Catégories
Refus de l’hégémonie

L’industrie française de l’armement s’installe en Ukraine

Les Echos n’hésitent pas à donner comme titre à un article « Armement : pluie de contrats et d’accords entre la France et l’Ukraine ». C’est que la France, à la pointe de la coalition contre la Russie, s’appuie sur une industrie ultra-moderne en ce qui concerne l’armement, et avec sa capacité financière, elle est en mesure de se positionner de manière hyper-active.

Cela passe bien entendu inaperçu, seuls les médias spécialisés en parlent, de manière pointue. On est là dans des affaires d’État, des intérêts d’État.

De quoi parle-t-on ? Déjà, de Thales, une entreprise formée à la fin des années 1990 à partir des branches militaires des activités militaires d’Alcatel, de Dassault Électronique et de Thomson-CSF. Elle va livrer à l’Ukraine des équipements, former son armée à la guerre électronique, implanter une base logistique en Ukraine même.

Thales présente la chose ainsi, assumant entièrement de servir l’armée ukrainienne.

« Thales a signé à Eurosatory [salon mondial de la défense et de la sécurité] trois accords avec l’industrie ukrainienne sous l’égide du ministère des Armées français et du ministère des Industries stratégiques ukrainien.

L’objectif est de renforcer le soutien opérationnel des forces armées ukrainiennes en première ligne et de consolider les capacités de défense locales.

Les domaines de coopération incluent la guerre électronique, les communications tactiques, les systèmes de défense aérienne et les radars, ainsi que les drones. »

De manière plus spécifique :

« Le premier accord annonce l’intention de Thales de créer une entreprise commune en Ukraine, qui facilitera la livraison et l’exploitation d’équipements pour les systèmes de défense, notamment de guerre électronique, ainsi que des équipements de communication tactique, des systèmes de défense aérienne et des radars.

Le deuxième accord concerne plus spécifiquement la guerre électronique, domaine dans lequel Thales est une référence mondiale. Le Groupe fournira des services complets de formation spécialisée, d’essai et d’entretien.

Cet accord vise à développer les capacités locales de maintien en conditions opérationnelles en Ukraine, afin de réduire les cycles d’entretien et de réparation, et de garantir une disponibilité opérationnelle optimale.

Dans le cadre d’un troisième accord, signé avec le spécialiste ukrainien des drones etrobots FRDM, Thales prévoit de co-développer et de fabriquer un système de drone capable de transporter et de larguer des munitions. »

On est là dans l’impérialisme assumé. On est dans l’esprit de colonisation, dans le long terme, et on est dans le prolongement d’un choix déjà fait en amont. Qu’on ne vienne pas dire que la France ne fait pas la guerre à la Russie.

Pascale Sourisse, directeur général du développement international, a clairement dit que :

« Thales est un partenaire de longue date des forces ukrainiennes, avec lesquelles le Groupe collabore depuis plus de dix ans, d’abord dans le domaine de la guerre électronique, puis dans un large éventail de programmes.

À court terme, ces accords renforcent le soutien de Thales à la préparation des forces ukrainiennes.

Ils témoignent également de notre engagement, par le biais d’une collaboration avec des acteurs et des fournisseurs ukrainiens de premier plan, afin de nous implanter à plus long terme en Ukraine et d’y soutenir l’industrie de défense locale. »

Comme on est en économie de guerre, Thales doit également livrer plusieurs dizaines de milliers de munitions de 120 mm pour l’armée française. Son usine de la Ferté Saint-Aubin dans le Loiret va passer d’une production de 20 000 munitions par an en 2023 à plus de 80 000 par an en 2026. Dans l’usine de Limours, on produit déjà 30 radars GM par an, au lieu d’une douzaine normalement.

Dans la même perspective, KNDS France (qui s’appelait auparavant Nexter) est en capacité de produire six canons Caesar par mois, contre moins de deux auparavant, et en produira douze par mois en 2024. 36 canons Caesar vont également être vendus à l’Arménie.

Et KNDS France va installer une base logistique en Ukraine. On n’en sait pas plus, c’est confidentiel tant pour le lieu que pour ce en quoi ça consiste concrètement. Cependant, on se doute que c’est pour les canons Caesar, qui sont sur-utilisés et dont les réparations ont été initialement menées par une entreprise ukrainienne qui s’occupe d’industrie agricole.

Quant au producteur de poudre Eurenco (qui a une usine à Bergerac désormais), toute sa production prévue d’ici 2030 a déjà pratiquement trouvé preneur.

Et il y a la mise en place d’un projet de 600 millions d’euros pour un lance-roquette français, sous l’égide de la Direction générale de l’armement. On parle d’un équivalent du « Himars » américain, pour lancer une bombe à 150 km, et sont en concurrence d’un côté MBDA-Safran, de l’autre Thales-ArianeGroup. Le projet doit être validé au début de l’année 2026.

Pour un militaire français de haut rang, un haut cadre du gouvernement, tout cela semble « logique » et si on leur disait qu’ils vont sciemment à la guerre, ils le réfuteraient. Les faits sont là cependant, tels des zombies, ces gens mènent le pays à la guerre, servant le capitalisme en crise cherchant à s’extirper de sa situation.

On est dans l’inexorable marche forcée au conflit, on est déjà dans le contexte de la troisième guerre mondiale, dont l’arrière-plan principal est la compétition sino-américaine pour l’hégémonie mondiale.

Catégories
Refus de l’hégémonie

ICAN : accélération des dépenses mondiales pour les armes nucléaires

La Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN) a publié un rapport quant à la hausse très importante des dépenses mondiales pour les armes nucléaires. Dans ce panorama, ce sont les Etats-Unis qui gaspillent le plus.

Voici la publication d’ICAN France à ce sujet. Le travail mené ici est très important et il est important de passer le mot !

Synthese-Rapport-depenses-nucleaires-2024_compressed
Catégories
Refus de l’hégémonie

L’atlantisme de Jordan Bardella

Atlantisme : l’expression vient du nom de l’Otan, l’Organisation du traité de l’Atlantique nord. Un atlantiste en France est une personne qui prête allégeance à l’Otan, c’est-à-dire qui est soumise à la superpuissance américaine.

Tel est le cas de Jordan Bardella du Rassemblement national, au même titre qu’Emmanuel Macron. L’expression la plus flagrante de son atlantisme est bien entendu son soutien forcené au régime de Kiev et à la guerre contre la Russie.

Dès mars 2022 Jordan Bardella qualifiait Zelensky de « modèle de résistance » expliquant qu’il est « toujours admirable de voir un chef d’État résister ».

Un an plus tard, il l’applaudissait debout, malgré les consignes de sa formation politique. Il regrettait alors « une naïveté collective [dans son camp] à l’égard des ambitions de Vladimir Poutine ».

En avril 2024, pour se justifier dans le cadre du Parlement européen, il disait de la Russie qu’elle :

« représente une menace multidimensionnelle pour l’Europe et conteste les intérêts français, que ce soit en Europe ou en Afrique ».

Il n’hésitait pas à parler également, reprenant la propagande du régime français, des « ingérences russes » contre lesquelles il faut « lutter ». Il est à l’origine en 2023 (avec son collègue Jean-Philippe Tanguy du RN) d’une commission d’enquête parlementaire « relative aux ingérences politiques, économiques et financières de puissances étrangères », dont l’objet était de dénoncer la Russie.

Il reprend souvent mot pour mot les positions américaines, par exemple à l’occasion de la mort d’Alexeï Navalny :

« Une nouvelle tragique pour tous les défenseurs des droits humains et des libertés fondamentales ».

Jamais Marine Le Pen n’aurait pu dire ça. Durant les années 2010, elle représentait une ligne néo-gaulliste, prônant une indépendance pour la puissance française sur la scène mondiale ; c’était un véritable nationalisme, représentant directement un danger de type fasciste. Il y avait une proximité avec la Russie, comme contre-poids à l’influence américaine.

Cette proposition a échoué en raison de la faiblesse de puissance française dans le cadre de la crise. L’élection présidentielle de 2017 a été un tournant, Marine Le Pen échouant en raison de son incapacité (historique) à rallier la haute bourgeoisie française, celle-ci étant incapable de porter la puissance française.

La crise qui s’est généralisé d’abord avec le Covid-19 puis la guerre en Ukraine, a finalement entièrement rebattu les cartes. La France n’avait plus aucune possibilité d’indépendance, elle s’est entièrement soumise et vassalisée à la superpuissance américaine.

Le néo-gaullisme de Marine Le Pen devint alors littéralement mort et enterré, nonobstant le fait que le populisme social et vaguement nationaliste qu’elle avait porté pendant dix ans restait utile pour le régime français. C’est là que Jordan Bardella intervient : il représente en apparence une ligne de rupture, tout en étant en fait totalement aligné sur le régime et donc, chose la plus importante, sa soumission à la superpuissance américaine.

Il suffit de voir cette chose très simple et ô combien représentative. Marine Le Pen prône depuis le début la sortie du commandement intégré de l’Otan. C’est, si on veut, le kit de base pour n’importe quel nationaliste cohérent : impossible de prétendre à quoi que ce soit en étant soumis aux États-Unis via l’Otan. La mesure figurait encore au programme du Rassemblement national en 2022, bien qu’elle était déjà relativement mise de côté.

Jordan Bardella est tout à fait en rupture avec cela. Il est contre la sortie du commandement intégré de l’Otan. Il l’a expliqué notamment dans un entretient avec l’organisme Europa Nova, qui est typiquement un réseau d’influence américain, prônant une ligne d’effacement des nations au profit de l’Union européenne.

C’est pour cela que Jordan Bardella préfère Giorgia Meloni (la dirigeante italienne) à Matteo Salvini (de la Ligue du Nord), qui est l’allié historique de Marine Le Pen. La première est furieusement pro-américaine et pour la soumission à l’Otan, tandis que le second est plutôt tourné vers la Russie.

Dans un entretien en avril 2023 à La Repubblica, l’un des principaux quotidien italien, Marine Le Pen a vainement tenté de mettre les point sur les i et maintenir sa ligne historique, en expliquant des choses qu’elle est absolument incapable de raconter en France depuis plusieurs années déjà :

« Je reste eurosceptique, et chaque jour qui passe, je le suis davantage. Je ne suis pas sceptique à propos de l’Europe, mais sur l’organisation politique de l’UE.

De plus, la France a un héritage politique et une indépendance sur le plan international. Meloni est favorable à l’OTAN parce qu’elle est italienne. Il y a des éléments de son projet que je ne partage pas. Politiquement, je me sens plus proche de Matteo Salvini et je n’adapte pas mon discours aux résultats des élections : je suis une personne loyale ».

De son côté, en mai 2023, Jordan Bardella se rendait à Budapest au rassemblement annuel en Europe de la CPAC (Conservative Political Action Conference) au côté de Marion Maréchal : il s’agit du courant américain ultra-conservateur qui a élaboré et fait triompher le populisme de Donald Trump.

En 2018, Marion Maréchal avait fait son grand retour à la vie politique en tenant un discours d’alliance devant ces personnes aux États-Unis ; Jordan Bardella est sur cette même ligne atlantiste et il est tout à fait logique de voir Marion Maréchal se rapprocher de lui dans le cadre des élections législatives de juin et juillet 2024.

La politique américaine s’impose en France, devenu simple protectorat américain. Dans la bataille pour le poste de governor de la province France, il y a Emmanuel Macron le Democrat lié à Joe Biden et il y a Jordan Bardella le Republican lié à Donald Trump.

Dans tous les cas, ils représentent la superpuissance américaine lancée agressivement dans la bataille pour le repartage du monde. C’est cela qu’il faut comprendre à Gauche avec la plus grande acuité : voilà l’ennemi, la superpuissance américaine et ses agents français, qui traînent la planète dans la 3e guerre mondiale !

Catégories
Refus de l’hégémonie

Joe Biden à Paris le 8 juin 2024

Après le 80e anniversaire du débarquement en présence d’Emmanuel Macron, Joe Biden et Volodymyr Zelensky, il y a eu le lendemain le triomphe fait à ce dernier. Au troisième jour, le 8 juin 2024, cela a été au tour de Joe Biden de recevoir tous les honneurs.

Ce qui fait, d’ailleurs, que Volodymyr Zelensky a reçu un triomphe en France, alors que le président américain Joe Biden était en France, à l’arrière-plan. C’est tout un symbole. La France est une succursale américaine, et si elle prend la tête de la coalition contre la Russie, c’est sur ordre américain. D’où les propos de Volodymyr Zelensky, ce pantin de la superpuissance américaine :

« Emmanuel, Monsieur le président, je voudrais te remercier aussi de n’avoir pas laissé l’Europe sans leader et l’Ukraine sans la France au moment qui était décisif. »

La vassalisation est totale, la France ne peut plus reculer. Son armée est totalement intégré dans l’Otan, toutes les institutions ont fusionné avec l’Union européenne. Désormais, si décrochage il y a, il ne peut qu’être total.

Pour preuve, la journée du 8 juin 2024 n’a été accompagnée de strictement aucune annonce franco-américaine. C’était une pure mise en scène. Deux phrases résument ce théâtre : « Alliés nous sommes et alliés nous resterons » (Emmanuel Macron), « La France et les Etats-Unis sont ensemble, aujourd’hui et pour toujours » ( Joe Biden).

Comme il fallait bien faire quelque chose, Emmanuel Macron et Joe Biden sont allés raviver la flamme du soldat inconnu, avec une descente des Champs-Elysées escortés par 140 chevaux et 38 motards de la Garde républicaine. S’en est suivi un banquet à l’Elysée.

Une « Feuille de route franco-américaine » a été signée, comme c’est l’usage, au minimum, lors de telles rencontres. Le document est très long et concerne littéralement tous les domaines : l’Ukraine, l’Otan, la Moldavie, les Balkans occidentaux et le Caucase du Sud, le Moyen-Orient, l’Afrique, la région Indopacifique, les Amériques, la lutte contre les activités de manipulation de l’information et d’ingérence menées depuis l’étranger, le climat, les câbles sous-marins dans le Pacifique, les transports, la coopération scientifique, etc.

Voici les passages les plus importants, ceux qui reflètent l’objectif d’une guerre européenne contre la Russie et la soumission de la France à l’Otan.

Les présidents réitèrent leur ferme condamnation de la guerre menée par la Russie en Ukraine et rejettent la tentative d’annexion par la Russie de territoires ukrainiens souverains, en violation flagrante du droit international, notamment de la Charte des Nations Unies. Le discours nucléaire irresponsable de la Russie et son mépris des régimes de contrôle des armements sont inacceptables.

Dans ce contexte, la France et les États-Unis réaffirment leur soutien constant à la défense par l’Ukraine de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, notamment en continuant de lui apporter une aide politique, humanitaire, économique et de sécurité.

Les deux pays confirment leur appui à une paix globale, juste et durable dans le respect du droit international, et continueront à travailler avec leurs partenaires et Alliés à coordonner l’aide pour permettre à l’Ukraine d’exercer pleinement son droit de légitime défense, prévu par l’article 51 de la Charte des Nations Unies.

Les présidents ont échangé sur les possibilités d’agir davantage en soutien à l’Ukraine ; cette guerre met en effet en jeu la sécurité euro-atlantique dans son ensemble.

La France et les États-Unis coprésident la « coalition artillerie » au sein du Groupe de contact pour la défense de l’Ukraine et ont l’intention de prendre de nouvelles mesures pour apporter à l’Ukraine le soutien nécessaire dans la période actuelle et à plus long terme.

Les deux pays demeurent déterminés à réfuter les arguments qui prétendent faussement que le temps joue pour la Russie ; les deux présidents s’engagent à soutenir les efforts déployés dans le cadre de l’Union européenne (UE) et du Groupe des sept (G7) pour faire bénéficier l’Ukraine des profits considérables provenant des avoirs souverains russes immobilisés, conformément au droit international et à leurs systèmes juridiques et processus de décision respectifs.

Les présidents ont également exprimé leur vive préoccupation face aux transferts d’armes, notamment depuis l’Iran et la République populaire démocratique de Corée, ainsi que de biens à double usage et de composants pour une production militaire en provenance d’entreprises situées en République populaire de Chine et dans d’autres pays, que la Russie utilise pour reconstruire sa base industrielle militaire et de défense afin de continuer sa guerre contre l’Ukraine.

La France et les États-Unis soutiennent des mesures visant à interdire l’accès aux systèmes financiers français et américain de tous ceux qui sont impliqués dans de tels transferts.

Ils soutiennent tous deux résolument le travail de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) visant à mettre en lumière et à documenter les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les forces russes.

Les deux pays demeurent déterminés à atténuer les conséquences tragiques de la guerre sur le plan humanitaire et des droits de l’homme ainsi que ses répercussions sur la sécurité alimentaire mondiale, l’énergie, la sécurité et la sûreté nucléaires, et l’environnement.

La France et les États-Unis réaffirment leur volonté d’assurer leur défense réciproque et de défendre chaque parcelle de territoire allié à tout moment, de protéger leurs ressortissants et de préserver la liberté et la démocratie, conformément aux engagements qu’ils ont pris en tant qu’Alliés au sein de l’OTAN.

Ils renforcent ensemble leur défense collective contre l’ensemble des menaces, dans toutes les directions, en suivant une approche à 360 degrés.

Les présidents ont réaffirmé l’importance du renforcement du partenariat stratégique OTAN-UE et d’une défense européenne plus forte et plus capable soutenant le pilier européen de la sécurité transatlantique qui contribue de manière positive à la sécurité collective.

Les États-Unis soutiennent les investissements croissants des Alliés européens et de leurs partenaires dans des capacités militaires qui consolident notre défense commune, de manière complémentaire à l’OTAN.

Depuis la crise commencée en 2020, le capitalisme s’effondre, la superpuissance américaine perd son hégémonie, et pour sauver sa propre peau, le capitalisme français se précipite comme vassal pour aider à « geler » l’ordre mondial.

Cette mise en scène du 8 juin 2024 était très importante pour une partie de la bourgeoisie, qui n’avait pas compris l’initiative prise par Emmanuel Macron le 26 février 2024. Elle craignait que la France ne se retrouve seule, ou bien qu’Emmanuel Macron agissait de manière isolée. La visite de Joe Biden vise à rassurer, à bien montrer que tout est concerté.

L’éditorial du Monde du même jour ne s’y trompe pas, et salue la situation nouvelle, qui donne beaucoup moins l’impression que la France provoque une « escalade » (ce qui est en réalité le cas). Le Monde s’inquiète toutefois du manque d’unité nationale.

« M. Macron se pose ainsi en leader de l’engagement européen au côté de l’Ukraine, même si en quantité cette assistance est bien inférieure à celle des Etats-Unis et de l’Allemagne.

M. Poutine ne s’y trompe pas, qui multiplie les manifestations d’hostilité à l’égard de Paris. M. Macron voit dans ces « signes de nervosité » du Kremlin la confirmation de la justesse de sa stratégie, et rappelle que le droit international autorise l’Ukraine à se défendre : l’aide occidentale se situe dans ce strict cadre.

C’est bien l’agression russe qui provoque un engagement européen accru, pas l’inverse. Mais cet engagement doit pouvoir s’appuyer sur le plus large soutien politique et diplomatique.

L’image d’une Assemblée nationale à moitié désertée, vendredi, au moment où s’y exprimait le président d’un pays en guerre auquel la France vient en aide était à cet égard désastreuse − et inquiétante. »

Le 8 juin 2024 exprime la situation actuelle. La France est vassalisée, il n’y a aucune opposition politique, ni de masse, à l’hégémonie américaine. Tous les partis politiques institutionnels, ou « à gauche de la gauche », se sont alignés. Même le camp nationaliste (Marine Le Pen, Jordan Bardella, Eric Zemmour, Marion Maréchal…) obéit aux attentes de l’Otan sur le plan des positions.

Par conséquent, soyons à la hauteur des attentes historiques, soyons à la pointe de la lutte contre le repartage du monde. En France, sabotons l’effort de guerre, refusons l’hégémonie américaine!

Catégories
Refus de l’hégémonie

Zelensky à Paris réclame « d’en faire plus »

Cérémonie en son honneur à l’Hôtel national des Invalides (musée de l’Armée), discours devant l’Assemblée nationale, visite du quartier général des Forces armées françaises, visite d’une usine d’armement, entretien avec le Président américain Joe Biden également présent à Paris, puis réception à l’Élysée : la journée parisienne du Président ukrainien Zelensky vendredi 7 juin 2024 a été très intense.

Devant l’Assemblée nationale (où le Président français n’a légalement pas le droit de se rendre), il a déclaré :

« Emmanuel, je te remercie de ne pas avoir laissé l’Europe sans leader« .

En effet, la France assume pleinement son rôle de premier vassal pour emmener le continent européen dans la guerre américaine contre la Russie.

Le Président ukrainien est venu en personne assurer la propagande de guerre et favoriser l’escalade. C’est une machine à fabriquer une opinion pour la guerre qui tourne à plein régime.

« Il faut plus, ce n’est pas un reproche. Il faut faire plus pour vaincre le mal. »

Voilà ce qu’il a assené devant une assemblée conquise, bien qu’un peu clairsemée, et l’ayant ovationné. Cela a pris une tournure particulièrement odieuse, comme la veille lors des cérémonies du Débarquement, puisqu’il a fait référence à la résistance contre le nazisme, alors que le régime dont il est à la tête en est largement imprégné (et c’est d’ailleurs officiellement ce qui lui est reproché par la Russie).

« Sans ces victoires contre le nazisme, les nations libres n’existeraient pas. Il n’y aurait pas de liberté en Europe.

Notre Europe est le résultat du courage des hommes et des femmes, qui ont résisté contre le mal. Cette unité donne de la force à notre Europe. Aucune autre motivation à part celle de protéger notre foyer et d’être des hommes dotés de liberté. »

Mais peu importe le fond, car c’est ici la forme qui compte. Tout ce qui peut favoriser l’escalade guerrière est bon à prendre pour les faiseurs de guerre, peu importe l’Histoire, la réalité ou la Raison.

Le Président ukrainien n’y est donc pas allé par quatre chemins. Il appelle ouvertement et plus concrètement que jamais à l’escalade.

Sur le plan historique, il faudra bien remarquer qu’on a un chef d’État étranger qui est ovationné par les députés français, alors qu’il vient leur intimer de faire la guerre à un autre État.

C’est le genre de chose impensable a priori, mais en réalité tout à fait possible dans la France du 21e siècle, qui n’est plus qu’une succursale américaine, accueillant une autre succursale qu’est l’Ukraine… sous la supervision du Président américain présent à Paris!

C’est une chose qui aurait été impensable ne serait-ce qu’il y a dix ans. La pandémie a fait vaciller le capitalisme, désormais c’est l’affrontement généralisé qui se met en place, avec au coeur la bataille pour l’hégémonie entre les superpuissances américaine et chinoise. Tous les autres doivent donc, au fur et à mesure, se mettre au garde à vous.

Et la France s’est vassalisée à la superpuissance américaine. La scène du théâtre du 7 juin 2024 a donc servi à ce que le président russe Vladimir Poutine soit ouvertement désigné comme « ennemi commun » de l’Ukraine et de l’Europe (la France n’intéresse en fait que comme moyen d’entrainer toute l’Europe).

Et il n’y a aucune opposition politique à cela en France. Même les plus critiques sont en fait totalement soumis au soutien à l’Ukraine, donc aux intérêts américains, au-delà des différences de forme.

Marine Le Pen critique le calendrier présidentiel français, en prétendant que la visite de Zelensky est une diversion en vue des élections européennes (dont tout le monde se fiche en réalité). Mais elle prend bien soin de préciser sa soumission :

« Je suis ravie d’accueillir monsieur Zelensky à l’Assemblée. »

Il en est de même pour la France insoumise, ou encore le PCF, qui pourtant voit très bien la situation qui se dessine. Son premier représentant, Fabien Roussel, a tout à fait bien résumé la situation actuelle :

« J’entends les appels à entrer dans une 3è guerre mondiale. À revivre un DDay. Je vois mon pays s’enfoncer dans la guerre. Nous n’en voulons pas. Le peuple doit s’en mêler ! Dire non à cette escalade militaire dangereuse ! »

Sauf qu’il est démagogique, car inconséquent, puisqu’il ajoute en fait au préalable :

« Soutenir la résistance ukrainienne, 1000 fois oui ! »

Il n’y a pas de « résistance ukrainienne », il y a un régime nationaliste et furieusement anti-Gauche (toute la Gauche y est interdite), qui sert de proxy à la superpuissance américaine pour mener la guerre à la Russie (elle-même étant relativement un proxy chinois).

La seule position valable et utile, c’est celle du refus total du soutien au régime ukrainien et de la dénonciation de Zelensky. On ne combat pas la guerre mondiale en soutenant en même temps la constitution de la guerre mondiale.

Il suffit de lire régulièrement notre chronologie de l’escalade guerrière dans laquelle est rentrée la France depuis le mois de février 2024 pour comprendre à quel point il est urgent et vitale de dénoncer l’engrenage. De le saboter même.

Il faut dénoncer avec force ces propos de Zelensky qui vient réclamer ouvertement l’engagement direct de la France contre la Russie :

« Poutine peut-il gagner cette bataille? Non, parce que nous n’avons pas le droit de perdre. Nous pouvons certainement gagner cette bataille. L’Ukraine, et donc l’Europe. L’Europe, et donc la France. »

Sur le plans des annonces, il faut retenir essentiellement quatre choses de la journée :

  • des accords avec à la clé 650 millions de prêts ;
  • des accords entre KNDS (fabriquant notamment les canons Caesar) et des entreprises ukrainiennes pour un transfert de production ;
  • la prise en charge par la France de la formation et de l’équipement d’une brigade ukrainienne (plus de 4000 soldats);
  • la fourniture d’avions de chasse de type Mirage.

Le même jour, le groupe de défense Thales a annoncé qu’il allait fournir au régime ukrainien un deuxième système de défense aérienne de type Ground Master 200, qui est un radar de moyenne portée, transportable sur camion.

La France se prépare nettement à participer directement à la guerre en Ukraine, et elle y est largement déjà impliqué. Il faut s’y opposer, il faut dénoncer l’Otan et les plans de la superpuissance américaine, il faut la guerre à la guerre!

Catégories
Refus de l’hégémonie

80e anniversaire du débarquement: encore l’escalade

La préparation du 80e anniversaire du débarquement avait causé un grand trouble diplomatique en France, en raison de la nécessité traditionnelle d’inviter la Russie, qui assume la mémoire de la contribution, principale, de l’URSS contre l’Allemagne nazie et ses alliés.

Et quand on dit ses alliés… Il y a les nationalistes ukrainiens. Qui ont désormais, depuis 2014, l’hégémonie sur l’Ukraine, où ils détruisent systématiquement tous les monuments soviétiques de la victoire sur le nazisme. Ce qui veut tout dire sur le plan des valeurs.

Pourtant, on a donc eu le 6 juin 2024 cette incohérence d’une cérémonie en Normandie sans représentant russe, mais avec le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui ne parle désormais qu’en ukrainien, lui qui était auparavant un… humoriste russophone.

Mais les incohérences ne comptent pas puisqu’il s’agit de la « liberté », avec une continuité censée aller de 1944 À 2024, la Russie étant désormais présentée comme la grande et seule menace (en attendant la Chine), comme l’a rappelé Emmanuel Macron.

« Aujourd’hui, l’Ukraine est une nation qui résiste et, ce faisant, la Russie a un peu trahi le message de la Libération et du Débarquement (…). Parce que qui dit que la Russie s’arrêtera là ? Nous sommes sûrs du contraire et la Russie est à nos frontières. »

La mise en scène a d’ailleurs été très réussie. Le film « Il faut sauver le soldat Ryan », une production hybride Pentagone – Hollywood, ressortait dans 300 salles de cinéma en France le même jour, alors que l’acteur Tom Hanks et le réalisateur Steven Spielberg étaient eux-mêmes en Normandie.Volodymyr Zelensky est tombé dans les bras d’un vétéran qui l’a qualifié de « sauveur », dans la continuité d’un storytelling à l’américaine ininterrompu depuis deux ans.

Au cimetière américain de Colleville-sur-Mer, le président américain a mis en valeur « la bataille entre la liberté et la tyrannie », assimilant le président russe Vladimir Poutine à un « tyran » et appelant à soutenir le régime ukrainien, car:

« Nous ne pouvons pas abandonner devant des dictateurs, c’est inimaginable ».

Puis il est allé à Paris, avec le quartier de l’opéra bloqué autour de son hôtel, ainsi que le périphérique et quatre autoroutes, alors qu’en même temps, une déclaration commune a été signée par les représentants de toute une série de pays, expression d’allégeance à la superpuissance américaine.

Elle a été signée par les pays suivants: Allemagne, Australie, Belgique, Canada, Danemark, Etats-Unis, France, Grèce, Italie, Luxembourg, Monaco, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Ukraine. En voici le noyau dur.

« Nous plaidons en faveur d’échanges économiques pacifiques, des liens entre les peuples et de la coopération internationale afin de promouvoir la sécurité et la prospérité en Europe et dans le reste du monde.

Ces principes universels se trouvent au cœur de notre engagement collectif en faveur de la paix et de la sécurité. Ils sont depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale la pierre angulaire de l’alliance nouée entre les États-Unis, le Canada et les pays européens, ainsi que des partenariats mondiaux établis de longue date.

Aujourd’hui, ils demeurent au cœur de notre action dans le monde, alors que nous nous efforçons de favoriser l’établissement de normes mondiales, de promouvoir des valeurs et de soutenir le développement durable pour tous.

Ils nous guident dans la détermination sans faille que nous déployons pour aider l’Ukraine à se défendre contre la guerre d’agression russe, et que nous continuerons de déployer aussi longtemps que nécessaire pour rétablir la paix en Europe.

Alors que les événements nous rappellent de façon dramatique que la paix n’est pas éternelle et que la sécurité n’est pas une évidence, il est plus que jamais nécessaire de redoubler d’efforts pour renforcer notre défense collective, notre capacité de dissuasion et notre résilience.

Nous réaffirmons le rôle central que joue l’OTAN dans la sécurité du continent européen et l’importance d’une défense européenne plus solide et plus performante qui contribue activement à la sécurité mondiale et transatlantique. Nous reconnaissons qu’il reste encore beaucoup à faire. »

Difficile d’exprimer davantage l’hégémonie américaine sur l’ordre mondial.

Puis, il y a eu un grand interview d’Emmanuel Macron, sur différents thèmes. Sur la Palestine, la France prône le statu quo et les négociations, et c’est pareil dans tous les domaines, car c’est le moyen de tirer son épingle de jeu que d’apparaître intelligente, plus subtile que les Américains, plus libérale que les Chinois, etc.

Sur l’Ukraine, par contre, le diktat américain est là et la France est à la tête de la coalition anti-Russie. Le problème, c’est que les moyens ne sont pas là. La France est un pays qui se déclasse, c’est d’ailleurs pour ça qu’elle est autant agressive. Et ce n’est pas facile de faire beaucoup avec peu.

Le président français a donc annoncé que la France fournirait à l’Ukraine des avions de chasse Mirage 2000-5. Les pilotes ukrainiens seront formés en France.

Sauf que ces avions sont en fin de vie, et qu’il faut au moins cinq mois pour une formation (il faudrait même plutôt compter en années pour être réellement expérimenté). De tels avions, il n’y en a également qu’une quarantaine, plus concrètement autour d’une petite vingtaine, même si Emmanuel Macron a précisé que:

« Nous allons bâtir une coalition avec d’autres partenaires. »

Toutefois, on en voit mal les contours, à moins d’échanger de tels avions vendus contre des avions américains nouveaux (par exemple pour la Grèce ou le Qatar).

Le régime ukrainien se voit donc accorder un soutien dans six mois, et sans réelle envergure, à part celle de lancer des missiles SCALP fournis par la France. On est surtout dans le service après-vente de l’industrie de l’armement français.

Et cela accroît en même temps la présence française, car pour maintenir ces avions, il faut des techniciens… Et là, on ne forme pas des gens en six mois. Cela implique forcément la présence de soldats français.

Une autre mesure annoncée a plus de poids. « Dans la zone libre, à l’ouest de l’Ukraine », explique Emmanuel Macron, la France va se charger « former 4500 soldats ukrainiens et donc de les équiper, les entrainer, leur apporter les munitions, les armes ». Ce serait en quelque sorte une « brigade française » a-t-il dit. On est là dans une forme de sponsoring morbide, avec l’armée ukrainienne clairement là pour servir de chair à canon.

C’est là un premier pas. En soi, ce n’est rien, mais il suffit de lire la chronologie depuis le 26 février 204 pour comprendre l’engrenage.

Le régime ukrainien commence d’ailleurs à chercher à récupérer les hommes de 17 à 60 ans qui ont quitté le pays pour ne pas être mobilisé. La pression commence à s’exercer sur eux, de manière administrative, mais certains pays dont la Pologne sont déjà dans l’optique d’entraîner des régiments ukrainiens nouveaux au moyens de mobilisés ukrainiens enrôlés de force sur leur territoire.

Malgré tout cela, Emmanuel Macron a prétendu que:

« Nous ne voulons pas d’escalade de la guerre et en aucun cas, nous sommes en guerre contre la Russie et son peuple. »

On est là dans la totale continuité. D’où, par exemple, l’appui du groupe PS du Sénat, Patrick Kanner.

« Sur le fond, je partage complètement l’idée que défendre l’Ukraine, c’est nous défendre. Je suis totalement opposé à toute tendance qui reviendrait à dire, en négociant maintenant, on va calmer les appétits de l’ogre Russe (…). Il faut continuer à aider l’Ukraine et que les armes arrivent en temps et en heure. »

Il suffit d’ailleurs de voir les votes, en France comme au parlement européen, pour voir que le soutien au régime ukrainien est total, que les appels à démanteler la Russie sont toujours unanimes.

Cependant, l’interview d’Emmanuel Macron trois jours avant les élections européennes aboutit forcément à des accusations d’instrumentalisation par les candidats. C’est de l’opportunisme électoral inévitable. En voici un exemple.

Le secrétaire national du PCF Fabien Roussel sur X s’est plaint des décisions. Ce qui est de la démagogie, puisque le PCF approuve les livraisons d’armes au régime ukrainien!

« Le Président de la République annonce, sans débat avec le Parlement, accroître notre présence en Ukraine. Il prend le risque, seul, de faire entrer la France en guerre contre la Russie. L’heure est grave, la démocratie est bafouée. Je demande un débat au Parlement en urgence. »

Le PCF est ici trompeur, puisque s’il appelle à des négociations entre la Russie et l’Ukraine, il présente toujours la Russie comme le seul pays agresseur et soutient le régime ukrainien.

Qui plus est, Léon Deffontaines, tête de liste pour le PCF aux élections européennes du 9 juin 2024, qui déplore pareillement que le Parlement français n’ait pas été consulté à propos de l’envoi d’avions de chasse Mirage 2000-5, avait dit ouvertement que, oui, il fallait fournir des F-16 au régime ukrainien…

Il l’a dit le 5 avril 2024 à Franceinfo. Il dit explicitement que si le régime ukrainien a besoin d’avions, il faut les lui fournir. Il dit également que:

« Moi, je suis favorable, et on l’a toujours dit, à aider les Ukrainiens militairement, à se défendre, et il faut regarder bien sûr les besoins qu’ils ont, et il faut qu’on regarde bien évidemment en fonction des besoins du front ukrainien. Il faut cesser à tout prix, à tout prix, que les Russes continuent d’avancer. »

C’est bien clair : « à tout prix ». Et c’est la ligne générale de la France. Encore une fois la chronologie que nous fournissons est ici l’arme politique suprême, c’est elle qui permet de voir les faits, de les comprendre, d’analyser adéquatement, de ne pas se faire piéger par l’opportunisme. Guerre à la guerre!

Catégories
Refus de l’hégémonie

La course aux armements

Le monde ne cesse de s’équiper en armements et dilapide des sommes colossales dans la recherche d’engins de mort toujours plus sophistiqués. Et cela de manière accélérée : au niveau mondial, les dépenses militaires ont progressé de 6,8 % entre 2022 et 2023.

De manière générale, ce sont 2443 milliards de dollars qui ont été engloutis dans le monde en 2023 pour l’armement. Une recrudescence qui frappe alors que ce même budget militaire mondial n’avait cessé de baisser entre la fin des années 1980 et le début des années 2000. Le seuil des 2000 milliards a été franchi en 2019, après une hausse constante depuis 2014, marquant par là l’entrée dans l’époque de la crise générale et de ses corollaires, la guerre et la révolution.

L’immense majorité de ces dépenses, environ 1799 milliards de dollar, revient à une poignée de pays, que sont notamment les États-Unis, la Chine, la France, la Russie, le Royaume-Uni et l’Inde. À travers cette concentration, on perçoit tout le caractère de la guerre de repartage impérialiste en cours avec trois mondes qui sont de plus en plus délimités.

Car parler de manière générale de « dépenses militaires mondiales » n’a en réalité pas de sens puisque de nombreux États n’ont pas de complexe militaro-industriel leur permettant d’assurer un développement souverain de leurs armées. Ces États forment le monde des pays dominés, rivés par des liens néocoloniaux, notamment par le biais de « partenariats militaires », à une puissance de second ordre ou une superpuissance. Ils forment le butin des deux principales superpuissances ou de leurs vassaux, les puissances secondaires, et leur militarisation par un tel ou un tel permet de déployer des guerres par procuration dans le cadre du repartage impérialiste.

Ainsi la course aux armements n’est-elle pas quelque chose de chaotique mais s’organise autour de la polarisation des budgets militaires de la Chine et des États-Unis, avec respectivement 296 milliards et 916 milliards en 2023. Il est évident que l’ensemble des pays du monde se prépare à l’affrontement Chine/États-Unis, les deux superpuissances rivales, notamment dans la zone info-pacifique. Chacune de ces deux superpuissances entretient alors militairement des pays vassaux, formant le terreau de la course aux armements.

Taïwan comme satellite américain a ainsi vu son budget militaire augmenter de 11 %, pour atteindre 16,6 milliards de dollars pour une île qui compte 23,57 millions d’habitants. À l’inverse, les Îles Salomon, un États sans forces armées, ont signé un partenariat militaire avec la Chine en 2022 lui permettant d’y déployer ses forces militaires.

Face à la puissance challengeuse chinoise, un axe Australie, Philippines, Japon est en train de se tisser, avec là aussi une remontée en flèche des budgets d’armement. L’Australie vise à atteindre 2,4 % de son PIB pour ses dépenses militaires, tout en augmentant de 30 % ses forces d’ici 2040, avec à l’arrière-plan l’alliance AUKUS. L’Australie se situe ici dans le camp des puissances de second ordre alignées sur la superpuissance américaine, son budget permettant de faire tourner les grandes entreprises d’armement anglaises et américaines.

En Europe, c’est la Pologne qui a le plus renforcé son budget militaire, avec un bond de 75 % de ses dépenses entre 2022 et 2023. Cela se fait au bénéfice de l’industrie de l’armement américaine évidemment, avec l’achat récemment de près d’une centaine d’hélicoptères et de 1798 missiles de tous les types.

C’est également au niveau de l’U.E qu’il y a eu un tournant important avec un « fonds européen de la défense » disposant de 8 milliards d’euros jusqu’en 2027 pour financer de la recherche militaire. Une ligne budgétaire qui était inexistante avant 2017… et qui bénéficie en premier lieu au complexe militaro-industriel français qui a lui aussi vu ses commandes bondir dans le cadre d’une hausse de 50 % du budget militaire français entre 2019 et horizon 2030. Une Europe militarisée qui cherche à s’imposer comme véritable délégué politico-militaire des États-Unis contre la Russie…

Derrière la course aux armements, il y a aussi et surtout une réorientation accrue des investissements de capitaux dans les industries de guerre en vue de produire plus d’armes en tous genre mais aussi en vue d’en fournir de nouvelles, plus « performantes », plus meurtrières. La science et la technologie, ces trésors de l’Humanité pour améliorer sa condition d’existence, se transforment en un simple rouage de la destruction de la civilisation. Le militarisme devient une porte de sortie pour la valorisation de capitaux qui tournent en rond et ne trouvent plus à se valoriser de manière profitable dans un contexte de ralentissement général de l’accumulation capitaliste.

À ce titre, la guerre en Ukraine est le laboratoire macabre des complexes militaro-industriels des principales puissances capitalistes pour adapter leurs armements en vue de la troisième guerre mondiale. Et l’on saisit l’effroyable cercle vicieux : les rivalités de puissances alimentent l’industrie de guerre, la croissance des industries de guerre alimente les tensions et autres replis bellicistes des grandes puissances…

Comme cela s’est déroulé dans les années précédent 1914, c’est tout le capitalisme mondial qui se précipite dans la guerre pour se relancer. Une tendance qui s’exprime à travers un monde qui se scinde entre les deux superpuissances ; superpuissances qui tissent leurs zones d’influences en vassalisant militairement des États en vue de se partager le butin du Tiers-Monde.

La course aux armement révèle que l’engrenage n’en n’est plus à ses débuts mais est dorénavant bien enclenché telle une machine gargantuesque qui alimente à son tour la tendance à la guerre. L’alternative est posée : soit la guerre est empêchée par la révolution, soit la guerre provoque la révolution.

Catégories
Refus de l’hégémonie

La France dit oui aux frappes en Russie

Le 6 juin 2024, pour les 80 ans du débarquement, il n’y aura pas de délégation russe. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, est par contre invité. Ce qui est un comble, car le régime ukrainien se revendique du nationalisme ukrainien, dont les forces armées étaient alliées aux nazis pendant la seconde guerre mondiale. En Ukraine, les monuments commémorant la victoire de l’URSS sur l’Allemagne nazie sont tous détruits ou en passe de l’être.

La France voulait initialement tout de même qu’il y ait une présence russe. Mais elle a finalement, le 31 mai 2024, abandonné cette idée, au motif que l’offensive russe en Ukraine, dans la zone de Kharkiv, serait redoublée, « meurtrière » pour les civils, etc. C’est dans le prolongement de la propagande occidentale qui martèle que l’armée russe serait démoniaque, massacrerait les civils à la chaîne, etc.

Il faut dire aussi que les tenants du nationalisme ukrainien en France ont mené une grande campagne, à l’instar de la tribune publiée dans Le Monde intitulée « Il est indécent d’inviter la Russie aux commémorations du débarquement en Normandie, le 6 juin ». La ligne est celle d’une guerre totale.

« La France ne devrait pas offrir pareilles caution et tribune médiatique à un Etat révisionniste, promoteur du terrorisme, qui s’entête dans une guerre d’agression (…). Inviter la Russie à la commémoration du débarquement de Normandie – auquel elle n’a pas participé – contredit la posture de fermeté de la France face à l’agression russe. On ne peut que le déplorer.

Liste des signataires : Galia Ackerman, historienne, rédactrice en chef de Desk Russie ; Yves Cohen, historien, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ; Vincent Desportes, général de l’armée de terre (2S) ; Jean-Marc Dreyfus, historien, rédacteur en chef de la Revue d’histoire de la Shoah ; André Klarsfeld, secrétaire général de l’association Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ; Florent Murer, président de l’association Kalyna ; Pierre Raiman, historien, cofondateur de Pour l’Ukraine, pour leur liberté et la nôtre ! ; Cécile Vaissié, professeure des universités en études russes et soviétiques ; Emmanuel Wallon, professeur émérite de sociologie politique ; Nicolas Werth, historien, directeur de recherche honoraire au CNRS, président de l’association Mémorial France. »

Dans la même logique d’ailleurs, une digue est tombée. Le 28 mai 2024,  lors d’une conférence de presse aux côtés du chancelier Olaf Scholz au château de Meseberg, près de Berlin, le président français Emmanuel Macron a affirmé que l’armée ukrainienne a le droit de frapper sur le territoire russe avec des armes fournies par les pays de l’Otan (« On doit leur permettre de neutraliser les sites militaires d’où sont tirés les missiles »).

Le 31 mai 2024, la superpuissance américaine a ensuite donné l’autorisation pour l’Ukraine de frapper en Russie même, avec des armes américaines, pour protéger Kharkiv. Naturellement, pas de hasard à cela, on est dans la narration la plus organisée.

Et les 30-31 mai 2024, les ministres des Affaires étrangères des pays de l’Otan sont justement en réunion informelle, notamment à la demande pressante de la France. Il faut s’engager toujours plus à fond, avec la France en première ligne pour le branle-bas de combat. La Suède a d’ailleurs annoncé que 6,5 milliards d’euros d’aides seraient fournis à l’Ukraine pour la période 2024-2026, et tout son stock de 302 véhicules blindés de transport de troupe va être envoyé là-bas.

On voit très bien comment chaque jour, une pièce se rajoute au puzzle de la guerre, les initiatives faisant écho à celle des autres, l’escalade n’étant mené en tant que tel par personne, mais finalement par tout le monde, avec toutefois l’impression que les choses vont d’elles-mêmes et que de toutes façons tout serait la faute de la Russie seulement.

La situation est assez claire pour que l’éditorial du Figaro du 30 mai 2024 affirme que « La France en première ligne face à la Russie ». En même temps, le Figaro a laissé Pierre Lellouche publier une longue tribune. On parle ici d’un cadre de haut niveau de la Droite française, qui depuis le début du conflit entre la Russie et l’Ukraine pose une ligne hostile à la cobelligérance.

Pierre Lellouche dit de manière simple que l’Ukraine ne peut pas gagner et qu’il faut tout geler tout de suite, sinon on va au-devant d’un affrontement généralisé… C’est un texte de panique complète, qui exprime le point de vue d’une partie de la bourgeoisie française, qui appréhende énormement la direction prise par Emmanuel Macron le 26 février 2024.

« En Ukraine, malgré la violence des combats et leur durée, la guerre a pu être contenue jusqu’ici par le risque, connu de tous, d’une escalade incontrôlée vers une guerre nucléaire totale.

C’est ce qui a conduit les deux camps à observer deux règles qui se sont progressivement imposées : d’une part, éviter tout affrontement direct entre les forces des deux camps ; d’autre part, confiner géographiquement le conflit sur le seul sol ukrainien en évitant tout débordement sur le territoire de la Russie ou sur celui de l’Otan.

Le problème est qu’à l’approche de l’été, un an après l’échec de l’offensive ukrainienne de juin 2023 et alors que la situation militaire sur le terrain se détériore gravement pour les Ukrainiens, les  alliés européens, par ailleurs paniqués à l’idée d’une victoire de Trump à la Maison-Blanche qui remettrait en question l’avenir même de l’Otan, envisagent de s’impliquer beaucoup plus fortement dans le conflit aux côtés des Ukrainiens, au risque de faire sauter les deux verrous qui, jusqu’ici, avaient permis de contenir ce conflit.

Le premier verrou explicitement énoncé par Joe Biden dès février 2022 est le fameux «No boots on the ground». Les États-Unis soutiendront l’Ukraine y compris par l’envoi d’armements, mais s’interdiront de déployer le moindre soldat sur le sol ukrainien. Cela, selon les propres termes du président américain, «afin d’éviter une troisième guerre mondiale ».

Ce premier verrou a été fracturé le 26 février dernier par le président Macron, en envisageant d’envoyer des forces françaises et occidentales sur le terrain.

Réitérée à plusieurs reprises depuis trois mois, la proposition française commence à recueillir le soutien de certains pays particulièrement exposés, notamment les États Baltes et la Pologne.
En revanche, les États-Unis y restent absolument hostiles, ainsi que l’Allemagne, l’Italie et d’autres pays.

Le débat est donc en train d’évoluer vers l’envoi sinon de forces combattantes, du moins « d’instructeurs » qui aideraient à la formation des soldats ukrainiens sur place, plutôt que dans des bases utilisées actuellement en Allemagne et en Pologne, notamment.

Mais il est bien évident que dès lors que des soldats de l’Otan se trouveraient en Ukraine, ils risqueraient d’être ciblés par les Russes, entraînant un risque d’escalade évident : que ferions-nous dans ce cas-là ? Et qui contrôlera alors l’escalade ?

Le deuxième verrou, implicite cette fois, qui a fait que la dissuasion a pu être maintenue depuis deux ans et demi, est que la guerre restait confinée sur le territoire ukrainien et ne déborderait pas, ni sur le territoire russe ni sur celui de l’Otan.

Concrètement, les Occidentaux ont pu livrer l’équivalent de 200 milliards de dollars d’armements à l’Ukraine sans que les Russes essayent d’interrompre ce flot à la frontière polonaise par exemple ; mais en contrepartie, leur emploi restait limité au seul territoire de l’Ukraine, Crimée comprise.

Cette règle ne s’appliquait cependant pas aux Ukrainiens eux-mêmes, dont les propres armes à longue portée, notamment des drones, font des ravages sur les navires de la Flotte russe en mer Noire, ainsi que sur les raffineries de pétrole situées en Russie.

Cette deuxième règle implicite est, elle aussi, en train de sauter ces jours-ci. Après l’offensive russe, lancée le 10 mai autour de Kharkiv, le président Zelensky et son état-major ont semble-t-il convaincu nombre d’Européens et jusqu’au secrétaire général de l’Otan que l’Ukraine ne peut continuer à se battre avec « des menottes dans le dos » : les Russes attaquent impunément depuis leur territoire avec des missiles des bombes guidées, et les Ukrainiens se voient interdits de répondre sur ces sites de lancement.

D’où l’idée qu’il faut faire sauter cette limite, et comme le dit le président Macron, «on doit permettre aux Ukrainiens de neutraliser les sites militaires d’où sont tirés les missiles depuis lesquels l’Ukraine est agressée ».

Nous sommes donc au bord d’une phase nouvelle, potentiellement extrêmement dangereuse dans l’escalade du conflit, dont il est essentiel de prendre toute la mesure.

Avant qu’il ne soit trop tard, il faut espérer que les leçons de 1914, celles de la crise de Cuba auront été soigneusement méditées par ceux qui nous gouvernent. Le fond du sujet, c’est que l’Ukraine, malgré tout son courage, ne peut tout simplement, pour des raisons démographiques et matérielles, reprendre seule la totalité de ses territoires occupés par la Russie.

Que Zelensky essaye d’internationaliser le conflit et jouer à fond la carte de l’escalade est de son point de vue parfaitement logique. Est-ce pour autant l’intérêt vital de la France ?

Que nous nous engagions dans une telle logique extrêmement risquée est certes une option qui doit être considérée, mais dont on doit aussi mesurer toutes les implications, et qui mérite un vrai débat, devant notre peuple, concerné au premier chef.

Engager nos soldats en Ukraine n’est pas recommencer l’opération Barkhane (de triste mémoire au demeurant) quoi qu’en dise M. Macron. Frapper la Russie avec des missiles français a nécessairement une signification politique et stratégique majeure, qu’il faut prendre en compte, et dans ce cas, être prêt à en assumer toutes les conséquences.

Pour ma part, je reste attaché à un mot qui n’a jamais été prononcé jusqu’à présent : le mot « négociation ». Le but de cette guerre doit être d’éviter non pas que l’Ukraine perde, mais qu’elle ne perde trop. »

La position de Pierre Lellouche est, en un certain sens, la même que celle de Marine Le Pen, mais pas du tout de celle de Jordan Bardella, qui est lui pour un alignement complet sur l’Otan. Et, dans les faits, l’unité autour de la « défaite » de la Russie est totale ou quasi totale. Il en va du sauvetage du capitalisme français. Seule une Russie vassalisée, colonisée, peut fournir les ressources nécessaires pour relancer la machine capitaliste française, alors que l’affrontement sino-américain s’annonce toujours plus.

La France veut la guerre avec la Russie, elle est déjà en guerre avec elle. Et l’escalade continue.

Catégories
Refus de l’hégémonie

L’armée française entraîne des néo-nazis ukrainiens

L’information est issue d’une enquête du journal d’investigation Médiapart, dont l’article est réservé aux abonnés et dont on se doute qu’elle va rester confinée aux confins de l’opinion publique.

Car il y est démontré qu’à la fin octobre 2023, l’armée française a organisé un camp d’entrainement au « camp de La Courtine, dans le sud de la creuse » avec des soldats ukrainiens issus de la 3e brigade d’assaut, héritière du régiment Azov et dont le changement de façade à l’été 2022 n’avait à l’époque trompé aucune personne un peu attentive au caractère idéologique du bataillon.

Le commandant de la 3e brigade est d’ailleurs Andriy Biletsky, le dirigeant d’Azov qui est à la fois une composante de l’armée et un parti politique. En Ukraine de nombreuses unités sont de ce type.

Nul doute que les formateurs français étaient au courant du caractère idéologique des soldats formés, certains ayant des tatouages à la gloire du nazisme visibles sur leur visage.

Le nazi français (pseudo « Cafard Misanthrope ») a rejoint Azov et a fait partie des soldats ukrainiens formés en France

En réalité, cette enquête de Médiapart intervient à un moment précis. À la fin avril, une reporter au Donbass, Christelle Néant, publiait une enquête sur cette réalité. Il y était affirmé que la France avait livré, et donc formé des soldats d’Azov au maniement du canon TRF1 de 155mm produit par Nexter, et pouvant par ailleurs envoyer des obus à sous-munition proscrit par les conventions internationales.

Des renseignements qui ne sont pas sortis du chapeau mais directement issus des propos tenus sur la chaine du réseau social telegram d’Azov, exposant ses combats d’artillerie à l’aide du canon TRF1.

Dès la fin octobre 2022, il avait été remarqué par Rosa la gazette l’apparition d’un commandant d’artillerie arborant une Totenkopf stylisée tirant des obus d’un canon CAESAR français….sans qu’il ne soit fait mention du caractère néo-nazi du personnage par France 2.

Ainsi, que l’information soit étayée par Médiapart, organe de presse totalement aligné sur le soutien au régime ukrainien, atteste en fait du redoublement de la vigilance pour assurer la légitimité de la guerre contre la Russie. L’enjeu viserait à renforcer la pression pour mieux « contrôler » les soldats formés alors qu’on parle actuellement, et officiellement, de 12 000 soldats formés en France.

Ce n’est pas forcément gagné : voici une photographie de l’ancien premier ministre britannique Boris Johnson le 22 mai 2024, avec des nazis d’Azov invités au Parlement britannique…

Comme on le sait, au-delà d’Azov, les groupes ultra-nationalistes ont été les premiers à s’engager de manière volontaire contre la Russie dans le Donbass dès 2014, avant d’être intégrés de manière officielle.

Dans le feu des combat, ces groupes ont généré des cadres militaires intermédiaires, se retrouvant en toute logique dans les camps de formation occidentaux. Ils sont en effet utilisés comme bataillons de choc, de par la ferveur nationaliste et la volonté de détruire la « Moscovie » semi-asiatique.

Il est donc incorrect de seulement parler de « soldats » tant les figures néonazies sont impliquées dans la guerre depuis longtemps et ont gravi les échelons du commandement, formant dorénavant une strate de la hiérarchie militaire elle-même, et de toutes façons à l’arrière-plan toute l’idéologie de l’Etat ukrainien.

Le chef d’Azov dans un reportage du média en ligne « Brut » publié le 12 avril 2024

L’Ukraine a choisi son orientation historique et elle est en cela malheureusement déjà condamnée… La fièvre nationaliste l’a trop contaminée pour une remise en cause d’elle-même. Le fanatisme anti-Russes de gens ayant vécu des décennies avec… des Russes, et souvant parlant russe eux-mêmes au quotidien, est un exemple de délire et de comment le nationalisme peut l’emporter.

La base du régime de Kiev est en même temps viciée. Sa perspective impossible de mobilisation de 500 000 soldats atteste du décalage avec la population. La place prise au départ par les néo-nazis au détriment des masses populaires est une caractéristique du régime.

C’est d’ailleurs bien pour cette raison que la propagande se fissure, formant un terreau pour la justification d’envoi de troupes occidentales. Car le régime de Kiev n’a jamais eu de base populaire ni de perspectives démocratiques, d’ailleurs tout ce qui est de gauche est interdit.

Kyrylo Boudanov, le directeur du renseignement militaire ukrainien, dans ses bureaux avec la carte indiquant son rêve de partition de la Russie

La réalité c’est que l’Otan a choisi d’utiliser les éléments nationalistes les plus fanatisés de l’Ukraine pour sa basse besogne anti-Russie. Et dans ce panorama immonde, la France a choisi de se positionner en tête de pont des Etats-Unis en Europe pour remplir cette mission.

Combattons la superpuissance américaine qui cherche à maintenir son hégémonie mondiale à tout prix, dans le sang, dans la guerre, et dont le capitalisme français est le vassal zélé!

Catégories
Refus de l’hégémonie

Attal-Bardella, les deux visages de l’Otan et du capitalisme moderne

Le 23 mai 2024, les partis populistes et nationalistes du groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement européen ont exclu de leurs rangs le parti allemand AfD.

En théorie, c’est pour des propos sur les Waffen SS de la part de sa tête de liste aux élections européennes de juin 2024. En pratique, c’est parce que l’AfD est pour une alliance entre l’Allemagne et la Russie, aux dépens du choix de la soumission à la superpuissance américaine.

Car pour participer au gouvernement dans les pays occidentaux, il faut montrer de la clarté quant au passage assumé dans l’orbite américaine. D’où les propos incessants en faveur du régime ukrainien de Jordan Bardella, du Rassemblement National, une composante du groupe Identité et Démocratie.

Voici entre autres ce qu’il a expliqué le 23 mai 2024, lors du débat avec le premier ministre Gabriel Attal.

« Au Parlement européen, j’ai toujours été très clair et toujours condamner sans la moindre ambiguïté l’agression de l’Ukraine par la Russie, qui est aujourd’hui une menace multidimensionnelle. »

Il y avait d’ailleurs un autre débat le 21 mai 2024, avec huit représentants des principaux partis : Jordan Bardella (RN), Valérie Hayer (Renaissance), Raphaël Glucksmann (PS-Place Publique), François-Xavier Bellamy (LR), Manon Aubry (LFI), Marion Maréchal (Reconquête!), Marie Toussaint (Les Écologistes), et Léon Deffontaines (PCF). Tous ont été unanimes quant à leur hostilité à la Russie.

Et du côté de la gauche de la gauche, hors cadre institutionnel, c’est le grand silence ou le soutien au régime ukrainien, dans 99% des cas. La France marche au pas, au rythme de la propagande incessante en faveur de l’escalade contre la Russie.

Pas une journée sans qu’il n’y ait une pierre d’ajoutée à l’édifice, comme le 23 mai 2024 encore avec la chaîne Public Sénat invitant le professeur de géopolitique Frédéric Encel pour dénoncer la Russie qui veut le chaos, alors que bien entendu la France veut « l’ordre international ».

Et le même jour toujours, Le Monde faisait un éditorial de rappel à l’ordre : « Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer ». Car trop de journalistes et de commentateurs français croient encore à la fable que la Chine serait à l’écart des initiatives russes. C’est là rêver debout pour des bourgeois catastrophés par la situation.

Le Monde, représentant de la bourgeoisie libérale-moderniste, particulièrement agressive comme agent de la superpuissance américaine, entend mettre fin à cette illusion et exige le silence dans les rangs.

Voici ce qu’on lit notamment :

« En ce printemps 2024, Xi Jinping a rappelé qu’il était partie prenante dans le conflit qui fait rage en Europe : il est du côté russe. Le président chinois veut conforter son « ami » Vladimir Poutine dans sa guerre contre l’Ukraine.

Ou, plus exactement, Xi entend que l’Occident ne sorte pas renforcé de cette épreuve sur le Vieux Continent. Inutile d’entretenir d’irresponsables illusions à Washington, à Paris ou à Berlin : le couple sino-russe n’est pas près de divorcer.

Ce message a été transmis sans ambiguïté par le numéro un chinois lors de son séjour en Europe (du 6 au 10 mai) puis, dans sa cristalline clarté, proclamé lors de la visite du président russe à Pékin (les 16 et 17 mai). La déclaration commune signée par les deux chefs d’Etat est frappée au coin de la lutte qu’ils mènent ensemble contre les Etats-Unis (…).

La Chine va soutenir davantage encore l’économie de guerre que Poutine instaure en Russie. Officiellement, Pékin ne livre pas d’armes à la Russie, mais fournit les machines-outils nécessaires à la fabrication des armes – c’est très différent, n’est-ce pas… Elle livre les pièces détachées pour les chasseurs bombardiers russes. Elle vend les semi-conducteurs à utilisation duale (civile et militaire). Elle transmet les informations satellitaires utiles au champ de bataille. En clair, la Chine entretient l’effort de guerre russe (…).

Pékin reprend les plus gros mensonges de la propagande du Kremlin : la guerre contre Kiev, c’est parce que l’Occident, éternellement impérialiste, s’apprêtait à attaquer la Russie à partir de l’Ukraine ! (…)

Les deux régimes sont soudés dans et par la même ambition. Elle est affichée en toutes lettres dans le « pacte d’amitié sans limites » que Xi et Poutine signent à Pékin le 4 février 2022, quelques jours avant que les chars russes foncent sur Kiev… »

Le panorama est très clair. En France, on peut être

  • pour les populistes et nationalistes, qui sont sur une ligne de repli démagogique, avec des relents racistes mais surtout paternalistes, avec le regret de la France d’avant;
  • ou bien pour les libéraux-sociaux, comme Emmanuel Macron, avec comme variante extrême sur le plan libéral ou social les LGBT, La France Insoumise, le PCF…

Mais tout cela doit rester social-impérialiste : la France doit rester un havre de paix pour la société de consommation, peu importe après qu’au gouvernement on ait l’équivalent des « Républicains » ou des « Démocrates » américains.

Car tel est le fond de la situation : la société française s’est américanisée et le régime lui-même n’est qu’un appendice de la superpuissance américaine. C’est à Washington que tout se décide… Alors que le monde va à la confrontation générale entre Washington et Pékin.

La position, dans ce désastre, c’est de souhaiter la fin du mode de vie occidental, qui ne peut se réaliser que par son dépassement socialiste, avec une remise en cause à tous les niveaux, sur tous les plans. Et la grande initiative américaine, de placer la France au premier rang de la coalition européenne militaire contre la Russie, autour de l’Otan, il faut s’y confronter.

Guerre à la guerre !

Catégories
Refus de l’hégémonie

Poussée française pour la guerre en Russie même

Strictement personne ne connaît Jean-Louis Bourlanges. Son rôle est pourtant important, puisqu’il est président de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale. Il est une figure des institutions, et il peut pousser les choses dans un sens ou dans un autre.

Le 19 mai 2024, il a appelé la France à autoriser l’armée ukrainienne à frapper en Russie même au moyen d’armements français. La Russie avait juste auparavant dénoncé que des missiles français avaient été employés par l’armée ukrainienne dans la région de Belgorod.

C’est ainsi une contribution à l’escalade. Et cela sur la base d’un alignement stratégique, puisque Jean-Louis Bourlanges appelle la France « à sortir de sa réserve et à prendre une décision comparable à celle des Britanniques et des Américains ».

L’urgence apparaît également en filigrane du communiqué de Jean-Louis Bourlanges, puisqu’on comprend bien que ce sont les succès opérationnels russes récents qui inquiètent sans commune mesure.

Surtout, Jean-Louis Bourlanges prétend que les « États amis de l’Ukraine sont bien déterminés à rester non belligérants ». C’est totalement faux et lui-même ne peut pas ne pas le savoir. Aussi, s’il appelle à l’emploi d’armements français en Russie même, c’est pour que cette porte soit ouverte avant que la prochaine ne le soit.

Si, en effet, l’armée ukrainienne attaque déjà en Russie, alors les troupes occidentales en Ukraine pourront le faire également lors de leur intervention. Si ce n’était pas le cas et qu’elles en prenaient l’initiative, cela serait une escalade frontale.

Encore une fois, en fait, l’Ukraine est utilisée comme chair à canon. C’est un simple outil pour les pays occidentaux. Et cet outil sera utilisé jusqu’au bout sans pitié aucune, tellement c’est facile, puisqu’il est aux mains des nationalistes, totalement fanatiques, qui réussissent à mettre le pays au service de l’Otan et de la superpuissance américaine.

La chronologie depuis le 26 février 2024 est très claire et la tendance parfaitement lisible. La France veut faire tomber la Russie pour participer à la colonisation de celle-ci, afin de relancer le capitalisme en crise.

Catégories
Refus de l’hégémonie

Importante visite d’État russe en Chine (« le thé au bord de l’eau »)

Il y avait de quoi se tordre de rire début mai 2024 en écoutant les journalistes et commentateurs français à l’occasion de la visite du Président chinois Xi Jinping en France.

Ceux-ci s’imaginaient que la France avec Emmanuel Macron avait l’occasion de peser sur la question du conflit en Ukraine, car la Chine pouvait être emmenée sur telle ou telle positon sous prétexte qu’il avait été dit ou sous-entendu ceci ou cela par Xi Jinping…

C’était tout bonnement ridicule. Cela fait déjà bien longtemps que les jeux sont faits. La Russie n’existe plus que dans l’orbite chinoise, tout comme la France n’existe plus que dans l’orbite américaine.

Il y a plus d’un an, en mars 2023, Xi Jinping effectuait une visite d’État en Russie, sa première visite à l’étranger depuis sa réélection, pour sceller sans aucune ambiguïté l’alliance sino-russe contre les États-Unis. La Chine parlait carrément d’une « ère nouvelle ».

Le jeudi 16 mai 2024, Vladimir Poutine a donc fait la même chose : il s’est rendu en République populaire de Chine pour son premier déplacement à l’étranger depuis sa réélection. C’était l’occasion de célébrer 75 années de relations diplomatiques (soit depuis la naissance de la République populaire de Chine en 1949).

Il faut savoir également que les deux présidents s’appellent souvent, notamment à l’occasion de leurs anniversaires respectifs, etc.

Voici comment la diplomatie chinoise présente la visite d’État russe, pour ceux qui auraient encore des doutes :

« Xi Jinping a indiqué que, comme le dit le proverbe chinois, « une montagne est formée par l’accumulation de sol et un océan est formé par l’accumulation d’eau ».

Après 75 ans d’accumulation solide, l’amitié durable et la coopération globale entre la Chine et la Russie donnent une forte impulsion aux deux pays pour aller de l’avant malgré le vent et la pluie.

Se trouvant à un nouveau point de départ, la Chine et la Russie s’en tiendront toujours à leur intention initiale et assumeront conjointement la responsabilité afin de créer davantage de bénéfices pour leurs peuples et de contribuer comme il se doit à la sécurité et à la stabilité mondiales. »

De son côté, Vladimir Poutine a largement prêté allégeance à la superpuissance chinoise, déclarant notamment :

« La Russie considère la Chine comme un partenaire fiable et à long terme et souhaite continuer à développer la coopération avec la Chine dans les domaines politique, économique, culturel, éducatif et sécuritaire, à organiser les « Années de la culture russo-chinoise » et à approfondir les échanges humains. »

La ligne officielle de la Russie est en effet que le pays est davantage asiatique qu’européen.

Voici le déroulé de la réception du Président russe jeudi 16 mai 2024, qui s’est faite avec les plus grands des honneurs. La question ukrainienne a officiellement été abordée, mais il a fallu attendre la toute fin de journée, au bord d’un lac et autour d’un thé…

Début de matinée.

Entretient en format restreint entre Vladimir Poutine et Xi Jinping au Grand Palais du Peuple à Beijing (Pékin).

Entretiens élargis avec des comités intergouvernementaux de coopération ; signature d’une série de documents de coopération bilatérale (économie et commerce, protection de la nature, inspection et quarantaine, médias et autres domaines).

Signature et publication d’un document intitulé Déclaration conjointe de la République populaire de Chine et de la Fédération de Russie sur l’approfondissement du partenariat stratégique global de coordination pour la nouvelle ère à l’occasion du 75e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques Chine-Russie.

Fin de matinée.

Grande cérémonie de bienvenue sur l’esplanade devant la porte est du Grand Palais du Peuple.

Salutation par la garde d’honneur et fanfare militaire jouant les hymnes nationaux ; salve de 21 coups de canon tirée sur la Place Tian’anmen.

Revue de la garde d’honneur de l’Armée populaire de Libération et défilé.

Acclamation par des enfants chinois et russes tenant des bouquets de fleurs et des drapeaux nationaux des deux pays.

Midi.

Banquet de bienvenue dans la salle dorée du Grand Palais du Peuple.

Après-midi.

Cérémonie d’ouverture des Années de la culture Chine-Russie et concert spécial de musiques folkloriques chinoise et russe célébrant le 75e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques (environs 1000 personnalités chinoises et russes présentes).

Soirée.

Réunion restreinte à Zhongnanhai, un immense parc bordé d’un lac au milieu de la capitale chinoise. La question ukrainienne est finalement ouvertement abordée, en apothéose de la journée.

Voici le long et épique récit officiel de ce moment par la diplomatie chinoise (en Français), qui est très significatif historiquement !

« Au milieu de l’été [commencé le 5 mai 2024], à Zhongnanhai, une brise légère souffle doucement et les reflets d’eau scintillent.

Xi Jinping reçoit Vladimir Poutine devant le pont Yingtai. Les deux chefs d’État se sont promenés et ont discuté, regardant les pavillons et admirant le beau paysage.

Les deux chefs d’État ont pris le thé au bord de l’eau et ont eu des échanges approfondis sur des questions stratégiques d’intérêt commun dans une atmosphère détendue.

Le monde d’aujourd’hui est confronté à des changements inédits depuis un siècle et entre dans une nouvelle période de perturbation et de transformation, a noté Xi Jinping, ajoutant que face au paysage mondial qui ne cesse d’évoluer avec volatilité et trouble, la Chine est restée ferme dans sa stratégie.

Il a déclaré que sous la direction du Parti communiste chinois, le peuple chinois avait surmonté de multiples difficultés et défis, et qu’il œuvrait à la promotion du développement de haute qualité et de la modernisation chinoise.

La Chine est disposée à travailler avec la Russie et d’autres pays afin de renforcer la solidarité et la coopération, d’orienter la gouvernance mondiale dans la bonne direction, de défendre conjointement l’équité et la justice internationales, et de promouvoir la paix du monde et le développement commun, a déclaré Xi Jinping.

Notant que le développement de la Chine est inéluctable et qu’aucune force ne peut contenir son développement et ses progrès, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie souhaitait améliorer sa coopération avec la Chine et d’autres pays du « Sud global » afin de promouvoir l’équité et la justice internationales, et d’œuvrer vers un monde plus égalitaire et multipolaire.

Les deux chefs d’État ont eu un échange de vues approfondi sur la crise ukrainienne.

Xi Jinping a précisé la position cohérente de la Chine et ses efforts pour promouvoir un règlement politique de la crise ukrainienne, soulignant que pour résoudre toute question majeure, il était nécessaire de traiter à la fois les symptômes et les causes fondamentales, et de planifier autant pour le présent que pour le long terme.

Il a noté que l’essentiel de l’Initiative pour la sécurité mondiale était de préconiser une vision de sécurité commune, globale, coopérative et durable, et que la solution fondamentale à la crise ukrainienne était de promouvoir l’établissement d’une nouvelle architecture équilibrée, efficace et durable.

Xi Jinping a déclaré que la Chine soutenait la convocation d’une conférence internationale de paix reconnue par la Russie et l’Ukraine à un moment approprié avec une participation égale et une discussion franche de toutes les options, afin de promouvoir un règlement politique rapide de la question ukrainienne, et que la Chine était disposée à continuer à jouer un rôle constructif à cet égard.

Vladimir Poutine a introduit les idées et les positions concernées de la Russie, indiquant que la Russie appréciait la position objective, juste et équilibrée de la Chine en ce qui concerne la question ukrainienne et invitait la Chine à continuer à jouer un rôle important et constructif dans le règlement politique de la question.

La Russie est engagée à résoudre la question ukrainienne via les négociations politiques et souhaite démontrer sa sincérité et continuer à maintenir une communication étroite avec la Chine à cet égard, a-t-il noté.

La nuit tombait et les lumières étaient brillantes. 

Xi Jinping a serré la main de Vladimir Poutine et lui a dit au revoir. Xi Jinping a noté que ces dernières années, ils avaient eu plusieurs réunions avec des échanges francs, approfondis et fructueux.

Xi Jinping s’est dit disposé à maintenir un contact étroit avec le président Vladimir Poutine et à travailler ensemble pour orienter le développement des relations sino-russes dans la bonne direction, guider le partenariat de coordination stratégique global Chine-Russie pour une nouvelle ère à réaliser des progrès solides et durables, apporter davantage de bénéfices aux peuples des deux pays, et contribuer activement à la promotion de la sécurité et de la stabilité dans le monde.

Vladimir Poutine a remercié Xi Jinping pour son hospitalité chaleureuse et s’est dit heureux de chaque rencontre et de chaque entretien avec son homologue chinois Xi Jinping.

Leurs échanges ont été très approfondis et significatifs. Vladimir Poutine a exprimé son souhait de maintenir une communication étroite avec Xi Jinping, de mettre en œuvre le consensus important qu’ils ont atteint, et d’assurer un développement approfondi du partenariat stratégique global de coordination Russie-Chine pour une nouvelle ère. 

Difficile de faire plus clair. L’actualité mondiale est la guerre de repartage du monde, avec principalement l’affrontement entre la superpuissance américaine et sa rivale la superpuissance chinoise. La guerre en Ukraine est une expression de cette crise mondiale, elle est déjà la 3e guerre mondiale…

C’est là la réelle, la seule actualité.

Catégories
Refus de l’hégémonie

Les États-Unis confirment l’intervention en Ukraine

L’escalade passe obligatoirement par la mise en place d’une opinion publique favorable à la guerre. C’est toujours le même refrain : il serait souhaitable de faire différemment, mais on ne peut pas, car l’ennemi en face est sans foi ni loi, etc.

Le New York Times est un quotidien qui joue ici un rôle éminent. Le 25 février 2024, il avait déjà « révélé » que la superpuissance américaine était en partenariat étroit avec le régime ukrainien depuis 2014. Il y a ainsi eu 12 bases d’espionnage construites à la frontière avec la Russie…

Une « révélation » qui visait, naturellement, à éduquer l’opinion publique américaine, pour dire : voyez, nous sommes déjà installés, nous devons maintenir nos positions.

L’information balancée le 16 mai 2024 relève de cette approche. Ici encore, ce qui est dit serait le résultat d’une « enquête ». Sauf que bien sûr, les journalistes ne font que raconter ce qu’il est voulu qu’il soit raconté. La base de pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni, la France, Israël… c’est d’avoir une narration travaillée de manière extrêmement élaborée.

Que dit l’article du New York Times ? Qu’une ligne rouge est en train de devenir floue, car le régime ukrainien a demandé aux États-Unis et à l’Otan de former 150 000 soldats ukrainiens. Et que le président du comité des chefs d’état-major interarmées de l’armée américaine, Charles Q. Brown Jr., a affirmé qu’on y viendrait forcément. « Nous finirons par y arriver, avec le temps ».

L’article dit ouvertement que ce général a raconté cela aux reporters dans un avion les emmenant à un sommet de l’Otan à Bruxelles… Ce qui est ouvertement souligné est le côté officiel.

Pourquoi l’entraînement en Ukraine est-il nécessaire ? Pour deux raisons. Tout d’abord, la contre-offensive ukrainienne a échoué et c’est la preuve qu’un entraînement en-dehors de l’Ukraine est trop abstrait, alors qu’il s’agit de pratiquer des manœuvres assez vastes et coordonnées de tanks, d’infanterie, de d’artillerie.

L’article ne le dit pas ici, mais en réalité les méthodes militaires trop différentes ont amené à des incompréhensions (et au remplacement du chef de l’armée ukrainienne). L’armée américaine enseignait de taper en un seul point sur la ligne de front, en mode « choc », et l’armée ukrainienne avait dispersé ses forces, se cassant les dents sur la défense russe très bien préparée.

Ensuite, l’armée américaine ne connaît que bien trop peu l’intensité de la guerre qui a lieu en Ukraine. Et là on comprend qu’il ne s’agit pas tant d’entraîner l’armée ukrainienne… Que d’entraîner l’armée américaine à une guerre intense d’artillerie et de drones.

Il faut en effet savoir que le principe de la guerre américaine, c’est la supériorité aérienne totale, les missiles hyper calibrés, puis ensuite seulement le déversement des troupes. C’est la théorie du blitzkrieg, ni plus ni moins, et le mode de pensée bourgeois ne peut pas concevoir autre chose.

L’article du New York Times le dit d’ailleurs à mots couverts, expliquant que les formateurs américains formeraient mieux l’armée ukrainienne… s’ils apprenaient eux-mêmes davantage sur le terrain.

L’article explique aussi que certains formateurs américains sont déjà sur le terrain, de manière ciblée, pour aider à utiliser le matériel de guerre fourni… mais qu’il en faudrait bien plus.

Et que plusieurs pays veulent pareillement massifier ce soutien technico-opératif : la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne. L’Estonie et la Lituanie sont présentés comme deux pays poussant en ce sens.

Voici donc une pierre de plus à l’édifice de l’escalade. Les tabous tombent les uns après les autres et les contours d’une intervention occidentale en Ukraine sont relativement clairs. Formateurs de plusieurs pays de l’Otan, puis troupes de soutien à l’arrière par plusieurs pays de l’Otan (pas forcément les mêmes)…

Où tout cela mène-t-il ? C’est très clair, pour qui a compris les enseignements de 1914 et de 1939, pour qui a saisi ce qu’est la bataille pour le repartage du monde issue de la crise générale du capitalisme.

Catégories
Refus de l’hégémonie

Blinken en Ukraine et un nouveau ministre russe de la Défense

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a limogé le général chargé de la zone de Kharkiv, en raison des succès tactiques de l’armée russe qui vient de lancer une initiative au moyen de 30 000 soldats. L’information, arrivée tardivement, date du 11 mai 2024.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken s’est pour cette raison précipité à Kiev, pour assurer du soutien militaire américain (« cela fera une réelle différence sur le champ de bataille »). De nouvelles aides sont encore annoncées, alors qu’en avril le Congrès américain a décidé d’un « paquet » pour l’Ukraine de 61 milliards de dollars.

Antony Blinken a également mangé une pizza tenue par un nationaliste ayant combattu au début des années 2010 dans le Donbass, puis joué de la guitare dans un bar underground pour reprendre Rockin’ in the Free World de Neil Young.

Du côté ukrainien, depuis le début du conflit, la narration est élaborée comme jamais dans l’histoire. Chaque jour, il y a une mise en scène.

En même temps, la Russie a réorganisé la tête de son armée. Le ministre de la Défense, Sergueï Choigou, a été remplacé par Andreï Belooussov. Cela a été tout de suite compris par tous les commentateurs. Car Andreï Belooussov n’est pas du tout un militaire, c’est un spécialiste de l’économie et de l’organisation de l’économie.

Sa mission est clairement d’organiser l’appareil d’Etat, l’économie et l’administration par rapport à l’armée. Concrètement, Belooussov est chargé de la mise en place du Capitalisme Monopoliste d’Etat. C’est un saut qualitatif très net.

Naturellement, la presse occidentale a affirmé que Sergueï Choigou avait été « limogé ». C’est tout à fait faux. Car ce personnage appartient au gouvernement depuis…. trente ans. Il est indéboulonnable, et a d’ailleurs été nommé… secrétaire du Conseil de sécurité de Russie. Il faut plutôt voir un renforcement de son utilité éventuelle si Vladimir Poutine décédait.

Alors que la guerre est intense en matériel, qu’elle exige une économie de guerre accentuée, il y a une contraction de tout régime voulant tenir le choc. C’est bien le cas ici.

Le poste occupé nouvellement par Sergueï Choigou appartenait à Nikolaï Patrouchev, qui l’avait depuis 2008. C’est une grande figure des services secrets russes et surtout sans doute le principal stratège de l’Etat russe. Il a désormais comme fonction officielle celui d’assistant du président russe Vladimir Poutine.

Un autre assistant nommé est Alexeï Dyumine. Spécialisé initialement dans la sécurité de Vladimir Poutine, il a ensuite été notamment vice-ministre de la Défense. Avec ces deux nouveaux assistants, le nouveau ministre de la Défense, et Sergueï Choigu secrétaire du Conseil de Sécurité, on a la mise en place d’une direction soudée et parfaitement reconnaissable.

C’est une centralisation pour assumer le conflit avec les pays occidentaux qui ont très clairement annoncé que ce serait l’escalade. Le régime ukrainien cherche d’ailleurs à provoquer celle-ci, ayant compris que si cela n’a pas lieu, l’armée russe l’emporte à terme.


19 personnes ont été tuées dans les bombardements des forces armées ukrainiennes sur Belgorod le 12 mai 2024

Historiquement, il n’est pas bien difficile de comprendre ce qui se passe. L’escalade occidentale contre la Russie est strictement parallèle à l’agonie culturelle de la société française. On dirait que l’occident est peuplé de zombies allant mécaniquement à la guerre de repartage du monde afin de sauver le niveau de vie, le style de vie, les privilèges au niveau mondial.

Catégories
Refus de l’hégémonie

Les contours de l’intervention occidentale en Ukraine

Il est bien entendu impossible de connaître les plans par définition secrets de l’armée américaine, et donc de savoir quels sont les contours exacts possibles et nécessaires de l’intervention occidentale en Ukraine.

Néanmoins, les 5-6 mai 2024 ont scellé les traits généraux de l’affrontement. Et à moins que l’un des protagonistes ne cède, cela va grosso modo à la chose suivante. Par « céder », on peut comprendre le fait de reculer, à défaut de capituler : Vladimir Poutine, lors de son discours du 8 mai 2024, a souligné qu’il dépendait du camp occidental de savoir quels rapports il veut avec la Russie.

En tout état de cause, les points suivants semblent relever d’une évaluation correcte.

A. L’intervention occidentale ne se fera pas sous l’égide de l’Otan. Cela provoquerait un conflit majeur de manière immédiate et, surtout, de nombreux pays membres ne veulent pas s’embarquer dans l’aventure.

B. La France sera une composante majeure de l’opération. Elle est déjà à la tête de l’initiative, elle pousse sans arrêt en ce sens, elle monte une économie de guerre.

C. La France ne montera pas seule au front. Son initiative rentrera dans un cadre commun d’initiative de solidarité, etc.

D. L’intervention occidentale n’enverra pas de soldats sur le front. Elle consistera en un contingent chargé de protéger l’arrière et de former un bloc pour empêcher une éventuelle avancée russe en cas de percée. La zone derrière Odessa est forcément la priorité.

E. Parmi les pays envoyant des troupes en plus de la France, il faut considérer qu’il y aura a priori au moins la Belgique et les Pays-Bas. Pour l’Italie, ce sera plutôt non, pour l’Allemagne plutôt oui, mais pour ces deux pays c’est très incertain.

F. Dans tous les cas, le front fournissant du matériel sera bien plus large que celui qui enverra directement des troupes.

G. Le contingent occidental devra être d’autour de 60 000 soldats pour représenter quelque chose de suffisamment solide. Difficile d’aller au-delà pour autant, en raison de la faiblesse numérique des troupes occidentales en général (à part celles de la superpuissance américaine) et surtout du besoin d’assurer un cohérence à l’ensemble.

H. L’économie de guerre montera en puissance parallèlement à l’intervention occidentale. L’une nourrira l’autre. Tout cela n’est qu’une étape, que d’ailleurs la France ne voit pas, elle s’imagine simplement avancer un pion, elle ne saisit pas l’engrenage général.

I. Il n’y aura pas d’opposition « naturelle » à l’intervention. Comme le montre le pseudo « soutien » à la Palestine actuellement, la France préfère la comédie, la mascarade, le témoignage chrétien. La seule opposition possible sera politique et c’est le lieu de la recomposition du prolétariat – le seul lieu.

Catégories
Refus de l’hégémonie

Les 5-6 mai 2024 scellent l’intervention occidentale en Ukraine

Pour comprendre cet article, il faut bien avoir en tête que nous avons annoncé le conflit armé en Ukraine six mois avant son commencement, et que nous le suivons de manière régulière depuis cette date, avec une analyse rigoureuse et efficace.

Ce qui va être dit est, ainsi, tout à fait sérieux, au-delà du caractère habile des propos. Cette mise en garde alors que la société française est totalement décadente, et que les Français ne savent se révéler que mous et larmoyants.

Voici les deux événements marquants, qui reflètent un moment dramatique.

Le 5 mai 2024, le quotidien italien La Repubblica a publié un article donnant une information « confidentielle » de l’Otan. Cela est précisé de la manière suivante.

« Pour la première fois depuis le début de la guerre, l’OTAN a identifié, de manière très confidentielle et sans annonce officielle, au moins deux lignes rouges au-delà desquelles une intervention directe dans le conflit en Ukraine pourrait avoir lieu. »

L’article n’est pas signé que par un journaliste direct de ce quotidien, mais également par deux correspondants, un basé à… Paris, l’autre à Bruxelles. Il se veut avoir une facture officielle-inoficielle.

Quelles sont les deux lignes rouges? La première, c’est la participation de la Biélorussie au conflit entre la Russie et l’Ukraine. En fait, derrière cela il y a l’idée que si le front s’élargit, l’armée ukrainienne aura du mal à répondre en raison de son manque de soldats.

Cette hypothèse est de toutes façons peu plausible, car du point de vue russe, la Biélorussie est appelée à jouer le rôle de frère futur « arbitre » pour le compromis entre les deux autres frères ennemis russe et ukrainien.

La seconde ligne rouge, c’est l’invasion par l’armée russe des États baltes, de la Pologne ou de la Moldavie. L’hypothèse d’une invasion des Etats baltes ou de la Pologne n’a aucun sens, car ce sont des pays membres de l’Otan et la Russie n’allait pas en 2024 se rajouter de ennemis directs.

La Moldavie, par contre, n’est pas dans l’Otan et là cela indique beaucoup de choses. Il y a là une véritable ligne rouge. Mais à quoi?

L’article italien a été beaucoup commenté, et il a été concerné que l’intervention occidentale en Ukraine dépendait de ces deux points. C’est là une imbécillité.

En réalité, les deux lignes rouges indiquent non pas le point minimum, mais le point maximum. Ce qu’il faut lire, c’est la chose suivante : « tant que la Biélorussie, la Pologne, les Etats baltes et la Moldavie ne sont pas en jeu, l’Otan n’interviendra pas ».

Cela veut dire en même temps : « une intervention occidentale en Ukraine pour participer au conflit est acceptable pour l’Otan, tant que cela ne dépassera pas un certain seuil, défini par les lignes rouges, car là c’est l’Otan collectivement qui interviendrait ».

L’article italien a bien entendu également précisé qu’en l’état, l’Otan n’a aucun plan pour intervenir militairement en Ukraine, histoire de bien fermer l’hypothèse et de livrer l’intervention occidentale à elle-même.

Le 5 mai 2024, l’intervention occidentale en Ukraine a ainsi été autorisée, et définie.

Ne manquait alors plus que la réponse russe. Elle est venue le lendemain. Le 6 mai 2024, le ministre russe de la Défense a annoncé des exercices militaires « en réponse aux déclarations provocatrices et menaçantes de certains dirigeants occidentaux contre la Fédération de Russie ».

La tenue de ces exercices sera faire « sur instruction du Commandant en chef suprême des forces armées de la Fédération de Russie », qui est le président russe Vladimir Poutine. C’est une décision du plus haut niveau possible.

Et, surtout, il y a la tenue de ces exercices.

« Au cours de l’exercice, une série de mesures seront prises pour s’entraîner à la préparation et à l’utilisation d’armes nucléaires non stratégiques. »

La doctrine militaire russe est formelle. L’emploi des armes nucléaires est réservé à une situation où l’existence même de l’Etat russe est menacé. Depuis plusieurs mois, cet emploi a été élargi à la Biélorussie, où des armes nucléaires non stratégiques ont été placées.

Ces armes désignent en fait des bombes nucléaires de puissance bien moindre, pour détruire notamment des troupes s’avançant.

Le principe a notamment été théorisé par l’Otan pendant la guerre froide. En cas d’offensive du pacte de Varsovie, il avait été considéré que les troupes passeraient par deux passes stratégiques : la trouée de Fulda, près de Francfort, et la vallée du Danube à la frontière entre l’Autriche et la Slovaquie. Les armes nucléaires tactiques de l’Otan étaient prêtes à être lancées ou utilisées sur place en cas d’attaque.

Autrement dit, la Russie a elle-même exposé ses deux lignes rouges à une intervention occidentale. La première, c’est une invasion occidentale de la Biélorussie, et il faut considérer que l’enclave de Kaliningrad est concernée ici.

La seconde, c’est la défaite : si l’armée russe est défaite au-delà d’un certain point, elle forcera l’arrêt des hostilités.

Deux autres points viennent s’ajouter.

Tout d’abord, le même jour, la Russie a convoqué l’ambassadeur français, et averti que si des armes britanniques fournis à l’armée ukrainienne frappait le territoire russe, alors « toute installation ou équipement militaire britannique sur le territoire ukrainien et au-delà » pourrait en conséquence être la cible de l’armée russe.

Cela fournit une « limite » à la France et au Royaume-Uni.

Ensuite, le président Xi Jinping était également le même à Paris. Il a tenu de nouveau le discours chinois qui dit tout pour ne rien dire, et rien pour tout dire. La formule la plus concrète fut :

« Nous nous opposons à l’utilisation de la crise ukrainienne pour jeter la responsabilité sur d’autres, salir un pays tiers et déclencher une nouvelle guerre froide. »

Autrement dit, la Chine n’interviendra pas directement aux côtés de la Russie, mais naturellement tout est un jeu mondial, et la Chine a tout intérêt à ce que la Russie ne perde pas, donc il ne faut pas compter sur elle pour se subordonner aux occidentaux.

De toutes manières ici, à part pour les journalistes occidentaux qui sont de purs crétins, il est évident que la Russie n’aurait jamais lancé son opération en Ukraine sans l’accord chinois. Stratégiquement, les intérêts russes et chinois sont trop communs.

Tout cela est malheureusement absolument clair, si on lit correctement les choses. Le 5 mai, les pays occidentaux ont défini le cadre de leur côté, le 6 mai la Russie a défini le cadre de son côté.

Tout ce qui produit sous un certain seuil de tolérance est donc accepté… L’intervention occidentale peut donc se faire, sans « risque de troisième guerre mondiale ».

Il faut noter ici la stupidité de ceux qui imaginent que l’escalade en Ukraine signifierai la destruction du monde. Ce fantasme « exterministe » n’a aucun sens. Les choses sont bien pires que ça, avec des affrontements qui vont s’étendre et se contracter, avec des armes nucléaires qui peuvent être utilisées et provoquer des catastrophes, sans pour autant que ne cesse les conflits, etc.

Pour qui s’intéresse plus précisément à cette question de l’emploi de l’arme atomique, un article est ici incontournable : « Les stratégies impérialistes de contournement de l’équilibre de la
terreur à l’époque de la seconde crise générale du capitalisme :
l’asphyxie comme approche de la superpuissance américaine, le
délitement comme approche sino-russe » (revue Crise n°18, février 2022).

Si on veut angoisser, on peut dire que les 5-6 mai 2024, il y a eu la mise en place d’un contournement de l’équilibre de la terreur.

Naturellement, dans les faits tout sera bien plus compliqué et les généraux furieux qui s’imaginent inventer des « règles » sont en plein délire. Mais ce sont eux qui décident… Ce sont eux qui font ce qu’ils veulent…

Pour l’instant. Guerre à la guerre! L’ennemi est dans notre propre pays, conformément au défaitisme révolutionnaire. Non à l’intervention occidentale pour faire la guerre contre la Russie!

Catégories
Refus de l’hégémonie

Macron dans The Economist: la guerre au nom de l’Europe

Lorsque le président français Emmanuel Macron a parlé d’intervention militaire française en Ukraine le 26 février 2024, pratiquement personne ne l’a pris au sérieux dans le pays. Les Français sont ainsi, ils ne prennent rien au sérieux.

Néanmoins, tout l’appareil d’État s’est mis en branle dans cette perspective de conflit. L’économie de guerre a pris forme, la propagande a commencé à se généraliser.

Le 2 mai 2024, dans un entretien à l’hebdomadaire britannique The Economist, Emmanuel Macron a réaffirmé la perspective de l’intervention. Et là les Français ne se moquent plus de lui. Car en deux mois, le matraquage a opéré. En ce sens, notre chronologie de l’escalade depuis le 26 février 2024 est une arme politique centrale et il y a lieu de se fonder dessus en toutes occasions.

L’entretien avec The Economist s’inscrit dans cette militarisation et il va d’ailleurs avec un paquet. On a l’interview publié en anglais, l’original en français, un article de présentation de The Economist, puis un long article de commentaire.

« Une région en danger mortel »
« Le message urgent d’Emmanuel Macron pour l’Europe »

Le mot d’ordre de The Economist : Emmanuel Macron a « une vision apocalyptique », et malgré les apparences où l’on peut penser qu’il va très loin, ou trop loin, il aurait raison. « Comme d’autres lugubres visionnaires, il court le risque que son message soit ignoré ».

On lit en conclusion de la présentation d’ailleurs la chose suivante.

« Monsieur Macron est plus clair sur les périls auxquels l’Europe est confrontée que le dirigeant de n’importe quel autre grand pays.

Lorsque le leadership fait défaut, il a le courage de regarder l’histoire dans les yeux. La tragédie pour l’Europe est que les paroles de la Cassandre française risquent de tomber dans l’oreille d’un sourd. »

Emmanuel Macron a donc ici le statut d’un prophète. Sa parole est présentée comme essentielle, car ce dont il s’agit, c’est de sauver la partie européenne de l’occident capitaliste. Pas moins.

Ce qu’il faut noter en effet, et c’est très important, c’est que The Economist souligne que l’entretient se tient quelques jours après le grand discours sur l’Europe d’Emmanuel Macron, tenu à la Sorbonne.

Or, comme on le sait, le Royaume-Uni n’est plus membre de l’Union européenne. Il faut donc comprendre l’Europe au sens d’un continent. Emmanuel Macron parle d’ailleurs de menace « existentielle » pour l’Europe géographique et il est également question de la Norvège, un autre pays à l’écart de l’Union européenne.

Emmanuel Macron parle d’un « beau, grand et existentiel débat que les Européens doivent avoir et qui n’est pas réduit à l’Union européenne ». 

Emmanuel Macron à la Sorbonne pour son discours sur l’Europe

Le long article de commentaire de l’interview est d’ailleurs titré « How to rescue Europe », « Comment sauver l’Europe ». Il cite les propos d’Emmanuel Macron lors de l’entretien, comme quoi « une civilisation peut mourir ».

Que dit justement Emmanuel Macron ? Voici les propos les plus significatifs. Mais avant tout, il faut remarquer qu’Emmanuel Macron est brillant dans la construction du propos. On sait comment en France, on aime se moquer des politiques, de manière populiste, disproportionnée. C’est un défaut, propre aux Français qui ne savent pas accorder de gravité suffisante aux choses essentielles.

Emmanuel Macron agit en effet en professionnel. Le moindre mot est soupesé, habilement choisi. Il maîtrise de manière parfaite tout le langage et la philosophie de « l’humanisme européen », dont la source est l’esprit bourgeois tchécoslovaque des années 1920.

La Tchécoslovaquie, qui venait de se libérer de l’oppression féodale autrichienne et hongroise, était la seule démocratie bourgeoise d’Europe centrale, au milieu des dictatures fascistes. Cela a produit un esprit bourgeois post-chrétien (ou démocrate-chrétien), « progressiste », « humaniste », anti-féodal et libéral, mais teinté d’inquiétude : l’humanité connaît une crise, il faut réfléchir au développement de la technique, le rôle de la technique et de l’organisation, etc.

Les propos d’Emmanuel Macron, dans leur forme et leur esprit, sont un écho très clair de ceux du président tchécoslovaque Tomáš Masaryk, d’Edmund Husserl, de Karel Čapek, repris ensuite par Karel Kosík, Jan Patočka, Václav Havel.

C’est l’idéologie de l’Union européenne, bien qu’il manque une inquiétude profonde, une angoisse, qu’on retrouve par contre de manière totale et absolue en France Antoine de Saint-Exupéry, Albert Camus, la CFDT, l’UNEF, etc.

Emmanuel Macron se situe dans cette perspective. Il est donc un cadre bourgeois brillant. En fait, il redevient le jeune libéral-démocrate « moderne » qui avait été choisi par la haute bourgeoisie moderniste, financière et technologique, pour gagner l’élection présidentielle de 2017.

Il faut, pour saisir son approche, de l’intelligence et de la culture, sans quoi on se fait piéger. C’est à cela que nous travaillons. Emmanuel Macron se propose comme Tomáš Masaryk, il le fait sciemment. S’imagine-t-on qu’on puisse le combattre sans être à son très haut niveau intellectuel et idéologique ?

Ce n’est pas avec la CGT qu’on combat au plus haut niveau, en fait celui de l’affrontement entre capitalisme et Socialisme. C’est avec l’esprit de Parti, avec le drapeau rouge. Avec un travail de fond, avec une presse intelligente et cultivée. C’est notre travail, central et essentiel.

La teneur des propos d’Emmanuel Macron n’en apparaissent, cela dit, que plus clairement.

« Nous sommes le continent qui a inventé la démocratie libérale. Nos systèmes de société reposent sur ces règles. Or nous sommes percutés par ce que les réseaux sociaux et la numérisation de la vie de nos sociétés et du fonctionnement démocratique créent de vulnérabilités. »

« Les choses peuvent se désagréger très vite. Elles créent en Europe et partout ailleurs, une montée des colères et du ressentiment. Nos compatriotes le sentent. Cela nourrit de la peur, de la colère et cela nourrit les extrêmes. Les choses peuvent se précipiter beaucoup plus vite qu’on ne le croit et peut conduire à une mort beaucoup plus brutale qu’on ne l’imagine.

Ce qui m’intéresse surtout, c’est de conjurer ce mouvement à l’œuvre et montrer qu’un sursaut est possible. Et d’ailleurs, toutes les décisions que nous avons prises ces dernières années, sont des décisions que nous n’avons pas prises dix ans plus tôt. On a réagi plus vite, mieux et dans la bonne direction.

Mais il y a une telle accélération des risques, des menaces, du mal-être de nos sociétés qu’il nous faut maintenant un sursaut beaucoup plus profond. Et au fond, il nous faut bâtir un nouveau paradigme. Un nouveau paradigme géopolitique, économique et de société pour l’Europe. »

« Il y a non seulement un retour de la guerre de haute intensité sur le sol européen, mais cette guerre est menée par une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui a un discours belliqueux. Tout cela fait que l’Europe doit légitimement se poser la question de sa protection militaire. Et qu’en effet, elle doit se préparer à ne plus bénéficier de la même protection par les Etats-Unis d’Amérique, c’est ce que je disais déjà en 2019 dans vos colonnes. Nous devons nous préparer à nous protéger. »

« Le défi pour l’Europe est économique et technologique. Il n’y a pas de grandes puissances sans prospérité économique, ni sans souveraineté énergétique et technologique. »

« Nous devons être encore plus puissants, plus forts, plus radicaux. Et à cela s’ajoute le fait que l’Europe ne produit pas assez de richesse par habitant, en comparaison là aussi des autres grandes puissances, et notre grande ambition, alors que nous sommes dans un moment de réallocation des facteurs de production, qu’il s’agisse des cleantech ou de l’intelligence artificielle, c’est d’être un continent attractif pour ces grands investissements. »

Tout ce discours permet donc de faire de la Russie un ennemi absolu, une sorte d’entité anti-libérale et anti-moderne par excellence. Une construction habile, qui obtient sans souci l’aval des citoyens biberonnés à la société de consommation.

« La Russie, c’est une menace qu’on connaît, qu’on a toujours vu. Je parle pour l’ensemble des Européens et tout particulièrement pour l’Allemagne et la France, puisque nous étions en charge de sauver les accords de Minsk et du processus de Normandie. »

« Depuis 2022, Vladimir Poutine n’a plus mis les pieds lui-même dans un g20 et il a été exclu du g8 devenu g7 en 2014. Elle a décidé d’enfreindre le droit international en violant des frontières internationalement reconnues pour un membre permanent du Conseil de sécurité.

À ce point, avec une telle constance, c’est inédit. Elle a aussi commis des crimes de guerre, là aussi avec une puissance inédite. C’est elle qui a lancé cette guerre d’agression contre un pays souverain sur le sol européen.

Il ne faut pas sous-estimer non plus le glissement. Sur la question des oblasts, la Russie a essayé de construire une espèce de paravent de légalité, lequel a été ensuite abandonné. Beaucoup de gens ont sous-estimé le glissement qu’il y a eu entre février et avril 2022. En février, la Russie faisait encore l’effort de formuler un narratif qui serait compatible avec le droit international avec cette idée d’« opération spéciale ».

Maintenant, la Russie elle-même utilise le mot de « guerre » et l’assume. Elle est sortie de tous les cadres et au fond, elle est rentrée dans une logique de guerre totale.

Depuis 2022, de manière croissante, la Russie a ajouté la menace nucléaire explicite, parfois désinhibée, par la voix du président Poutine lui-même et ce, de manière systématique. Elle y a ajouté l’hybridité, en provoquant et en attisant des conflits qui étaient parfois larvés dans d’autres zones. Elle y a ajouté des agressions et des menaces dans l’espace et dans le champ maritime, et elle y a ajouté des menaces et des attaques cyber et informationnelles à un niveau inédit que nous avons décidé, avec nos partenaires européens, pour la première fois, de révéler.

La Russie aujourd’hui est devenue une puissance suréquipée qui continue d’investir de manière massive dans les armements de tout type et qui a une posture de non-respect du droit international, d’agressivité territoriale et d’agressivité dans tous les champs connus de la conflictualité.

C’est aujourd’hui aussi une puissance de déstabilisation régionale partout où elle le peut. Et donc oui, la Russie, ce faisant, par son comportement et ses choix, est devenue une menace pour la sécurité des Européens. En dépit de tous les efforts qui ont été faits par la France, mais aussi par l’Allemagne et les Etats-Unis. »

Après de tels propos, la guerre se justifie d’elle-même

The Economist: Maintenez-vous vos propos concernant un envoi éventuel des troupes au sol ?

Président Macron: Tout à fait. Comme je l’ai dit, je n’exclus rien, parce que nous avons face à nous quelqu’un qui n’exclut rien. 

CQFD : puisque, en face, est apparu un ennemi sans légitimité, une puissance définie par le rejet du « droit », alors on a le droit de s’y confronter. Le raisonnement est implacable.

Et alors autant le faire le plus tôt possible :

« Si les Russes devaient aller percer les lignes de front, s’il y avait une demande ukrainienne – ce qui n’est pas le cas aujourd’hui – on devrait légitimement se poser la question. »

C’est donc la décision de la guerre, qui sera prise mécaniquement (car de la « faute » des Russes), anonymement (car sous prétexte de la protection européenne en général).

Si l’on regarde avec intelligence le cours des choses, tout s’enchaîne avec méthode et cohérence. Cela ne veut pas dire qu’Emmanuel Macron sache ce qu’il fait, car la bourgeoisie ne pense pas. Il ne veut pas de la guerre, dira-t-il, si on lui demande personnellement, et il sera sincère dans sa réponse.

Mais l’Histoire est l’Histoire de la lutte des classes, et il n’est qu’un outil de la bataille pour le repartage du monde, de la bataille sino-américaine pour l’hégémonie.

A nous de lever le drapeau rouge contre l’hégémonisme et la guerre !

Catégories
Refus de l’hégémonie

Discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe

Le président français Emmanuel Macron est revenu dans l’amphithéâtre de l’université de la Sorbonne, sept ans après, pour de nouveau un discours sur l’Europe.

Voici les passages les plus importants de ce qu’il a dit le 25 avril 2024, où l’on voit que la France « gaulliste » consiste à être au premier rang dans une Union européenne qui est une succursale de la superpuissance américaine.

« Le principal danger pour la sécurité européenne est évidemment aujourd’hui la guerre en Ukraine.

La condition sine qua non de notre sécurité, c’est que la Russie ne gagne pas la guerre d’agression qu’elle mène contre l’Ukraine. C’est indispensable. C’est pourquoi nous avons eu raison, dès le début, de sanctionner la Russie, d’aider les Ukrainiens et de continuer à le faire, d’avoir la chance d’avoir les Américains à nos côtés pour cela, et sans cesse de relever notre aide et d’accompagner.

Simplement, j’assume totalement le choix en la matière, le 26 février dernier à Paris, d’avoir réintroduit une ambiguïté stratégique.

Pourquoi ? Nous sommes face à une puissance qui est désinhibée, qui a attaqué un pays d’Europe, mais qui n’est plus dans une opération spéciale et qui ne veut plus nous dire quelle est sa limite.

Pourquoi chaque matin devrions-nous dire, nous, quelles sont toutes nos limites stratégiquement ? Si nous disons que l’Ukraine est la condition de notre sécurité, que se joue en Ukraine, davantage que la souveraineté et l’intégrité territoriale de ce pays déjà clé, mais la sécurité des Européens.

Avons-nous des limites ? Non. Et donc, nous devons être crédibles, dissuader, être présents et continuer l’effort.

Mais cette guerre, engageant une puissance dotée de l’arme nucléaire et qui utilise celle-ci dans sa rhétorique, n’est sans doute que le premier visage des tensions géopolitiques avec lesquelles l’Europe doit apprendre à vivre.

C’est pourquoi nous sommes en train de vivre un changement très profond en termes de sécurité. Les événements les plus récents ont démontré l’importance des défenses anti-missiles, des capacités de frappe dans la profondeur, qui sont indispensables au signalement stratégique et à la gestion de l’escalade face à des adversaires désinhibés.

C’est pourquoi ce qu’il nous faut faire émerger, et c’est cela le paradigme nouveau en matière de défense, c’est une défense crédible du continent européen.

Alors évidemment, le pilier européen au sein de l’OTAN que nous sommes en train de bâtir, dont nous avons convaincu tous nos partenaires du bien-fondé ces dernières années, est essentiel. Mais il nous faut donner un contenu à ce qu’est cette défense crédible de l’Europe, qui est la condition même pour rebâtir un cadre de sécurité commun. L’Europe doit savoir défendre ce qui lui est cher, avec ses alliés, à chaque fois qu’ils sont prêts à le faire à nos côtés, et seule si c’est nécessaire.

Est-ce que pour ça, il nous faut un bouclier antimissile ? Peut-être. Est-ce en augmentant nos capacités de défense, et lesquelles ? Sans doute. Est-ce suffisant face aux missiles russes ? Il nous faut travailler sur ce point.

Mais quand nous avons un voisin devenu agressif, qui n’explique plus ses limites, mais qui dispose de capacités balistiques, sur lesquelles il a beaucoup innové ces dernières années, dont les portées et la technologie s’est transformée, qui dispose de l’arme nucléaire et en a monté les capacités, on voit bien qu’il nous faut bâtir ce concept stratégique d’une défense européenne crédible pour nous-mêmes. »

« La dissuasion nucléaire est en effet au cœur de la stratégie de défense française. Elle est donc par essence un élément incontournable de la défense du continent européen.

C’est grâce à cette défense crédible que nous pourrons bâtir les garanties de sécurité qu’attendent tous nos partenaires, partout en Europe, et qui aura vocation aussi à construire le cadre de sécurité commun, garantie de sécurité pour chacun. Et c’est ce cadre de sécurité qui nous permettra, le jour d’après aussi, de construire les relations de voisinage avec la Russie. »

« Il nous faut aussi nous presser dans la mise en œuvre de la Boussole stratégique, que nous avons conclue sous la présidence française du Conseil de l’Union européenne, et tout particulièrement mettre en place une force de réaction rapide pour pouvoir déployer rapidement jusqu’à 5 000 militaires dans des environnements hostiles d’ici à 2025, en particulier, pour venir en aide à nos ressortissants.

Nous devons également, pour ce faire, investir les nouveaux espaces de conflictualité.

Là où nous le voyons, dans la guerre hybride que nous mène la Russie, se joue déjà une part de la guerre d’aujourd’hui, là où se protègent nos infrastructures, qu’il s’agisse des transports, des hôpitaux, des réseaux électriques ou des télécommunications.

Aussi, je souhaite que nous développions une capacité européenne de cybersécurité et de cyberdéfense. Et alors même que nous sommes tous en train de commencer à bâtir ces capacités pour nos propres armées, c’est une occasion inédite de tout de suite bâtir des coopérations européennes et d’agir en Européens face à ces risques. »

Catégories
Refus de l’hégémonie

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie »

Pas un jour sans bourrage de crâne ! Cette fois, c’est un inconnu qui s’y colle, Jean-Noël Barrot, ministre délégué chargé de l’Europe depuis février 2024. Dans une interview à Ouest-France le 21 avril 2024, il se déchaîne. « Nous sommes pilonnés », dit-il.

Par quoi? Par des manipulations russes à grande échelle, qui amèneraient à penser comme-ci ou à réfléchir comme-ça. Et cela, tout le temps ! Les preuves, bien sûr il n’y en a aucune.

« Nous sommes pilonnés par la propagande de la Russie de Vladimir Poutine et de ses courroies de transmission. Il ne se passe pas une semaine sans que la France ne soit la cible de manœuvres coordonnées et délibérées pour perturber le débat public et interférer dans la campagne pour les élections européennes. »

L’emploi des mots « courroie de transmission » est lourd de sens. Il est évident que les opposants à la guerre contre la Russie seront taxés d’agents de la Russie. Le narratif s’installe pour criminaliser.

Il ne peut qu’en être ainsi, car la Russie n’a aucune influence sur l’opinion publique. Personne n’en a une, d’ailleurs. Les gens suivent la société de consommation, et tant que ça tourne, ça tourne. Croire qu’avec quelques sites internes mensongers ou des bots producteurs de messages sur les réseaux sociaux, la Russie pourrait manipuler à grande échelle des gens, c’est prendre au sérieux les théoriciens de la publicité et du marketing.

Bien entendu, cela ne veut pas dire que les Etats ne mènent aucune opération de guerre psychologique. Mais là, on est en plein fantasme, on est dans le bourrage de crâne, en jouant sur l’image d’Epinal du Russe sûr de lui et manipulateur induisant les esprits en erreur avec des moyens totalitaires.

Ce qui joue, en réalité, ce sont les influences culturelles et idéologiques. C’est indirectement que ces choses fonctionnent, certainement pas à coups de manipulations grossières sur des réseaux sociaux.

D’ailleurs, Jean-Noël Barrot explique… que de son côté l’Etat mobilise des influenceurs et la télévision nationale pour diffuser les valeurs de l’Union européenne vues par le prisme du gouvernement… C’est très exactement cela, le réel pilonnage pour façonner les opinions publiques.

Dans ce cadre, l’Union européenne est devenu de manière unilatérale l’outil de la superpuissance américaine, avec son idéologie libérale-sociale, mêlant LGBT, art contemporain, relativisme généralisé, consumérisme débridé, etc.

Et la fonction, c’est désormais la guerre contre la Russie. D’où la théorie de la « souveraineté européenne », une fiction au service de la campagne belliciste.

Tout cela marche très efficacement. Il n’est pas difficile de voir en avril 2024 qu’en France, le légitimisme est généralisé. Tout le monde s’aligne sur un mode de vie à protéger coûte que coûte. Rien ne doit plus venir bousculer la société de consommation. Et pour la sauver, la Russie doit tomber, telle est la démarche absolument dominante.

Catégories
Refus de l’hégémonie

États-Unis: 95 milliards de dollars pour la guerre

La Chambre des représentants, l’équivalent américain de l’Assemblée nationale en France, a voté samedi 20 avril 2024 un plan gigantesque de 95 milliards de dollars, dont 61 milliards présentés comme étant en faveur de l’Ukraine, par 311 voix pour et 112 voix contre.

Cela faisait des mois que la situation était bloquée par l’opposition républicaine, particulièrement par sa frange la plus radicale organisée autour de Mike Johnson, réputé proche de Donald Trump.

Il est le président de cette assemblée et prônait une ligne dure consistant en le fait de se focaliser uniquement sur l’affrontement contre la superpuissance chinoise (via Taïwan), en laissant de côté l’affrontement avec la Russie (via l’Ukraine).

Finalement, il a fait voter le plan de Joe Biden à propos de l’Ukraine en déclarant :

« Pour parler franchement, je préfère envoyer des munitions à l’Ukraine plutôt que des soldats américains. Mon fils va entrer à l’Académie navale cet automne. Pour moi comme pour de nombreuses familles américaines… ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une plaisanterie ».

D’ici quelques jours, les formalités devraient être réglées après un passage du texte devant le Sénat, puis une validation par le Président Joe Biden lui-même.

En fait, les 61 milliards pour le régime ukrainien seraient ainsi répartis :

  • environ 10 milliards de dollars pour de l’assistance économique dédiée aux secteurs de l’énergie et des infrastructures, sous la forme d’un prêt ;
  • près de 14 milliards de dollars pour former, équiper et payer l’armée ukrainienne ;
  • le reste pour les usines d’armement américaines.

Par ailleurs, le plan d’aide autorise le Président Joe Biden à confisquer et à vendre des actifs financiers russes, pour qu’ils servent à financer la reconstruction de l’Ukraine.

Autrement dit, tout cela consiste essentiellement en deux choses : d’une part l’asservissement économique de l’Ukraine (ou de ce qu’il en restera) à l’issue de la guerre, d’autre part en la mise en branle de l’économie de guerre aux États-Unis en vue de l’affrontement avec la Chine.

Le plan consiste également en 13 milliards d’aide à Israël, qui profite du massacre du 7 octobre pour procéder à la destruction meurtrière de Gaza, et surtout en 8 milliards d’investissement dans des sous-marins pour venir en aide au régime de Taïwan contre la Chine.

À la manière d’une film hollywoodien (il faut imaginer ici une musique mièvre et lancinante pour accompagner la lecture), le président ukrainien Zelensky a immédiatement déclaré à l’issue du vote :

« Je remercie la Chambre des représentants des États-Unis, les deux partis, ainsi que le président Mike Johnson personnellement pour cette décision qui maintient l’histoire sur la bonne voie.

La démocratie et la liberté auront toujours une importance mondiale et n’échoueront jamais tant que les États-Unis contribueront à les protéger. Le projet de loi vital sur l’aide américaine adopté par la Chambre aujourd’hui empêchera la guerre de s’étendre, sauvera des milliers et des milliers de vies et aidera nos deux nations à devenir plus fortes.

Une paix et une sécurité justes ne peuvent être obtenues que par la force.

Nous espérons que ces projets de loi recevront le soutien du Sénat et seront envoyés au bureau du président Biden. Merci l’Amérique ! »

En plus d’être pathétiques, ces propos sont odieux, car bien évidemment ils n’aideront en rien à sauver des milliers de vies. Ce qui se prépare, concrètement et directement, c’est un emballement guerrier meurtrier avec les millions de victimes que fera la grande bataille pour le repartage du monde, qui ne fait que s’élargir, chaque jour.

L’Ukraine, la nation ukrainienne, n’est malheureusement qu’un prétexte à tout cela, son peuple servant de chair à canon pour ce qui n’est qu’un prologue à la troisième guerre mondiale.

Concrètement, le régime nationaliste et corrompu de Kiev va pouvoir, grâce à l’aide américaine, tenir tête encore quelques temps au rouleau compresseur russe. Mais l’Ukraine est déjà condamnée depuis longtemps, n’étant qu’un pion, une case, un passage sur le chemin historique du véritable conflit : l’affrontement entre la superpuissance américaine et son challenger, la superpuissance chinoise.

D’ailleurs, le président Joe Biden ne s’est pas trompé en expliquant très justement la nature de ce plan de 95 milliards :

« un message clair sur la puissance du leadership américain à travers le monde ».

Ce n’est pas pour rien que le même jour, le secrétaire d’État américain Antony Blinken (l’équivalent d’un ministre des Affaires étrangères) expliquait que selon lui la Chine alimente indirectement le conflit en Ukraine en fournissant des composants pour son industrie de défense, permettant ainsi à Moscou de « continuer son agression ». Un voyage en Chine est d’ailleurs annoncé de sa part.

C’est en effet de cela dont il s’agit en priorité pour les représentants américains : affronter indirectement la Chine et se préparer à affronter directement la Chine.

Tout le reste n’est que du cinéma, de la narration, pour légitimer le fait de faire tourner l’économie de guerre américaine. Personne n’en a rien à faire ni de l’Ukraine, ni des Ukrainiens.

Forcément, la Russie ne se prive pas de le dénoncer et c’est très habilement que le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov a déclaré :

« La décision de fournir une aide à l’Ukraine était attendue et prévisible. Elle enrichira davantage les États-Unis et ruinera encore plus l’Ukraine, en tuant encore plus d’Ukrainiens à cause du régime de Kiev ».

Il faut préciser également une chose très importante, qui pourrait paraître anecdotique au premier abord mais qui ne l’est pas du tout. Le plan voté ce samedi 20 avril 2024 contient également un texte prévoyant la possibilité de l’interdiction de l’application TikTok.

Cette application est directement liée au régime chinois, via sa maison-mère ByteDance, pour ce qu’il est convenu d’appeler à notre époque la guerre hybride.

TikTok est d’abord un gigantesque aspirateur à intelligence : sur le plan culturel et moral, l’application est un véritable désastre, abrutissant une génération entière de part son fonctionnement qui rend les cerveaux hostiles à tout effort, à toute réflexion. Il est évident que la Chine a intérêt à abrutir la jeunesse américaine (et la jeunesse occidentale en générale).

Mais il y a également le fait, plus concret et facile à voir, que l’application est accusée par les représentants américains d’être utilisée par la Chine pour espionner et manipuler ses 170 millions d’utilisateurs aux États-Unis.

Il y a là un enjeu immense, un affrontement de la plus haute importance, entre les deux puissances rivales. C’est la bataille pour le repartage du monde, c’est la 3e guerre mondiale comme perspective immédiate.