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Vladimir Poutine en mercedes sur le pont de Crimée parce que voilà

C’est le style russe.

Le 8 octobre 2022, jour de l’anniversaire du président russe Vladimir Poutine par ailleurs, l’Ukraine frappait le pont de Crimée. L’article relatant cela ici soulignait d’ailleurs que cela impliquait désormais la guerre totale du côté russe et ça a bien été le cas. Encore hier 70 missiles ont été lancés contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes.

Le 5 décembre 2022, Vladimir Poutine est allé voir à quoi ressemblent les travaux. Et son style a été celui typiquement débonnaire russe. En mode : ben voilà, il faut bien aller voir. Dans la vidéo mise en ligne par le Kremlin, on le voit conduire une mercedes, s’arrêter, discuter habillé normalement au milieu de gens habillés normalement, la capuche même sur la tête.

Pour un Français, c’est inconcevable, car il y a une exigence de cadre, tout comme un Allemand eut insisté sur l’aspect technique de la reconstruction du point, un Anglais sur la dimension flegmatique face à la situation, etc.

Mais les Russes sont des Russes et donc il n’y a rien eu de tout ça. Vous allez voir un dimanche un cousin pour savoir comment il va, Vladimir Poutine va voir sur le pont de Crimée comment ça se passe.

Naturellement, c’es aussi une anti-narration à l’américaine.

Sur la photo suivante, le type avec le bonnet qui montre du doigt, c’est Marat Khousnoulline, le vice-président du gouvernement russe!

A côté on a encore Nikita Khrapov, un ingénieur en chef des ponts et chaussées, et Yevgeny Chibyshev, le responsable de la Nizhneangarsktransstroy qui s’occupe des travaux.

Cet aperçu sur le stye russe permet de comprendre deux choses également.

Il faut déjà savoir que le 29 novembre 2022, Tamila Tasheva, la représente ukrainienne pour la Crimée, a redit que tous les Russes qui n’étaient pas passés par la douane ukrainienne seraient expulsés de la Crimée reconquise.

C’est là un exemple de la folie furieuse du régime ukrainien. Déjà, parce que la Crimée n’est historiquement pas ukrainienne, ensuite parce que cela met de l’huile sur le feu en Russie, pour qui la Crimée est une terre historique pour laquelle il faut être prêt à tout sacrifier. Il y a unanimité russe à ce sujet.

La visite de Vladimir Poutine reflète le fait qu’aucun compromis historique n’est possible entre la Russie et le régime ukrainien.

Ensuite, cela permet de comprendre pourquoi le régime russe s’est lancé dans la guerre. Il a senti que la crise allait arriver dans le monde et que tout allait mal tourner. Or, la Russie était mal parée pour tenir.

Aidé de la mentalité russe du « bon ben voilà », le régime russe a donc précipité les choses. En se doutant que les gens feraient comme il faut faire si on leur demande, parce que voilà.

On notera que les Ukrainiens subissant la guerre ont la même attitude, qui est un trait slave plus qu’autre chose, même si bien entendu avec des nuances, les Serbes n’étant pas des Ukrainiens qui ne sont eux-mêmes pas des Russes ni des Tchèques ou des Polonais, etc.

Cela étant, le régime russe accepte le style slave, alors que le régime ukrainien a adopté la narration américaine. Et là, c’est aussi une cause de dégoût profond vis-à-vis de l’Ukraine du côté de beaucoup de Slaves, parce que si une guerre entre peuples frères peut être « fatale », le fait de nier les liens historiques et de se prétendre occidental relève de la trahison.

Le style débonnaire de Vladimir Poutine sur le pont de Crimée révèle bien des facettes de la question de la guerre en Ukraine !

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Le Rojava menacé par l’invasion turque

Les Kurdes se retrouvent de nouveau seuls.

La guerre civile en Syrie commencée en 2011 a été le prétexte de la formation d’une zone sous contrôle kurde, le Rojava. Les anarchistes français en ont beaucoup parlé, certains allant même là-bas, en raison d’un romantisme idéaliste. Le Rojava serait un modèle de fédéralisme, de décentralisation, etc.

En réalité, à la suite de l’arrestation d’Abdullah Öcallan en 1999, le PKK (Partiya Karkerên Kurdistanê – Parti des Travailleurs du Kurdistan) a mis en avant un « confédéralisme démocratique », qui lui permettait d’ajuster de manière très pragmatique ses positions.

Ainsi, la mise en place du Rojava dans le cadre de la guerre civile en Syrie a profité d’un soutien américain et français, dans le cadre de la lutte contre l’Etat islamique, ainsi que d’une certaine neutralité de l’Etat syrien. Le tout sans avoir une idéologie faisant peur aux Etats occidentaux et permettant des campagnes de soutien en Europe occidentale.

Le souci est que désormais la Turquie est à l’offensive et que le Rojava est lourdement menacé. Voici la carte actuelle pour comprendre ce qu’il en est.

La partie en rose, la plus grande, montre ce que contrôle l’Etat syrien, avec l’appui russe. En blanc, il s’agit des « rebelles », à savoir les islamistes issus d’Al Qaïda. En vert tout en bas, c’est une zone sous contrôle américain avec des « rebelles » pro-américains servant de justification.

En vert pomme tout en haut, ce sont les zones du pseudo gouvernement intérimaire syrien, avec l’armée turque. En jaune, c’est le Rojava, et en orange, une zone contrôlée par les forces du Rojava ainsi que l’Etat syrien.

Comme le Rojava est dirigé par le Partiya Yekîtiya Demokrat (Parti de l’union démocratique), la version syrienne du PKK, la Turquie compte faire d’une pierre deux coups : liquider les forces kurdes et pratiquer une expansion.

Cela est également nécessaire afin d’avoir le champ libre pour la Grèce et de ne pas avoir à se préoccuper de cette question à moyen terme. Aussi, la Turquie a accusé les Kurdes de Syrie d’être responsables de l’attentat dans une rue piétonne d’Istanbul le 13 novembre 2022.

Pour cette raison, elle bombarde depuis le 20 novembre jusqu’à aujourd’hui la zone frontalière, en visant les forces kurdes. Cela a fait une soixantaine de morts déjà. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a également annoncé une opération sur le terrain. Sont clairement visées les villes de Tel Rifat et Manbidj, pour une pénétration terrestre sur 30 km, devant on le devine par la suite aboutir à une annexion.

La superpuissance américaine et la France sont vent debout contre cette décision. Les États-Unis ont envoyé un émissaire, alors que le ministre américain de la Défense Lloyd Austin affirmé sa « forte opposition » à une telle initiative.

Le ministre français des Armées Sébastien Lecornu a de son côté directement appelé son homologue turc Hulusi Akar le 29 novembre 2022. Voici le compte-rendu officiel :

« Paris, le 30 novembre 2022
Entretien de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, avec Hulusi Akar ministre de la Défense de la Turquie le 29 novembre 2022

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, s’est entretenu par téléphone avec son homologue turc, Hulusi Akar. Au cours de cette conversation, les ministres ont échangé leurs appréciations de la situation sécuritaire en Syrie et en Irak. Sébatien Lecornu a exprimé sa vive préoccupation à propos des frappes menées par la Turquie en Syrie et en Irak. Elles conduisent à une escalade des tensions qui menace la stabilité de la région et les progrès réalisés depuis plusieurs années par la Coalition internationale dans la lutte contre Daech.

Il a prévenu qu’une intervention, en particulier à l’Est de l’Euphrate, risquait de mettre en danger la sécurité des personnels de la Coalition opérant dans le Nord-Est syrien et de favoriser l’évasion de combattants de l’état islamique compromettant ainsi la sécurité de nos concitoyens en France. Il a enfin rappelé l’attachement de la France à la mission de lutte contre le terrorisme. »

Dans les faits, les forces kurdes ont dit avoir cessé leurs opérations contre l’État islamique, et les troupes américaines ont cessé leurs patrouilles dans la région.

Surtout, la Russie reste bien silencieuse… Car, on l’aura compris, elle a fait un deal avec la Turquie. Il y a ici un échange de bons procédés, avec la guerre en Ukraine à l’arrière-plan. La Russie pousse d’ailleurs la Syrie à renouer avec la Turquie, alors que ce pays a été un des principaux soutiens et organisateurs des rebelles islamistes.

Preuve de cela, le président turc Recep Tayyip Erdoğan a affirmé qu’il était prêt à rencontrer le président syrien Bachar al-Assad. Une telle chose était encore inconcevable il y a quelques mois, voire quelques semaines.

C’est qu’on est en pleine bataille de repartage du monde. Et ici les Kurdes se retrouvent de nouveau trahis, comme il y a cent ans, lorsque le Traité de Lausanne de 1923 remplaçait le Traité de Sèvre de 1920. La Turquie de Mustafa Kemal obtenait alors des grandes puissances l’assurance que les Kurdes ne soient plus reconnus.

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Le complexe militaro-industriel français dans la course aux armements avec la Turquie en ligne de mire

La course aux armements s’accélère dans la zone euro-méditerranéenne.

Alors que la Turquie multiplie les coups de menton sur ses frontières, face à l’Arménie, face à la Syrie, à l’Irak et face à la Grèce et Chypre, la France a annoncé ce mois-ci le début de la livraison des premières frégates dites de défense et d’intervention (FDI) à la marine française, qui doit en être équipée de manière opérationnelle pour 2024, avant la marine grecque, qui sera livrée en 2025.

La Grèce a annoncé l’achat de quatre FDI (trois plus une en option), et le ministre grec des armées, Nikolaos Panagiotopoulos, était d’ailleurs présent à Lorient, en Bretagne, dans le département du Morbihan, qui abrite la principale base des sous-marins de la Marine de guerre française, et où se trouve aussi le site de production d’un des principaux monopoles du complexe militaro-industriel français, Naval Group, chargé de l’assemblage de ces frégates.

On parle là d’un véhicule considéré comme étant à la pointe de la technologie actuelle, avec une capacité de longue autonomie technique et numérique, bénéficiant d’une installation de haut niveau en mesure de contrer théoriquement toute attaque de type informatique, tout en embarquant un équipement complet et quasiment autonome de traitement de données complexes.

Le bateau en lui-même est conçu pour être à la fois rapide, discret et en mesure d’embarquer un lourd armement de frappe : drone, hélicoptère d’assaut, dont le modèle à venir Guépard Marine, en commande chez Airbus et surtout tout un arsenal (antiaérien, antinavire, antisous-marin et mer-sol) de missiles de frappe produit par MBMA , sans compter la capacité à projeter des groupes armés des forces spéciales.

Les FDI sont donc des armes polyvalentes, conçues autant pour appuyer le renseignement, l’attaque et la défense, avec un système de radar conçu par Thalès en mesure de constituer un bouclier anti-missile.

Le discours prononcé à l’occasion de ce lancement par le PDG de Naval Group, Pierre Éric Pommellet, lui-même polytechnicien passé par le MIT américain, s’est donc voulu extrêmement clair sur l’engagement central du complexe militaro-industriel au service de l’État français, en parlant frontalement d’économie de guerre :

« Nous sommes fiers d’être présents ici à Lorient aujourd’hui pour célébrer ce jalon important pour l’Amiral Ronarc’h, première de la série FDI, la nouvelle génération de frégates de premier rang de la Marine nationale. La mise à l’eau d’un navire de guerre est aussi l’occasion de rappeler que l’outil industriel français est au service de nos forces armées, engagé dans l’économie de guerre.

Dès 2025, le site Naval Group de Lorient réalisera ainsi jusqu’à deux bateaux par an. Aujourd’hui, nous célébrons également l’avenir du programme FDI avec la présence du ministre Nikolaos Panagiotopoulos, l’occasion de rappeler l’importance de la coopération militaire et industrielle en Europe, la FDI associant déjà de nombreux industriels grecs dans la réalisation du programme pour la Grèce ».

Il faut voir ici que Naval Group a annoncé la création de près de 2000 emplois pour satisfaire cette commande, et que donc la pression sur les masses en terme de propagande et de bourrage de crâne pro-militariste ne peut que s’accroître, d’abord de manière sectorielle sur la région, mais cette tendance ne peut que se renforcer de plus en plus de manière générale au plan national.

Le nom choisi pour ce premier navire est d’ailleurs aussi une sorte de symbole, l’Amiral Ronarc’h ayant été un officier très engagé dans le cadre de la Première Guerre mondiale, et s’étant formé face à la Chine dans le cadre de la guerre des Boxers (1899-1901).

Mort en avril 1940, après avoir été chef d’état-major de la Marine, il a aussi l’avantage de ne pas avoir eu à se postionner face à la capitulation décidée par le Maréchal Pétain en juin 1940.Pierre Éric Pommellet n’a bien sûr pas manqué d’appuyer l’alliance militaire qui se constitue de manière toujours plus nette avec la Grèce, avec bien entendu la Turquie en ligne de mire.

Il faut voir que la Grèce dispose ainsi d’une perspective redoutable de consolidation de son arsenal, avec une alliance militaire renforcée, désignée comme la QUAD (EUNOMIA), liant Chypre, la Grèce, l’Italie et la France, explicitement formée pour affirmer l’hégémonie de ces pays en Méditerranée orientale.

L’horizon 2024-2025 est d’autant plus significatif du côté turc, que la République de Turquie célébrera alors son centenaire, et que Recep Tayyip Erdogan annonce depuis des années vouloir faire de cette date une sorte de refondation de la puissance turque.

La course aux armements qui s’élance pour le repartage de la Méditerranée, mettant face à face la Turquie et la France, au-delà de la Grèce, a de très bonnes chances de faire exploser toute cette situation bien avant cela… On est à la limite de l’ouverture du conflit – ce qui implique en réalité que la limite a déjà été dépassée : les conflits dans le cadre de la bataille pour le repartage du monde se mettent toujours en place avant même de commencer formellement.

Le désastre n’est pas devant nous : il est parmi nous.

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Sommet de l’OTSC à Yerevan: la fuite en avant suicidaire de l’Arménie

D’où que l’on regarde, le sort de l’Arménie semble scellé dans la montée à la guerre.

L’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) réunissant autour de la Russie la Biélorussie, le Kazakhstan, le Tadjikistan et le Kirghizistan a tenu jeudi 24 novembre une réunion à Yerevan en Arménie. Pour l’Arménie, il s’agissait d’une occasion de tenter de mettre la pression sur son protecteur russe afin d’obtenir un positionnement clairement agressif dans le cadre de son conflit avec l’Azerbaïdjan.

L’OTSC n’a en effet jusqu’aujourd’hui pris aucune position sur ce conflit, ni sur la question du Karabagh arménien, ni même sur les agressions menées par Bakou sur le territoire arménien en lui-même. Lorsque la Russie est intervenue en novembre 2020 au Karabagh, cela a été de son propre chef, malgré les appels du régime arménien à ses alliés de l’OTSC à intervenir.

Or, le régime arménien dirigé par Nikol Pashinyan s’est montré depuis un satellite tout à fait discipliné dans le cadre de cette alliance puisqu’il n’a pas hésité à envoyer des troupes réprimer entre le 6 et le 11 janvier 2021 de larges manifestations qui secouaient le régime Kazakh, allié de
Moscou, qui craignait la chute de ce régime en faveur d’un gouvernement pro-occidental.

Face donc aux récentes agressions de Bakou sur la frontière arménienne, réclamant l’ouverture à travers le territoire arménien d’un « corridor de circulation » pour relier l’Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan, et au-delà à la Turquie, le régime arménien multiplie tout azimut les appels pour tenter d’impliquer au maximum les grandes puissances dans ce conflit.

Ainsi, il est organisé à Paris une rencontre entre parlementaires français et le président de la République auto-proclamé de « l’Artsakh », c’est-à-dire du Karabagh arménien en Azerbaïdjan, Araïk Haroutiounian, prévue pour le 7 décembre. Dans le même ordre d’idée, le régime a laissé s’exprimer une manifestation pro-occidentale dénonçant la passivité de l’OTSC et revendiquant une alliance avec l’Union européenne et les États-Unis d’Amérique à Yerevan durant la visite de Vladimir Poutine en Arménie à l’occasion du sommet de l’OTSC. Des drapeaux ukrainiens ont même été brandis durant la manifestation, avec des slogans dénonçant l’occupation russe.

Le président Nikol Pashinyan lui-même a exprimé ouvertement ses reproches à l’organisation en tentant d’obtenir une position ferme sur une éventuelle intervention en cas d’attaque de l’Azerbaïdjan. Cela correspond à une opinion largement exprimée dans les couches dirigeantes de l’État arménien et même son élite universitaire, comme quoi l’Arménie serait une sorte d’île n’ayant rien à faire en Orient et devant tout faire pour se connecter à l’Europe occidentale et aux États-Unis, selon la même logique qu’a développé le régime israélien ou celle que voudraient suivre certains mouvements nationalistes kurdes en Syrie par exemple.

Mais de toute manière, il est inutile de chercher de la cohérence à la politique du régime arménien, il est en fait littéralement aux abois, ayant cherché à négocier un rapprochement avec la Turquie, en arrêtant et en extradant sans conditions par exemple en septembre deux combattants kurdes des HPG/YPG ayant cherché à se réfugier en Arménie, tout en multipliant les signes de soumission à l’influence de la France, par le relais de sa diaspora et par celui de l’Organisation de la Francophonie, et en poussant dans le même temps la Russie à s’engager plus directement à ses côtés.

Le fait est que le sol se dérobe sous les pieds de l’Arménie et que son régime cherche désespérement de l’air pour échapper à l’étranglement turco-azerbaïdjanais qui cherche à le mettre à genou, et éventuellement à l’écraser militairement.

Le prix de toutes ses années de corruption nationaliste, engagée depuis la Perestroïka dans les années 1980, est cher pour l’Arménie d’aujourd’hui. Il est dramatique de constater à quel point les Arméniens ont été ni plus ni moins écrasés par l’Azerbaïdjan, et à quel point ils ont tout fait pour participer à ce massacre général et attiser les haines.

La situation, totalement tragique pour l’Arménie et les Arméniens est désormais la suivante :

  • La Russie et l’OTSC, dont l’unité s’effrite face à la guerre en Ukraine, n’interviendront pas dans un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Moscou ayant signifié que sa position était que la question des frontières devait être clarifiée sur la base de l’intégrité territoriale, ce qui implique que le Karabagh arménien est totalement suspendu à la Russie, et que l’Arménie devait accepter un corridor de circulation Est-Ouest sur son territoire.
  • La priorité pour Moscou est de maintenir coûte que coûte une influence sur Bakou, avec qui un corridor Nord Sud a été décidé.
  • L’Arménie ne peut se retirer de l’OTSC malgré tout, le président biélorusse ayant clairement signifié la centralité de la guerre en Ukraine, et que toute défaite russe sur ce front impliquait un effondrement des régimes liés à Moscou, comme le sont celui de Minsk et de Yerevan de fait, et la fin de l’OTSC de toute manière.
  • L’Azerbaïdjan triomphe diplomatiquement, ayant annoncé avoir plus d’influence dans l’OTSC que l’Arménie sans même en faire partie et en poursuivant d’ailleurs pendant le sommet de l’OTSC ses provocations frontalières sur l’Arménie.
  • Malgré toute l’agitation du régime arménien, aucune puissance occidentale ne parle du Karabagh arménien, sinon pour accuser la Russie d’y maintenir des troupes, et s’il est envisagé par la France de s’opposer à une expansion turque sur le territoire arménien en lui-même, le Karabagh arménien aux mains des russes est lui totalement abandonné à son sort devant l’Azerbaïdjan.
  • L’Iran en pleine agitation sociale et politique, est potentiellement hors de capacité d’intervenir massivement contre une attaque de l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, malgré des annonces faites en ce sens.
  • Le Sud Caucase est potentiellement à la portée d’une attaque panturque coordonnée par Bakou et Ankara, établissant un corridor de circulation en l’imposant à l’Arménie par une victoire militaire.

Alors que la Turquie, puissance du capitalisme bureaucratique expansionniste, se trouve aux portes d’un choix historique : ou bien l’expansion et donc la guerre, ou bien le reflux, que le régime turc est chauffé à blanc sous le poid de ses propres préjugés nationalistes, et que son allié azerbaïdjanais à le fusil à la botte, prêt à se ruer sur le Karabagh arménien et l’Arménie, le régime arménien a choisi le suicide de la fuite en avant, n’ayant de fait plus d’espace dans la Crise qui monte et le repartage du monde allant à la guerre mondiale qui se précise chaque jour un peu plus.

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Les eurodéputés français de « gauche » aux ordres de l’OTAN votent contre la Russie « terroriste »

A chaque vote au Parlement européen, ils s’alignent sur l’OTAN !

Les eurodéputés de « gauche » sont de bons petits soldats aux ordres de l’OTAN. Qu’ils soient socialistes, de LFI, ou encore d’EELV, ils sont tous sur la même ligne : il faut converger avec le capitalisme occidental, voter selon les exigences de l’OTAN et éventuellement en paroles se positionner comme le moins pire dans le genre.

On avait déjà vu cela cet été avec la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne. Et ce n’est pas mieux à l’Assemblée nationale où début octobre le régime ukrainien a été unanimement salué.

Là, on a ça de nouveau avec le vote le 23 novembre 2022 d’une résolution au Parlement européen affirmant que la Russie est un « État promoteur du terrorisme », qu’elle a recours aux « moyens du terrorisme », qu’elle doit être isolée de manière encore plus grande, que ses institutions faisant de la « propagande » doivent être fermées, qu’un neuvième paquet de sanctions doit être mis en place.

494 eurodéputés ont voté en faveur de la résolution, 59 contre, 44 se sont abstenus.

Sur ces 59 contre, 27 sont d’extrême-Droite, 10 sont non inscrits mais en fait d’extrême-Droite ou populistes.

12 sont socialistes ou « démocrates », mais avec naturellement aucun français. 10 sont de Gauche assumée dans une orientation hostile au capitalisme, avec également là aucun Français bien entendu.

N’ont pas participé au vote 6 députés d’extrême-Droite, 6 non inscrits, 3 conservateurs, 1 libéral, 9 socialistes ou démocrates, 4 écologistes, ainsi que 15 députés considérés comme les plus à Gauche.

Là on trouve des Français, puisqu’on a les députés La France Insoumise, avec Manon Aubry, Leïla Chaibi, Marina Mesure (qui a remplacé Manuel Bompard au Parlement), Younous Omarjee, Anne-Sophie Pelletier. Emmanuel Maurel n’apparaît pas dans la liste, il était sans doute absent.

Vu le positionnement du PCF, si celui-ci avait eu des eurodéputés, cela aurait été cette même attitude de « critique » passive, de refus de la confrontation avec la propagande militariste de l’OTAN.

Cette dernière peut bien entendu compter sur les socialistes et les écologistes français, qui sont objectivement des valets américains de manière systématique.

Les députés EELV et affiliés ont naturellement voté pour la résolution : François Alfonsi, Benoît Biteau, Damien Carême, David Cormand, Gwendoline Delbos-Corfield, Karima Delli, Claude Fruffat, Yannick Jadot, Michèle Rivasi, Caroline Roose, Mounir Satouri, Marie Toussaint.

Pareil pour les députés socialistes et affiliés : Éric Andrieu, Raphaël Glucksmann, Sylvie Guillaume, Aurore Lalucq (Pierre Larrouturou et Nora Mebarek étant a priori absents).

Cela rappelle deux choses. Tout d’abord, la Gauche gouvernementale n’est pas capable d’autre chose que de s’aligner sur le capitalisme occidental. Ensuite, que la Gauche populiste – La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon assume ce terme – n’est pas capable d’autre chose que de converger avec le capitalisme occidental.

On est ici dans la corruption par le capitalisme occidental, dans la soumission aux institutions, aux valeurs dominantes, au style de vie dominant, et finalement à l’OTAN, à la superpuissance américaine.

On est en dehors des valeurs de la Gauche historique, du refus de la guerre, du combat contre la guerre, de la dénonciation des menées militaristes, de l’opposition au bourrage de crâne.

Tant la Gauche gouvernementale que la Gauche populiste ne servent à rien, ou alors ils trompent, ils mentent, ils endorment les gens. On va à la guerre, et ces gens font comme si de rien n’était, comme si tout cela était somme toute bien secondaire !

C’est criminel et il est évident que lorsque les choses vont mal tourner, très mal tourner, on ne pourra pas compter sur eux.

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La Turquie prête à mettre le feu

Elle va se lancer.

Agauche.org avait annoncé la guerre en Ukraine dès avril 2021 et il a déjà été expliqué ici également que la Turquie allait être le détonateur régional d’un conflit. Nous voilà rentré indubitablement dans la phase finale.

Tout comme la Russie devait y aller ou se replier de manière massive, la Turquie doit abattre ses cartes ou passer son tour.

Quelle est la particularité de la situation ?

Factuellement, les propos et menaces militaristes contribuant à l’accroissement de la tension n’ont jamais cessé depuis des mois maintenant entre la Turquie et la Grèce. Sauf qu’elles ont désormais atteint un point de non-retour avec l’intégration le 11 novembre 2022 de la République turque de Chypre du Nord comme Etat observateur auprès de l’Organisation des États turques.

Cela correspond à une reconnaissance de facto par les pays liés à la Turquie des institutions de la partie de Chypre occupée militairement par la Turquie. On parle ici de l’Azerbaïdjan (en pleine visée sur l’Arménie), du Kazakhstan, du Kirghizstan et de l’Ouzbékistan.

La République turque de Chypre du Nord est en effet entièrement isolée diplomatiquement depuis sa mise en place à la suite du conflit gréco-turc de 1974; si elle fait partie de l’Organisation de la coopération islamique, c’est comme « Etat turc de Chypre », sans reconnaissance formelle.

Désormais la situation bascule, avec une reconnaissance « stratégique » qui vise à précipiter les choses. Il y a, à l’arrière-plan de cette reconnaissance « turque », la future « demande » de la République turque de Chypre du Nord à rejoindre la Turquie.

Cette question de Chypre, véritable détonateur régional, a déjà été annoncée comme telle ici en juillet 2022.

Bien entendu la Grèce ne compte pas du tout accepter une telle chose, dénonçant immédiatement, avec l’appui de l’Union européenne, la reconnaissance de ce « pseudo État ». La Grèce profite ici de l’appui européen, car la Turquie est considérée comme une puissance montante devenant concurrente.

La France est à ce titre, depuis octobre 2021, membre d’une alliance avec la Grèce, dans le cadre d’accords secrets.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan n’a évidemment pas raté l’occasion de répondre publiquement à la Grèce à la suite de cette question chypriote. Il a repris son antienne du « Nous pouvons venir en une nuit », qui avait défrayé le début du mois de septembre 2022.

Il a ajouté à ces propos, le 16 novembre 2022, que la Grèce ne faisait pas le poids, qu’elle ferait bien d’apprendre de l’histoire, qu’elle ferait bien de rester à sa place, que militariser les îles proches des côtes turques ne les protégerait pas de la colère turque.

Ces propos correspondent à ceux des médias turcs qui chauffent à blanc l’opinion publique. Le rapprochement étroit de la Grèce avec la superpuissance américaine, avec notamment l’annexe américaine qu’est devenu le port grec d’Alexandroupoli dans le nord de la mer Égée, force la main à la Turquie.

Son armée a réalisé pas moins de 8 880 violations de l’espace aérien grec entre janvier et octobre, soit avec des avions. Le chiffre était de 2 744 pour la même période en 2021. 

La Grèce n’est pas en reste, assumant la même rhétorique nationaliste et militariste. Le chef des forces armées grecques, le général Konstantinos Floros, expliqué le 21 novembre, à l’occasion du jour de l’armée grecque, que :

« Quiconque commettrait l’erreur fatale de « venir [de nuit] » doit savoir par avance qu’il fera face à un nouveau Marathon, un nouveau Salamine, un nouveau 731. »

C’est là une allusion :

– à la bataille de Marathon, où Athènes a vaincu une opération de débarquement de la part de la Perse en 490 avant notre ère ;

– à la bataille de Salamine, où les cités-États grecques ont vaincu la Perse lors d’une bataille navale en 480 avant notre ère ;

– à la bataille sur la colline dite 731 (car de 731 mètres de hauteur), où l’armée italienne a été totalement défaite en 1941 par l’armée grecque, perdant 8 000 soldats (contre 1 000 pour la Grèce), dans dans un terrible affrontement le plus souvent au corps au corps et avec tellement de bombardements que la colline a perdu deux mètres en hauteur.

En bleu : zone revendiquée par la Grèce et Chypre
En rouge : zone revendiquée par la Turquie

On est dans la narration justifiant le conflit, avec chacun des protagonistes jouant sur le plus de tableaux possibles, tant symboliques que concrets. Ainsi, la Turquie se lance également dans une mobilisation en Syrie. Le 20 novembre 2022 a été commencée  l’opération « Griffe Epée » contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les Unités de Défense du Peuple (YPG), au moyen de 70 avions et drones, pénétrant l’Irak jusqu’à 140 km et la Syrie jusqu’à 20 km.

Le président turc a prévenu d’ores et déjà que les tanks et les troupes suivraient, annonçant donc une expansion militaire turque dans la région.

Il a également, en marge de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football au Qatar, rencontré le président égyptien Abdelfattah El-Sisi. C’est là un fait majeur, car le régime égyptien actuel est né du renversement du régime pro-Frères musulmans, dont le Qatar et la Turquie sont les grands représentants étatiques.

Il y a à l’arrière-plan un « gel » de la question libyenne, où les deux pays s’affrontent.

On notera que la Grèce est de la partie par ailleurs. Le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias s’est rendu le 17 novembre 2022 à Tripoli pour rencontrer le président du Conseil présidentiel Mohammad el-Menfi, avant de se rendre à Benghazi, capitale rebelle. Mais comme la ministre libyenne des Affaires étrangères Najla el-Mangouch l’attendait à l’aéroport, il est directement reparti pour Benghazi.

La raison est qu’il ne veut pas reconnaître le gouvernement basé à Tripoli et que Najla el-Mangouch est la responsable ayant signé, avec le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu, l’accord avec la Turquie concernant l’exploration des hydrocarbures.

Le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a également de son côté, le 22 novembre 2022, réaffirmé la continuation des explorations turques d’hydrocarbures et dénoncé l’Union européenne comme soutenant la Grèce et Chypre, parlant de provocations grecques, d’une situation dangereuse pour les Turcs vivant en Grèce dans les régions de Thrace et du Dodécanèse.

On aura compris que ces deux dernières régions sont visées par la Turquie…

Le même jour, le ministre turc de la défense, Hulusi Akar, a expliqué que la Turquie n’accepterait aucun fait accompli à Chypre, en Mer Égée et en Mer Méditerranée.

On est là véritablement dans des contradictions antagoniques et que tout est chauffé à blanc, pour parvenir au point de non-retour. C’est le même scénario qu’avant la guerre en Ukraine.

Et ce qui s’ensuit, c’est la guerre – menée ou non, le résultat sera le même. La Turquie est à la croisée des chemins : pour se poser comme puissance, elle doit agir maintenant ou jamais.

Soit elle assume son expansion, soit elle se ratatine. la Turquie est ici une seconde Russie.

Un jalon de plus va se poser, dans un sens ou dans un autre, dans la bataille pour le repartage du monde.

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Écologie Guerre

La Chine bouscule déjà la COP27

Et ce sans attendre.

A peine la COP27 terminée le 20 novembre 2022 que la Chine, le 21 novembre 2022, la bouscule déjà. Ce qu’elle explique correspond à ce qui est expliqué dans notre présentation de la COP27 : les contradictions entre les blocs prime, l’agenda des décisions dépend entièrement de cela.

Que dit la Chine ? Tout d’abord, elle tient son discours habituel comme quoi le progrès avance dans le monde, que les choses se développent, qu’il faut que ça continue, etc. C’est son idéologie à prétention pacifique reflétant sa ligne de marche forcée dans le capitalisme mondial.

Puis, au sein de ce discours, elle lance une pique, visant à se présenter comme à la tête d’un bloc, tout en défendant ses propres intérêts. Ning, porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a ainsi expliqué que « La gouvernance mondiale sur le climat a encore un long chemin à parcourir ».

Sous-entendu : rien ne se fera sans nous, et encore cela se produira-t-il selon nos propres manières.

La Chine souligne trois points précis, qui reviennent au même. Tout d’abord, les pays développés doivent payer pour les dégâts climatiques et ils rechignent. Ensuite, la COP27 parle de la mise en place de fonds pour les « pertes et dommages » pour les victimes de ces dégâts, mais cela reste virtuel.

Enfin, hors de question que la Chine soit considérée comme un pays développé et mette la main à la poche.

Et, dans la foulée, elle souligne qu’elle contribue à la coopération Sud-Sud, se présentant comme le fer de lance des pays en développement, leur meilleur défenseur.

C’est là la stratégie impérialiste chinoise : se placer en numéro 1, en superpuissance hégémonique, et dire aux pays du tiers-monde qu’ils profiteront de renversement de l’ordre mondial.

C’est un appel du pied au moyen de la question du climat et de la COP27, et il en va ainsi désormais de tout. Le conflit sino-américain pèse sur absolument tout et force à ce que les choses penchent dans le sens d’un bloc. Et cela va aller en empirant.

Ne serait-ce que l’année dernière, la Chine n’aurait jamais osé exprimer un tel avis international, de manière isolée, en faisant en sorte que cela se sache.

C’est un symbole essentiel de comment la Chine commence à abattre ses cartes, comment elle rentre ouvertement dans le grand jeu historique. C’est un événement littéralement historique, d’une portée immense. Dans quelques années, on dira de cette expression chinoise au lendemain de la COP27 qu’elle a été le premier pas ouvert franchi par la superpuissance chinoise.

Un acte nouveau se joue dans ce drame historique, par conséquent.

Et le rôle de la Gauche historique est de trouver un espace indépendant dans ce conflit sino-américain pour parvenir à une rupture révolutionnaire pour le socialisme – afin d’exprimer de la lumière dans un monde tombant dans l’obscurité de la troisième guerre mondiale.

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Guerre

Le CEMA Thierry Burkhard assume la guerre au Sénat

L’armée française est subordonnée à la superpuissance américaine et relève de la tendance à la guerre.

L’anglais est assumé jusqu’au symbole du Groupe aéronaval français, constitué autour du porte-avions Charles De Gaulle

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2023, le Sénat a interrogé le général Thierry Burkhard, chef d’état-major des armées, ainsi que le général Pierre Schill, chef d’état-major de l’armée de Terre. Cela s’est déroulé le 19 octobre 2022, mais cela vient d’être rendu public.

Voici les passages les plus importants de ce que dit le « CEMA », Thierry Burkhard, ce que disant Pierre Schill concernant surtout la modernisation de l’armée de terre.

Le soutien à l’armée ukrainienne est assumé, tout comme la ligne de mise à niveau de l’armée française pour un conflit de haute intensité. La subordination à la superpuissance américaine est complète.

On notera particulièrement les propos suivants : « En Afrique, nous faisons face à un adversaire installé, puissant et qui donne l’apparence de jouer dans le sens de l’histoire. » Cela implique que le CEMA est tout à fait conscient de la ligne russe – russo-chinoise en fait – de prétendre représenter le tiers-monde contre l’ordre mondial imposé par les pays développés.

C’est à cela qu’on voit qu’il y a ce qui est dit publiquement, comme narration pour militariser… Et comment derrière, de manière masquée, il y a la logique des blocs, dans le cadre de l’affrontement sino-américain au coeur de la troisième guerre mondiale ayant pratiquement commencé avec la guerre en Ukraine.

Sur la guerre en Ukraine et le soutien au régime ukrainien de l’armée française.

« Le 24 février dernier constitue un point de bascule et l’expression « changement de monde » n’a jamais été si vraie. Depuis, le monde ne s’est pas stabilisé et il est très difficile de cerner l’ampleur et la diversité des défis qui nous attendent dans les années à venir. Les incertitudes restent nombreuses. Par conséquent, il nous faut réinterroger nos choix, nos modes d’action, nos organisations pour s’assurer qu’ils demeurent pertinents, avec une nouvelle grille de lecture « post-24 février ».

Cette situation n’est pourtant pas une surprise : les Armées avaient anticipé la possibilité d’un retour de guerre entre États. Pour autant, une forte accélération est en train de se produire, qui dépasse d’ailleurs le strict cadre européen, et qu’il nous faut prendre en compte pour ne pas rester sur le bord du chemin (…).

En Ukraine, la Russie développe une stratégie de long terme. Certes, elle est en difficulté, mais cela ne suffit pas à la détourner de ses objectifs. C’est pourquoi nous ne devons pas nous démobiliser. Le rappel des réservistes, qui a été engagé par la Russie, ne correspond pas à une mobilisation générale : pour autant, les effectifs, même s’ils sont très importants – de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’hommes -, ne changeront pas immédiatement le cours des opérations mais cela montre que les Russes réfléchissent à la suite des opérations au-delà de l’hiver.

L’hiver, en ralentissant les opérations militaires, sera, d’une part, une période critique dans le champ des perceptions et, d’autre part, une période difficile pour la cohésion du camp occidental, car les leviers énergétiques seront utilisés à plein par la Russie.

Les Russes ont aussi effectué des bombardements sur des cibles à usage dual – installations électriques, centres de distribution d’eau -, qui ne visaient pas à affaiblir l’armée ukrainienne mais à atteindre d’abord la résilience de la nation ukrainienne à l’approche de l’hiver.

L’enjeu pour la France est d’affirmer sa crédibilité militaire sur le haut du segment.

Notre engagement s’est traduit, dès le premier jour de la guerre en Ukraine, par le déploiement de nos avions Rafale au-dessus de la Pologne pour défendre le flanc Est de l’Otan, par le redéploiement du groupe aéronaval, deux jours après, au-dessus de la Croatie, pour effectuer des patrouilles de défense aérienne, et par le déploiement du bataillon Aigle en Roumanie, sept jours après le début des opérations russes en Ukraine, dans le cadre de l’échelon d’intervention d’urgence de l’Otan.

La France, conformément à la volonté du Président de la République, est désormais « Nation-cadre » du dispositif de réassurance de nos alliés de l’Otan en Roumanie.

Dans une logique d’adaptation dynamique de notre dispositif, nous avons décidé de mobiliser des capacités dites de « haut du spectre » – chars Leclerc, véhicules blindés de combat de l’infanterie (VBCI), systèmes d’artillerie – lors de la relève à l’automne prochain.

Nous déploierons en Lituanie des Rafale, pour la première fois, dans le cadre de la mission de police du ciel des pays baltes, à partir du mois de décembre prochain pour une durée de quatre mois. Nous mettons des navires français à disposition des task groups de l’OTAN. Nous maintenons notre présence militaire en Estonie, au titre de la réassurance et de la solidarité stratégique.

Les enjeux sur le flanc Est de l’OTAN doivent s’inscrire dans le cadre d’une stratégie de sécurité européenne pour les dix prochaines années, car, quelle que soit l’issue du conflit en Ukraine, nous devrons « cohabiter » – avec la Russie.

Nous devons aussi poursuivre notre appui à l’Ukraine. En plus des cessions de matériels, la formation est un besoin important, auquel la mission d’assistance militaire de l’Union européenne (EUMAM) permettra de répondre. La France y contribuera (…).

Les armées fournissent du matériel répondant d’abord au besoin des forces armées ukrainiennes : des équipements individuels du combattant, des armements pour assurer leur défense et les munitions associées.

Mais surtout, la France offre des capacités opérationnelles, et pas seulement du matériel. Nous aidons le partenaire à mettre en place un maintien en condition opérationnelle (MCO) durable, en lien avec les industriels. Nous avons également mis en place des hotlines pour permettre aux Ukrainiens de s’approprier rapidement et durablement les équipements cédés. Nous nous impliquons aussi dans la mission européenne d’assistance militaire, avec un important volet « formation et entraînement». »

Sur la militarisation de l’Etat français dans la perspective de la guerre pour le repartage du monde

« Le terme d’« économie de guerre » ne suffit pas à dire tout ce qu’il recouvre. C’est non seulement la manière dont l’industrie se donne les capacités de soutenir une guerre, notamment en matière de production, mais aussi ce que les Armées et la Direction générale de l’armement (DGA) envisagent en matière de simplification, de la spécification des besoins et des normes aux processus de qualification et de recette. Il faut donc une action conjointe. Les industriels sont confrontés à une situation nouvelle, car le monde a changé.

Les industriels doivent donc s’interroger, par exemple sur la capacité à faire des stocks ou à produire rapidement. Quant aux Armées, elles doivent rester à l’écoute des industriels pour faciliter l’établissement d’une réponse crédible techniquement et militairement, dans un délai adapté, à nos besoins. L’état-major des armées et la DGA mènent un travail collectif sur la question, non pas contre les industriels mais avec eux. Il s’agit bien d’une responsabilité collective et partagée.

S’agissant de la Défense Sol-Air, pendant vingt ans, nous avons opéré sur des théâtres où il n’y avait pas de menace aérienne, de sorte que nous avons favorisé d’autres domaines ; ces choix étaient cohérents avec le contexte des engagements. Nous ne sommes pas pour autant démunis en la matière, puisque nous disposons de différents systèmes – Mamba, Crotale et Mistral.

Mais le contexte a changé, et il n’est pas exclu pour l’armée de Terre ou pour la Marine de devoir intervenir dans un environnement où la supériorité aérienne n’est plus durablement acquise.

La menace des drones est également prise en compte dans la défense sol-air multicouches. Les appareils sont très divers, allant de plusieurs tonnes jusqu’aux nanodrones, dont les modèles évoluent très rapidement de sorte que nous devons nous montrer agiles. Il est prévu que nous améliorions notamment le système Mamba et nous envisageons de remplacer le Crotale par le missile d’interception, de combat et d’auto-défense (MICA VL). Tout cela est pris en compte dans la LPM en cours et dans les travaux préparatoires de celle à venir.

En matière de transition énergétique, un certain nombre de véhicules de servitude et de service sont déjà passés à l’électrique. D’un point de vue opérationnel, si la capacité à transporter et à stocker l’énergie électrique fait encore défaut, une réflexion est néanmoins en cours, car l’électrique présente des avantages, notamment en matière de signature thermique ou acoustique (…).

A propos de Djibouti : c’est un point d’appui stratégique pour la France, plus important encore avec le retour de la compétition entre puissances, Pour ses dirigeants, la relation avec la France est considérée comme stabilisatrice. Nous devons donc discuter avec eux, en prenant en compte à la fois nos besoins et leur stabilité.

L’innovation reste un axe de très grande importance et l’attention portée aux crédits d’étude sera maintenue. Parmi nos grandes priorités je citerai la lutte anti-drones, l’hypervélocité et les fonds marins, ainsi que le développement d’armes à énergie dirigée.

Comment gagner la guerre des coeurs et des esprits en Afrique ? Nous la menons depuis longtemps, mais l’on voit bien que la guerre dans le champ des perceptions prend encore plus d’importance avec les réseaux sociaux et les nouvelles technologies, notamment au sein de la jeunesse africaine. La France doit donc repenser sa présence, mais cela ne relève pas seulement des Armées.: Il y a encore quelques dizaines d’années, des centaines de coopérants civils étaient présents en Afrique aux côtés des militaires, dans des domaines divers, sport, éducation, culture, développement, etc. Ce nombre a considérablement diminué, alors que les forces armées n’ont pas réduit leur présence dans les mêmes proportions ; cela explique peut-être en partie l’évolution de l’image de la France. La « reconquête des coeurs et des esprits » passe par un effort interministériel coordonné, mais aussi sans doute par une moindre visibilité des armées. Après Barkhane, l’objectif est bien de renouveler notre mode de présence en Afrique, et cela nécessite l’accord et l’engagement de tous.

Pour ce qui concerne les Armées, nous devons consacrer des moyens aux stratégies d’influence. Un exemple est la formation en France des militaires étrangers. Dans le passé, nous avons beaucoup fait venir des stagiaires, mais, depuis quinze ou vingt ans, nous privilégions les formations sur place (…).

En Afrique, nous faisons face à un adversaire installé, puissant et qui donne l’apparence de jouer dans le sens de l’histoire.

Le combat n’est pas perdu pour autant, nous devons être présents dans la guerre des narratifs et dans le champ des perceptions. De l’autre côté, toute une galaxie d’acteurs est conduite par des proxys russes disposant de moyens que nous n’atteindrons jamais : des dizaines de milliers d’individus, dont au moins un millier d’opérateurs entièrement consacrés à l’Afrique. Nous sommes cependant en train de compenser notre retard, pour faire en sorte que nos adversaires ne soient pas seuls présents sur ce champ de bataille (…). »

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Guerre

Les jours du Karabagh arménien sont comptés

Tout est en place pour le drame.

Ilham Aliyev, le président de l’Azerbaïdjan, devant un monument aux morts avec une carte où une partie actuelle de l’Arménie est annexée

Le régime azerbaïdjanais multiplie les provocations anti-arméniennes depuis la fin du mois d’octobre 2022, lançant incidents de frontières sur incidents de frontières, célébrant de manière outrancière les deux ans de la victoire du régime sur l’Arménie et faisant circuler des cartes montrant le territoire arménien coupé par un corridor reliant l’Azerbaïdjan à son enclave, jadis arméno-turque à l’époque soviétique, du Nakhitchevan et surtout, avec un effacement complet du Karabagh arménien.

Sur ces cartes, la capitale du Karabagh arménien, appelé Stepanakert, en hommage au plus grand révolutionnaire arménien d’Azerbaïdjan, Stepan Chahoumian (1878-1918), est rebaptisé « Khankandi », à la fois pour annoncer la volonté ouverte d’effacer les Arméniens y vivant, mais même encore, toute trace évoquant de quelque manière que ce soit le passé arménien, et révolutionnaire, de l’Azerbaïdjan.

Le but est de liquider toute référence au passé soviétique, confrontant directement le régime raciste et chauvin du président Ilham Aliyev à ses propres mensonges quant à sa démarche en fait nationaliste.

Tout est en réalité prêt à une vaste offensive militaire sur le Karabagh dans le but d’y mener une épuration ethnique des Arméniens, y compris la réannexion d’une partie de leur patrimoine historique au profit de la minorité nationale portée à bout de bras par le régime des Outis, représentant quelques milliers de personnes.

Les choses en sont au point que le dirigeant religieux de cette communauté, Robert Bagratovitch Mobili, s’appelle en réalité Mobilyan; comme tous les derniers Arméniens qui se sont maintenus en Azerbaïdjan, il a été poussé à nier son arménité, en se prétendant descendant des antiques « Albanais du Caucase », dont les Outis seraient les héritiers aujourd’hui. Cette fiction permet de nier toute présence historique des Arméniens en Azerbaïdjan, et aucun régime occidental ne condamne cette ligne ni ce qu’elle annonce : la liquidation pure et simple du Karabagh arménien.

Plus même, le régime azerbaïdjanais a obtenu ces derniers jours l’aval complet de la France et des États-Unis d’Amérique pour liquider de fait le Karabagh arménien. Le président Macron ayant dit que sa ligne rouge était le territoire souverain de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie en 1991, signifiant donc que le Karabagh, à cette date Oblast dissident de la RSS d’Azerbaïdjan elle-même sécessionniste de l’URSS, fait partie du territoire azerbaïdjanais. Bien sûr le Karabagh était en 1991 un Oblast arménien dans le cadre de la RSS d’Azerbaïdjan, mais de cela il n’est jamais question lorsque la diplomatie française aborde cette question.

Les États-Unis ont même pris position par la voix du secrétaire d’Etat Antony Blinken en corrigeant Emmanuel Macron sur le fait que toute solution, y compris donc de découper le territoire arménien pour y ouvrir un corridor au profit de l’Azerbaïdjan.

L’idée des uns et des autres est de pousser le régime d’Aliyev à se confronter aux Russes, qui ont annoncé de leur côté leur volonté de se maintenir indéfinement au Karabagh arménien pour le protéger. Cette présence étant vu autant par Paris que par Washington comme la cause de la durée de ce conflit. Mais la vérité est surtout qu’il s’agit de prendre la main sur cette région, en y écrasant la présence russe afin de l’affaiblir.

Armé jusqu’aux dents par l’Occident, et d’ailleurs aussi par la Russie, et chauffer à blanc par la propagande furieuse de son propre régime, l’Azerbaïdjan d’Aliyev est donc prête désormais à frapper l’ultime coup sur le Karabagh arménien, avec le feu vert français et américain, comptant jeter dans la guerre le peuple azerbaïdjanais, quitte à liquider les Arméniens du Karabagh.

Qui sauvera désormais les Arméniens du Caucase ? Le funeste sort qui attend tragiquement les Arméniens du Karabagh doit être un signal sur le fait qu’il y a rien à attendre de l’OTAN, en l’espèce des États-Unis et de son allié, l’État bourgeois français. Toutes les organisations arméniennes et tous les partis politiques qui se sont compromis lamentablement avec l’État français et sa meurtrière politique belliciste concernant l’Arménie doivent mourir de honte désormais : elles auront aussi sur les mains et sur leur front leur part du sang et des larmes des Arméniens du Karabagh condamnés devant la fureur que l’impérialisme français contribue à lancer contre eux.

Seule une Gauche assumant son héritage historique, assumant le passé révolutionnaire et soviétique des années 1920-1940, assumant de se confronter à l’impérialisme français et ses trahisons est en mesure de défendre ce qui restera de l’Arménie et des Arméniens dans un Caucase transformé en poudrière par les vélléités impérialistes.

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Guerre

« Le militarisme » par Frans Fischer (1902)

Extrait d’une brochure anti-militariste écrite par le militant socialiste belge Frans Fischer en 1902.

La raison capitaliste  

A vrai dire, l’hypocrite et monstrueuse mégalomanie des rois et autres pasteurs des peuples ne suffirait pas à justifier l’existence d’armées permanentes, alors que ces peuples eux-mêmes demandent ardemment la paix.  

Le militarisme est un mal nécessaire à l’existence même du régime capitaliste. C’est grâce à lui, grâce à sa force, que des hommes qui ne se laisseraient pas dépouiller impunément, sont frustrés des richesses qu’ils ont créées et dont ils sont les maîtres légitimes.  

Si l’on voulait, en les dégageant des mensonges voulus de l’histoire, rechercher les causes de toutes les guerres qui ont ensanglanté l’humanité, on devrait bien vite reconnaître que toujours ces causes furent économiques et que les luttes visaient la conquête de richesses par la force. A plus forte raison, dans une société basée sur la libre concurrence, où les plus grands et les plus puissants doivent nécessairement écraser les plus petits et les plus faibles, la guerre et son expression immédiate, le militarisme doivent inévitablement perdurer.  

Sans doute, lorsqu’on envisage la politique internationale moderne, on peut affirmer que les guerres entre peuples civilisés d’un même continent deviennent de moins en moins fréquentes. C’est la conséquence du régime de la paix armée qui a contraint toutes les nations à augmenter leurs charges militaires, à s’armer jusqu’aux dents et à créer, par des alliances, ce qu’on appelle notamment l’équilibre européen. C’est la paix du chat et du chien qui s’épient et se gardent bien de commencer l’attaque, parce qu’ils savent réciproquement que le chat possède des griffes et que le chien a ses crocs.  

Mais du moment où l’on croit l’adversaire inférieur en force, où l’on est certain de l’indifférente inaction des autres puissances, la guerre est bien vite déchaînée. Qu’un pays réputé inférieur ait le malheur de recéler des richesses, et l’on verra d’autres nations, sous le mensonger prétexté de civilisation et d’expansion coloniale, se ruer sur ce malheureux peuple et, par le fer et le feu, lui dérober ses biens et sa liberté.  

Aussi l’on comprend que tous les « glorieux faits d’armes « des guerriers de nos jours constituent en réalité des brigandages d’individus munis d’armes perfectionnées contre des pauvres gens sachant à peine se défendre ; le pillage du Palais d’Eté, les exactions des Français au Tonkin et à Madagascar, les exploits de nos coupeurs de mains au Congo, des civilisateurs hollandais à Atjeh, et des bourreaux anglais au Transvaal, tout cela révèle la même cruauté, la même lâcheté et la même cupidité des capitalistes. Humanité, Justice, défense des petits et des opprimés sont autant de mots qui disparaissent lorsqu’on invoque la nécessité de conquérir la richesse sans travailler.  

Conquérir et conserver la richesse, car les armées ont un double rôle. 

[…] 

Dans la société capitaliste, cette paix universelle ne saurait être qu’une utopie, puisque le régime tout entier procède de la lutte et de l’écrasement des faibles par la force. C’est en supprimant les causes fondamentales de la guerre et du militarisme, les antagonismes économiques, que l’on fera disparaître à jamais ces deux maux.  

Le Socialisme a pour mission de détruire les causes de lutte et de souffrance ; en établissant la justice sociale, en restituant aux travailleurs la part de richesse et de liberté qui leur revient légitimement, en proclamant la solidarité internationale de tout ce qui travaille, pense et crée, il fera définitivement la paix entre les hommes.  

Et d’un grand geste libérateur, il appellera l’humanité à consacrer, à donner tout son merveilleux effort, non plus aux œuvres de haine et de destruction, mais à l’amélioration, à l’épanouissement, à la glorification de la vie.  

Qui veut combattre la guerre, doit lutter contre le militarisme et aider au renversement du capitalisme.

Qui veut la paix doit rechercher la justice toute entière dans le Socialisme. 

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Guerre

L’Ukraine tente de mettre le feu à sa frontière polonaise

Une provocation criminelle.

Le régime ukrainien est en totale décomposition et il tente d’attirer avec lui le monde entier dans l’abîme. C’est ni plus ni moins le sens des accusations de Vladimir Zelenski et de son entourage envers la Russie, qui aurait selon eux volontairement bombardé la Pologne le 15 novembre 2022.

Cette accusation s’est propagée méthodiquement le 16 novembre, avec en soirée les médias occidentaux qui se sont déchaînés dans la foulée, accusant l’armée russe.

L’arrière-plan, c’est l’envoi par l’armée russe de cent missiles sur l’Ukraine le 15.

L’Ukraine a en fait tenté une provocation afin de chercher à se sortir de sa situation désespérée à terme. D’où l’accusation d’un missile russe tombé en Pologne, alors que factuellement il était facile de savoir qu’il était ukrainien.

L’objectif du régime ukrainien était l’escalade militaire. La Pologne étant dans l’Otan, une attaque russe signifierait le déclenchement de l’article 5 du traité de l’Alliance atlantique, donc l’intervention des alliés contre la Russie, et donc la 3e guerre mondiale.

Évidemment, tout cela n’a pas de sens, du moins pour l’instant ; la Russie n’a aucun intérêt à tirer sur un tracteur dans une ferme polonaise pour tuer deux personnes. Mais le ridicule n’effraie pas les dirigeants d’un régime aux abois, qui ont été livrés en pâture à la Russie par les Américains, et qui maintenant se rendent compte de l’immense pétrin dans lequel ils sont. L’Ukraine est terrassée par ce conflit qui tue des vagues entières de mobilisés sur le front et envoie des vagues encore plus grandes d’Ukrainiens se réfugier à l’étranger – y compris en Russie.

Sur le plan militaire, c’est une Bérézina pour l’Ukraine, malgré les propos ridicules que l’on peut entendre dans les médias français décrivant une armée russe connaissant revers sur revers, et une Russie au bord de l’effondrement… Alors qu’il est en même temps expliqué que l’armée russe risque d’envahir toute l’Europe de l’Est. La propagande est ininterrompue, afin de préparer les opinions publiques occidentales à accepter l’intervention de l’OTAN pour sauver le régime ukrainien.

Du côté de l’état-major américain par contre, là où se décide véritablement le sort de l’Ukraine, le discours est très clair. Le général Mark Milley a tenu une conférence de presse dans la journée du 16 novembre pour dire qu’il est peu probable que l’Ukraine déloge bientôt la Russie de l’ensemble des territoires occupés :

«La probabilité d’une victoire militaire ukrainienne, expulsant les Russes de tout l’Ukraine y compris (…) la Crimée, la probabilité que cela se passe de sitôt n’est pas très élevée militairement. »

L’Ukraine est également terrassée par la campagne massive de bombardements russes visant ses infrastructures électriques et stratégiques, au point que des millions de gens sont régulièrement coupés du réseau. Malgré la fourniture d’armes et de missiles occidentaux, l’armée ukrainienne n’a pour ainsi dire aucune défense anti-aérienne.

L’armée ukrainienne utilise des missiles sol-air avec les moyens du bord, ceux-ci atterrissent parfois sur des civils et c’est justement ce qui s’est passé à Przewodow en Pologne, comme l’ont confirmé tant les Américains que les Polonais. Bien sûr, c’est surtout l’Otan, directement concernée, qui devait réagir pour calmer le jeu, à moins d’assumer dès aujourd’hui la 3e guerre mondiale.

Jens Stoltenberg a donc mis fin à toutes les spéculations en déclarant le 16 novembre, après avoir lui-même mis de l’huile sur le feu en disant qu’il fallait attendre, que l’OTAN se réunissait, etc. :

« Notre analyse préliminaire suggère que l’incident a été probablement causé par un missile de système ukrainien de défense anti-aérienne tiré pour défendre le territoire ukrainien contre les missiles de croisière russes. »

Mais les dirigeants ukrainiens sont tellement furieux dans leur nationalisme fanatique qu’ils accusent encore la Russie pour faire monter la pression, quitte à déformer les faits comme ce fut le cas à Bucha et à la gare de kramatorsk, d’ailleurs.

Vladimir Zelenski expliquant dans une vidéo aux dirigeants du G20 à Bali que ce missile en Pologne ne serait « rien d’autre qu’un message de la Russie adressé au sommet du G20 » ayant eu lieu en même temps à Bali en Indonésie, alors que le ministre ukrainiens des Affaires étrangères qualifie de « théories du complot » toutes les affirmations contredisant son récit quant à un missile russe.

Malgré les explications américaines, et celles de l’Otan, récusant la thèse ukrainienne, le président ukrainien continuait d’ailleurs ses accusations hystériques dans la soirée du 16 novembre :

« Je n’ai aucun doute que ce missile n’était pas à nous. Je crois que c’était un missile russe conformément au rapport des militaires. »

Cet acharnement en dit long sur l’état de délabrement du régime ukrainien, au bord de la faillite.

On aura remarqué aussi le niveau hallucinant de bellicisme en France, où cette information a été dans un premier temps traitée en assumant totalement la possibilité de la thèse ukrainienne du missile russe, contre toute vraisemblance. Jusque tard dans la journée du 16 novembre, Emmanuel Macron était encore très timoré sur les faits, laissant planer le doute quant à la possibilité d’un tir de missile russe et donc d’un emballement vers la 3e guerre mondiale.

Il ne faut pas s’attendre à ce qu’il en soit toujours ainsi et que les choses ne s’emballent pas, bien au contraire. Cet épisode fait encore monter les choses en gamme !

Voici, pour documentation, la déclaration le 16 novembre 2022 du Canada, de la Commission européenne, du Conseil européen, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis, en marge du Sommet du G20 à Bali.

Aujourd’hui, les dirigeants du Canada, de la Commission européenne, du Conseil européen, de la France, de l’Allemagne, de l’Italie, du Japon, des Pays-Bas, de l’Espagne, du Royaume-Uni et des États-Unis se sont réunis en marge du Sommet du G20 à Bali et ont publié la déclaration suivante :

Nous condamnons les attaques de missiles barbares que la Russie a perpétrées mardi contre des villes et des infrastructures civiles ukrainiennes.  

Nous avons discuté de l’explosion qui a eu lieu dans la partie orientale de la Pologne, près de la frontière avec l’Ukraine. Nous offrons notre plein soutien et notre assistance à l’enquête en cours en Pologne. Nous avons convenu de rester en contact étroit afin de déterminer les prochaines étapes appropriées à mesure que l’enquête progresse. 

Nous réaffirmons notre soutien indéfectible à l’Ukraine et au peuple ukrainien face à l’agression russe, ainsi que notre volonté constante de tenir la Russie responsable de ses attaques contre les communautés ukrainiennes, alors même que le G20 se réunit pour faire face aux conséquences plus larges de la guerre. Nous exprimons nos condoléances aux familles des victimes en Pologne et en Ukraine. 

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L’exercice SERRAT 2022 en Ardèche, une préparation à la guerre psychologique

L’armée française teste sa propagande politico-militaire sur la population civile.

La guerre n’est pas qu’une question de rapport de forces militaire entre différentes puissances qui s’affrontent, le domaine de l’information est d’une importance cruciale et impliquer les populations derrière les intérêts militaires de telle ou telle puissance est essentiel pour préparer une intervention ou pour tenir dans la durée.

Il est impossible de faire la guerre sans le soutien de larges pans de la société civile qui composent « l’arrière ». On peut même carrément affirmer que les deux précédentes guerres mondiales ont démontré que la qualité des arrières était l’aspect central dans le succès militaire, du fait de l’inéluctable guerre d’usure qui s’impose lorsque le conflit s’ancre dans la durée.

En France, le vaste dispositif militaire compte en son sein un organisme dédié spécialement à cette tâche, rattaché directement au renseignement militaire. En plus d’être spécialisé dans les actions armées en relation avec les civils, le Centre interarmées d’action sur l’environnement (CIAE) est aussi spécialisé dans les opérations psychologiques.

Basée à Lyon, cette unité de 200 militaires (plus 100 réservistes) regroupe depuis le 1er juillet 2012 la Coopération Civilo-Militaire (CIMIC) et les Opérations Psychologiques ou Opérations Militaires d’Influences (OMI).

Elle est chargée de réfléchir à l’organisation de la propagande militaire dans les zones de conflit avec comme horizon l’idée émise par l’ex-chef d’état-major des armées Pierre de Villiers comme quoi « gagner la guerre ne suffit pas, il faut gagner la paix ».

Pour cela, il faut être en mesure d’impliquer les gens et lorsqu’on est une armée qui est de fait séparée de la vie quotidienne, qui plus est au service d’intérêts antipopulaires, cela ne va pas de soi.

Les missions civilo-militaires remplies par le CIAE visent donc à contre-carrer toute tentative de la population de s’organiser sur ses propres bases lorsqu’un conflit survient et qui occasionne forcément un chaos antisocial. Il faut donc militariser la société civile, c’est-à-dire faire encadrer toutes les activités essentielles d’une région par l’armée pour éviter de laisser le terrain vacant…

Voici par exemple une illustration de ce type d’action lors de l’opération Serval au Mali entre 2013 et 2014 donnée par Renaud Ancelin, chef du corps du CIAE en 2017, dont on comprend aisément qu’elle est une opération de propagande militariste opposée à l’émancipation populaire :

« Le marché de Gao est, comme dans tous les villes ou villages d’Afrique, le centre de vie de la cité, mais aussi de la région. Le marché a été détruit dès le début du conflit, lors de la descente des terroristes vers le sud. Après que la ville a été libérée par la force Serval, l’officier responsable des APEO dans la partie nord du pays, décidait de mener, dans le cadre des ACM [Action Civilo-Militaire], la reconstruction de ce lieu de vie. Son objectif facial était de montrer à la population locale que Serval était là pour les aider à retrouver une vie normale (…).

Les équipes d’ACM ont donc aidé les entreprises locales à reconstruire le marché. Les OMI [Opérations Militaires d’Influences] ont permis de multiplier les contacts avec les acteurs locaux, les autorités et les relais d’influence afin de leur expliquer nos opérations et de faire accepter la présence de la force, mais également de lutter contre le soutien local résiduel aux groupes terroristes qui pouvait perdurer dans la région. »

Depuis 2021, le CIAE va plus loin dans sa maîtrise de la propagande avec une doctrine qui assume clairement le fait que « l’information fausse, manipulée ou subvertie, est une arme ». Dans ce cadre, « la possibilité de diffuser de fausses informations afin de tromper l’adversaire ou de convaincre les acteurs d’une crise d’agir dans le sens souhaité ».

Cette semaine, du 14 au 18 novembre, cet organisme se prépare donc à utiliser la population civile du nord de l’Ardèche dans le cadre de l’exercice interarmées baptisé SERRAT en collaboration avec des militaires belges et espagnols.

Les symboles employés, l’OTAN d’un côté et un symbole représentant le communisme de l’autre, veulent tout dire. C’est aussi une manière de désigner la Russie comme ennemi, bien sûr, de manière caricaturale. Mais c’est également et surtout, du point de vue de la Gauche historique, un reflet du caractère d’affrontement que prend la lutte des classes. La bourgeoisie assume le combat contre-révolutionnaire.

Le scénario présenté publiquement sur le site des mairies où va se dérouler cet exercice parle d’une situation de guerre civile ou d’une insurrection des secteurs séparatistes de la population. On retrouve ici les récits d’anticipation avec notamment une Red Team composée de dix auteurs de science-fiction chargée de proposer à l’armée de tels scénarios en vue d’exercices.

Voici la présentation du scénario que l’on peut trouver sur le site de la mairie de Vernoux-en-Vivarais où doit se dérouler l’exercice :

« Cet exercice interallié se propose de nous immerger dans un contexte de crise en nous plongeant dans la situation d’une province, l’Isardro dont la capitale est Valence, venant de faire sécession avec sa nation mère, la Saupaudie. Sur fond de tensions ethniques voyant s’opposer Avernes (population majoritaire de l’Isardro) et Saupaudiens (forte minorité en Isardro et soutenue par son ancienne nation mère), la Saupaudie envahi l’Isardro jusqu’à l’intervention de l’OTAN.

Au début de l’exercice, notre commune issue de la minorité saupaudienne, a déjà subi les affres de la ségrégation averne et est donc plongée dans les marasmes d’un conflit qui semble se finir. Les équipes s’entrainant lors de l’exercice SERRAT 2022 auront la lourde tâche de dialoguer avec une population en souffrance afin de lui éviter de retomber dans les travers qui ont plongé son pays dans la guerre. »

A ce titre, le fait que cet exercice soit communiqué publiquement plusieurs semaines avant fait sûrement déjà partie de l’exercice tant les activités militaires sont généralement opaques. Ici, l’enjeu est bien de tester la population, de voir comment l’armée est à même de s’intégrer dans la société civile pour mieux désamorcer tout ce qui pourrait sortir du cadre pensé par l’état-major.

Couplé à la hausse du budget militaire et aux multiples exercices dits de « haute intensité », un tel exercice psychologique illustre comment l’armée française se prépare à une guerre généralisée qui implique tous les aspects de la vie d’un pays capitaliste moderne, bien loin des OPEX des années 1990-2000.

Si elle se veut pacifiste et démocratique, la Gauche se doit de dénoncer les mises en œuvres du Centre interarmées d’action sur l’environnement qui ne vise qu’à approfondir la militarisation de la société toute entière en vue de la conditionner à la guerre mondiale de repartage.

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Guerre

Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise roulent pour la superpuissance américaine

Main dans la main avec Emmanuel Macron contre la Russie.

Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise sont des escrocs. Non seulement ils n’ont rien de gauche, car ils torpillent l’héritage de la Gauche historique, mais en plus ils ne sont même pas de vrais opposants au régime.

Ils ne sont que des nationalistes de pacotille qui au premier soubresaut du 21e siècle, à savoir la guerre en Ukraine déclenchant la guerre mondiale pour le repartage du monde, se sont précipités au service du régime français vassal de la superpuissance américaine.

C’est ainsi que Jean-Luc Mélenchon et plusieurs députés de la France insoumise ont accueilli à l’Assemblée trois opposants russes à Vladimir Poutine avec l’aval d’Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon remerciant Emmanuel Macron pour avoir aidé « d’un bout à l’autre » à faire venir ces opposants russes.

Et Mathilde Panot récitant à l’Assemblée nationale exactement le discours du régime français, vassal de la superpuissance américaine :

« C’est Poutine et son oligarchie, eux seuls, qui portent la responsabilité de la guerre en Ukraine ».

Elle explique ensuite qu’il faut :

« travailler pour isoler le pouvoir russe. Accueillir et soutenir ses opposants y participe ».

Faire tomber Poutine en Russie, c’est exactement le plan américain. C’est très facile à voir et à comprendre. La superpuissance américaine veut dépecer la Russie (depuis 2014) pour affaiblir la superpuissance chinoise, car la Russie est tendanciellement dans son camp. En effet, la guerre mondiale pour le repartage du monde est l’actualité principale de notre époque, et cela signifie l’affrontement entre les États-Unis et la Chine, son challenger pour l’hégémonie mondiale.

Quiconque prend position à notre époque s’inscrit forcément par rapport à cette actualité principale. Et en France, pays membre de l’Otan, aligné sur la superpuissance américaine, l’ennemi du peuple est obligatoirement principalement la superpuissance américaine. Aucune position intermédiaire n’est possible, à moins de mentir au peuple et de le désarmer politiquement.

Dire, en France en 2022, qu’il faut renverser Poutine, n’a aucun sens pratique, à moins de rouler pour la superpuissance américaine.

Non pas qu’il ne faille pas renverser le régime russe : mais ça, c’est le travail des Russes de gauche. Mais ce n’est pas à l’Assemblée nationale française que ça se joue, surtout quand cette Assemblée nationale est entre les mains d’un régime vassal de la superpuissance américaine ayant justement pour projet de renverser Poutine.

C’est aussi simple que cela. Les Français qui ne dénoncent pas principalement la superpuissance américaine et l’Otan ne peuvent pas prétendre être dans le camp démocratique luttant pour la paix. Alors, quand les « insoumis » prononcent exactement le discours nécessaire à la superpuissance américaine, ils sont non seulement disqualifiés pour le pacifisme, mais en plus ils sont la 5e colonne de la superpuissance américaine.

Parmi les opposants russes accueillis, il y a surtout Alexey Sakhnin, l’un des principaux dirigeants d’une grande alliance réformiste issue de la Gauche en Russie. Il a quitté cette coalition suite à l’invasion de l’Ukraine, et explique :

« Je ne regrette pas la position adoptée par le Front de gauche durant l’année tragique 2014 en Ukraine, position à laquelle j’ai largement contribué. Nous avons alors condamné les deux parties prenantes du conflit et avons appelé les peuples concernés par ce conflit à ne pas se dresser les uns contre les autres mais à se dresser contre ceux qui les ont poussés à commettre ce meurtre fratricide.

En tant que vrais communistes et socialistes nous avons reconnu le droit des peuples à l’autodétermination. Nous avons condamné la guerre monstrueuse du Donbass et les attaques de l’armée ukrainienne contre des villes pacifiques. Personnellement je vivais à cette époque-là en Suède et cette position m’a coûté cher. Mais aujourd’hui je considère que cette position était juste. Et aujourd’hui quand les agents de propagande du Kremlin, accusés d’avoir déclenché une guerre fratricide, répondent « pourquoi vous avez gardé le silence quand on tuait des enfants dans le Donbass », j’ai parfaitement le droit moral de répondre : « moi je n’ai pas gardé le silence ». 

Mais aujourd’hui c’est la clique de Poutine qui a déclenché une agression armée d’une ampleur sans précédent. Et c’est là le fait principal. On ne peut pas cacher ce fait en disant lâchement que ce sont les manœuvres des impérialistes américains (et de fait ces manœuvres existent) ; ou que ce sont les crimes de l’ultradroite ukrainienne (et ces crimes sont nombreux) ; ou justifier le sang des innocents de Kharkov, Odessa, Kiev par le sang versé à Donetsk et à Lougansk. »

Cela est absurde. Soit Alexey Sakhnin pense toujours qu’il faut condamner les deux parties prenantes du conflit et appeler les peuples concernés par ce conflit à ne pas se dresser les uns contre les autres, soit il prend position pour un camp contre l’autre. En venant à l’Assemblée nationale d’un pays partie prenante, la France qui est membre de l’Otan, avec l’aval du régime Français, pour dire exactement ce que veut entendre le régime français conformément au besoin de la superpuissance américaine, il prend de fait position pour un camp contre un autre.

Avec la France insoumise, il prend position pour la superpuissance américaine et participe à la guerre mondiale pour le repartage du monde, plutôt que de lutter contre celle-ci.

C’est exactement pareil quand Jean-Luc Mélenchon dit face à cette même Assemblée nationale :

« Plus que jamais, la France doit œuvrer à la paix et l’immense honneur que constitue le soutien à ses ardents défenseurs. »

Ce n’est là qu’une position de supplétif au régime français, pour lui donner un vernis démocratique. Car la vérité est que la France participe déjà à la guerre, en fournissant des armes, des renseignements, du matériel, des formations, et probablement des hommes.

Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise ne la dénoncent pas et prétendent même qu’elle pourrait jouer un rôle pour la paix. C’est de la manipulation, et cela signifie tout simplement qu’ils roulent totalement pour la superpuissance américaine et son organisation militaire internationale qu’est l’Otan.

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Le retrait de Kherson et la stratégie russe avec les BRICS en perspective

Le moyen terme est le critère russe absolu.

L’armée russe s’est retirée de la rive gauche du Dniepr, abandonnant la ville de Kherson, ayant initialement 300 000 habitants et prise dès le début de « l’opération spéciale ». Les plus de cent mille habitants restant ont été déplacés vers l’Est, suivis de 20 000 soldats environ.

La carte suivante montre la difficulté qu’il y avait à défendre Kherson, ainsi qu’à l’approvisionner, alors que le Dniepr comme ligne de défense apparaît comme tout à fait idéal du point de vue russe.

La carte de l’armée française (au 9 novembre) montre à quoi cela ressemble de manière plus générale pour la ligne de front.

Les réactions à ce repli sont très intéressantes. Les commentateurs militaires occidentaux sont frappés de deux choses : déjà la froideur de la décision, montrant la « rationalité » du régime russe, ensuite le caractère impeccablement réussi du repli militaire.

Naturellement, les commentateurs médiatiques parlent de défaite russe majeure, etc., mais c’est là une propagande classique, que ne croient que ceux qui ne réfléchissent pas, à l’instar de « Révolution permanente » qui y voit une « débâcle » russe avec un régime qui serait même au bord de l’effondrement.

En réalité, quand on regarde sérieusement les choses, on s’aperçoit que tout cela est très intelligent et, surtout, placé sur le moyen terme. Pour s’en convaincre sans rentrer dans trop de détails, il suffit de constater un seul phénomène.

Comme on le sait, la Russie est membre d’un partenariat avec le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Cela représente, pour des données chiffrées, 42 % de la population de la planète et environ 25 % du PIB mondial. C’est ce qu’on appelle les BRICS.

Or, l’Algérie vient de demander à intégrer les BRICS. Pareil pour l’Arabie Saoudite, ainsi que l’Argentine et l’Iran.

L’Indonésie va officialiser sa demande très prochainement. Les BRICS viennent également de proposer au Sénégal d’intégrer les BRICS pour représenter l’Afrique de l’Ouest.

Et les ministres des finances du Nigéria, du Kazakhstan, de Thaïlande, des Emirats Arabes Unis, du Nicaragua (et d’ailleurs du Sénégal) étaient présents à la réunion des BRICS de mai 2022.

La Turquie, l’Égypte et l’Afghanistan sont également intéressés. On se doute que le Mexique serait forcément tenté mais qu’il ne le peut pas de par sa position, mais ce pays n’applique pas de sanctions à la Russie.

On comprend alors très bien le jeu russe : il suffit de tenir, de viser le moyen terme. L’affaiblissement européen avec la crise de l’énergie, les complications du côté de la superpuissance américaine… tout cela est excellent et la Russie a voulu simplement agir en premier afin de tirer les marrons du feu, en anticipant une situation de crise terrible ouverte en 2020.

Le retrait de Kherson n’est pas compréhensible sans saisir cette dimension du moyen terme. C’est l’affrontement sino-américain qui est la clef de tous les événements de la décennie – la Russie l’a comprise en premier.

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Guerre

Le 11 novembre 2022, rien de nouveau

C’était la première guerre mondiale.

La guerre est une horreur tout à fait concrète, épuisant les hommes au plus profond du corps et de l’esprit. Quand elle ne tue pas. C’est ce que raconte avec puissance le fameux roman À l’Ouest, rien de nouveau (Im Westen nichts Neues en allemand), publié par Erich Maria Remarque en 1929.

En voici les premières lignes, racontant la vie d’une poignée d’hommes au front. Ils sont les rares survivants d’une compagnie de 150 personnes et se retrouvent alors très content d’avoir une immense ration de nourriture et de tabac à se partager.

Il faut lire ce livre, ainsi que voir le film éponyme sorti l’année suivante en 1930, car la guerre mondiale est à nouveau d’actualité le 11 novembre 2022, l’Humanité n’ayant toujours pas compris la leçon.

« À L’OUEST RIEN DE NOUVEAU« 

1

Nous sommes à neuf kilomètres en arrière du front. On nous a relevés hier. Maintenant, nous avons le ventre plein de haricots blancs avec de la viande de bœuf et nous sommes rassasiés et contents. Même, chacun a pu encore remplir sa gamelle pour ce soir ; il y a en outre double portion de saucisse et de pain : c’est une affaire ! Pareille chose ne nous est pas arrivée depuis longtemps ; le cuistot, avec sa rouge tête de tomate, va jusqu’à nous offrir lui-même ses vivres. À chaque passant il fait signe avec sa cuiller et lui donne une bonne tapée de nourriture. Il est tout désespéré parce qu’il ne sait pas comment il pourra vider à fond son « canon à rata ». Tjaden et Müller ont déniché des cuvettes et ils s’en sont fait mettre jusqu’aux bords, comme réserve. Tjaden agit ainsi par boulimie, Müller par prévoyance. Où Tjaden fourre tout cela, c’est une énigme pour tout le monde : il est et reste plat comme un hareng maigre.

Mais le plus fameux, c’est qu’il y a eu aussi double ration de tabac. Pour chacun, dix cigares, vingt cigarettes et deux carottes à chiquer : c’est très raisonnable. J’ai troqué avec Katczinsky mon tabac à chiquer pour ses cigarettes, cela m’en fait quarante. Ça suffira bien pour une journée.

À vrai dire, toute cette distribution ne nous était pas destinée. Les Prussiens ne sont pas si généreux que ça. Nous la devons simplement à une erreur.

Il y a quinze jours, nous montâmes en première ligne pour relever les camarades. Notre secteur était assez calme, et par conséquent le fourrier avait reçu, pour le jour de notre retour, la quantité normale de vivres et il avait préparé tout ce qu’il fallait pour les cent cinquante hommes de la compagnie. Or, précisément, le dernier jour il y eut, chez nous, un marmitage exceptionnel ; l’artillerie lourde anglaise pilonnait sans arrêt notre position, de sorte que nous eûmes de fortes pertes et que nous ne revînmes que quatre-vingts.

Nous étions rentrés de nuit et nous avions fait aussitôt notre trou, pour pouvoir, enfin, une bonne fois, dormir convenablement ; car Katczinsky a raison, la guerre ne serait pas trop insupportable si seulement on pouvait dormir davantage. Le sommeil qu’on prend en première ligne ne compte pas et quinze jours chaque fois c’est long.

Il était déjà midi lorsque les premiers d’entre nous se glissèrent hors des baraquements. Une demi-heure plus tard chacun avait pris sa gamelle et nous nous groupâmes devant la « Marie-rata », à l’odeur grasse et nourrissante. En tête, naturellement, étaient les plus affamés : le petit Albert Kropp, qui, de nous tous, a les idées les plus claires, et c’est pour cela qu’il est déjà soldat de première classe ; Müller, numéro cinq, qui traîne encore avec lui des livres de classe et rêve d’un examen de repêchage (au milieu d’un bombardement il pioche des théorèmes de physique) ; Leer, qui porte toute sa barbe et qui a une grande prédilection pour les filles des bordels d’officiers ; il affirme sous serment qu’elles sont obligées, par ordre du commandement, de porter des chemises de soie et, pour les visiteurs à partir de capitaine, de prendre un bain préalable ; le quatrième, c’est moi, Paul Baümer. Tous quatre âgés de dix-neuf ans, tous quatre sortis de la même classe pour aller à la guerre.

Tout derrière nous, nos amis. Tjaden, maigre serrurier, du même âge que nous, le plus grand bouffeur de la compagnie. Il s’assied pour manger, mince comme une allumette et il se relève gros comme une punaise enceinte ; Haie Westhus, dix-neuf ans aussi, ouvrier tourbier, qui peut facilement prendre dans sa main un pain de munition et dire : « Devinez ce que je tiens là » ; Detering, paysan qui ne pense qu’à sa ferme et à sa femme ; et, enfin, Stanislas Katczinsky, la tête de notre groupe, dur, rusé, roublard, âgé de quarante ans, avec un visage terreux, des yeux bleus, des épaules tombantes et un flair merveilleux pour découvrir le danger, la bonne nourriture et de beaux endroits où s’embusquer.

Notre groupe formait la tête du serpent qui se déroulait devant le canon à rata. Nous nous impatientions, car le cuistot était encore là immobile et attendait ingénument.

Enfin, Katczinsky lui cria :

« Allons, ouvre ta cave à bouillon, Henri ; on voit pourtant que les fayots sont cuits ! »

L’autre secoua la tête d’un air endormi :

« Il faut d’abord que tout le monde soit là. »

Tjaden ricana :

« Nous sommes tous là. »

Le caporal cuisinier ne s’était encore aperçu de rien.

« Oui, vous ne demanderiez pas mieux. Où sont donc les autres ?

— Ce n’est pas toi qui les nourriras aujourd’hui ! Ambulance et fosse commune. »

Le cuistot fut comme assommé lorsqu’il apprit les faits. Il chancela.

« Et moi qui ai cuisiné pour cent cinquante hommes ! »

Kropp lui donna une bourrade :

« Eh bien, pour une fois, nous mangerons à notre faim. Allons, commence ! »

Mais, soudain, Tjaden eut une illumination. Sa figure pointue de souris prit un teint luisant : ses yeux se rapetissèrent de malice, ses joues tressaillirent et il s’approcha le plus qu’il put :

« Mais alors… mon vieux !… tu as reçu aussi du pain pour cent cinquante hommes, hein ? »

Le caporal, encore estomaqué et l’esprit ailleurs, fit un signe de tête affirmatif.

Tjaden le saisit par la veste.

« Et aussi de la saucisse ? »

La tête de tomate fit oui de nouveau.

Les mâchoires de Tjaden tremblaient.

« Et aussi du tabac ?

— Oui, de tout. »

Tjaden regarda autour de lui, d’un air radieux.

« Nom de Dieu ! c’est ce qu’on appelle avoir de la veine ! Alors tout va être pour nous ! Chacun va recevoir… Attendez donc… ma foi oui, exactement double ration. »

Mais voici que la tomate revint à la vie et déclara :

« Non, ça ne va pas. »

Alors, nous aussi, nous nous éveillâmes et nous poussâmes en avant.

« Pourquoi donc que ça ne va pas, vieille carotte ? demanda Katczinsky.

— Ce qui est pour cent cinquante hommes ne peut pas être pour quatre-vingts.

— C’est ce que nous te ferons voir, grogna Müller.

— Le fricot, si vous voulez ; mais, les rations, je ne puis vous en donner que pour quatre-vingts », persista la tomate.

Katczinsky se fâcha.

« Tu veux te faire ramener à l’arrière, n’est-ce pas ?… Tu as de la bectance, non pas pour quatre-vingts hommes, mais pour la deuxième compagnie, suffit ! Tu vas nous la donner. La deuxième compagnie, c’est nous. »

Nous serrâmes de près le gaillard. Personne ne pouvait le souffrir : plusieurs fois déjà il avait été cause que dans la tranchée nous avions reçu la nourriture avec beaucoup de retard et toute froide, parce que, quand il y avait un peu de bombardement, il n’osait pas s’avancer suffisamment avec ses marmites, de sorte que nos camarades, en allant chercher le manger, avaient à faire un chemin beaucoup plus long que ceux des autres compagnies. Bulcke, de la première, par exemple, était un bien plus chic type. Il avait beau être gras comme une marmotte, lorsque c’était nécessaire, il traînait lui-même les plats jusqu’à la première ligne.

Nous étions précisément de l’humeur qu’il fallait et, à coup sûr, il y aurait eu de la casse, si notre commandant de compagnie ne s’était pas trouvé à venir. Il demanda la raison de la dispute et se contenta de dire :

« Oui, nous avons eu hier de fortes pertes…» Puis il regarda dans la chaudière.

« Les haricots ont l’air bon. » La tomate fit signe que oui.

« Cuits avec de la graisse et de la viande. »

Le lieutenant nous regarda. Il savait ce que nous pensions. Il savait aussi beaucoup d’autres choses, car il avait grandi parmi nous, et il n’était que caporal quand il était venu à la compagnie. Il souleva encore une fois le couvercle de la chaudière et renifla. En s’en allant il dit :

« Apportez-m’en aussi une pleine assiette. Et on distribuera toutes les rations : ça ne nous fera pas de mal. »

La tomate prit un air stupide, tandis que Tjaden dansait autour de lui.

« Ça ne te fait aucun tort, à toi. On dirait que les subsistances lui appartiennent ! Allons, commence, vieux fricoteur, et ne te trompe pas en comptant…

— Va te faire foutre ! » hurla la tomate.

Il était tout dérouté ; une pareille chose ne pouvait pas entrer dans son esprit ; il ne comprenait plus le monde où il se trouvait. Et, comme s’il eût voulu montrer que maintenant tout lui était égal, de son propre mouvement il distribua encore par tête une demi-livre de miel artificiel.

Aujourd’hui, c’est vraiment une bonne journée. Même le courrier est là ; presque tout le monde a reçu des lettres et des journaux. Maintenant nous déambulons vers le pré derrière les baraquements. Kropp a sous son bras le couvercle d’un fût de margarine. »

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Revue nationale stratégique 2022: la guerre de haute intensité assumée par la France

L’État installe tout ce qu’il faut pour aller à l’affrontement généralisé.

La Revue nationale stratégique date de 2017 et a été actualisé en 2021, elle indique les principaux axes stratégiques de l’Etat français sur le plan militaire. Il y a cependant une nouvelle version en 2022, en raison du conflit en Ukraine, et c’est à Toulon, à bord du porte-hélicoptères amphibie Dixmude, que le Président de la République Emmanuel Macron l’a officialisée.

Si d’un côté il s’est positionné comme force de proposition, avec la France jouant un rôle dans l’organisation d’un système de sécurité européen et mondial, en filigrane il y a un appel très clair à la transformation de l’armée française dans le sens de la guerre de haute intensité. Autrement dit, Emmanuel Macron pose que la guerre aura lieu aux alentours de 2030 – et qu’il faut commencer la grande réorganisation dans cette direction, en accélérant à chaque fois que l’opinion publique, marquée par la crise, le permettra.

Il n’a ainsi pas hésité à affirmer que :

 « Nous devons faire pivoter notre économie, nous adapter au nouveau contexte, pousser avec notre industrie de défense vers de nouveaux efforts et nous mettre en posture d’économie de guerre. »

Voici la vidéo du discours d’Emmanuel Macron, qui insiste bien sur le fait que « l’armée de 2030 » doit être désormais résolument nouvelle.

Le problème dans tout ça pour Emmanuel Macron, c’est qu’il faut assumer d’être désormais entièrement à la remorque de la superpuissance américaine, sans pour autant le dire. D’où deux parties totalement en incohérence l’une avec l’autre : « La France, allié exemplaire dans l’espace euro-atlantique » et « La France, un des moteurs de l’autonomie stratégique européenne ». Il faut lire en filigrane pour comprendre qu’au-delà des apparences, tout passe par l’Union européenne et donc l’OTAN et donc la superpuissance américaine.

En apparence, la France et l’Europe font leurs choix en toute indépendance, c’est revendiqué… Puis quand on voit en quoi consistent ces choix, on comprend qu’il s’agit de « choisir » d’être un satellite américain. Les phrases essentielles sont ici, et elles sont littéralement hallucinantes de franchise :

« Le recentrage américain sur la compétition stratégique avec la RPC s’accompagne d’une recomposition des rapports de force entre puissances régionales. »

« À travers la guerre en Ukraine, les États-Unis sont à nouveau apparus comme le principal pourvoyeur de la sécurité européenne, par l’ampleur des efforts de réassurance et de soutien militaire à l’Ukraine.

Un potentiel affaiblissement de l’investissement américain dans les zones d’intérêt européen (Afrique, Moyen-Orient), par ailleurs plus exposées aux visées unilatérales de puissances intermédiaires et à la montée d’opinions anti-occidentales, pourrait affecter notre capacité à contribuer durablement à la sécurité et la stabilité de ces régions. »

Ce qui va, naturellement, de pair avec une grande inquiétude sur une opposition intérieure à la guerre, qui est ici criminalisée par avance au moyen d’explications sans aucun sens : il y aurait des armes, on ne sait pas lesquelles, qui seraient « trouvées » sur le champ de bataille en Ukraine, et là les Russes auraient l’idée de les envoyer, celles-là et pas d’autres !, par la Poste à 2500 km afin qu’il y ait des attentats à Paris. C’est irréel.

« La guerre en Ukraine fait également peser le risque d’un retour au terrorisme d’État. La
désinhibition des comportements de la Russie rend crédible la possibilité d’une récupération
d’armes de tout type sur le théâtre ukrainien pour servir des groupes affidés (proxies) ou
terroristes. Celles-ci pourraient être utilisées contre nos intérêts, en complément d’une
campagne de désinformation. »

L’armée française est trop intelligente pour que ces lignes ne relèvent pas de la narration toujours plus forte comme quoi critiquer le soutien au régime ukrainien, c’est être un agent de Moscou. Dans son discours, Emmanuel Macron a d’ailleurs souligné que désormais « l’influence » serait érigée au rang de « fonction stratégique » de l’armée française, ce qui accorde à la propagande étatique supervisée par les militaires une dimension nouvelle, fondamentale.

Et pour l’instant, tout cela est accepté sans aucune protestation par la société française ! D’où l’importance de Rosa, la gazette bimensuelle contre la guerre, dont le nouveau numéro vient de paraître.

Voici ici également la Revue nationale stratégique de 2022.

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Guerre

Le vote à l’ONU contre « toute glorification du nazisme et du néo-nazisme »

Cela permet une grille de lecture des rapports diplomatiques.

La liste des votants de la résolution

La Russie a déjà plusieurs fois réalisé une telle initiative, qui il est vrai est révélatrice. Elle propose à l’ONU un vote contre le nazisme par l’intermédiaire de la « Troisième Commission » des Nations-Unies, qui est chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles. Puis elle s’appuie sur les résultats pour affirmer sa propre position et dénoncer.

Cette année avec la séance du 4 novembre 2022, la polarisation est d’autant plus marquée étant donné que le régime ukrainien se revendique ouvertement de nationalistes ukrainiens s’étant alliés avec le nazisme ou ayant convergé avec lui. En Ukraine aujourd’hui tout ce qui relève de la Gauche historique est interdit ; publier Rosa Luxembourg est illégal, pour donner un exemple. Glorifier les collaborateurs ukrainiens de l’armée nazie pendant la seconde guerre mondiale est par contre valorisé, étant donné que cela conforte le nationalisme ukrainien.

Les pays occidentaux, opposés à la Russie et soutenant le régime ukrainien (qui est même leur marionnette, en particulier de la superpuissance américaine) ont tenté un contre-feu avec un amendement dénonçant la Russie comme utilisant un vote pour justifier son conflit avec l’Ukraine.

Cela permet un panorama diplomatique de la situation actuelle. Ce n’est guère fascinant en soi, mais utile pour savoir les positionnements de chaque pays dans la période actuelle.

SOIXANTE-DIX-SEPTIÈME SESSION 45E SÉANCE – MATIN

4 NOVEMBRE 2022

La Troisième Commission entérine par consensus sept textes, mais voit la lutte contre le néonazisme cristalliser les tensions nées de la guerre en Ukraine

La Troisième Commission, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles, a commencé, ce matin, à se prononcer sur ses projets de résolution en faisant siens huit textes, dont sept par consensus. Un vote a cependant été requis pour entériner celui relatif à la « lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée ». 

En vertu de ce projet de résolution présenté par la Fédération de Russie, et adopté par 105 voix pour, 52 voix contre et 15 abstentions, l’Assemblée générale se déclarerait profondément préoccupée par la glorification, quelle qu’en soit la forme, du mouvement nazi, du néonazisme et des anciens membres de l’organisation Waffen-SS. 

Mais la pomme de discorde est née de l’adoption, par 63 voix pour, 23 voix contre et 65 abstentions, d’un amendement présenté par l’Australie, lequel stipule que la Fédération de Russie a cherché à justifier son agression territoriale contre l’Ukraine en invoquant l’élimination du néonazisme, et souligne qu’invoquer le néonazisme comme prétexte pour justifier une agression territoriale compromet sérieusement les mesures prises pour combattre réellement ce fléau. 

Au nom de l’Union européenne (UE), la République tchèque a estimé que le projet de texte dans son ensemble s’inscrit « en contrepied » dans la mesure où la Fédération de Russie a supprimé le paragraphe qui prend note du rapport de la Rapporteuse spéciale du Conseil des droits de l’homme sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et de l’intolérance qui y est associée, libellé réintroduit par la délégation russe lors d’un amendement oral. 

L’Australie a précisé pour sa part que son amendement est tiré du rapport de ladite Rapporteuse spéciale.  Il s’agit d’une réaction à l’instrumentalisation grave et évidente des droits humains par la Russie, et c’est pourquoi « nous reprenons mot pour mot » le passage du rapport, a souligné la délégation. 

La Macédoine du Nord et le Libéria ont estimé que cet amendement permet de corriger l’interprétation de la résolution selon laquelle l’auteur a souhaité officiellement justifier son invasion pour procéder à ce qu’il appelle une « dénazification » de l’Ukraine. Une telle position mine gravement les efforts de lutte contre le nazisme et le néonazisme, ont estimé ces délégations, l’Ukraine décriant de son côté « le comble de l’hypocrisie ».

Pour la Fédération de Russie, l’amendement, dont elle s’est dissociée, visait tout simplement à empêcher l’adoption de la résolution. Il ne s’agit pas d’une approche constructive, a-t-elle regretté.  La République arabe syrienne et la Chine, ainsi que par le Burundi et l’Égypte, entre autres, ont regretté pour leur part que l’incorporation de l’amendement vienne « politiser » une résolution thématique. 

(…)

Préalablement au vote sur le projet de résolution dans son ensemble, l’Australie a présenté le projet d’amendement A/C.3/77/L.52, par lequel l’Assemblée générale constaterait avec inquiétude que la Fédération de Russie a cherché à justifier son agression territoriale contre l’Ukraine en invoquant l’élimination du néonazisme, et soulignerait qu’invoquer le néonazisme comme prétexte pour justifier une agression territoriale compromet sérieusement les mesures prises pour combattre réellement ce fléau. 

Le projet d’amendement a été adopté par 63 voix pour, 23 voix contre et 65 abstentions. 

Déclarations et explications de vote sur le projet d’amendement

Avant le vote, lAustralie, qui avait initialement soumis deux projets d’amendement aux côtés du Japon, du Libéria et de la Macédoine du Nord, a tout d’abord indiqué qu’à la suite de la révision annoncée par la Fédération de Russie, le premier avait été retiré car il était devenu « redondant ». 

Elle a par ailleurs précisé que le libellé de l’amendement maintenu est tiré du rapport de la Rapporteuse spéciale, lequel note avec inquiétude que la Fédération de Russie a essayé de justifier son invasion militaire de l’Ukraine en avançant l’élimination du néonazisme.  Il s’agit d’une réaction à l’instrumentalisation grave et évidente des droits humains par la Russie, a souligné la délégation.  C’est pourquoi, a-t-elle déclaré, « nous reprenons mot pour mot » le passage du rapport. 

Au nom de l’Union européenne (UE), la République tchèque a rappelé que la lutte contre le racisme est un principe fondateur de l’UE qui, depuis 10 ans, prend une part active et constructive à cette résolution. Le projet de texte présenté cette année s’inscrit, selon elle, « en contrepied » dans la mesure où la Fédération de Russie a supprimé le paragraphe qui prend note du rapport de la Rapporteuse spéciale. La raison de la suppression de ce paragraphe est évidente et ne peut être justifiée par des raisons techniques, a-t-elle fait valoir. 

En effet, le rapport prend note avec inquiétude que la Russie a justifié son invasion militaire de l’Ukraine en invoquant l’élimination du néonazisme.  Il s’agit pour la délégation d’une « instrumentalisation de préoccupations vives concernant les droits humains ». 

L’utilisation sous forme de prétexte du néonazisme pour justifier une agression territoriale compromet sérieusement les mesures prises pour combattre réellement ce fléau, a déploré la délégation, qui a expliqué que pour toutes ces raisons, l’UE votera en faveur de l’amendement. 

À sa suite, la Macédoine du Nord et le Libéria ont estimé que cet amendement corrige l’interprétation de la résolution selon laquelle l’auteur a souhaité officiellement justifier son invasion pour procéder à ce qu’il appelle une « dénazification » de Ukraine. 

Une telle position mine gravement les efforts de lutte contre le nazisme et le néonazisme, ont estimé les délégations, qui ont appelé à la mobilisation pour ne pas faire du projet de résolution une « arme de propagande » aux mains de l’agresseur.

Hostile à ce projet d’amendement, la Fédération de Russie a appelé à voter contre.  Rappelant qu’elle mène, d’année en année, des négociations ouvertes sur ce texte, elle a estimé que le but de l’amendement est de « politiser le sujet ». Nous avons toujours été disposés à mener un dialogue et à aborder toute proposition constructive, a assuré la délégation. 

Néanmoins, nous rejetons toute proposition visant à modifier l’essence ou la finalité de la résolution, dont l’objectif n’est pas de pointer du doigt, a-t-elle ajouté, relevant qu’il s’agit d’un texte thématique qui évoque des problèmes « transfrontières » concernant de nombreux pays du monde. Cette position a également été soutenue par l’Azerbaïdjan. 

Avant le vote sur le projet de résolution dans son ensemble, tel que révisé oralement et amendé, l’Arménie, qui s’exprimait au nom de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), a indiqué que ce texte jouit d’un large soutien parmi les États membres de cette organisation, qui font front commun contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée.  Ils le font grâce à la bravoure de leurs citoyens, qui, au prix de leurs vies, ont libéré les peuples d’Europe du nazisme, a-t-elle souligné, en s’élevant contre les « campagnes politiques » de certains pays qui visent à « réécrire l’histoire ». 

Le Canada et les États-Unis ont, de leur côté, exprimé leur opposition à ce projet de résolution qui vise, selon eux, à légitimer un discours basé sur la désinformation.  Ils ont été appuyés par le Japon et le Royaume-Uni, ce dernier constatant que le « régime de Putin » est en train de se livrer aux actes les plus dévastateurs, semblables à ceux de certains des pires régimes du XXe siècle. 

Quant à l’Ukraine, elle a estimé que ce projet de texte n’a rien à voir avec l’intitulé de la résolution, mais est, au contraire, un prétexte utilisé par la Russie pour justifier sa guerre brutale contre son pays et les crimes abjects commis contre l’humanité. La délégation y a vu le « comble de l’hypocrisie ». 

Après le vote du projet de résolution, le Mali s’est déclaré en faveur du texte, tout comme Singapour qui a cependant estimé qu’une question aussi importante ne doit pas être politisée, « ce qui est malheureusement le cas aujourd’hui ».

Le Venezuela, en tant que co-auteur de ce projet « opportun », a regretté l’amendement, qui, selon lui, ne contribue pas à l’objectif final.  Il s’est donc dissocié de ce passage, à l’instar du Nicaragua qui a regretté les tentatives visant à détourner l’attention de la lutte pour l’éradication de toutes ces idéologies néfastes et extrémistes. 

La Croatie a dit avoir voté contre ce texte « pour la première fois en 10 ans ». Même remarque de l’Australie, qui a appelé à une approche plus inclusive pour lutter contre les formes contemporaines du racisme et de la xénophobie. La Russie doit nouer un dialogue transparent autour de cette résolution, a-t-elle plaidé. 

À son tour, la Slovénie a exprimé son rejet de l’approche défendue par le texte, de même que l’Islande, qui, au nom d’un groupe de pays, a rejeté une « instrumentalisation » destinée à justifier une agression contre un pays souverain. Quant à la Suisse, qui s’est abstenue, elle a estimé que le projet de résolution ne reflète pas les formes les plus contemporaines de ces fléaux. 

Le Guatemala a ensuite dit avoir voté en faveur du projet de texte, tout comme Cuba, qui s’est dite pleinement engagée dans la lutte contre toutes les formes de nazisme et du néonazisme, y voyant « les manifestations les plus extrémistes de théories visant à mettre en place la suprématie d’une race ». Abondant dans le même sens, Sri Lanka a regretté l’amendement au texte, avant de rejeter une approche ciblant un pays en particulier. 

La Fédération de Russie a remercié tous les États Membres qui ont voté en faveur d’une résolution « fondamentale pour le système des Nations Unies ». 

Elle a ensuite condamné les manifestations les plus graves de glorification du nazisme, notamment la destruction de monuments érigés à la mémoire de ceux qui ont lutté contre le nazisme. Pour la délégation, l’issue du scrutin n’a fait que confirmer que l’objectif de l’amendement était tout simplement d’empêcher l’adoption de la résolution. 

Il ne s’agit pas d’une approche constructive, a-t-elle dénoncé, avant de se dissocier de l’ajout fait au texte. À son tour, le Bélarus a rendu hommage à ceux qui ont permis au monde de « ne pas sombrer dans les abysses de la haine sous l’étendard du nazisme » et s’est également dissocié du paragraphe ajouté, tout comme le Vietnam, la Malaisie et l’Afrique du Sud, celle-ci estimant en outre que la Troisième Commission n’est pas le « forum idoine » pour examiner les droits humains dans des pays spécifiques. 

Favorables au texte soumis par la Fédération de Russie, ces pays ont été rejoints par la République arabe syrienne et la Chine, également hostiles à l’amendement, ainsi que par le Burundi et l’Égypte.  Ces délégations, qui se sont portées co-auteurs du projet de texte, ont regretté que l’incorporation de l’amendement vienne « politiser » une résolution thématique. 

L’Algérie a, pour sa part, indiqué avoir voté en faveur du texte dans son ensemble, mais s’être abstenue sur le projet d’amendement. 

Pour finir, Israël est revenu sur l’Holocauste, jugeant que la « plus sombre période de l’histoire du peuple juif » a démontré à quel point l’être humain peut être « vil au plan moral ». C’est, hélas, un phénomène contemporain dont il est impératif d’identifier les racines profondes, a-t-il affirmé, appelant à la mobilisation des gouvernements et de la communauté internationale ainsi que des plateformes de réseaux sociaux. La délégation a ajouté que, si elle s’est prononcée en faveur du texte, son vote ne doit pas être considéré comme un « feu vert » donné à un pays qui envahit un État souverain. 

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Guerre

Le sens stratégique du jour de l’unité russe le 4 novembre 2022

L’Europe de l’Est se précipite dans la guerre.

Le monument à Kouzma Minine et Dmitri Pojarski

Le 4 novembre 2022, le président russe Vladimir Poutine s’est rendu sur la place Rouge afin de déposer une gerbe de fleurs devant le monument dédié à Kouzma Minine et Dmitri Pojarski, devant la cathédrale Basile-le-Bienheureux. Le prétexte était le jour de l’unité nationale, fêtée auparavant par le tsarisme et réintroduit en 2004.

La date fait référence à la grande révolte populaire à Moscou du 4 novembre 1612 contre l’occupant polonais. Le marchand Kouzma Minine et le prince Dmitri Pojarski dirigèrent ce combat menant à l’indépendance russe et à l’instauration de la dynastie des Romanov.

Cet épisode est totalement inconnu en France où la narration polonaise a masqué cette période, afin de donner plus de volume à l’occupation russe de la Pologne par la suite. Mais au 17e siècle, la Pologne, au sein de la « République des Deux Nations » avec la Lituanie, était une puissance majeure et expansionniste.

Le territoire de cette force féodale recouvrait alors les territoires actuels de la Pologne, une grande partie de l’Ukraine, de la Lituanie et de la Biélorussie, mais également une petite partie de la Russie, de la Lettonie et de l’Estonie. 

La République des Deux Nations en jaune clair et en rouge, on remarquera que la future Ukraine en fait partie – elle se rebellera contre les Polonais ainsi que contre les Tatars sous la forme des guerriers cosaques qui se tourneront alors vers la Russie (wikipédia)

Maintenant, à moins d’être naïf, il n’est pas bien difficile de voir qu’il existe actuellement une alliance stratégique Ukraine – Pologne – Lituanie – Lettonie – Estonie contre la Russie, avec comme objectif assumé de la démembrer. La Suède, qui historiquement a mené de nombreuses guerres dans la région (et a précipité la chute de la République des Deux Nations), est de la partie, tout comme la Finlande.

Le but est de dire que la Russie est un empire, qu’il faut « libérer » ses peuples, donc former une « Moscovie » de taille réduite, en s’appropriant au passage des territoires, et décomposer le reste en « républiques » semi-coloniales.

Le jour de l’unité russe en 2022 prend donc une tournure stratégique tout à fait significative. Du point de vue français cela ne se voit pas, mais à l’Est les choses sont claires, c’est soit la Russie, soit le bloc Ukraine – Pologne – Lituanie – Lettonie – Estonie.

Le maréchal fasciste polonais des années 1920 – 1930, Józef Piłsudski, avait d’ailleurs déjà conceptualisé ce principe d’un « intermarium ». Il s’agissait alors pour la Pologne, allié ou plus exactement vassalisé au Royaume-Uni, devenir une grande force régionale.

On en revient au même schéma puisque le Royaume-Uni est première ligne contre la Russie et prête à envoyer des troupes, alors que dès février 2022 a été instaurée une alliance Ukraine – Pologne – Royaume-Uni dénommée la « trilatérale ».

Il faut donc bien comprendre qu’en Europe de l’Est, on va vers un affrontement significatif, au minimum. Et si la superpuissance américaine parle beaucoup de l’utilisation par la Russie d’une bombe nucléaire tactique, c’est également parce que si tout déborde, la Russie ne se laissera pas faire par le bloc en face.

En parlant de cette menace pratique, la superpuissance américaine ne mène pas seulement une attaque contre la Russie, elle avertit en même temps les fous furieux que sont le Royaume-Uni, les pays baltes, la Pologne et l’Ukraine…

Ainsi que la Finlande et la Suède. Leurs dirigeants de gouvernement, Sanna Marin et Ulf Kristersson, n’ont pas hésité à expliquer au tout début du mois de novembre 2022 qu’il serait possible que leurs pays accueillent des armes atomiques américaines. C’est là suicidaire, déjà que l’entrée de la Finlande dans l’OTAN fait de Helsinki une cible directe de par la géographie de la zone.

On est complètement dans le repartage du monde, avec chacun cherchant à en profiter le plus possible. La Pologne est en effet tout autant susceptible d’avaler une partie de l’Ukraine qu’une partie de la Biélorussie, selon les possibilités du moment… Tout est une question d’opportunités… C’est l’ère de l’impérialisme.

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Guerre

Emmanuel Macron officialise le soutien unilatéral au régime ukrainien

Le président français revendique le « soutien militaire à l’Ukraine ».

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Le 1er novembre 2022, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu au téléphone avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, ce qui a abouti à des décisions qui, sans aucun doute, ont été élaborées directement au sein de l’OTAN. Emmanuel Macron officialise en effet le soutien militaire à l’Ukraine : il ne s’agit plus en apparence de soutenir l’Ukraine parce qu’il le faudrait bien face à une invasion, désormais on est dans une convergence ouverte avec la superpuissance américaine mobilisant pour faire guerre à la Russie.

La France est clairement partie prenante dans le conflit, épaulant totalement le régime ukrainien ; le communiqué de l’Elysée ne peut pas se lire autrement.

Le Président de la République s’est entretenu par téléphone avec le Président de l’Ukraine, M. Volodymyr ZELENSKY, ce mardi 1er novembre 2022.

Ils ont échangé sur la situation sur le terrain et sur les derniers développements de la contre-offensive ukrainienne. Le chef de l’État a redit la pleine mobilisation de la France pour augmenter dans les plus brefs délais son soutien militaire à l’Ukraine, en particulier concernant la défense anti-aérienne.

Le Président de la République a également marqué sa détermination à aider l’Ukraine à résister à l’approche de l’hiver, alors que les frappes russes ont considérablement endommagé les infrastructures électriques et d’approvisionnement en eau du pays. Il a indiqué que la France intensifiera son soutien à cet égard et participera à la mobilisation internationale.

Les deux présidents sont convenus d’organiser le 13 décembre à Paris une conférence internationale destinée à soutenir la résilience civile du pays tout au long de la période hivernale. Un travail de préparation avec les autres partenaires de l’Ukraine sera lancé prochainement à cette fin. Par ailleurs, les deux présidents se sont également accordés sur l’organisation d’une conférence bilatérale visant à mobiliser les entreprises françaises, qui se tiendra le 12 décembre.

Les deux présidents ont évoqué la suspension par la Russie de la mise en œuvre de l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes par corridor maritime. Le chef de l’Etat a dénoncé une décision unilatérale de la Russie qui nuit de nouveau à la sécurité alimentaire mondiale.

Ils ont de même abordé la situation à la centrale nucléaire de Zaporijjia, où les pressions exercées par l’armée russe sur le personnel ukrainien compromet encore davantage la sûreté de la centrale. 

Enfin, sur les fausses allégations de la Russie concernant la préparation d’une bombe sale, le Président de la République a salué la transparence exemplaire de l’Ukraine qui a permis sans délais une mission de l’AIEA sur place, afin de démontrer que l’Ukraine respecte pleinement son accord de garanties et d’écarter les accusations infondées.

Si cela n’a rien de surprenant, l’aspect principal est qu’on est ici dans une escalade, dans un schéma narratif généralisé visant à entraîner ouvertement dans la guerre. Tout est fait pour que l’intervention directe de l’OTAN dans le conflit Ukraine – Russie apparaisse comme inéluctable. La France ne fait même plus semblant d’être ouverte au dialogue avec la Russie ; le régime ukrainien est littéralement soutenu à bout de bras.

La passivité des masses françaises face à une telle tendance militariste va se payer très cher. Il faudrait une mobilisation de l’ensemble de la Gauche contre la guerre, mais cette question n’est pratiquement jamais abordée, et lorsqu’elle l’est, pour la considérer comme un bruit de fond gênant et horrible, mais sans impact réel.

Alors que dans les faits, la guerre est l’actualité principale de l’Histoire du monde. On est en pleine tendance menant à la guerre mondiale de repartage. Qui ne fait pas de la guerre l’alpha et l’oméga de son raisonnement politique s’est en pratique aligné sur le capitalisme en décomposition.

Très rapidement on va voir que les choses vont empirer dans cet investissement français en faveur du régime ukrainien. La France, satellisée par la superpuissance américaine, est désormais un pion à sacrifier dans la stratégie américaine de maintien de son hégémonie face à son challenger chinois et son allié russe.

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Guerre

L’Ukraine au bord des ténèbres, l’OTAN cherche l’escalade

Le mois de novembre s’annonce terrifiant.

Il n’y a plus aucun doute sur les intentions de la Russie visant à terrasser l’ouest de l’Ukraine passée aux mains de l’OTAN. Elle a procédé à une nouvelle série de frappes militaires lundi 31 octobre 2022, oeuvrant à pratiquement liquider le réseau électrique. L’approvisionnement en électricité dans le pays est largement perturbé, les métros de Kiev et de Kharkov ont cessé de fonctionner, 80% des habitants de Kiev n’ont plus d’eau et 350 000 foyers de la ville sont sans électricité d’après les autorités municipales.

Ont été touchées à l’aide d’une cinquantaine de missiles de croisière de type X-101/X-555 lancés par des avions les centrales électriques 5 et 6 de Kiev, celles de Lviv et Krementchouk et les centrales hydroélectriques de Zaporojié et Novodnestrovskaïa. Des dizaines d’installations pour la plupart liées au système énergétique ont également été visées partout dans le pays.

Ces frappes ont été qualifiées de « catastrophiques » lors d’une réunion d’urgence du gouvernement ukrainien. Le réseau du pays, en tension maximale en raison des frappes depuis le 10 octobre, s’est pratiquement effondré lundi 31 octobre.

La carte des frappes du 31 octobre 2022

Si probablement plus de la moitié de la capacité de production d’électricité est encore en fonctionnement, notamment la capacité nucléaire, c’est en fait surtout le réseau qui a été détruit et particulièrement les transformateurs des réseaux de 330 kV. Les réseaux de 750 kV recevant l’électricité des centrales nucléaires ukrainienne sont alors inutiles sans les réducteurs vers les réseaux de 330 kV.

Non seulement l’Ukraine est pratiquement plongée dans le noir, mais en plus la restauration du système énergétique va être extrêmement longue et coûteuse. Le pays est à genoux. De son côté, la Russie manœuvre comme elle le souhaite, malgré les pseudo contre-offensives ukrainiennes, et elle fait la pluie et le beau temps sur la Mer Noire.

Suite d’ailleurs à une attaque repoussée contre des navires de la flotte de la mer Noire et des navires civils du port de Sébastopol durant le week-end, la Russie a annoncé suspendre unilatéralement sa participation à l’accord (sous l’égide de l’ONU) sur les exportations de céréales des ports ukrainiens. Un décision rude, car la Russie accuse désormais directement, et c’est une chose tout à fait nouvelle, le Royaume-Uni.

Il y a quelques jours déjà, les Britanniques ont été accusés d’avoir participé à la planification et à l’exécution des sabotages des gazoducs Nord Stream 1 et 2. Cette fois ils sont désignés comme coupables de l’attaque sur Sébastopol au moyen de la gestion de drones. La Russie affirme qu’elles sont menées par des spécialistes britanniques situés dans la base navale de Ochakov, dans l’oblast de Mykolaiv, entre Nikolaev et Odessa.

On comprend tout de suite que cette accusation est lourde de sens et implique à très court termes un basculement du conflit avec un engagement direct de l’OTAN. Il ne fait aucun doute que la guerre n’est plus entre la Russie et l’Ukraine, mais entre la Russie et l’OTAN, même si cela reste encore indirect et contenu.

Cela n’empêche pas que la Russie accuse déjà directement l’OTAN, affirmant que l’Ukraine est un terrain d’essai pour les armes de l’OTAN et une bataille contre la Russie « jusqu’au dernier Ukrainien ».

À l’Assemblée générale des Nations unies, le représentant russe Nebenzia a souligné que, pour l’OTAN, l’escalade du conflit est un tremplin vers un plan de longue date visant à vaincre ou à affaiblir la Russie, pour lequel l’Ukraine est depuis longtemps mise sous contrôle.

Le 31 octobre 2022 également, la Norvège, membre de l’OTAN, partageant une frontière avec la Russie, a relevé son niveau d’alerte militaire. Le premier ministre norvégien explique pourtant qu’il n’y a aucune menace directe contre le pays de la part de la Russie…. Il précise même :

« Je dois souligner qu’il ne s’est rien produit au cours du dernier jour ou des dernières journées qui fait que l’on monte d’un cran maintenant. C’est une évolution dans le temps qui fait que l’on passe à cela ».

C’est donc une escalade militaire tout à fait assumée, avec en arrière plan les États-Unis qui commandent directement la conduite à tenir pour la Norvège, comme pour tous les pays vassalisés à sa superpuissance.

La course à l’abîme continue… le désastre à venir montre toujours plus son hideux visage à la vue de tous, dans l’indifférence pourtant.