Le peuple a considéré comme nous qu’il ne fallait pas être unilatéral et certainement pas en rester à l’image d’un Kanye West qui serait un nazi. En même temps, comment penser cela de quelqu’un qui a pu mettre il y a quelques années sur les réseaux sociaux que l’emoji 💂♂️était une personne aussi et qu’il était moche que personne ne l’utilise (« il y a tellement d’emojis tout seul mec ») ?
L’album « Bully » étant une réussite, il a eu un grand succès, faisant un triomphe sur Spotify et Apple music. Si les statistiques ne sont désormais plus vraiment claires depuis ces moyens d »écouter de la musique, l’album a fait en tout cas numéro un pratiquement dans au moins 75 pays.
Les deux concerts au Sofi Stadium de Los Angeles ont accueilli à chaque fois 70 000 personnes, avec pour le second concert notamment Travis Scott et Lauryn Hill sur scène, pour 44 chansons.
Bref, l’affaire est réglée, sauf bien entendu pour tous les critiques de musique, qui s’imaginent comme on le sait très à gauche, et qui ont été d’une haine et d’une mesquinerie gigantesques pour « Bully », le dénonçant comme un très mauvais album.
C’est que ces gens ne sont pas de gauche, ils correspondent simplement au business de la culture, qui se prétend de gauche, alors qu’il est en réalité « progressiste », turbocapitaliste. Il faut trouver des marchés nouveaux, tout en restant conforme à l’industrie, d’où ce positionnement « intellectuel de gauche », en réalité antipopulaire.
Kanye West, avec ses aberrations et ses propos pro-nazis, est sorti du cadre : il a donc été rejeté, tout comme Morrissey, l’ancien chanteur des Smiths, l’a été. Mais la fidélité envers Kanye West et Morrissey ne s’est jamais démenti pour autant, car les gens du peuple savent très bien qu’on a là des gens tourmentés, des artistes portant une fragilité qu’ils assument ouvertement.
De quel ressenti parle-t-on ici, précisément ? Du besoin de socialisme, du besoin de communisme. Seuls les gens installés bien tranquillement dans le capitalisme manient le cynisme, les raisonnements unilatéraux, l’esprit de lutte des places.
Pour les autres, il a cette sensation profonde que les choses ne vont pas, il y a cette souffrance intérieure qui emporte tout et qui appelle à la révolution. Il y a cette expérience que les choses ne vont jamais en ligne droite, mais qu’il faut que tout change en profondeur : c’est un besoin existentiel de guérir.
Ce mot de guérir, on le retrouve dans les paroles de « Bully », mais également de toute musique authentiquement populaire, et c’est à ce titre aussi que la musique afro-américaine a eu autant d’impact mondial.
On notera d’ailleurs que sur scène pour le concert de Kanye West, Lauryn Hill, dont Kanye West n’a jamais cessé de faire un éloge complet depuis des années, a fait monter sur scène ses fils Zion et YG Marley, petits-fils de Bob Marley, figure du reggae né en Jamaïque, en partie parallélement à la soul américaine.
Qui a compris le socialisme ne trouvera rien d’étrange à ce que Kanye West cède la place, durant son concert, pour des chansons reggae dont « Praise Jah in the Moonlight ». Avec le mot « rastafari » prononcé comme il se doit, avec un accent sur le « I » – c’est le « I » des rastas, le « je » en anglais, désignant l’univers dont nous faisons tous partie (« I & I » voulant dire toi et moi, etc.).
Voilà ce qui correspond au besoin de toute une époque, effectivement. De notre époque !
Pour conclure, voici la lettre publiée par Kanye West fin janvier 2026 dans le Wall Street Journal, sous la forme d’une annonce payante.
À ceux que j’ai blessés :
Il y a vingt-cinq ans, j’ai eu un accident de voiture qui m’a fracturé la mâchoire et a provoqué une lésion du lobe frontal droit. À l’époque, l’attention s’est portée sur les dégâts visibles : la fracture, l’œdème et le traumatisme physique immédiat. La lésion plus profonde, celle à l’intérieur de mon crâne, est passée inaperçue.
Aucun examen approfondi n’a été réalisé, les examens neurologiques étaient limités et l’hypothèse d’une lésion du lobe frontal n’a jamais été évoquée. Le diagnostic n’a été posé qu’en 2023. Cette négligence médicale a gravement affecté ma santé mentale et a conduit à mon diagnostic de trouble bipolaire de type 1.
Le trouble bipolaire s’accompagne de son propre mécanisme de défense : le déni. En phase maniaque, on refuse de se croire malade. On pense que tout le monde exagère. On a l’impression de voir le monde plus clairement que jamais, alors qu’en réalité, on perd complètement le contrôle.
Une fois que les gens vous étiquettent de « fou », vous avez le sentiment de ne plus pouvoir apporter quoi que ce soit d’utile au monde. Il est facile de plaisanter et de prendre cela à la légère, alors qu’il s’agit en réalité d’une maladie très grave et invalidante qui peut être mortelle.
Selon l’Organisation mondiale de la santé et l’Université de Cambridge, les personnes atteintes de trouble bipolaire ont une espérance de vie réduite de dix à quinze ans en moyenne, et un taux de mortalité toutes causes confondues deux à trois fois supérieur à celui de la population générale. Ce taux est comparable à celui des maladies cardiaques graves, du diabète de type 1, du VIH et du cancer – toutes mortelles en l’absence de traitement.
Le plus terrifiant avec ce trouble, c’est son pouvoir de persuasion lorsqu’il vous persuade que vous n’avez pas besoin d’aide.
Il vous rend aveugle, mais vous convainc d’avoir toute la vérité. Vous vous sentez puissant, sûr de vous, invincible.
J’ai perdu le contact avec la réalité. Plus j’ignorais le problème, plus les choses empiraient. J’ai dit et fait des choses que je regrette profondément. J’ai traité très mal certaines des personnes que j’aime le plus.
J’ai enduré la peur, la confusion, l’humiliation et l’épuisement d’essayer de comprendre une personne parfois méconnaissable. Avec le recul, je me rends compte que je me suis détaché de ma véritable nature.
Dans cet état de détresse, je me suis tourné vers le symbole le plus destructeur que j’aie pu trouver, la croix gammée, et j’ai même vendu des t-shirts à son effigie.
L’un des aspects les plus difficiles du trouble bipolaire de type 1 réside dans ces moments de déconnexion – dont beaucoup me restent inconscients – qui m’ont conduit à des erreurs de jugement et à des comportements imprudents, souvent vécus comme une expérience de décorporation.
Je regrette profondément mes actes commis dans cet état et j’en suis profondément mortifié. Je m’engage à assumer mes responsabilités, à suivre un traitement et à opérer un véritable changement. Cela n’excuse cependant en rien ce que j’ai fait. Je ne suis ni nazi ni antisémite. J’aime le peuple juif.
À la communauté noire – qui m’a soutenu dans les bons comme dans les mauvais moments, même les plus sombres. La communauté noire est, sans aucun doute, le fondement de mon identité. Je suis profondément désolé de vous avoir déçus. Je nous aime.
Début 2025, j’ai traversé un épisode maniaque de quatre mois, marqué par des comportements psychotiques, paranoïaques et impulsifs qui ont détruit ma vie. La situation devenant de plus en plus insoutenable, il y a eu des moments où je ne voulais plus vivre.
Le trouble bipolaire est un état de maladie mentale chronique. Lors d’un épisode maniaque, on est malade. En dehors de ces épisodes, on est parfaitement « normal ». Et c’est à ce moment-là que les ravages de la maladie se font le plus sentir. Ayant touché le fond il y a quelques mois, ma femme m’a encouragé à enfin me faire aider.
J’ai trouvé du réconfort sur les forums de Reddit, aussi surprenant que cela puisse paraître. Différentes personnes y parlent d’épisodes maniaques ou dépressifs similaires. J’ai lu leurs témoignages et j’ai réalisé que je n’étais pas seul. Je ne suis pas le seul à gâcher ma vie une fois par an malgré un traitement quotidien et les diagnostics des soi-disant meilleurs médecins du monde qui affirment que je ne suis pas bipolaire, mais que je présente simplement des « symptômes d’autisme ».
Mes paroles, en tant que leader au sein de ma communauté, ont un impact et une influence mondiaux. Dans ma période de crise, j’en ai complètement perdu conscience.
Grâce à un traitement efficace, une thérapie, de l’exercice et une vie saine, je retrouve mon équilibre et ma sérénité, et j’ai enfin retrouvé une clarté d’esprit essentielle. Je consacre désormais mon énergie à un art positif et porteur de sens : musique, vêtements, design et autres idées novatrices pour contribuer au bien commun.
Je ne cherche ni votre pitié ni l’impunité, même si j’aspire à obtenir votre pardon. Je vous écris aujourd’hui simplement pour vous demander votre patience et votre compréhension pendant que je retrouve le chemin de la maison.
Avec amour,
Ye




















