrouve pourtant les mêmes propos dans son dernier livre intitulé pompeusement Je vous écris du front de la Somme. Ce livre qui vise à se positionner dans le paysage politique de l’après Jean-Luc Mélenchon parle de sa campagne électorale qui a vu sa réélection dans la 1ère circonscription de la Somme et où il a été entièrement assumé de manière démagogique de mettre en avant la figure de Jean-Luc Mélenchon dans les quartiers HLM d’Amiens et de le ranger au placard dans les campagnes rurales.

Et François Ruffin de constater à la manière de Fabien Roussel :

Que reste-t-il de la gauche quand, massivement, les travailleurs, et les plus modestes des travailleurs, ne la ressentent plus comme leur avocat, leur défenseur ? Quand ils affirment : « Je ne peux pas être de gauche, je suis pour le travail » ? […] La gauche est associée au RMI, aujourd’hui, plus qu’aux congés payés. Les uns relèvent de l’histoire, oubliée, méconnue, du temps de nos arrières grands-parents, des expos avec photos en noir et blanc. L’autre, devenu RSA, appartient au contraire au quotidien, il a la tête de Pierre, Paul, Jacques et Nadia. De « parti des salariés », nous voilà, dans l’esprit commun, le « parti des assistés ».

Ainsi, pour ces deux députés qui proviennent du Nord de la France, là où s’est formé une puissante expérience du mouvement ouvrier, l’idée est simple : la Gauche a délaissé les territoires ruraux où vivent les ouvriers pour se concentrer sur les quartiers HLM qui jonchent les grandes villes et leurs agglomérations.

En réponse, Jean-Luc Mélenchon a enfoncé le clou en déclarant que la LFI était au regard des résultats électoraux des dernières élections présidentielles et législatives, le « parti des chômeurs, des précaires et des jeunes », ce qui est l’éloigne de fait de la classe ouvrière qui peuple en effet majoritairement la campagne.

D’autres figures de La France insoumise sont même allés jusqu’à nourrir la fable d’une « implantation » dans les départements de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne, quand bien même le taux d’abstention y a été monstrueux et que le quotidien est un pourrissement social dans un mélange de lumpen-prolétaires et d’une petite-bourgeoisie carrément post-moderne.

On retrouve ici une problématique régulièrement mise en avant par le géographe Christophe Guilluy et connue pour l’idée d’une « France périphérique » laissée à l’abandon des retombées de la « mondialisation ». Et si Christophe Guilluy a loupé le coche de la Gauche historique, il en est tout autant de Fabien Roussel et François Ruffin car si tous ces constats sont justes, faut-il encore ensuite proposer une interprétation et transformation adéquate de la situation.

Et ce que ce débat appelle, c’est une compréhension de l’opposition entre la ville et la campagne. Or, si la campagne a ses caractéristiques, ce sont surtout celles de l’isolement social et de la morosité culturelle sur fond de pavillons et de zones industrielles immondes, sans même parler des valeurs chasse-pêche-nature-et-traditions qui restent dominantes, malgré leur marginalité en pratique.

Ne pas vouloir s’attaquer frontalement à tout cela, ce n’est pas être du côté du changement. Et les François Ruffin et Fabien Roussel, ce sont justement ce type de personnage qui n’a jamais remis en question la chasse pas plus d’ailleurs que le bistrot, le pavillon ou la mocheté de la zone industrielle.

Alors on peut bien parler de la campagne et du « monde ouvrier », mais si c’est juste pour en être un pseudo représentant qui n’a comme horizon que de parler de « nous contre eux », alors c’est le niveau zéro de la conscience de classe.

Car derrière ces thématiques, on retrouve une négation de la lutte des classes et de la classe ouvrière, une réalité qui n’a rien à voir avec la lecture simpliste d’une campagne à côté de la ville, et encore moins avec cette conception pyramidale du « bas contre le haut ». Sans même parler de ce concept a priori flatteur de la « gauche du travail » qui est en réalité étranger aux avancées sociales et culturelles du mouvement ouvrier au XXe siècle.

Parler de la « gauche du travail », d’une « fierté des usines et du savoir-faire des travailleurs » n’a aucun sens, car le travail n’est qu’un rouage du capitalisme dans sa folie accumulatrice, et la tâche de la gauche est de faire en sorte que les travailleurs manuels sortent de leur aliénation pour devenir une puissance dirigeante. La fierté de classe exige la conscience de classe alors que la conscience professionnelle aboutit bien souvent à la soumission au syndicalisme corporatiste…

La classe ouvrière aspire à devenir le haut de la société et pour cela, il lui faut conquérir le meilleur de la modernité et le meilleur de la sensibilité, deux choses qui se puisent dans la résolution de cette contradiction entre la ville et la campagne, et non pas dans leur juxtaposition comme le veulent, et les populistes et les post-modernes.

On ne peut pas devenir un working class hero en étant un pro-LGTBQI+, un militant de la libéralisation du cannabis et de la prostitution, un adepte du RSA pour tous, pas plus qu’en étant un beauf borné dans la consommation de viande et voyant en le travail l’unique horizon culturel possible et en l’alcool un vecteur de « sociabilité »…

On voit bien à quel point la NUPES est une entrave au progrès de la conscience car de telles thématiques devraient porter un débat sur la nature de la vie à la campagne et à la ville, de sorte à proposer un dépassement de ces deux modes de vie étrangers à l’émancipation du genre humain.

C’est que la Gauche est coincée entre le marteau du post-modernisme et l’enclume du populisme. Elle n’est nullement une force de changement, mais un acteur de la conservation sociale car il ne fait aucun doute que les idées avancées par François Ruffin et Fabien Roussel ne sont là que pour promouvoir de manière démagogique « le peuple contre les élites », jamais la classe ouvrière en lutte pour destituer la bourgeoisie du pouvoir.

Sinon il nous serait proposé une critique sérieuse de la vie des ouvriers à la campagne, de ce mode de vie qui n’a été qu’une perte de qualité de vie que cela soit par rapport à l’éloignement de tout, par à l’enfermement social, par rapport à la mentalité insupportable de petit propriétaire que cela véhicule, par rapport à l’enchaînement aux crédits et aux heures supplémentaires à n’en plus finir, etc.

Mais critiquer cela, ce serait assumer un changement d’envergure et les Ruffin et Roussel n’en veulent pas. Alors ils optent pour la protection nationale pour la paix sociale plutôt que la libération sociale.

A ce titre, voilà un autre passage de Je vous écris du front de la Somme qui en dit long sur cette perspective typique, au pire du New Deal Franklin Delano Roosevelt aux États-Unis, au pire des néo-socialistes Marcel Déat et Henri de Man, bref des propositions anti-Gauche des années 1930 :

D’où ma bataille, et depuis un bail, pour du protectionnisme. D’où ma lutte, au sein de la gauche, de la bonne gauche, pour qui une taxe à 17 % sur les pneus importés de Vietnam relèveraient quasiment du « racisme anti-asiatique », pour qui ce serait « monter les peuples les uns contre les autres », etc. 

François Ruffin et Fabien Roussel ne veulent pas remettre en cause l’esprit petit-bourgeois des ouvriers des campagnes, pas plus que les autres ne veulent remettre en cause les esprits anti-sociaux ou ultra-libéraux des lumpenprolétaires des quartiers HLM.

C’est pour cela que leur proposition, c’est une forte contribution fiscale des « riches » pour le bien de toute la nation, son cœur étant pour les populistes à la sauce Ruffin/Roussel l’ouvrier des campagnes portant le bon sens populaire, et la frange ultra-précarisée bien souvent prise dans le cannibalisme social pour les turbo-capitalistes à la sauce LFI du 93.

Ce dont la classe ouvrière a besoin, c’est d’une perspective qui ose renverser la table, d’un horizon qui ose l’utopie générale et non pas de ces débats qui ne mènent à rien si ce n’est à tout conserver comme avant grâce à cette grande diversion historique nationale-sociale. Un grand changement social sur fond de remise en question culturelle, voilà ce dont nous avons besoin !

Au lieu de proposer une sortie positive, progressiste, les forces de gauche alliées autour de la NUPES surfent sur l’une de ces deux issues culturelles possibles comme le révèlent les réactions des uns et des autres, des uns contre les autres… La NUPES montre ici comment elle est un point mort de l’Histoire.

L’Histoire, cette vieille taupe dont parlait Karl Marx est bien l’espoir sur lequel se fonde la Gauche historique pour sortir du bois et proposer enfin la grande rupture prolétarienne du monde.

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La crise ne fait que commencer…

C’est un processus d’effondrement général.

Après l’insouciance de l’été, voilà la rentrée qui s’impose à tous dans toute sa brutalité. Les français avaient l’impression de sortir d’une crise en continuant leurs « projets » ? C’était nier le réel, un réel où pas un secteur de la société ne vit un processus d’effondrement…

Après les pénuries de main d’œuvre en cascade qui touchent bon nombre de domaines d’activité humaine essentielle, à l’instar de l’éducation nationale, des chauffeurs de bus, les services de santé et de soin à la personne, etc., voilà que la flambée des cours de l’énergie annonce un grand chamboulement.

Si l’on regarde d’un point de vue individuel on peut se dire que le pire sera d’éventuelles coupures d’électricité, une plus grande difficulté à boucler les fins de mois, ce qui est déjà alarmant en soi. En réalité, cela va toucher, et touche déjà le cœur de la vie quotidienne.

Avec pour commencer l’impossibilité annoncée d’ouvrir pour certaines stations de ski. Pour un pays comme la France, dont une partie de la croissance est tirée par le tourisme, c’est très marquant, même si on ne va pas en vacances au ski. On l’a vu lors de la « saison blanche » 2020/2021.

Il en va de même pour les piscines municipales dont une trentaine a d’ores et déjà annoncé l’obligation de fermer à cause des prix de l’électricité, parfois dans des conditions rocambolesques où les collectivités territoriales mandataires étaient prévenues quelques jours, voir quelques heures avant la fermeture !

Pour les familles, cela va poser des problèmes pour les cours de sports scolaires et en club, rajoutant à la désorganisation générale sur fond de galères liées aux pénuries de professeurs.

Et ce n’est que la partie immergée de l’iceberg car ces structures fonctionnent sur contrats établis à l’avance. Combien de stades ou gymnases municipaux vont devoir supprimer des créneaux pour ne pas utiliser l’éclairage ? Quelles autres activités du quotidien vont être touchées, au pire par une fermeture, au mieux par des « régulations » ? Les cantines scolaires vont-elles faire le même choix que cette commune de Seine-Maritime qui a choisi de rationner entre le dessert, le fromage ou l’entrée plutôt que d’augmenter le prix du repas ?

Cela va être vécu comme un véritable cauchemar, avec à nouveau des pertes d’activités, du chômage partiel qui ne pourra de toute manière pas durer éternellement, avec des faillites d’entreprises qui ne pourront pas être soutenues éternellement aussi.

Ce sont déjà de nombreuses grandes entreprises sidérurgiques qui ont annoncé une baisse de leur activité, ce qui va avoir un impact général puisque fournisseurs de matières premières. Le secteur de l’automobile qui sort à peine de la pénurie de semi-conducteurs, et qui reste miné par la sous-consommation, s’inquiète de cette inflation monstre de l’énergie, le tout formant une spirale qui s’auto-alimente jusque vers la récession.

D’autant plus qu’il est clair que la crise de l’énergie va s’installer dans le temps, la guerre en Ukraine n’étant qu’un amplificateur d’un problème d’ordre historique, pour ne pas dire civilisationnel car étant lié à la question centrale du réchauffement climatique et de la construction de nouvelles sources d’énergies moins émettrices de CO2.

Cela même sans parler du fait que justement tout est incertain, de l’issue de la guerre en Ukraine en passant par les multiples zones de poudrière qui peuvent s’embraser à tout moment. Et on aurait tort ici d’oublier les désordres au niveau de l’économie capitaliste elle-même.

Alors que les aides et autres boucliers tarifaires sont prolongés, le risque de faillites en cascades d’entreprises incapables de faire face à la fois aux remboursements de leurs PGE contractés pendant les années de pandémie et à leurs factures d’électricité menacent d’un effondrement général de l’économie capitaliste elle-même.

Et c’est tant mieux ! Enfin, cela serait tant mieux si on avait des secteurs de la population faisant preuve d’une conscience sociale et politique à la hauteur de l’époque. À l’inverse, on a le populisme et l’indifférence qui règnent. Il est frappant de voir à quel point il y a un gouffre entre l’inquiétude de la bourgeoisie qui peine à assurer son rôle de gestion et les gens qui ne se soucient de si peu et sont loin de pouvoir prendre la relève.

Ce qui devrait être pourtant compris, c’est que le capitalisme se heurte à une telle désorganisation qu’il entraîne la société toute entière dans une sorte de chaos généralisé, sans capacité d’organisation rationnelle de longue durée.

Il est un système en fin de course, condamné car reposant sur la pagaille de l’économie de marché… et c’est dans l’ordre des choses que la Gauche historique se batte précisément pour un ordre nouveau.

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Contre les éléments anti-sociaux, la rééducation par le travail

Seul le travail dans le socialisme peut rééduquer les éléments anti-sociaux.

Plus le capitalisme s’enfonce dans la crise, plus la violence anti-sociale, notamment issue des couches marginalisées de la population, explose. Et si le peuple porte en horreur ce type de comportements, il n’en reste pas moins que comme ailleurs, c’est la lutte des classes qui doit primer dans la solution à apporter.

Et la lutte des classes est un processus complexe dans lequel le peuple est parfois piégé dans des solutions en apparence populaire, mais en réalité opposées à ses intérêts. On peut penser ici à cette idée bien trop répandue selon laquelle c’est l’armée, avec le service militaire, qui servirait à éduquer la jeunesse, notamment celle la plus désocialisée, à la discipline qu’exige la vie en société.

C’est une proposition politique traditionnellement de droite comme solution clé en main à la fois au resserrement idéologique autour de la nation et comme solution éducative.

Dans une récente interview au Figaro, le ministre des armées Sébastien Lecornu justifie l’augmentation des réservistes mais aussi le service national universel en entremêlant cette idée bien militariste du lien entre discipline sociale et engagement existentiel au service de la nation :

On appelle parfois à la rescousse, pour la cohésion de la société, les valeurs militaires d’éthique, de collégialité, de discipline. Mais il ne faut jamais oublier d’où elles viennent. Ces valeurs se sont forgées autour de la notion d’un sacrifice qui peut être ultime. Cela étant dit, est-ce que dans l’histoire on a pu demander aux armées d’accomplir des tâches annexes, notamment en matière d’insertion professionnelle ? La réponse est oui avec, par exemple, le service militaire adapté en Outre-mer ou les Epide. Est-ce que des expérimentations peuvent avoir lieu pour encadrer une jeunesse délinquante dans un parcours de réinsertion ? Oui, c’est déjà le cas et c’est un engagement du président.

C’est que dans le confort des métropoles impérialistes, l’armée n’est plus vue que comme un service spécial qui ne peut être engagée au plan militaire que lors d’opérations dans des conflits asymétriques lointains, dont on ne sait pas grand chose de toute façon.

Evidemment pour la bourgeoisie, l’enjeu c’est bien de renforcer l’armée pour garantir la place de la France comme grande puissance dans le monde, et pour masquer cette idée, il est plutôt insister sur le caractère « sociale » de l’armée. Et cela passe a priori, parce que, au fond, pourquoi ne pas être en même temps une sorte de prolongement de l’éducation nationale, une sorte de stage où l’on serait sévère avec les jeunes et où on leur apprendrait à faire leur lit ?

Or, réduire le service militaire à cela c’est complètement fermer les yeux sur le fait que l’armée, c’est surtout là où on est formaté pour pouvoir massacrer sans état d’âme les soldats d’une nation adverse sur le champ de bataille. C’est cela en réalité la finalité de toute cette discipline et c’est d’ailleurs ce dont se rendent compte certains parents ou adolescents ayant accepté le service national universel.

C’est une formidable machine d’endoctrinement où l’on doit accepter de soumettre potentiellement d’autres peuples par les armes, pour le « bien » de la nation française. L’idée qu’à l’armée il n’y a « ni classe, ni race » relève d’ailleurs de ce bricolage idéaliste pour faire de la nation le seul pivot des aspirations des uns et des autres.

La bourgeoisie revient en force avec cette idée puisqu’elle se retrouve confrontée à la réalité d’une société pétrie dans le libéralisme jusqu’à la nausée, jusqu’au délitement total.

Comment espérer se montrer dissuasif ou maintenir sa domination en ayant une population qui s’en fiche de tout, qui espère juste ne pas être dérangée dans sa consommation ? Malgré tout, elle se doit d’assurer la concorde sociale au sens d’une vie en société qui ne soit pas minée par les comportements individuels anti-sociaux.

Comme dans le capitalisme il est impossible de planifier et d’organiser la production sociale, il ne reste que l’enrôlement militaire comme perspective, ce qui a pour effet indirect de renforcer le militarisme dans un contexte ou prédomine la tendance à la guerre mondiale.

On voit ici tout le caractère opportuniste d’un mouvement comme la France Insoumise qui ne cesse d’insister sur le rétablissement du service militaire comme perspective d’intégration sociale.

On est là à mille lieux de l’héritage du mouvement ouvrier qui veut que les membres d’une société ne sont intégrés que parce qu’ils coopèrent dans et par la production sociale, non pas dans une pseudo solidarité organique qui n’est rien d’autre qu’une approche fasciste du monde.

Quoi de mieux pour être intégré et rééduqué que participer à un effort pour construire une infrastructure collective pour le bien de tous ? La finalité n’est pas le mensonge de la grandeur de la nation, mais la soumission de l’individu et de son égo au progrès collectif.

On voit bien ici tout le mal engendré par le populisme car là où l’intuition populaire pour l’engagement militaire est juste, c’est concernant le besoin de discipline et de valeurs collectives. En effet, la multiplication des comportements anti-sociaux exige une prise en main des question d’éducation de la jeunesse et de la vie en société.

Mais cela ne doit pas passer par une remise en ordre militariste, pilotée par en haut mais par une organisation de la société à la base pour rééduquer et réintégrer ses propres éléments en son sein. Et cela s’appelle ni plus ni moins que le socialisme, avec sa philosophie centrale du travail comme grande mesure salvatrice.

Car on ne peut remettre tout le monde au travail sans passer par la remise en ordre de la société et sans en avoir les moyens sociaux et culturels, bref sans avoir la classe ouvrière au pouvoir. Voilà pourquoi seule la Gauche historique est à même de proposer une solution juste et durable pour en finir avec les comportements anti-sociaux sur la base du pacifisme, du Socialisme !